Grorr: un groupe « fourmidable »

Posté le : 17 janvier 2013 par dans la catégorie Interviews

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Nous sommes de plus en plus nombreux à nous rendre à l’évidence: la scène metal française est extrêmement riche en groupes prometteurs par leur doigté et/ou par leur originalité. Sons Of Metal a tenu a intéragir avec l’un d’entre eux, Grorr,  et c’est Bertrand (chant/guitare) qui a accepté de nous en dire plus sur son dernier album Anthill, mais également sur la vie des fourmis.

Interview réalisée par mail.

SOM: Bonjour les gars. Vous commencez à avoir une certaine renommée mais dans le cas où votre existence serait passée entre les mailles du filet pour certains, nous feriez-vous l’honneur de vous présenter?

Bertrand: Grorr est un groupe de Pau, dans le sud ouest de la France. Notre premier album, Pravda est sorti en 2011. On peut qualifier, en simplifiant de prower métal avec des petits bouts de prog dedans. Notre deuxième album, « Anthill », sorti en fin 2012, est un concept album qui évolue dans une sorte de death prog avec des influences world music.

SOM: À l’origine, vous aviez pour ambition de faire dans le metal purement bête et méchant. Qu’est-ce qui, finalement, vous a poussé à entrer dans un registre plus « intello » sans vouloir être grossier?

B.:Je prends intello comme un compliment. Au départ, nous n’étions que deux dans le groupe, Gaël et moi, et nous voulions juste nous faire plaisir. Avec l’arrivée de Yoann à la basse, les morceaux ont évolué, et finalement, comme on écoute tous beaucoup de styles différents qui vont bien au-delà du métal, assez logiquement, on a tendu de plus en plus vers le « prog ». Ça ressemble vraiment à ce qu’on a tous toujours eu envie de jouer.

SOM: « Pravda » affichait déjà une patte assez personnelle. Ne trouvez-vous pas les termes « death » et « prog' » un peu réducteurs pour vous définir?

B.:C’est LA question piège ! Le côté progressif, on ne peut pas en douter. Nos morceaux se développent sur des phases longues et sont la plupart du temps dégagés des questions de couplet refrain. Par contre, quand on dit faire du métal, comme pas mal de partie chants sont en « growl », on nous dit qu’on fait du death. Et quand on dit faire du death, comme je chante souvent avec une voix claire, on nous dit qu’on n’est pas assez violent… Comme en plus on intègre de nombreux instruments traditionnelles dans notre dernier album « Anthill » ( de la cornemuse, de la vieille à roue, des tablas etc…) il devient franchement difficile de nous définir… Au final, comme on arrive à toucher des publics très divers, qui retirent de notre musique des ressentis très différents, on peut dire que c’est à l’auditeur de dire ce qu’il entend. Alors, tu entends quoi toi ? (et bien ma foi, j’entend…du Grorr!, ndlr)

SOM: Comment vous est venue l’idée de concevoir un concept-album sur les fourmis? Est-ce en référence à la trilogie de Bernard Werber ou est-ce purement fortuit?

B.:Depuis le tout début, les histoires que nous racontons parlent d’insectes. Le but, au final, n’est pas de faire un cours de biologie, mais d’utiliser les différents caractères comme la base de fables traitant des êtres humains. Lorsque l’on a envisagé de composer un concept album, l’histoire d’une fourmilière s’est imposée. Les sociétés fourmis sont tellement diverses et intéressantes qu’on pouvait y plaquer beaucoup de questions sur le genre humain. Et oui, je dois avouer avoir lu la trilogie des fourmis il y a longtemps et c’est là qu’est né mon attrait pour les fourmis. Mais pour « Anthill » j’ai fait toute une bibliographie sur le sujet pour nourrir notre histoire.

SOM: Si mes sources sont exactes, Loïc a rejoint la bande après la sortie de Pravda. Avez-vous fait le tour de la Terre pour avoir eu envie de synthétiser autant d’instruments traditionnels?

B.:Alors, malheureusement, pour des questions de disponibilité, Loïc a dû nous quitter. C’est un homme très très occupé, et caler Grorr dans son emploi du temps s’est très vite révélé impossible. C’est donc Julien Gefflot, un multi-instrumentiste assez incroyable, qui l’a remplacé aux claviers. Pour les parties « trad », l’inspiration est venue assez naturellement de toutes les musiques traditionnelles que nous écoutons (indienne, japonaise, iranienne, africaine etc…) et bien sûr, de musiques de films. Et magie de la technologie, avec internet, on peut voir et entendre tout ce qu’on veut sans prendre l’avion !

SOM: Pour ne pas avoir encore eu l’occasion de vous voir sur scène, la retranscription d’un tel album est-elle aisée?

B.:En composant l’album avec Yoann, on s’est en permanence posé la question « est-ce que telle ou telle partie est jouable en live ? ». Donc le passage de la maquette à la réalité s’est passé sans trop de difficultés. Après, pour le public, il est certain que quand on ne connaît pas le groupe, voir défiler un bloc de 45 minutes sans réelle interruption peut être surprenant… Mais dans la majorité des cas, ça marche bien.

SOM: La magnifique pochette de Anthill a été réalisée par la polonaise Karolina Jedryczka, auteur de fresques pour le moins étranges. D’où provient une telle collaboration?

B.:Dès le départ, nous voulions un visuel qui sorte des sentiers battus. On s’est donc mis en chasse d’un graphiste sur de nombreux sites internet. Karolina, une artiste polonaise, faisait partie de ceux qui nous plaisaient le plus. Elle est capable de créer autant des ambiances sombres que lumineuses en étant toujours à propos. On l’a contactée par mail et elle a dit oui. On lui a décrit plus ou moins ce que l’on aimerait et le résultat a dépassé toutes nos attentes dès le premier jet.

SOM: Bertrand semble accorder une certaine importance au chant clair. Êtes-vous d’accord pour dire qu’il ne suffit pas de « beugler » dans un micro pour chanter dans un groupe de metal dit « extreme »?

B.:Tout dépend de ton intention de départ. Certains groupes recherchent la violence la plus extrême dans tous leurs morceaux. Ce n’est pas notre cas. Quand on compose un morceau, on veut faire varier les intensités, les ambiances, et hurler d’un bout à l’autre ne nous le permettrait pas. Les mélodies au chant, comme aux claviers, sont d’autant plus importantes que nous concevons les guitares que comme des instruments rythmiques… En plus, on reste persuadé que si l’on veut avoir une partie vraiment ressentie comme « extrême », elle a beaucoup plus d’impact si elle n’est pas déjà noyée dans un déchaînement de violence.

SOM: Un petit mot sur la scène metal française? Par exemple, êtes-vous d’accord pour dire que certains groupes n’ont pas le succès qu’ils méritent?

On ne peut vraiment pas dire le contraire. On a vu des groupes absolument géniaux apparaître et disparaître sans avoir eu le dixième de reconnaissance qu’ils auraient dû connaitre. Mais on a énormément de groupes de talents en France comme Hacride ou Trepalium, et beaucoup de gens qui suent sang et eau pour le métal. Il y a forcément un moment où ça va finir par se voir. De plus en plus de groupes signent à l’étranger et ce n’est pas pour rien. Tant que les médias continueront de se persuader que le métal est un style underground, on n’arrivera pas à grand-chose. Mais gardons espoir mon ami !! Un jour Gorod passera sur Fun Radio !

SOM: Allez, une requête idiote pour conclure: pourriez-vous hurler à la face des lecteurs de Sons of Metal que, sans aucune prétention, Anthill est un album « fourmidable »?

B.:*Hum* * Hum* ANTHILL EST UN ALBOUM FOUUUUURMIDAAAAAABLE !! sans aucune prétention bien sûr.

524648_10152423093080179_428158698_nBertrand (chant/guitare)

Noisyness.