Ce n’est que quelques minutes après le formidable concert qu’ils ont donné au Ninkasi (confère notre live-report) que j’invite les membres du groupe Slut Machine à répondre à une interview en pleine terrasse. Rick (guitare-chant) et Noune (batterie) me parlent de l’actualité du groupe et des projets pour les deux prochaines années. Discussion décontractée et sans tabous…

  • Ce soir était votre premier concert avec Clément « Sky » en tant que guitariste depuis son retour au sein du groupe. Comment s’est passé sa réintégration, en dehors de la scène ?

Noune : Ça s’est plutôt bien passé car on attendait qu’il revienne pour pouvoir travailler, avoir un panel plus élargi de possibilités par rapport à ce qu’on voulait faire.

Rick : Au niveau de timing c’était un peu serré car il est rentré mi-décembre. Il était parti 4 mois à Austin (Etats-Unis) et on avait anticipé son retour pour optimiser le peu de temps qu’on avait. Il enregistrait ses idées qu’il m’envoyait par mail, on échangeait par internet pour anticiper au mieux son retour. Après, comme on se connaît tous depuis longtemps, ça a mis peu de temps à donner quelque chose d’assez cool. Il y a encore beaucoup de boulot parce que c’est un peu brouillon avec trois grattes au son bien gras. C’est pas évident mais on a réussi à optimiser ce court laps de temps pour proposer quelque chose de bien ce soir.

  • Qu’est ce qui a motivé son retour, c’était prévu qu’il revienne ?

Noune : C’était prévu qu’il revienne. À la base, Clément est un pilier du groupe. Il est parti aux USA et du coup on a fait un changement dans le groupe. En fait, Mathieu (guitare) était parti avant et Henri qui était à la basse l’a remplacé à la guitare. On a alors pris Maxime (Tank) pour occuper le poste de bassiste qu’il a conservé lorsque Clément nous a rejoint. Du coup, nous avons intégré une troisième guitare.

Rick : Ouais on a fait un espèce de subterfuge de changement de line-up. Les chaises musicales en somme… (rires)

  • Vous avez annoncé sur votre page Facebook l’élaboration de votre second album. Vous avez commencé à composer du nouveau matériel ?

Rick : Oui, on a déjà pas mal de morceaux mais le problème dans Slut Machine, est géographique : nous sommes tous dispatchés dans plusieurs endroits. Il y en a qui partent à l’étranger et d’autres qui reviennent. En plus nous sommes à une période de notre vie où certains terminent leurs études et vont bientôt entrer sur le marché du travail, trouver du boulot et on ne sait pas à l’avance où ils vont aller. Pour l’instant, il doit y avoir sept ou huit morceaux composés et on s’est fixé comme objectif d’entrer en studio en décembre 2013. Nous sommes également en pourparlers avec des labels, on a déjà eu quelques touches avec From Blind To Blue mais ils attendent d’avoir du son de l’album. On va essayer de faire de notre mieux pour respecter le calendrier qu’on s’est fixé.

Noune : Voilà, on s’est donné une date qui est plus moins souple mais pour l’instant, c’est décembre 2013.

  • Vous avez déjà choisi le studio d’enregistrement ?

Rick : On est en train d’y réfléchir. L’autre obstacle est que nous n’avons pas beaucoup de thunes. On en parlait avec un pote qui travaille dans la communication et il nous disait qu’un groupe comme Scorpions prenait 140 000 € sur un spectacle et nous on en chie pour les défraiements (rires). Sur quelques plans, on arrive un peu à mettre de l’argent de côté mais on ne sait toujours pas où on va aller. Nous avons deux-trois options et nous choisirons cet été.

  • Cet album sera autoproduit ?

Rick : Je pense qu’on fera les prises en studio. Pour le mix, on n’a pas encore décidé ce que nous allons faire et le master dépendra du label sur lequel sortira l’album. Les labels ont leur propre ingé-son qui ajoute sa touche personnelle aux albums. Pour le mixage, Clément gère plutôt bien. Il s’était occupé de « Frome Blind To Blue » et nous sommes plutôt satisfait du résultat alors que c’était également de l’autoproduction. Alors pourquoi pas faire le mix nous-mêmes ? Ça dépendra des fonds disponibles.

  • Comment se passe la composition avec trois guitares ?

Rick : On n’a pas vraiment encore composé avec trois guitares. En fait, tous les morceaux que nous avons joués ce soir (ndlr : cet entretien eu lieu après leur concert au Ninkasi à Lyon) étaient à la base des morceaux composés avec deux guitares et que nous avons réarrangés. À la dernière répétition, on a pris une demi-heure à la fin pour s’asseoir et composer un morceau tous ensemble. C’est la première fois qu’on faisait ça et c’est quelque chose d’assez excitant vu que nous avons tous nos idées. Je pense qu’il va falloir qu’on voit comment ça se passe et on avisera ensuite. C’est quelque chose qu’on a vraiment pas expérimenté pour l’instant.

Noune : Pour le set donné ce soir, il y a eu deux répétitions de cinq à six heures pour travailler et obtenir le résultat que l’on voulait. Il y a vraiment eu un travail avec une troisième gratte.

  • Le prochain album sera dans la même veine que le dernier EP (« From Blind To Blue », disponible en téléchargement gratuit via la page Facebook du groupe) ?

Noune : Quoiqu’il arrive, ce sera plutôt dans la même veine que « From Blind To Blue » que l’album produit en studio (« Into The Eye Of The Storm », paru en 2011) mais l’arrivée d’une troisième guitare va nous ouvrir de nouvelles possibilités par rapport à la composition.

Rick : Le mix de Slut Machine est assez particulier car on a été catégorisé, et on s’est catégorisé nous-mêmes, dans la branche « stoner » parce qu’on ne savait pas vraiment comment nous définir à cause du mélange de style. Dans notre musique, il y a des touches de « grunge » du fait que nous sommes des fans de toute cette scène années 90, au son un peu crado. Du coup on mélange tout ça avec du stoner. J’aime aussi Deftones avec tous ces riffs bien lourds, bien dark. Je rejoint Noune sur le fait que l’album se rapprochera de « From Blind To Blue » mais c’est certain qu’il y aura une évolution avec trois guitares et dix nouveaux titres.

Noune : Je pense que ce sera plus mature dans la recherche de style, au niveau de l’identité aussi.

Rick : Ce sera pareil mais différent (rires).

  • Donc on peut espérer une sortie en 2014 ?

Rick : Si tout se passe bien, il sortira durant le premier semestre 2014. Après, la discussion avec les labels est un peu compliquée. Par exemple, on a des potes qui viennent de finir l’enregistrement de leur album et ils ne savent toujours pas quand ils vont pouvoir le sortir. Du coup, on a envie de prendre du temps pour réfléchir afin de prendre la bonne décision. Espérons une sortie au premier semestre 2014 si tout se passe bien. C’est ce que nous avons fixé comme objectif.

  • Il sera disponible en téléchargement sur bandcamp, comme votre album et l’EP ?

Noune : On n’y a pas encore réfléchi. Ça dépendra des moyens mis dans l’enregistrement.

Rick : Ce ne sera pas gratuit, c’est certain. Il sera pas cher mais il ne sera pas gratuit (rires). Il sera sûrement disponible en téléchargement car il y a un autre problème que nous avons rencontré lors de la sortie du premier album, c’est le support physique. Les gens achètent peu de CD maintenant. C’est plus porté sur le vinyle dans le stoner et même dans le rock en général. Le pressage vinyle est cher aussi, très cher même. Si le label nous aide, on le fera. S’il ne peut pas nous aider, et bien on ne sait pas exactement ce qu’on fera. C’est quelque chose à laquelle nous ne réfléchissons pas trop pour le moment. On préfère rester concentrés sur l’écriture. Une fois qu’on aura les bandes, on se permettra d’y réfléchir.

  • Vous avez également annoncé le tournage d’un clip…

Rick : Alors on a commencé à parler de ça car aujourd’hui c’est un énorme plus au niveau de la visibilité. Tout passe par Internet en ce qui concerne la visibilité d’un groupe et il est fort possible que ça se fasse pour le clip. Après c’est toujours un peu tangent, on ne s’est pas vraiment mis de deadline là-dessus. C’est un projet. On va essayer de s’y mettre mais c’est aussi compliqué car ça demande beaucoup de pognon, même si on a des potes qui bossent dedans et qui pourront nous donner un coup de main. C’est quelque chose qui serait cool mais ce n’est pas notre priorité.

  • Tu parlais de visibilité sur Internet. Comme « From Blind To Blue » est téléchargeable uniquement via le net, est-ce que ça vous a apporté plus de fans, plus de visibilité ?

Rick : Carrément !

Noune : Ça ne nous a pas apporté plus de moyens car justement il est gratuit mais c’est pas vraiment ce qu’on cherchait. Les moyens qu’on a mis dedans, c’était du temps. C’était pas vraiment de l’argent mais surtout du temps. Il y a eu plus de travail sur ‘From Blind To Blue’ que sur notre premier album.

Rick : En fait, ce qui est flagrant et on en parlait avec les mecs du premier groupe (ndlr : le groupe Sport qui ouvrit la soirée au Ninkasi), c’est que l’album « Into The Eye Of The Storm » qui a un support physique, s’est vendu à 300 exemplaires à tout péter sur les 500 qu’on a fait pressé alors que l’EP sorti en avril 2012 a eu 4 000 téléchargements. Parce qu’il est gratuit justement. Après, je ne blâme pas ça car on est les premiers à télécharger de la musique et ce serait mal placé de brailler là-dessus. Mais ça pose un énorme problème quant au choix du support pour le prochain album. Digital ou physique… on verra bien.

Tank (qui vient de nous rejoindre) : À la sortie de l’album, il y a beaucoup plus de concerts et un gros travail de promotion ce qui nous a fait bien connaître aussi.

Noune : L’année de sa sortie (2011), avec tout le travail et les moyens financiers apportés à la promotion, on nous a proposé beaucoup de dates. Ça a vraiment marché, et l’EP nous a ramené énormément de monde, bien plus qu’on ne l’espérait. On a vraiment été étonnés. On ne cherchaient pas spécialement à toucher le mec qui habite à l’autre bout de la France. Du coup, ça a été une grosse surprise.

Rick : On commence à avoir des gens qui nous suivent sur Facebook et ce ne sont pas, genre des amis des amis… Ce sont des gens qui nous découvrent via les chroniques qu’ils peuvent lire sur les sites et qui nous voient sur scène.

  • 2013 va donc être très chargée et avec l’obstacle géographique, allez-vous donner beaucoup de concerts ?

Rick : Non. Nous avons été confirmés ce soir par l’organisateur du Stone Rising Festival (le 12 et 13 avril au Clacson à Oullins, près de Lyon). On y joue le samedi 13. Pour l’instant, il y a Mars Red Sky, Loading Data, Cadavar… C’est la seule date prévue pour le moment car Clément part à Prague dans deux semaines, Max est à Besançon, Mathieu part à Carcassonne dans trois semaines. Noune est à Dijon et moi à Lyon.

Noune : Pour répéter, on arrive toujours à se caler une date. On fonctionne avec un calendrier sur long terme. On se donne rendez-vous dans deux semaines, un mois, un trimestre et on se rejoint à tel endroit pour répéter. Comme ça, c’est clair dans nos têtes et on avise chacun de notre côté pour être disponible à la date qu’on s’est fixée. Et puis il y a une forte motivation personnelle pour nous déplacer et venir répéter tous ensemble.

Rick : On a toujours été confrontés à cette situation depuis qu’on a monté le groupe en décembre 2009. C’est pour ça qu’on s’en sort plutôt bien dans l’organisation. On a appris à faire avec.

  • Ma dernière question : avez-vous un studio de répèt fixe ou bien êtes-vous sans studio fixe ?

Rick : On fréquente quelques studios différents mais nous répétons souvent dans le Jura car nous sommes originaires de là-bas et c’est un peu à équidistance de chacun. C’est plus simple pour nous. Il y a des locaux qui sont mis à disposition depuis quelques temps. Avant, on répétaient chez le père d’un pote à nous, on s’est toujours démerdés pour jouer quelques part (rires). C’est le principe de Slut Machine : do it yourself. Ça l’a toujours été et je pense que ça le sera toujours (rires).

Noune : C’est aussi pas mal de système D. Par exemple, pour un local de répèt à Lyon c’est 30€ les deux heures, alors que dans le Jura, c’est 3€ de l’heure.

Rick : Même si ça nous coûte du pognon de voyager, on est tous contents de se revoir dans le Jura.

Noune : Et souvent il y a une grosse fête le soir (rires).

Rick : On en profite pour se mettre une tôle, on joue de la musique…

Noune : Rock n’ Roll quoi… (rires)

Un grand merci à Rick, Noune et Tank pour nous avoir accordé un peu de leur temps afin de nous répondre. On se donne rendez-vous le samedi 13 avril au Stone Rising Festival (lien vers la page officielle du festival ici).

D’ici là, je vous invite à les découvrir via leur myspace et leur site bandcamp où vous pourrez écouter et télécharger l’intégralité de leur discographie.

Slut Machine au grand complet, 11 janvier 2013 à Lyon sur la terrasse du Ninkasi.

Slut Machine au grand complet, 11 janvier 2013 à Lyon sur la terrasse du Ninkasi.

KOUNI