Un petit week-end en Ardèche, qui plus est avec le soleil et de la bonne musique, ça ne se refuse pas. Pendant deux jours, huit groupes vont se succéder sur la scène de la salle des fêtes d’Arras. La Caillette Prod a mis les petits plats dans les grands et tous les bénévoles sont sur le qui-vive. Le festival peut commencer.

JOUR 1

Vendredi 10 mai 2013

Ce premier jour sera axé sur le Rock N’ Roll, la bière et la sueur. Place aux groupes !

Les Sœurs Siamoises

Premier groupe du festival, les Sœurs Siamoises vont nous jouer un Rock N’ Roll sacrément incisif et bien rentre-dedans. Sans faire de concessions, les riffs de guitares tranchants et les lignes de basse puissantes fusent dans tous les sens. À tel point que les premiers pogos, bien que raisonnables, commencent déjà dans la fosse. Au micro, Phil vit ses textes qu’il chante en Français, donnant ainsi plus d’impact aux paroles. Complètement possédé par le sens des paroles, Phil déambule avec son pied de micro qu’il enlace et semble être dans un autre monde. Notamment durant la chanson très touchante « Ma Fille ». Très communicatif avec le public, le chanteur nous partage sa joie de vivre tandis que ses lieutenants nous décrassent les oreilles. N’oublions pas la petite touche d’humour de Phil lorsqu’il dédicace le titre « Si seulement t’étais pas jolie », morceau digne d’un single dont l’intro rappelle le Rock joué par Elvis Presley. Une très belle prestation et une entrée en matière excellente pour ce festival.

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Salut Les Anges

C’est maintenant au tour de Salut Les Anges de nous faire vibrer. Dans la même lignée que leur prédécesseurs, le groupe montpelliérain joue un Rock N’ Roll puissant et groovy. Ne vous fiez pas au nom, le groupe est tout sauf sage. Carrés et bien en place, les cinq musicos nous balancent des riffs dignes des pionniers du Rock. Les paroles sont également chantées dans notre langue et force est de reconnaître que ça fonctionne vraiment très bien, d’autant que les textes sont plutôt engagés (« Guerre », « Nomade In France »). Les refrains sont accrocheurs, les structures musicales variées et efficaces. La petite heure que nous passons en leur compagnie passe malheureusement très vite.

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Dr Schultz Experience

Alors là, attention ! Même si l’âge affiché par le trio peut faire dire aux mauvaises langues qu’ils ont l’âge de ranger les instruments et de s’occuper de leurs petits-enfants, les « papys » vont littéralement donner une leçon de Rock aux plus jeunes. Ce groupe n’est pas moins que l’équivalent français des ZZ Top. Oui, rien que ça. Jouant que des reprises, Dr Schultz Experience n’en reste pas aux standards du Rock et s’autorise des reprises de Blues, de Punk et même de Jazz. Il faut entendre la magnifique réinterprétation de « What a wonderful world » du regretté Louis Armstrong pour se rendre compte du talent du trio. Complètement transfigurée, cette chanson d’origine calme obtient une nouvelle jeunesse et c’est un plaisir de l’entendre dans une version plus énervée. Rockeurs jusqu’au bout des cheveux, Schultz et ses deux complices jouent carré et ne s’accordent aucun temps mort. Un jeu groovy, puissant et sans pins, on voit tout de suite l’expérience de ces vieux briscards. La claque finale arrive avec la reprise de « Ring Of Fire » de Johnny Cash, juste excellente. Dr Schultz Experience ou la grosse gifle de la soirée. Je ne peux que vous conseiller d’aller les voir.

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Broc

Dernier groupe à jouer ce premier soir, Broc se présente à nous avec un concept très intéressant. Mélangeant Rock, Jazz et musique psychédélique, le groupe se veut varié musicalement et toujours surprenant. Les musiciens sont tous très concentrés sur leur jeu et tout le monde joue impeccablement. Affichant une belle énergie, le chanteur vit ses textes et nous balade avec des mélodies feutrées et possède une voix  d’une grande sensibilité. À la croisée des chemins entre Radiohead, The Cure et Nick Cave, le style musical de Broc est varié et s’avère être une véritable mine d’or pour les mélomanes. Le chant est toujours bien posé et juste et même lorsque le vocaliste monte dans les aigus, son timbre de voix ne failli pas. Ses collègues ne sont pas en reste et jouent très justes, d’autant que les différents plans s’enchainent très bien. Une belle surprise et une excellente performance pour ce groupe atypique.

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Nous finissons donc la soirée calmement avec la musique de Broc et partons nous coucher. Un peu de repos est nécessaire pour éliminer les nombreuses tournées de bières offertes par les amis mais aussi pour affronter les rouleaux compresseurs du lendemain.

JOUR 2

Samedi 11 mai 2013

De retour sur les lieux du carnage après avoir laissé le temps à nos foies de se remettre du traitement indécent de la veille, nous retrouvons toute l’équipe de la Caillette Prod en pleine effervescence. En effet, dans quelques heures, quatre groupes vont nous envoyer du très lourd. Tout doit donc être au point quand ils arriveront. Nous laissons Kazik et Seb régler le son et les lumières et attendons l’arrivée des groupes.

Coredump

C’est aux Mâconnais de Coredump à qui revient la tâche d’ouvrir le deuxième soir du festival devant un public clairsemé, pour ne pas dire absent. Ce groupe est désormais un habitué de notre webzine (et c’est pas prêt de changer d’ailleurs) mais va quand même nous surprendre une fois de plus. Complètement à fond dés les premières notes, Max (chant), Alex (guitare), Jean-Matt (basse) et Guillaume (batterie) nous envoient des riffs monstrueux et nous mettent une gifle au passage. Si Jean-Matt reste calme tout en jouant de lourdes lignes de basse agrémentées d’une forte distorsion, Max et Alex ne tiennent pas en place et multiplient les poses pour notre plus grand bonheur et celui de mon Nikon D700. Très en forme, Max crache ses textes engagés tandis qu’Alex mouline ses riffs au point de briser les cervicales des quelques headbangers dans la fosse. D’ailleurs, une chose est juste incompréhensible : pourquoi la salle est-elle aussi vide ??? Nous devons être une trentaine, en cherchant bien dans les coins sombres. Pour autant, Coredump n’en a cure et se donne à fond comme si nous étions 5 000. Pas de chichis, pas d’hésitation, les hardcoreux réalisent un set impeccable. Mis à part le fou-rire de Max en plein milieu d’un couplet mais cela prouve que le groupe est heureux de jouer devant nous et que la cohésion entre eux est très forte. Une bonne humeur communicative et un talent certain pour les structures musicales complexes. Qui dit mieux ? C’est juste dommage que Coredump doit raccourcir son set afin de respecter l’horaire.

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T.A.N.K

La première fois que j’ai vu TANK, je n’ai pu assister à l’intégralité du concert en raison d’une interview à donner à Deadside. Cette fois, je peux voir ce que donne ce groupe prometteur sur un set entier. Sans vouloir faire de jeu de mots, c’est une véritable machine de guerre qui déboule sur la scène de la salle des fêtes. Energiques et toujours en mouvement, les membres du groupe occupent la scène sur toute sa surface, à tel point qu’il en est difficile de suivre tout le monde. Raf (chant) maîtrise son jeu scénique ainsi que son registre vocale. Toujours juste et puissant, aussi à l’aise dans le chant clair que hurlé, le vocaliste nous donne une leçon de chant, en plus d’encourager les quelques furieux dans la fosse à mettre le dawa. Et que dire des deux guitaristes, Symheris et Nils Courbaron, véritables virtuoses de la six-cordes. Rythmiques et solos impeccable, taping à huit doigts mélodique, headbanging effréné, les six-cordistes font le show, chacun de leur côté. Mais la section rythmique mérite également d’être remarquée avec la fougue d’Olivier à la basse cinq cordes et l’énergie de Clément à la batterie. Ce dernier, en plus de jouer carré, se permet quelques poses, notamment en jouant debout derrière ses fûts. Olivier maltraite à merveille sa basse et headbange à s’en décrocher la tête, provoquant une contagion dans la fosse, toujours aussi peu remplie. Tout le groupe déploie une immense énergie sur la scène, comme s’il était à un festival de renommée mondiale. Puis arrive le titre fédérateur de la formation parisienne. Sobrement intitulé « T.A.N.K », ce morceau va provoquer quelques ruptures de cordes vocales, dont celles de Mike. Coredump nous avait bien chauffé, TANK nous aura incendié.

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X-TRUNK

Ayant vu le groupe X-Trunk faire sa balance, Mike et moi avons dit : « Houlà, ils vont tout tuer ceux-là ! ». C’est donc impatients et curieux que nous allons voir les Niçois. Déception est le premier mot qui me vient à l’esprit. Non pas que le groupe joue mal, loin de là. Mais le fait que la salle soit désormais quasiment vide a dû mettre un coup au moral des musiciens. Sans parler du spectateur imbibé qui viendra perturber le set à plusieurs reprises, jusqu’à ce que Fredd (chant), lassé, ne lui dise d’arrêter. Musicalement, le groupe est irréprochable, chaque membre jouant parfaitement ses partitions et les chansons étant toutes puissantes, avec des structures efficaces. Mais nous sentons que l’envie n’est plus là. Mis à part Fredd et son bassiste Errol, aux allures de Viking, ça ne bouge pas. Certes, les conditions ne leur sont pas favorables, jouer après la machine TANK et devant un parterre vide ne motive absolument pas à se sortir les tripes. C’est pour cela que je dirais qu’il faut revoir X-Trunk dans de meilleures conditions pour se faire une véritable idée de leur potentiel, que nous soupçonnons être grand.

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Maria Magdalena

Changement radical de registre avec les vaudous de Maria Magdalena. Ce groupe originaire d’Annonay puise dans la Fusion en y apportant sa personnalité imprévisible et sauvage. La présence d’un tromboniste nous confirme que nous allons pourvoir écouter une musique éclectique. Avec des airs de carnaval de la Nouvelle-Orléans, Maria Magdalena nous emmène dans un voyage culturel inattendu. Totalement imprévisible, tans dans sa structure musicale que dans le jeu de scène, le quatuor nous surprend au fil des chansons. Les morceaux commencent calmement avec un riff de guitare très bluesy pour ensuite partir dans une furie hardcore complètement déjantée. On ne s’ennuie pas avec eux ! D’autant que les musiciens affichent un talent remarquable, à la fois pour le jeu et pour la composition. Malheureusement, la salle est vide, seuls cinq spectateurs prennent leur pied sur la musique enivrante de Maria Magdalena.

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Le festival se termine avec les dernières notes de Maria Magdalena. Épuisés mais néanmoins heureux d’avoir pu vivre de tels concerts, il ne nous reste que la déception du manque d’affluence. Les gens ne semblent pas vraiment décidés à sortir de chez eux ce week-end, dommage pour eux. Dommage aussi que les efforts communs des membres de la Caillette Prod ne soient pas mieux récompensés. Triste époque.

Un grand merci et nos félicitations aux membres de Caillette Prod pour avoir organisé ce festival remarquable. Saluons également le professionnalisme de Seb aux lumières et de Kazzik au son qui auront permis aux groupes de jouer dans d’excellentes conditions. Et bien sûr, merci aux groupes d’avoir fait le déplacement et d’avoir joué devant un public absent.

KOUNI et MIKE

Post Scriptum de Mike :

Durant ce week-end eu lieu un festival de fou. Sur deux soirs, avec des groupes ultra bons, des conditions de jeu très bonnes et personne pour apprécier !!!

Merde ! Il y a des associations qui mettent tout en œuvre pour produire des soirées de qualité et se retrouvent avec une salle quasiment vide ! Faire deux plateaux éclectiques sur deux jours avec huit groupes excellents qui viennent des quatre coins de la France. Quatre groupes par soir avec de véritables têtes d’affiches, un accueil « comme à la maison », une bonne salle avec une véritable scène, un son clairement bon, de la promo pour faire connaitre ce festival, un tarif très abordable (8 € par soir ou 12 € le pass deux jours) mais personne pour se bouger.

Grosse déception. Si tu n’es pas dans une grande ville, tu peux avoir toute la passion du monde et l’envie de faire un truc de dingue, personne ne viendra se bouger.

Putain de merde, j’ai pris un gros coup ce week-end… le metal se meurt ? Ou alors il y a juste énormément de « poseurs » qui te disent : « ouais trop bien, je viens clairement » et le soir, rien !

Combien reste-il de vrais passionnés dans cet univers ?

En tous cas, j’adresse un grand merci aux groupes qui ne se sont pas laissés abattre et ont envoyer du lourd. MERCI !

MIKE