Pour la première édition française du Stone Rising Festival, les organisateurs Are You Stoned? et Stoned Box Asso ont réussi l’exploit de faire venir quelques pointures de la musique Stoner (Loading Date, Kadavar) et surtout d’avoir fait salle comble les deux soirs ! Faut dire qu’ils avaient mis les petits plats dans les grands pour ce festival qui se déroule au Clacson, salle située à Oullins, près de Lyon. Comme je couvrais le concert de Coredump et All Of You Down à Grenay le 12 avril (lire l’article ici), je n’ai pu assister au début du festival. Dommage, ça m’aurait bien plu de revoir Loading Data… Tant pis, je prends ma revanche le samedi soir et je ne vais pas être déçu ! Ce soir, nous allons avoir droit à un aller simple dans le cosmos…

Space Fisters

Ça commence très fort avec les Space Fisters et leur Speed Stoner à tendance psychédélique. Voire même atmosphérique, car les ambiances créées par le trio sont tellement planantes qu’on se sent comme emportés quelque part. La performance musicale est bien là, avec des compositions riches et toujours surprenantes. La performance physique également, surtout de la part de Clément, le bassiste-chanteur qui s’agite de part et d’autres de la scène et frappe violemment les cordes de sa basse Precision. S’il chante très peu (la musique de Space Fisters repose surtout sur les longues parties instrumentales, on peut parfois penser aux Queens Of The Stone Age), il capte néanmoins l’attention du public, encore peu nombreux à cette heure-ci (il est 20h00). Le set est très énergique et nous plonge rapidement dans l’univers du groupe. Le batteur, Léo, ajoute un degré d’énergie également avec son jeu à la fois subtil et puissant. Quant à Robin (guitare), son toucher et sa sensibilité en rajoutent encore un peu plus au caractère si particulier du groupe. La formation termine son set enivrant sous les applaudissements et a lancé cette soirée de la meilleure manière qui soit.

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Slut Machine

Coup de cœur de votre humble serviteur lors de leur passage au Ninkasi Kafé (lire l’article ici), les Slut Machine s’installent sur la scène et vont nous faire découvrir leur vision du Stoner. Un Stoner plutôt Heavy et bien gras pour tout vous dire. Les trois guitaristes Matt, Sky et Rick balancent riffs sur riffs sans jamais se gêner les uns les autres. Chaque guitare s’associe parfaitement aux autres. Si le mixage des instruments est très bon et nous permet d’apprécier toutes les nuances des jeux de guitares, il n’en est pas de même pour la voix de Rick, désespérément inaudible tout au long du concert, à part quand le chanteur monte dans les aigus. Vraiment dommage. Du côté de la section rythmique, ça envoie du lourd avec Tank à la basse et Noune derrière les fûts. Tank est d’ailleurs plus en forme qu’au Ninkasi et sautera dans la fosse durant la dernière partie du monstrueux final « Tornado » pour s’éclater avec les spectateurs (j’ai d’ailleurs failli faire plus ample connaissance avec le manche de sa Fender Jaguar). On remarque une réelle complicité entre les membres du groupe et chacun se donne à fond pour réaliser le meilleur show possible. Le public ne s’y trompe pas et applaudit sincèrement les Slut Machine pour leur prestation réussie. Un groupe à suivre !

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Mars Red Sky

Bienvenue à bord du vol direct vers les contrées inexplorées de la planète rouge et attendez-vous à un voyage inoubliable ! Non, l’humanité n’est pas encore capable de voyager jusqu’à Mars (un jour peut-être…) mais pourtant, avec le groupe Mars Red Sky, c’est un peu ce qui va se passer. En effet, le trio va nous mettre faire voyager à travers les lieux et les époques grâce à son Stoner Psyché de haute voltige. Le groupe est manifestement très attendu car le public (soudainement augmenté d’une centaine de personnes) vient se masser devant la scène. Sur le mur au fond de la scène, des images d’archives datant des années 50 aux seventies, défilent sans cesse sur un écran géant. Sans rapport les unes avec les autres, elles nous donnent une étrange sensation, comme si notre pensée était manipulée par d’étranges procédés. Les compositions lancinantes de Mars Red Sky nous hypnotisent, ou plus exactement le jeu de guitare littéralement stupéfiant de Julien. Véritable virtuose de la six-cordes, il maitrise également ses (très) nombreuses pédales d’effets, donnant ainsi à sa musique une texture unique. À mes côtés, j’entend quelques spectateurs bluffés dire : « pffff non c’est bon, j’arrête la guitare » quand d’autres analysent les techniques de jeu. Il est vrai que nous avons droit à une véritable leçon de guitare ! Toutes les techniques et effets y passent. Sans tomber dans la démonstration orgueilleuse toutefois, car tous ces effets (et le travail de recherche en amont) ajoutent un élément essentiel à toute musique : l’émotion. Et nous pouvons la ressentir pleinement. N’oublions pas la section basse-batterie, bien qu’étant en retrait scéniquement, est tout au
ssi prépondérante dans les compositions torturées mais sans jamais prendre le dessus. Jimmy (basse) et Mat (batterie) bâtissent un édifice solide sur lequel Julien peut se reposer pour exprimer ses talents. Contrairement au mixage micro de Slut Machine, cette fois le chant de Julien est bien audible et rajoute encore à l’ambiance intimiste (son chant ressemble à celui de Thom Yorke de Radiohead). Le set ne dure que 45 minutes mais ce fut 45 minutes de bonheur (et de leçon de guitare pour les guitaristes présents). Une énorme claque, vraiment.

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Kadavar

À peine remis de la baffe technique Mars Red Sky, Kadavar arrive pour nous asséner THE BIG claque. Et je n’exagère pas. Après une balance assez longue, le trio all… heu non le duo allemand accompagné d’un nouveau bassiste monte enfin sur la scène, accompagné des cris d’un public déjà tout acquis à sa cause. Certains ont même pris place sur l’escalier de secours situé à gauche de la scène. Le bassiste original, Mammut, a quitté ses compères en pleine tournée et à dû être remplacé au pied levé par ce jeune homme qui n’a eu que quelques jours pour apprendre le répertoire. Je vous rassure tout de suite, le petit nouveau assure bien, même s’il lui a fallu un peu de temps pour se mettre dans le bain. Bien qu’il reste scéniquement retrait durant tout le set, son groove est très efficace et sert bien le jeu de guitare énervé de Wolf. Le guitariste barbu (et chevelu) au style vestimentaire typé 60’s (comme l’ensemble du trio) est d’excellente humeur et communiquera souvent avec nous. En revanche, Tiger, le John Bonham prussien, fait un peu la gueule mais son jeu est… énormissime. Je n’avais encore jamais vu, ni entendu des patterns et fills aussi furieux. La durée de vie des peaux ne doit guère dépasser les deux concerts ! Non seulement Tiger frappe fort mais son jeu est terriblement rapide et précis. De véritables frappes chirurgicales ! Si Wolf est un excellent guitariste, que ce soit pour les riffs furieux ou les solos déjantés, le véritable fer de lance de Kadavar est sans conteste Tiger. Constamment sur la brèche, il se donne réellement à fond et ne relâchera ses efforts qu’à la fin du set. Il faut le voir s’écrouler de fatigue sur sa caisse claire à la fin d’un titre au tempo très élevé, pour se redresser immédiatement et démarrer le morceau suivant sur les chapeaux de roues. Epoustouflant ! Wolf, certainement motivé par son cogneur, l’imitera et nous enverra moult riffs puissants, accompagnés de headbanging effréné. On ne sait plus où regarder ! La musique de la formation germanique, oscillant entre Black Sabbath, Led Zep ou encore Hawkwind (que de la bonne) est enivrante et donne envie de s’éclater. Le public se laisse entraîner par cette hargne et certains spectateurs vont pogoter et une dizaine de slams seront tentés. C’est l’incendie dans la fosse ! Des pogos et slams dans un concert de Stoner, oui c’est possible. Comme quoi, tout arrive dans la vie. La fin du set sera aussi puissante que l’ensemble du concert et c’est devant une foule surexcitée et heureuse que Kadavar prendra congé pour laisser la place à Abrahma. Quelle baffe ! Kadavar vainqueur par K.O au troisième round.

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Abrahma

Passer après le tsunami Kadavar n’est pas chose aisée. Et pourtant, Abrahma va devoir le faire. Malheureusement, en plus de la désertion d’une bonne partie du public, le quatuor va devoir subir une des hantises de tout groupe de rock : les coupures de courant intempestives. En effet, durant les balances, trois coupures mettront fin à la préparation et une quatrième viendra gâcher le début du concert. La régie repoussera le concert pour remédier au problème. Dix minutes plus tard, Abrahma peut enfin nous jouer son Heavy Rock Psyché. Les nombreux effets crées une ambiance proche du Prog mais la musique reste fondamentalement Stoner. Les compositions complexes nous baladent dans un monde éthéré, avec quelques samples pour ajouter de l’étrange à ce style si particulier. Le son est encore une fois bien mixé et les musiciens sont pleinement concentrés sur leurs partitions, assez techniques. Malheureusement, le combo doit raccourcir drastiquement son set afin de respecter le couvre-feu. Dommage.

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Une grande réussite, cette première édition du Stone Rising Festival. Même si je n’en ai vu que la moitié. On me dit qu’une deuxième édition verra le jour en France et je vous invite vivement à réserver votre journée pour y aller.

Bravo à Are You Stoned? et Stoned Box Asso pour l’organisation et leur professionnalisme. Merci pour leur accueil et merci aux groupes pour ce moment juste génial.

Pour découvrir les groupes, cliquez sur leurs noms : Kadavar, Mars Red Sky, Abrahma, Slut Machine, Space Fisters.

KOUNI