L’annonce d’un concert réunissant Dagoba, Fear Factory et Devin Townsend Project m’ayant titillé l’imagination, l’offre de Mike de couvrir la date parisienne de la tournée me combla de joie, d’autant plus que le concert était organisé par Base Production au Bataclan, et ce sont deux équipes que je respecte énormément.

Comment accrocher un public pas forcément acquis à votre style? Full force, répond Dagoba. Il faut dire qu’avec un set très (trop?) court et qui démarre à 19h, la décision est logique. C’est donc devant une salle à peine à moitié remplie que le combo entame un « Nightfall and all its mistake » tout en puissance, avec un Shawter au contact, un Werther littéralement bondissant, et un Z qui, quoiqu’en retrait, prend doucement ses marques, Franky étant comme d’habitude à la fois rigoureux et participatif. Le set aurait pu être parfait, si le groupe n’avait été victime d’un son au mieux aléatoire. Il en faut plus néanmoins pour désarçonner nos compères, visiblement heureux d’être là. Shawter, impressionnant de maîtrise vocale, va chercher le public aux tripes, et petit à petit, un nombre croissants de spectateurs headbangue et applaudit. Les autres membres du groupe ne sont pas en reste au niveau technique, et Franky, après avoir remercié les têtes d’affiche, obtient un petit wall of death formé par les aficionados et les personnes gagnées par l’enthousiasme sur « It’s all about time ».
On retrouve ici la capacité de Dagoba à jouer et agir non pas comme une machine, mais bien comme une entité vivante, décidée à lancer ses compos au public façon punch, mais surtout très humaine, vibrante du désir de faire partager sa passion au plus grand nombre. Les phocéens se voient d’ailleurs récompensés de leurs efforts par un circle pit plus conséquent sur « The white man (and the black ceremony) » et se tirent avec les honneurs d’une situation assez défavorable. J’attendrai pour ma part avec impatience le prochain album du groupe, actuellement en pré-production.

Setlist de Dagoba :

Nightfall And All Its Mistakes
The Man You’re Not
Black Smokers
It’s All About Time
The Things Within
The White Guy (And The Black Ceremony)

Il y a des groupes, comme Ministry ou le défunt Type O Negative, dont j’aime les CDs mais que je trouve exécrables sur scène, et je l’avoue, Fear Factory fait partie du lot. Toutefois, le set de ce soir pourrait être différent, qui sait?
C’est devant un public bien plus dense que les américains entament leur set, avec un son moins brouillon (quoique les samples varient en intensité tout au long du show, du vague murmure au carrément tonitruant), sur le titre « The industrialist ». Techniquement, ils n’y a rien à reprocher aux instrumentistes, qui sont carrés. Dino Cazares et Matt DeVries sont visiblement heureux d’être là, le bassiste remuant à qui mieux mieux sa longue crinière blonde et adressant des mimiques aux spectateurs. Dino n’est pas en reste, ni pour le headbang, ni pour envoyer de nombreux signes et sourires au public. Les deux hommes se déplacent et se croisent beaucoup, il est évident qu’ils sont sur la même longueur d’onde. Burton C. Bell s’est posté au bord de la scène, au même endroit que Shawter, mais même si l’homme a de la présence et participe, il me semble un petit peu en mode automatique au début du concert, répétant deux fois le même laïus à la virgule près sur le fait que les morceaux proviendraient des différentes époques, changeant juste le titre de la chanson et de l’album après un rapide coup d’œil à sa setlist.; il s’animera tout de même beaucoup au fil du concert . Quand à Mike Heller, à dire vrai, même si sa performance étaient nickel, il s’est comporté comme s’il était en studio ou en répétition, et n’a à aucun moment donné l’impression qu’il avait remarqué les gens qui pogotaient à 10 mètres de lui, ni d’ailleurs ses camarades, à part un rapide sourire à Burton quand celui-ci est monté sur l’estrade du marteleur. Burton a également peu interagi avec les autres membres du groupe, à part pour se joindre aux headbangs. Un malaise diffus s’est emparé de moi devant ce que j’ai ressenti comme une perte de cohésion du groupe, et ce faisant, une perte de cohérence de la musique; malaise absolument pas partagé par les metalleux qui s’en donnent à cœurie, pogotant, sautant et répondant avec empressement à la demande de Dino d’un « Thrash metal pit » à l’ancienne. La communion avec le Bataclan est palpable et le bonheur des fans semble complet. A vrai dire, quelques moments excitants pour moi marquent tout de même ce concert, comme « Martyr » ou Demanufacture donc le public chante le refrain avec enthousiasme.
Et c’est là que nous atteignons le cœur du problème. C’est irréfutable, si le hurlé de Burton est correct, voir de bonne qualité, son chant clair n’est rigoureusement pas à la hauteur. Burton, qui en live a déjà d’habitude des difficultés avec ces vocaux délivre ce soir une prestation lamentable, qui défigure trois ou quatre morceaux, dont l’emblématique LinchPin, et en abime quelques autres. Même si l’attitude sympathique et positive des musiciens qui ont salué les deux autres groupes et serré quelques mains, et leur joie de se retrouver sur scène à Paris est tout à leur honneur, de même que l’attention porté à leur setlist afin de combler leurs fans, je ne peux que confirmer mes a priori négatifs, car encore une fois, seuls Dino et Matt ont assurés à mon avis un concert correct.

Setlist de Fear Factory :

Industrialist
Schock
EdgeCrusher
Smasher/Devourer
PowerShifter
LinchPin
Recharger
Martyr
Demanufacture
Self Bias Resistor
Zero Signal
Replica

L’intermède va donner le ton de la fin de cette soirée, en effet sur un écran géant en fond de scène, nous avons droit à une séance de « ZTV ». Émission de fitness pour chien, fausses pubs délirantes, et bien sûr, l’incontournable Ziltoid en présentateur, mais aussi en backing vocal pour le moins décalé sur « Gummy Bear » et « The Mango song » notamment. Le message est clair: trop sérieux s’abstenir!

Autant pour Dagoba, je ne savais plus ou poser mes mirettes pour ne rien manquer, autant il m’a été difficile de détacher les yeux de Devin durant ce concert. Quoique dans le cas de Devin Townsend Project, « expérience » serait un mot plus approprié, car au delà d’une musique parfaitement interprétée par les membres du groupe (avec cette fois un son limpide à mon grand soulagement), au delà de l’étonnante palette vocale dont Devin jouera avec virtuosité, c’est le charisme de ce diable de canadien qui restera la pierre angulaire du set. Ses grimaces et mimiques, qui arracheront des sourires mêmes à ses camarades, communiqueront presque autant d’enthousiasme que ses speechs savoureux, aussi drôles qu’amicaux.
Au niveau musical nous aurons droit à du lourd, du puissant, du technique, du fin et délicat, et parfois à tout ça en même temps. Brian Wadell, juché sur son estrade à gauche, déroule tranquillement ses basses d’une complexité extrême, en faisant quelques signes aux fans. Même scénario pour Dave Young, qui se déplacera néanmoins sur la plateforme centrale pour Vampira, (pendant que Devy fera une série de grimace dans son dos). On pourrait croire que le duo restera statique derrière son leader, mais l’impression sera oubliée dès le second morceau avec un triple headbang synchrone, tellement furieux (comme les suivants) que je me demande par quel miracle le public n’a pas reçu de vertèbres. Ryan Van Poederooyen, bien qu’occupé à vigoureusement marteler ses fûts, adressera lui aussi quelques signes à l’auditoire, un grand sourire accroché au visage.
Et sourire, bien sur, aussi sur le visage de Townsend, accompagné d’une bonne dose d’auto-dérision et d’humour bon enfant, qui lui permettrons de demander au public conquis des participations qui se généralise dans la joie et la bonne humeur. Le bonhomme ne s’épargne pas, soulignant son coté « gay » de jouer avec des marionnettes (alors qu’il y en a une qui apparaît sur l’écran avec une banderole « Messhuggah ») son coté « nerd », ou disant se sentir comme Slash en intro de « Where We Belong » et prenant d’ailleurs une pose caricaturale avec un série de grimaces hilarantes pendant le solo, dont le coté hypertechnique passe ainsi inaperçu. L’écran, qui ne s’est jamais éteint d’ailleurs, présente des morphing de personnages de cartoons, des figures fractales, le groupe grimé et pendant « Lucky animals » des photos d’animaux dignes d’un lolcat. Ce morceau, Devy l’introduit en expliquant qu’il s’agit du pire morceau qu’il ai jamais écrit et que dans l’espoir de ne pas être le seul à être ridicule, il demande l’aide du public, en lui faisant secouer les mains en l’air à chaque fin de vers du refrain, puis, déclarant « trop tard pour être cool, maintenant! » il descend emprunter à une fan du premier rang un serre-tête avec des oreilles de chat, qu’il portera durant tout le morceau, devant un Bataclan qui jouera des mimines à l’unisson.
Mimines vite rangées pour faire place à un headbang sévère, tant sur scène que dans la fosse, sur un Juular survolté, et qui illustre avec quel naturel les canadiens passent d’une ambiance à une autre, une des caractéristiques majeures de ce concert.
Autre moment intense, le morceau « Grace » à la fois heavy et planant illustré sur l’écran notamment par les mots « laught, love, live, learn » qui ferait une bonne devise pour Devin, qui après les thèmes sombres de Dagoba comme « Black Smockers » et les « I’ve got no more goddamn respect » de Fear Factory, Townsend est parvenu, simplement, amicalement à faire prendre à l’ambiance de la soirée un virage à 180° vers le positif. « Love » est d’ailleurs le mot qui reviendra le plus souvent sur l’écran, sans compter les cœurs qui se glissent discrètement dans les fractales et les morphings qui accompagnent ce concert. Un instrumental et un « Bad devil » plus tard, nous atterrissons plus ou moins, avec l’impression d’émerger d’un monde parallèle ou je serais bien restée ma fois.

Setlist de Devin Townsend Project :

SuperCrush
Truth
OM
Planet of the Apes
Where We Belong
War
Vampira
Lucky Animals
Juular
Grace
Deep Peace
Bad Devil

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