Aléa – Daedalus

Posté le : 28 mars 2013 par dans la catégorie Chroniques

Daedalus

Aléa, groupe lyonnais formé en 2004, est ce qu’on peut appeler un OVNI ou alors un concept à lui seul. En effet, en résonance à son nom (du latin alea, signifiant « hasard »), le groupe distille une musique très surprenante, changeante et instable. Sans toutefois partir dans toutes les directions, les trames musicales étant soigneusement écrites pour égarer l’auditeur sans le perdre. C’est un peu paradoxal mais c’est la nature même d’Aléa.

Après deux opus, « Esquisses » en 2008 et « Mise en abîme » en 2010, les Lyonnais publient en ce premier trimestre 2013 leur troisième effort, intelligemment baptisé « Daedalus ». Pourquoi est-ce intelligent ? Pour la simple raison que ce court EP de 19 minutes est un véritable labyrinthe musical (Daedalus, nom grec de Dédale, architecte ayant conçu le labyrinthe dans lequel fut enfermé le Minotaure). D’ailleurs, en parlant de mythologie grecque, on pourrait identifier cet EP à un « concept-EP » car chacune des chansons tire son nom de ladite mythologie. Un voyage dans les légendes antiques avec Aléa comme guide, ça vous tente ?

L’entrée du labyrinthe se nomme « Erèbe » et fait référence à une région des Enfers située entre le monde des vivants et des morts, région par laquelle passent les âmes des défunts. C’est un peu l’ambiance retranscrite par ce morceau, très court (02;04) qui démarre par une introduction très légère, aux teintes électro (il y en a partout, mais sans jamais prendre le dessus sur les autres instruments). Mat, le chanteur, nous invite à le suivre dans un voyage « à travers les décombres aux abords du fleuve ». Le ton est posé. Usant d’une voix claire au début du titre, Mat passe en voix hurlée mais avec justesse et les textes (en Français) restent compréhensible. Ces derniers étant toujours recherchés et profonds, on sent un véritable effort d’écriture tout au long de l’EP, mis en valeur par un très bon mixage.

Cette rapide introduction visait à nous faire rencontrer « Ouranos », divinité grecque affiliée au Ciel qui créa les Titans. Avec Aléa et Sons Of Metal, on apprend pleins de choses. Ce titre, plus rapide et rentre-dedans que le précédent possède également un très bon groove et quelques accalmies nuancées par la puissante basse de Simon. Entre jeu aux doigts et slap, le bassiste apporte beaucoup de punch à ce morceau qui n’en manque déjà pas à la base. Vivien, guitariste, joue des riffs puissants et directs, typiquement rock. Pas de grosse technique ni de démonstration prétentieuse, juste de la simplicité et du groove. Un discret synthé fera quelques envolées par moments mais il faut être attentif pour l’entendre. Ce n’est pas plus mal, la musique d’Aléa reposant plus sur la subtilité que le bourrinage de cordes et de touches.

Les premières notes électro d’Algos présagent un titre très aérien et éthéré. La voix douce et pleine de justesse de Mat vient se poser sur une mélodie jouée à la guitare. On se laisse aller jusqu’aux premiers coups de batterie donnés par Nivek. Le jeu de batterie, plutôt technique comparé aux autres instruments, est un régal pour les oreilles et ce jusqu’à la dernière note de la dernière chanson. Le chant de Mat parvient ici à parfaitement retranscrire le titre de la chanson, à savoir la tristesse et la souffrance (Algos, en ancien grec). S’il use d’une voix claire sur la grande partie du morceaux, Mat « hurlera » à quelques reprises avant de finir le titre sur une légèreté tout à fait maîtrisée. Décidément, nous arrivons à la quatrième pièce de ce labyrinthe et non content d’avoir eu des constructions musicales de qualité, on a encore envie de se perdre dans cette aventure. Un bon signe.

Le quatrième titre est un instrumental uniquement électro. Pas de guitare, ni de basse et encore moins de batterie pour cette pièce de trois minutes qui va retourner vos sens. Et pour cause, le titre est Léthé. Toujours pas à l’aise avec la mythologie grecque ? Alors voici un petit résumé : Léthé est un fleuve coulant dans les Enfers. Les âmes souhaitant revenir sur Terre devaient boire une gorgée de ces eaux afin d’oublier un souvenir de leur vie passée. En ce qui nous concerne, le fleuve ne coule que trois minutes, mais durant ce court laps de temps… et bien le temps semble figé justement. Une voix masculine et hypnotique nous distille des informations tout au long du morceau et nous entraîne vers une fin malheureusement amenée trop brusquement. Les expérimentations électroniques sont si bien distillées que s’en est dommage de ne pas avoir mieux travaillé la conclusion. Toutefois, Léthé reste un très bon instrumental, original et là encore, la musique colle bien au mythe. Du moins, l’imagination en est stimulée comme arrive à le faire un bon romancier.

Nous arrivons près de la sortie du labyrinthe avec le bien nommé Héméré (divinité issue du Chaos, symbolisant le Jour). Après les torpeurs du fleuve des Enfers, de la souffrance et de la passerelle entre le monde des vivants et celui des morts, nous sortons enfin à la lumière du jour. Titre le plus rock de l’EP, Héméré est constitué d’un riff lourd et de double-pédale (aucun rapport avec les Grecs, je précise). Mat alterne à nouveau entre chant clair et hurlé tandis que les changements de mélodies et riffs seront nombreux. On notera plusieurs passages instrumentaux, sans solos, qui miseront une fois encore sur la sensibilité plutôt que sur la difficulté d’exécution d’accords crispants. La fin est bien amenée et conclu un EP décidément riche en textures et ambiances.

Voilà, nous sommes sortis du labyrinthe et pouvons reprendre le cours de notre vie. Aléa a produit un EP très surprenant, riche et original. Les plus attentifs auront remarqué que je n’ai pas précisé quel était le style musical d’Aléa. C’est parce que je n’en ai pas trouvé. Foncièrement Metal, un peu Doom, un peu Prog, un peu Electro, un peu de plein d’autres choses aussi. Tout simplement inclassable. Un concept en lui-même vous disait-je. Si l’expérimentation ne vous fais pas peur, alors allez-y ! Je vous encourage à télécharger gratuitement Daedalus et de vous faire votre propre avis. Je vous ai guidé jusque ici, à vous de faire le reste du chemin…

Pour visiter le site et télécharger l’EP : ici

KOUNI

  1. Merci pour cette belle chronique 🙂
    Au plaisir !