Peu avant la sortie de leur nouvel album Now What ?!, les Deep Purple sont passés à Paris pour répondre aux questions des journalistes. Voici un petit compte rendu de ce qui s’est dit.

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C’est en toute simplicité et sans fioritures que Ian Gillan (chant) et Ian Paice (Batterie) ont répondu aux questions des journalistes présents au Bus Paladium une semaine avant la sortie de l’album. Les « papys du Hard Rock » n’en sont pas à leur première conférence de presse et ça se voit (et s’entend), mais les deux rockeurs sont loin d’être lassés et répondent à nos questions avec le sourire.

Pourquoi avoir fait le choix d’une couverture si sobre pour votre nouvel album ? (un « !? » en violet sur fond blanc).

Vous pouvez faire ce que vous voulez pour une pochette d’un album : utiliser une photo quelconque et appeler l’album comme vous voulez. Mais si vous utilisez un symbole ou quelque chose de plus ambigu, les gens se demandent de quoi il s’agit. Et vous attirez leur attention, comme ça à attiré la vôtre, justement. Cette pochette et ce titre représentent les deux années à venir pour le groupe et comme cela fait déjà un an que nous avons choisi celle-ci, tout nous semble très naturel.

Ian Paice (Batterie)

Ian Paice (Batterie)

Pourquoi avoir attendu si longtemps entre Rapture of the Deep (2005) et ce nouvel album ? Pourquoi avoir choisi Bob Ezrin (Alice Cooper, Pink Floyd) pour le produire et était-ce dans un souci de le faire sonner vintage ?

Avec tout le temps passé sur la route, nous n’avions pas de nouvel album de prévu. Nous en parlions vaguement mais en repoussant sans cesse l’idée de le faire. Nous avons rencontré Bob en février 2012 au Canada et commencé à parler de quels éléments ferait un bon nouvel album.

Nous avons repensé à deux choses :  à trois de nos albums : In Rock, Fireball et Machine Head, chacun contenant au moins une chanson longue et au fait que nous sommes avant tout un groupe basé sur l’instrumental, malgré le chant. Nous avions l’habitude de faire de la musique, pas des chansons. Et c’est cette approche que nous avons privilégiée pour Now What, qui découle très certainement des moments passés ensembles sur la route ces dernières années et de longs concerts faits d’improvisations différentes à chaque fois, ce qui était un vrai défi mais renouvelaient sans arrêt notre show.

Quant à Bob, nous n’avions aucun doute sur le fait qu’il ferai un très bon son mais nous n’avions pas idée à quel point il le serait. J’en avais les larmes aux yeux en écoutant le play-back. Le son porte la vraie signature de Deep Purple. Notre relation a été faite de respect et de professionnalisme. Le parcours de Bob est fantastique, il a produit de tout et est un excellent musicien. Je ne pourrais pas vous parler plus de la musique en elle-même sans manquer d’objectivité.

Bob est plein de créativité, mais il est aussi très sérieux. Si tu n’es pas concentré, il te corrige immédiatement. Ce qui fait que tu refais chaque prise peu de fois. Tu perds ta créativité en refaisant une prise dix à quinze fois, et en cela Bob a été très impliqué. Nous sommes à l’heure du numérique et c’est très facile de se laisser distraire, nous avons donc enregistré cet album comme à l’ancienne, quatre gars ensemble dans un studio.

Ian Gillan (Chant)

Ian Gillan (Chant)

Est ce qu’enregistrer à Nashville à apporté quelque chose de spécial à l’album ?

En dehors de ses températures volcaniques, Nashville est réputée pour être LA ville de la musique. Il y en a partout, tout le temps. Et les studios étaient tout simplement incroyables, en termes d’environnement comme acoustiques ou de personnels. Toute porte qu’on y ouvre déverse un flot de musique, de tout genre. New York ou Los Angeles ne sont plus les centres musicaux d’autrefois. Les musiciens vont tous à Nashville. Ils ont les meilleurs musiciens et les meilleurs studios. Si nous devons refaire un autre album d’ici quelques années, nous y retournerons.

Une des chansons de l’album s’appelle « Après vous ». Pourquoi ce choix, de quoi parle ce titre ?

J’étais en tournée avec une association appelée Rock Meets Classic, en janvier 2012. Steve Lukather (Toto) en faisait également parti. Un soir, pendant un rappel sur « Smoke On The Water », le public, d’ordinaire assis, s’est rué devant la scène. L’une des spectatrices s’est placée devant Steve. Vous connaissez le bonhomme Michelin ? Et bien, c’était une bonne femme Michelin ! (rires) Elle dévorait littéralement Steve des yeux. Je me suis donc approché de lui avant qu’il ne démarre l’intro et lui ai dit : « Après vous » (rires) Peu de gens le savent mais nous employons beaucoup d’expressions françaises dans la vie de tous les jours. Bref, cela à mener à cette histoire de deux gars qui sortent ensemble le soir et, comme je le sais d’expérience, deviennent plus indulgents après deux ou trois verres ! les chansons sont faites de ce genre d’expérience qu’on vit en tournée.

L’une des chansons de l’album se nomme Vincent Price, un célèbre acteur de film d’épouvante des années 60. De quoi traite cette chanson ?

Au départ, ce titre n’était qu’un titre de travail car la chanson sonnait comme une bande son de film d’horreur. Nous avons connu Vincent Price, nous avons même travaillé avec lui. Nous comme Bob, d’ailleurs. Sa vraie personnalité n’a rien à voir avec les rôles qu’on lui confiait, souvent très effrayants. Roger est venu un jour en studio avec Vincent Price en tête et nous a demandé quels ingrédients nous aurions utilisé dans un film d’horreur avec Vincent Price, si nous avions été réalisateurs dans les années 60. Nous avons tout cité, des portes grinçantes aux vampires en passant par des zombies, des bruits de chaînes, des femmes nues, des chiens qui hurlent…Nous avions ce que nous voulions ! La chanson est donc un mélange de ce que nous voudrions voir dans un film, sans parler du fait que tout gamin aime avoir peur. Ce n’est pas très compliqué, en somme.

Votre page Facebook recense plus d’un million de fans. Est-ce pour vous un bon média pour communiquer et obtenir des retours des fans ?

C’est assez incroyable, à dire vrai. Depuis que nous sommes tout jeunes, nous avons appris comment fonctionne la communication et le marketing autour d’un groupe et en si peu de temps, tout cela a changé. On continue à discuter avec des fans, à prendre des photos mais les médias ont changé. Cela a ses bons et ses mauvais côtés.

Après avoir un peu bu, je me suis inscrit sur Facebook. Sur le coup, ça m’a paru être une bonne idée mais le lendemain, c’était impossible à gérer : 3000 personnes m’avait fait une demande d’ajout en moins d’une nuit (rires). Presque 25.000 en fin de journée. Dans ces cas-là, que faire à part se désinscrire…

Ian Paice (Batterie)

Ian Paice (Batterie)

Vous êtes un des plus vieux groupe de rock en activité. D’autres plus jeunes que vous sont partis à la retraite. Quel est votre secret ?

Il n’y a pas vraiment de secret. Nous avons débuté alors que nous n’étions que des ados. Cela nous amusait et ça a toujours été pour le plaisir. Au fur et à mesure, les salles se sont agrandies, le public avec. Nous continuons dans cet état d’esprit, comme des gamins de quinze ans qui vont passer un bon moment avec des amis.

Vous êtes considérés comme des pionniers dans le monde de la musique. Apportez vous encore de l’importance vis-à-vis des critiques et devez-vous vous justifier de vos choix ?

C’est amusant car même après 50 ans de carrière, les journalistes continuent de nous poser les mêmes questions. À quoi bon faire attention à ce qu’ils disent si ce n’est même plus original. Nous n’avons jamais vraiment fait attention en ce qui concerne notre aspect commercial, nous n’avons même pas de chargé de promo et nous n’en voulons pas. C’est non conventionnel peut être, mais la musique prévaut, quoi qu’il arrive.

Sentez-vous une frustration a joué encore de vieux morceaux ?

Nous avons conscience de l’importance des titres que les fans demandent depuis des années maintenant. Nous continuons à les jouer car il le faut, des gens seraient déçus sinon et ce n’est pas ce que nous voulons. Mais il y a toujours de la place pour de nouvelles chansons et d’autres moins mises en avant. C’est très stratégique en fait. Nos titres les plus emblématiques et demandés sont toujours accompagnés de titres nouveaux ou moins connus. Il faut des moments forts dans un concert et c’est là-dessus que nous nous basons. Nos sets sont basés sur quatre éléments : les anciens titres, les nouveaux titres, les titres « obscurs » et moins connus, et enfin l’improvisation. C’est une formule qui a toujours marché avec nous. Avec les nouveaux titres, nous en choisissons certains que nous répétons et selon ce que cela rend, nous en conservons certains pour le live, car  tout ne s’y prête pas.

Vous avez joué près de 60 fois en France. Avez-vous une relation particulière avec le public français ?

Je crois que c’était après un concert à Marseille ou dans le sud du pays, que j’ai vu sur notre site Web des centaines et des centaines de messages de fans, la plupart extrêmement jeunes, entre 16 et 17 ans qui semblaient en savoir tellement sur Deep Purple et nous ont demandé de revenir. C’en est presque devenu de la promo virale tant nous étions demandés, donc impossible pour nous de décliner une telle invitation. La France est un pays où nous nous sentons bien. Chaque petite ville possède un Zénith, pas immense mais assez intimiste pour se sentir proche d’un public toujours extrêmement réactif et present, qui nous garantissent un bon moment.

En France, vous possédez vraiment les meilleurs lieux de concert pour la province. On ne voit ça nulle part ailleurs. On trouve des salles à 4 000 places très facilement. Ça n’existe pas en Angleterre. C’est une joie de jouer dans de pareils endroits.

Eladan

Transcription de la conférence : Arnold Petit