Hord – Ces gars sont plus forts que toi.

Posté le : 22 novembre 2012 par dans la catégorie Interviews

Après un besoin imminent de caféine de la part des deux interlocuteurs, la discussion peut démarrer. Hadrien (chant/programmation) a accepté avec joie de nous en dire plus sur son label mais surtout sur le prochain album à paraître au premier semestre 2013. Interview réalisée sur Skype.

SOM: Salut Hadrien! Tout d’abord, comment ça va?

Hadrien: Très bien. Aujourd’hui, les deux gratteux finissaient des prises guitare, du coup je bossais sur les arrangement et travaillais un peu sur les paroles tout à l’heure. En fait, nous bossons en binôme, par exemple justement John et moi nous retrouvons deux fois par semaine pour écrire les textes et pour les prises de chant. Le groupe se réunit une fois par semaine histoire de voir comment les choses avancent. On essaie vraiment de s’organiser par rapport à l’emploi du temps de chacun, d’ailleurs tu dois connaître ça aussi!

SOM: En octobre, vous deviez faire la première partie de Sybreed. Que représente ce groupe pour vous?

Hadrien: à la base, nous devions jouer avant Sybreed et Minushuman, mais pour des raisons qui nous échappent, cela ne s’est pas fait. Après, on a eu l’occasion de jouer avec eux en compagnie de Beyond The Dust et Lies à Montpellier. Si on devait noter un point commun, c’est l’utilisation des samples, cependant Sybreed est plus bercé sur un côté électro assez proche de la new wave, du coup musicalement Hord se sent assez éloigné d’eux malgré les comparaisons faites un peu partout. Au final, c’est plus un groupe que l’on respecte qu’une influence majeure.

SOM: The Waste Land est sorti quatre ans après le premier album. On y sent une certaine maturité, qu’est-ce qui vous a poussé à vous éloigner un peu de la schizophrénie de Reborn From Chaos?

Hadrien: tout d’abord, il y a eu des changements dans le line-up. Un des guitaristes après la sortie de Reborn a quitté le groupe, donc on s’est retrouvé à devoir auditionner des gratteux mais sans succès jusqu’à notre rencontre avec John qui venait nous voir jouer de temps en temps sur scène. On lui a donc proposé d’intégrer la formation pendant un match de foot, et après y avoir réfléchi longuement, il a fini par accepter de faire partie de l’aventure. Autrement, il y a eu aussi Laurent, le premier chanteur, qui est parti au début de l’enregistrement du deuxième album parce nous prenions une direction musicale qui ne lui plaisait pas. John, en super bon mélodiste, a apporté avec Vincent la touche mélodique constituant la base de The Waste Land. La différence avec Reborn From Chaos, c’est que le concept de ce dernier est porté uniquement sur les paroles, alors que dans The Waste Land, la musique a été au service de l’histoire, ce qui a totalement changé notre façon de composer en évitant de se cantonner à un style post-néo metal ou ce genre de connerie.

SOM: Du coup, tu peux me confirmer que la direction artistique sur The Waste Land, axée sur le chant clair, n’a rien à voir avec quelconque phénomène de mode?

Hadrien: Non, car déjà, il y avait pas mal de chant clair sur le premier album. On avait même une chanson très chant clair, et en vérité, on a toujours été bercé là-dedans pour la bonne et simple raison que tous les membres du groupe depuis sa formation ne se sont jamais identifiés en tant que métalleux. La musique de Hord n’est vraiment pas faite pour suivre la mode, on a jamais fait notre son en se disant « ouais, on va percer en faisant un truc que tout le monde écoute ». D’abord, le chant est anglais sachant que la langue maternelle marche mieux sur ton territoire, et puis il y aura toujours des mécontents: les métalleux purs nous traiteront de lopettes pour utilisation abusive de chant clair tandis que les amateurs de chant clair diront « mais pourquoi l’autre abruti crie derrière? ». Et puis honnêtement, la France n’est pas reconnue pour être le pays qui exporte de la musique à foison en dehors des comédies musicales et de la variété, et encore moins un pays imprégné d’une culture rock solide.

SOM: Peux-tu nous en dire plus sur Send The Wood Music? Quelle est ta place au sein de ce label?

Hadrien: Nouncy a crée l’entité Send The Wood Music il y a une dizaine d’années pour aider beaucoup de groupes. Par exemple, les premiers albums de Spinning Black Circle ont été co-produit par Nouncy, qui s’occupait parallèlement des premières tournées françaises de Cult Of Luna avec l’aide de My Reference Event et Garmonbozia. Nous sommes partis dans un délire de promotion pour les groupes, puis avec le temps, nos activités se sont diversifiées. Chacun d’entre nous a déjà eu des histoires tordus avec des labels donc nous avons choisis d’entreprendre les choses à notre sauce: une partie label de distribution en partenariat avec The Orchard, n°1 mondial de la distribution digitale, et une partie promotion de groupes qui ont le même état d’esprit, quelque soit la scène. En ce qui me concerne, c’est un peu le même concept que de tenir un webzine: il s’agit d’avoir un peu le rôle de couteau-suisse. A la base, je sors d’une association qui s’occupait d’obtenir des subventions pour des festochs et autres évènements ponctuels, et ce fut donc important pour moi de retranscrire cet esprit multi-tâches au sein de Send The Wood. De par notre petite structure, nous ne pouvons pas nous permettre de nous fixer un seul objectif. Autrement, j’aime développer des projets artistiques et aussi je m’implique pas mal sur le côté web, c’est-à-dire qu’il y a de fortes chances pour que ce soit moi qui te réponde sur la page facebook de Send The Wood. Je tiens aussi à préciser que Nouncy a rencontré Hord avant moi suite à un coup de foudre avec le groupe. Pour la sortie de The Waste Land, aucun gros label n’a voulu de nous donc on a choisi de s’en occuper nous-même et de voir ce que ça donne. En revanche pour le prochain, nous n’avons pas hésité une seconde à nous dire qu’il fallait tenter l’aventure chez Send The Wood puisque l’entité est désormais structurée comme un label.

SOM: Tout à l’heure, tu me parlais de notoriété, de promotion. Verrais-tu Hord passer à la télé comme l’a fait récemment Black Rain?

Hadrien: J’ai raté ça! (rires) Ils sont passés où?

SOM: Incroyable Talent! Le groupe a été acclamé autant par le jury que par le public.

Hadrien: Honnêtement, je ne pense pas qu’on ferait cette démarche, par contre il faut le dire, ces mecs ont des couilles! Ils vont surement de faire haïr par une majeure partie de la scène metal plutôt réticente de ce genre de choses, après de mon point de vue, je ne trouve pas ça ridicule et plutôt osé. Hord ne le ferait pas parce que c’est « trop bien » ou « pas assez bien » mais juste parce que ce n’est pas notre délire, maintenant si demain on vient me voir en me disant que les gens, du public metal ou non, adorent notre musique et bien ce serait juste tant mieux. N’importe quel groupe, en assumant, aimerait passer en heure de grande audience sur une chaîne publique. A l’époque, le premier album de Uncommonmenfrommars passait en boucle pendant les pauses pub, et je suis certain que le dernier The Arrs pourrait connaître un sort idem en vue de la grosse promo qui l’entoure si la télé n’était pas devenue si inaccessible pour les groupes un peu particuliers.

SOM: Quelle est ta vision du metal français aujourd’hui?

Hadrien: C’est un peu particulier. Il y a d’un côté Gojira qui a réussi à s’exporter un peu partout dans le monde et qui cartonne grave depuis des années, après on a d’autres groupes moins importants qui arrivent tout de même à s’exporter. Il y a aussi ces groupes très bons mais qui ont du mal à se faire connaître ailleurs qu’en France.

SOM: La Klonosphère?

Hadrien: Exactement. C’est drôle que tu en parles parce que le dernier Klone m’a foutu une baffe monumentale! Ça faisait peut-être trois ans que je n’avais pas acheté de disque! Mais de toute manière Klone, ce n’est pas du metal! On se demande ce que c’est et c’est ça qui est génial. D’ailleurs, je pense même que Hord n’est pas un groupe de metal. Fear Factory, c’est du metal, pas de problème. Klon, c’est du Klone, tu sens qu’il y a autant de Tool que d’une force du rock des 90’s qu’on avait pas entendu depuis des lustres. En fait, ce serait presque réducteur de parler de metal. Bref, le paysage metal français est bourré de bonnes choses mais comme on est dans un pays qui ne nous soutient pas, les autres pays n’ont pas forcément envie de nous écouter.

SOM: Et au niveau des concerts, vous parvenez à attirer du monde?

Hadrien: Nous avons joué récemment au Ninkasi Café (Lyon, ndlr) et ça s’est très bien passé, la salle était pleine. Après concernant le public metal en général, je pense que nous vivons dans une période où les gens choisissent entre aller voir leurs groupes préférés et manger. Fatalement, tu choisis de manger et parallèlement d’aller te caser dans un festival comme le Hellfest histoire de voir un max de groupes phares en un rien de temps, après sur les petits concerts, les gens ne se mobilisent pas systématiquement, quand tu vois qu’un groupe comme Clawfinger a ramené 90 pelés au Rock Store de Montpellier, ça fait mal.

SOM: Est-ce que tu ne penses pas que parallèlement à des histoires d’économies, il y ait un problème au niveau de la promotion de beaucoup de groupes de la part des médias qui mettent trop l’accent sur les poids lourds?

Hadrien: Selon moi et d’autres personnes, l’avènement d’Internet a fait deux trucs: dans un sens, ça a permis à des jeunes de 18 ans de devenir des bibles vivantes de la musique. Dans l’autre, les hiérarchies de création d’un groupe se sont un peu dégradées. Quand une formation venait de naître, la première chose à laquelle il pensait n’était pas de signer un contrat sur un label mais plutôt de chercher des tremplins, faire des concours et se développer dans l’underground. Plus il passait des échelons, plus on parlait naturellement de lui et avait la chance d’être évoquée dan la presse papier. Internet a fait exploser ça en envoyant dans notre face des tas de groupes, ce qui fait que les gens finissent par se noyer dans un flux d’information. Suite à ça, la presse papier s’est concentrée sur les grosses machines tandis que les webzines ont tenté de prendre la relève sur la quête d’informations exclusives, et il devenait donc difficile se savoir où mettre la tête. C’est comme si tu interviewais un groupe de cinq personnes et que les cinq te parlent en même temps, c’est juste ingérable! Du coup, je pense que certaines personnes ont tiré le signal d’alarme en hurlant qu’il fallait revenir à des méthodes plus conventionnelles comme il y a dix ou quinze ans du genre quand tu crées ton groupe, ne pense pas à signer dans un label, pense d’abord à t’amuser, faire concerts, grossir ta fan base et enregistrer tes maquettes. Dès lors qu’un gars touche un peu à l’informatique et maîtrise la composition assistée par ordinateur, tout lui est acquis, il a le droit d’être signé… non, regarde des mecs comme L’Esprit du Clan ou Lofofora, ils ont galéré pour en arriver où ils en sont, avec des amplis qui fonctionnaient à moitié sur scène, les boulots de chacun pour pouvoir payer l’enregistrement de leurs premiers ep.

SOM: Pour finir et par pure curiosité, une petite révélation concernant le prochain album?

Hadrien: Le prochain album va être mixé par le batteur de Cult Of Luna, Magnus Lindberg, qui aussi réalise les albums de son groupe et des tas d’autres groupes. Il a aussi masterisé les derniers AqME et The Arrs. Il y aura un lien avec The Waste Land mais musicalement, la direction que l’on prend a nécessité l’apport d’un type comme lui. Ah, et on a fait appel également à l’ancien ingé-son de Dagoba, Bruno Varea, pour les feebacks et les prises batterie. Voilà, donc on espère vraiment que cet album plaira autant aux fans qu’à ceux qui découvriront le groupe avec.

Noisyness.