Propos recueillis par MetalKouni et Mike.

C’est après un concert monstrueux et mouvementé que nous retrouvons le groupe T.A.N.K. dans les loges afin de parler de son actualité. Des musiciens détendus et encore bien au taquet malgré un set à 200 à l’heure…

  • Nous allons commencer par parler de votre second album « Spasms Of Upheveal », sorti en octobre 2012. Quel accueil a t’il reçu ?

Raf Pener (chant) : Plutôt bien. On avait un peu de pressions par rapport aux webzines qui ont chroniqué le premier album (ndlr : « The Burden of Will », sorti en 2010) en disant qu’il était bon mais qu’ils attendaient notre prochain album au tournant. Nous n’appréhendions pas ne savions pas comment il allait être reçu.

Clément Rouxel (batterie) : De toutes façons, le groupe qui sort son album en disant : « ouais c’est bon les gars, avec celui-là, on va cartonner ! », ça arrive rarement. Nous sommes vachement contents car on a eu pas mal de retours positifs. On s’est pris très peu de râteaux (rires).

Olivier d’Aries (basse) : Et comme on a pu avoir une distribution à l’étranger, notamment l’Allemagne, la Hollande et le Bénélux, des pays que nous avions ciblés, nous avons aussi eu des retours positifs de ces pays.

Raf : Ce qui n’était pas le cas sur le premier album…

Olivier : Ouais. Donc globalement, l’album a été bien reçu. Nous avons pu assurer la promotion avec Replica. Nous nous sommes bien entourés et ça a bien marché. Il y a toujours des gens qui n’aiment pas mais ça c’est normal.

  • Vous avez fait un featuring avec Jon Howard de Threat Signal sur « Inhaled ». Comment s’est passé votre collaboration avec cet artiste ?

Clément : Comme tu a pu le voir ce soir, il a une grosse côte de popularité (rires).

Symheris (guitare) : Aujourd’hui, j’en ai entendu un gars dans la fosse qui disait : « ah mais je le connais lui, c’est pas le mec qui vend des pizzas sur la place ? » (rires).

Raf : En fait, on a toujours aimé les featuring et cela même avant le premier album. Sur notre premier EP, on a enregistré un titre avec Steve Petit, le chanteur de Zuul FX. Et de là nous es venue une manie, à chaque fois, on avait envie de faire un featuring. Sur « The Burden of Will », nous en avons fait un avec Guillaume Bideau (MNEMIC, One-Way Mirror). Du coup, lorsqu’on a commencé à composer « Spasms… », on s’est dit que ce serait cool d’avoir un nouveau feat. Nous avons réfléchi aux groupes que nous aimons en commun, ce qui est difficile dans T.A.N.K car on vient tous d’horizons très différents. Nous sommes donc tombés d’accord sur Threat Signal, un groupe qui nous plait à tous et surtout sur la voix du chanteur qui nous a tous scotchés.

Clément : C’est surtout qu’on cherchait un chanteur qui possède une voix particulière. On voulait un mec qui soit reconnaissable en chantant juste une seule note. Dés la première note, tu sais que c’est lui. Et la liste n’étant pas si grande que ça, on s’est dit autant voir les choses en grand et on a choisi Jon en le contactant simplement par Facebook. On lui a proposé un titre et il a réagi immédiatement. Du coup, ça s’est f ait très rapidement.

Raf : En plus, il connaissait déjà notre groupe.

Symeheris : On lui a proposé deux morceaux différents. Un morceau mélodique et un autre plus technique. Il a choisi le plus mélodique (Inhaled) et a ajouté ses lignes de chants depuis son studio au Canada puis nous a envoyé l’enregistrement. Limite c’était déjà nickel, super bien travaillé et tout. Le premier jet, c’était la raclée directe. On a fait juste une petite modification et c’était terminé. Franchement balèze quoi.

  • Allez-vous refaire d’autres concerts avec lui ?

Clément : Ah, ça on aimerait bien mais il vit au Canada et son groupe a pas mal d’actualités. Je pense que la seule possibilité serait qu’il fasse une tournée en France et qu’on puisse partager l’affiche.

Olivier : Ou alors, il prend des vacances en juin et vient nous rejoindre sur le Hellfest pour chanter durant notre set.

  • En parlant du Hellfest, vous êtes confirmés sur l’affiche 2013 du festival. Comment s’est passé la négociation pour y participer ?

Raf : Faut coucher, sucer les bonnes personnes (rires).

Olivier : En fait, c’est une longue histoire. Notre démarchage a commencé pour l’édition 2009. Il y avait Julien Metternich de NRV-TV qui s’occupait de la communication et avait choisi « Brothers In Arms », notre premier single comme bande-son. Du coup, les gens qui venaient au Hellfest nous ont connu grâce à ça. Ça nous a déjà permis d’avoir un premier contact. Ensuite, on a été distribué par le label indépendant Season Of Mist pour notre premier album et ils ont appuyé pour qu’on joue au Hellfest les années suivantes. On a été déçus que ça ne se soit pas fait mais c’est plutôt logique qu’un jeune groupe avec un seul album ne soit pas programmé. Cette année, en plus des bonnes critiques sur notre nouvel album, la programmation du Hellfest est plus orientée vers les groupes français par rapport aux autres éditions. L’organisation du festival a été un peu critiqué sur ça avant.

Symheris : Les places sont chères au Hellfest donc il faut que le groupe candidat fasse ses preuves. Donc, effectivement pour le premier album, c’était un peu prématuré.

Clément : En fait, ce sont les gars du Hellfest qui écrivent les biographies des groupes sur leur site. Et pour nous, ils ont écrit un truc qui fait plaisir !

  • Vous pensez enregistrer votre concert au Hellfest ou bien l’équipe du festival s’en occupe ?

Raf : J’ai un doute car si les groupes passant sur la Mainstage sont bien enregistrés et filmés, ce n’est pas forcément le cas pour ceux jouant sur la scène The Altar (ndlr : scène sur laquelle se produira T.A.N.K le 22 juin).

Olivier : Il y a déjà ça et si c’est comme au Wacken, il faut payer pour avoir les bandes. Sans dire trop de conneries, au Wacken, si tu veux les bandes en HD, ça te coûte 4 000 €. Nous avions acheté la version Web qui est à 500 € et il fallait remixer le son nous-mêmes.

Raf : Ce qui est cool en revanche, c’est qu’à la fin de ton set, ils te filent un DVD alors que t’a rien demandé. Sauf que c’est inutilisable et c’est d’ailleurs interdit de l’utiliser. À la base, c’est un souvenir quoi. Mais après si tu veux l’exploiter, ben faut payer.

Olivier : Nous nous sommes dit qu’on allait quand même l’exploiter car c’est pas tous les jours que tu joue au Wacken ! Du coup, pour le Hellfest, je sais pas, on verra bien ce que ça donnera. Mais bon, faut avoir les ronds derrière, c’est toujours le même problème.

  • En ce qui concerne l’équipe, vous avez un nouveau guitariste en la personne de Nils Courbaron…

Clément : La suceuse ! Celui qui a intégré le groupe juste pour jouer au Hellfest ! (rires)

Symheris : On a accueilli monsieur Nils Courbaron à la guitare rythmique et il fait super bien son boulot. Il assure bien le petit jeune.

Clément (s’adressant à Nils) : Tu peux parler de toi aussi…

Nils : Je vous emmerde bande de connards ! (rires)

  • Comment s’est passé son intégration ? A t’il participé à la composition du nouvel album ?

Raf : Il n’a pas participé à la composition de « Spasms » car il est arrivé après l’enregistrement. Mais là, on va vite se remettre à la compos et c’est d’ailleurs Nils le premier à nous envoyer des idées. Mais le fait est que ça fait vachement rapidement. C’est ça qui a été le déclencheur quand on a auditionné tous les gratteux. Avec lui, il s’est passé un truc direct. Peut-être que ça venait qu’on se connaissait un petit peu d’avant, nous nous sommes croisés deux ou trois fois auparavant. Bref, quand nous l’avons pris, j’avais l’impression qu’il était là depuis dix ans.

Clément : Comme je disais tout à l’heure, T.A.N.K c’est notre bébé à tous, il n’y a pas de leader. On cherchait avant tout un mec qui s’intègre, qui soit à part entière dans le groupe. Pas juste un musicien avec sa guitare et qui secoue ses cheveux. Donc, on a tous violé Nils avant toute chose. Ça s’est bien passé, on a pensé que c’était un bon coup alors on l’a gardé avec nous (rires).

Nils (guitare) : En fait je suis également dans Lyr Drowning, un groupe de death prog parisien puis j’ai un projet perso à côté de tout ça. Projet dans lequel j’ai l’honneur d’avoir en featuring mon cher ami Symheris. En gros, je ne connaissais son groupe humainement parlant mais c’est à la toute fin de l’enregistrement de mon EP (Madness Leads To Death, sorti en 2011) que j’ai demandé à Symheris un coup de main. La confiance était là dés le début.

  • Comment se passe le processus de création dans T.A.N.K ?

Symheris : C’est un secret, on le dit à personne ! (rires)

Nils : Alors, de ce que l’on m’a dit, on se met tous en slip dans la boue et c’est celui qui gagne qui écrit la chanson… (rires). En mode « Fort Boyard » quoi…

Raf : Si tu veux la vérité, comme nous composons tous, c’est soit l’un de nous qui va envoyer un riff, qui ouvre sur de nouvelles choses, soit il se fait copieusement insulter. Et ça, ça arrive souvent car on est tous un peu brut de décoffrage (rires). C’est compliqué car ça prend du temps et il faut que ça plaise à tout le monde.

Olivier : Il n’y a pas vraiment de méthode définie. Par exemple, quand Raf compose, il écrit des trames assez longues. Généralement, il arrive à présenter un morceau déjà terminé et nous rajoutons notre patte dessus. Après, certains d’entre nous préfèrent trouver des riffs puis on construit autour. On a un processus de compo assez long mais finalement sur le dernier album, on a mis un an pour le composer, en faisant des concerts en même temps. Donc, c’est pas si long que ça en fait.

Raf : Le « problème » c’est que nous avons tous des influences différentes. Du coup, quand il y en a un qui trouve un truc dans l’esprit d’un groupe qu’il affectionne, ça ne plaît pas du tout aux autres. L’idée c’est aussi qu’on essaye de faire notre truc, c’est un brassage de pleins de choses. Alors quand les influences des uns et des autres commencent à trop ressortir, ça ne nous plaît pas du tout.

Clément : Le but premier est de composer un truc qui nous plaît à tous les cinq. C’est ça le plus important. C’est pareil lorsque nous avons composé notre second album, les gens nous attendait au tournant mais nous n’y avons pas pensé un seul instant à ces gens-là. Nous ne nous sommes pas dit qu’il fallait créer une copie du premier album. Il fallait qu’on fasse la musique que nous avions envie de faire.

  • Une question sur vos influences, quelles sont-elles ?

Raf : Oh putain (rires). Les principales influences sont Soilwork, In Flames, dans une lignée très death mélodique suédoise. Mais le dernier album intègre clairement des trucs beaucoup plus modernes, plus alambiqués. Il y a une petite influence de Meshuggah aussi.

Clément : On aime bien le thrash américain, Mnemic, la scène suédoise…

Symheris : Si je peux rajouter BonJovi dans les influences ?

Raf, Olivier, Clément : Ta gueule ! (rires)

  • Raf, tu écris toi-même les paroles. Quelles sont tes inspirations ? Est ce que c’est du vécu, ton imagination ?

Raf : C’est comme la musique. Il faut que j’écrive ce que j’ai envie d’écrire au moment où j’en ai envie. Effectivement, un rien peut m’inspirer : un livre, une situation, une plante verte… Tu vois, n’importe quoi ! Même un jeu vidéo peut m’inspirer. J’essaye toujours de faire un truc imagé. Des fois je parle de la mort mais de façon plus poétique, plus imagée où il n’y a pas de mots classiques, clichés. Les sujets sont très larges et avec différents niveaux d’interprétation. Comme ça, le mec qui écoute le morceau pourra peut-être mieux se reconnaître dans les textes. J’essaye aussi de coller au nom du groupe (ndlr : T.A.N.K sont les initiales de « Think Of A New Kind » ce qui se traduit par « penser d’une nouvelle façon »). C’est à dire que lorsque je parle d’une chose, j’essaye de la prendre d’un point de vue inattendu. Par exemple, la chanson sur la mort n’est pas forcément triste (ndlr : Raf doit faire allusion à la carte de la mort dans le tarot, symbole de changement et de renouveau).

  • Vous diffusez vos clips sur Youtube. Internet est une part essentielle de T.A.N.K ?

Olivier : C’est surtout que M6 ne veut pas de nous ! (rires) Du coup, on fait avec les moyens du bord et pour nous, c’était créer notre chaîne Youtube.

Symheris : C’est surtout logique pour un groupe de métal, mis à part pour les gros groupes qui auront un clip diffusé tard le soir, la plupart des groupes développent leur visibilité sur internet et donc Youtube.

Olivier : Un groupe c’est un peu comme une entreprise. On a tous des talents dans différents domaines. Symeheris et moi faisons pas mal de web, donc on s’occupe de ça. Il y a une vraie partie « communication-image » à gérer avec les Facebook, Twitter, Youtube, Myspace et on pourrait continuer avec tous les « myspace-like » qui existent. Il n’y a plus vraiment de sites internet pour les groupes. Actuellement, il y en a beaucoup qui redirigent vers leur page Facebook. Nous avons quand même créé un site internet car c’est important pour nous de bien remonter sur les pages de recherche Google.

Raf : C’est surtout le fait d’avoir notre monde à nous car Facebook est tout blanc et bleu, c’est terriblement impersonnel.

Olivier : On veut aussi revenir à certaines valeurs. Tu vois quand t’étais ado, tu recherchais le site de tel ou tel groupe sur internet pour ses photos, ses actus, voir ses influences, les pizzas qu’il préfère… Je pense que les groupes y reviendront car tous ces trucs ont évolué trop bizarrement et ça devient incontrôlable. Donc ouais, on essaye d’être présent un peu partout sur le web. C’est vital pour nous. Ça ouvre des opportunités que nous n’aurions peut-être jamais eu autrement. C’est pour ça qu’on a besoin de gens comme vous qui font tourner un webzine et qui se déplacent à nos concerts.

Raf : Juste un petit mot pour finir. Le graphiste qui s’occupe de nous, de tout l’univers de T.A.N.K depuis le deuxième album, s’appelle Ludovic Cordelières (Rusalka Design). Il fait partie des personnes qu’on veut remercier. Maintenant, il fait un peu partie de l’équipe. On aime bien s’entourer de gens talentueux qui se greffent au projet et qui font ça plus par passion que par intérêt. Et ça, c’est cool !

L’interview est terminée et nous laissons le groupe ranger son matériel avant de repartir pour Paris. La soirée se terminera par une longue et passionnante discussion avec les Deadside puis il sera temps pour mon collègue Mike et moi-même de rentrer.

Sur ce, je vous invite à visiter le site internet de T.A.N.K en cliquant ici, de même que le site de Ludovic Cordelières dont les travaux sont particulièrement intéressants, avec une esthétique très originale. Pour lire le live-report sur le concert donné ce soir là par le groupe, rendez vous sur cette page.

KOUNI