Devin Townsend – Epicloud

Posté le : 04 novembre 2012 par dans la catégorie Chroniques

genre: Devin Townsend?              ©2012

Devin Townsend est l’archétype du musicos accompli. Durant près de quinze ans, le bougre enchaîne les sorties d’albums avec une productivité époustouflante au regard de la qualité de ses bébés. Nul besoin de se retrancher dans une cabane dans les fins fonds du Canada pendant cinq ans pour pondre par exemple deux albums que tout oppose à l’instar de l’ambient Ghost et du survitaminé Deconstruction. Quelques mois lui suffisent amplement pour exprimer tout ce qui lui passe par la tête ou ce qui lui pèse sur le coeur. Et oui, à la différence de biens des musiciens se creusant pour créer des tubes potentiellement vendeurs, Devin Townsend, en bon libertin, n’a jamais souhaité qu’on lui dicte quoi faire et ne souhaite qu’une chose: que sa musique soit écoutée par un maximum de personnes, peu importe le prix. Souvent adepte de l’expérimentation, le canadien au front aussi large que son savoir s’est toutefois adonné à des choses plus accessibles avec Addicted (2009) tout en conservant cette aura de créativité hors-norme.

En vérité, Devin Townsend est un sacré malin. Avec ou sans Strapping Young Lad, il aura utilisé sa folie comme excuse pour sortir des albums au bord du ridicule mais dont il est pourtant impossible d’en penser le moindre mal. Parmi les meilleurs exemples, Ziltoid The Omniscient ou Deconstruction, deux albums complètement anti-commerciaux résultant de délires ésotériques de notre cher ami. Une situation assez loufoque si bien que lorsque ce dernier annonce que son nouvel opus sonnera « commercial », on sait tout de suite à quoi s’attendre: un album dans la veine de Addicted, facilement assimilable et sans-arrière pensée « marketing ». La charmante Anneke Van Griesbergen a été une nouvelle fois conviée pour participer à l’évènement et voilà que Epicloud sort quelques mois seulement après le début de l’enregistrement.

Pour être honnête, les premières écoutes ont été difficilement digestes. La faute à quoi? Jamais un album de Townsend n’avait sonné aussi accessible, quite à parfois taper dans le gnangnan (« Save Our Now », « Divine ») avec des mélodies beaucoup trop prévisibles. L’ensemble sonne comme un déjà entendu dans les dernières oeuvres, Addicted en tête, toutefois il semblerait que l’artiste ait trouvé pour certains morceaux un dévouement pour le gospel (« Effervescent! », « Liberation », « Grace », « Angel ») et il faut avouer que ça le fait grave! Après quelques écoutes pour habituer les oreilles à la tournure des évènements, le moindre morceau finit par devenir incontournable, même celui qui au départ faisait office de point noir à cet album. Les quelques moments planants qu’offrent « Where We Belong », « Lessons » ou « Hold On » sont bienvenus, renvoyant incontestablement aux bons voire excellents moments passés à savourer Ghost. Sans être aussi barré qu’un DeconstructionEpicloud offre également des passages un peu plus nerveux avec l’ironique « Lucky Animals », « Kingdom » ou « More! », titre sur lequel Anneke se lâche un peu. 

Appréhendé sur un mauvais départ, Epicloud se révèle au fil des écoutes beaucoup plus plaisant que prévu. Moins sauvage que Deconstruction, moins surprenant que Ghost, il n’en reste pas moins un album tout à fait à la hauteur du personnage. Ce qui semble vide au premier abord est en réalité en débordement constant d’ingéniosité, mais le fait est qu’il est nécessaire d’avoir cerné un tantinet le gugusse pour ne pas se laisser distraire par la réalité apparente. Un bonhomme insupportable, vous dis-je, mais il n’y en a heureusement pas deux comme lui. Chapeau, monsieur l’artiste.

Noisyness.

[youtube=http://www.youtube.com/watch?v=2Mt7eR5zdIU]