Quand les parisiens de 6:33 s’associent avec Arno Strobl, le chanteur de Carnival In Coal, forcément, ça attise notre curiosité. Du coup nous avons rencontré Dietrisch, claviériste de 6:33 et aussi ingénieur du son pour l’album « The Stench From The Swelling », pour un interview au cours de laquelle nous avons été rejoint par Arno Strobl en personne. Et on peut dire qu’ils n’ont pas été avares de paroles et d’informations !

Dietrisch

Dietrisch

Sons Of Metal : Dietrisch, peux-tu me présenter Arno et le projet que vous avez monté avec lui ?

Dietrisch : Alors, présenter Arno… C’est un belge ! Plus précisément, c’est un chanteur qui a chanté dans Carnival In Coal pendant une bonne quinzaine d’années. Et donc 6h33 et Arno Strobl, c’est la collaboration entre le groupe 6h33 et Arno, donc l’ancien chanteur de Carnival in Coal. C’est la rencontre entre les deux.

Et d’où vous est venue cette idée de collaboration ?

Dietrisch : On avait sortit notre premier album avec 6:33, « Orphan Of Good Maners », avec un autre chanteur qui a quitté le groupe. Du coup, on avait un peu la hantise de ne pas retrouver de chanteur et que le groupe stagne après ce premier album. Il y avait déjà un featuring d’Arno sur le morceau éponyme « Orphans Of Good Manners » et l’enregistrement c’était super bien passé, depuis la Belgique. On avait gardé un très bon souvenir de cette mini collaboration et du coup on a eu l’idée que, en attendant de trouver un nouveau chanteur, on pouvait faire un petit EP avec Arno au chant, pour voir ça comme une collaboration en « One Shot », le temps de se refaire. On a fait cet EP qui sortit sur internet en mai 2012 et ça c’est tellement bien passé, autant au niveau de la musique que de l’entente humaine avec Arno, qu’on s’est dit tout simplement que l’on ne pouvait pas en rester là et qu’on allait enregistrer d’autres titres et faire un véritable album pour avoir une trace physique de l’ensemble de cette collaboration. Et ça a donné « The Stench From The Swelling« .

Vous vous êtes rencontrés sur le premier album, mais vous connaissiez déjà Arno et ce qu’il avait fait avant ?

Dietrisch : Oui, on connaissait tous Carnival In Coal et on apprécie tous beaucoup. Ce n’est pas un hasard s’il avait été invité sur le premier album. Il a vraiment une voix que l’on adore et on sentait que nous pouvions s’entendre au niveau des univers musicaux. À l’époque, c’était juste une participation sur un morceau et par la suite on a eu envie d’en faire plus parce que l’on connaissait le background d’Arno avec Carnival In Coal et nous étions sûr que nous pouvions s’entendre.

Dietrisch, tu es claviériste dans le groupe mais tu es aussi ingénieur du son et c’est toi qui a enregistré, produit l’intégralité de l’album. Qu’est-ce que ça fait d’avoir Arno au micro dans ton studio, et de mixer sa voix sur votre musique ?

Dietrisch : Comment dire…. Oui, c’est vrai que c’était extrêmement particulier. On ne s’est rencontrés physiquement que le premier jour d’enregistrement de voix. On avait uniquement correspondu par mail ou par messages instantanés avant ça. Je me demandais comment ça allait se passer et au final. Il a une façon de faire en studio qui fait que tout à l’air facile et évident. C’est un vrai plaisir de l’enregistrer, ça sonne tout seul. Je ne sais pas comment le décrire mais c’était une super sensation d’enregistrer Arno. C’est l’une des plus grosses têtes que j’ai eu chez moi. C’était vraiment un grand plaisir.

Pour revenir sur la musique de 6:33, est-ce que cet album n’est pas un tournant, on a l’impression que jusque là vous avez fait des chansons relativement méchantes dans l’âme et là ça change radicalement, non ?

Dietrisch : Radicalement, je ne sais pas. Je pense que sur le premier album, c’était un coup d’essai. Nous étions dans une phase de balbutiement. Il y avait un coté plus agressif, plus extrême par certains cotés, plus fouillis, dans le bon et dans le mauvais sens du terme sans doute. Ça s’est fait assez naturellement sur l’EP et ensuite sur l’album. Sans s’être assagit, Niko, le compositeur, a réussi à mieux organiser ses idées et à faire quelque chose de plus accrocheur sans doute.

Arno Strobl

Arno Strobl

(Arno vient de nous rejoindre) Je ne vais pas te demander de te présenter, Dietrisch l’a déjà fait, mais est-ce que tu peux nous présenter 6:33 ?

Arno : Une belle bande de CONNARDS ! Non, en fait, c’est 5 personnes qui sont très différentes les unes des autres et avec qui je m’entend très bien. Par exemple, il y a Dietrisch qui est le premier que j’ai rencontré en entrant en studio avec qui il y a typiquement une osmose musicale et amicale. Nikolas, pareil, Damien avec qui je m’entends à crever. Ça pourrait être mes meilleurs amis, quoi. Ce sont des gens avec qui je m’entends vraiment bien. C’était presque inespéré de tombe sur un groupe pareil pour une collaboration.

Arno, tu as chanté et écrit des paroles sur cet album, est-ce qu’il n’y a pas une certaine retranscription de Carnival In Coal sur ce disque ?

Arno : Forcément on retrouve du Carnival In Coal parce qu’il y a un mélange d’extrême et de musiques plus faciles, légères. C’est impossible de ne pas faire la comparaison mais en revanche, je pense que cet album est beaucoup plus accessible qu’un album de Carnival In Coal qui était quand même à la base un groupe de Death qui mettait du disco dans sa musique, alors que là, on a des plans Metal de temps en temps.

Je pense que la musique de 6:33 représente ce que Carnival aurait pu être maintenant si on avait continué avec Axel. 6:33 c’est une version améliorée et plus mature de Carnival In Coal.

Est-ce que tu avais déjà entendu ce que fait Dietrisch en mixage ? Est-ce que tu savais où tu allait ou tu as découvert sur le tas ?

Arno : Je suis arrivé chez Dietrisch sans savoir chez qui j’allais. J’avais juste les morceaux. Et en une après midi, j’ai réussi à retrouver la complicité amicale et musicale que j’avais développée en 20 ans avec Axel dans Carnival. Je suis repartis de chez Dietrisch le lendemain, c’était l’horreur : (sur un ton pleurnicheur) « Quand est-ce que l’on va se revoir ? On va s’écrire, hein ? Tu me promet que l’on s’écrit ! ». C’était vraiment la fin de colo.

Dietrisch : Et puis on s’est fait des plats de pâtes quand même …

Arno : On s’est commandé de ces plateaux de shushi ! Holala ! (rires)

On va rebondir sur le « Quand est-ce que l’on va se revoir », vous prévoyez d’autre collaborations ? Faire un peu de scène ensemble ? À ce que j’ai compris, tu n’es pas trop branché concerts, Arno, mais un peu plus avec 6:33 ?

Arno : Je ne suis pas plus branché concerts avec 6:33 qu’avec n’importe quel autre groupe. Je ne suis pas branché concerts pour plusieurs raisons : j’ai 41 ans, j’ai fait un infarctus l’an dernier, je n’ai plus l’énergie que j’avais avant et je n’ai pas envie de faire de la merde sur scène. Il y a ça et il y a aussi le fait que maintenant 6:33 a un chanteur qui est absolument excellent. C’est une brute quoi, c’est un monstre sur scène, c’est Anthony Kiedis des Red Hot fois 10. Moi je n’ai pas envie de passer pour un connard, je ne cherche pas forcément à faire de la scène pour faire de la scène. Ça me fait plaisir de faire un concert une fois de temps en temps parce que je sais qu’il y a des gens qui restent très attachés à Carnival et qui vont être très contents de me voir. Mais je n’ai pas envie de partir en tournée parce que je ne suis pas en état physiquement et je ne suis pas non plus en état de rivaliser avec Rorschach qui est une bête quoi.

Dietrisch : Alors je ne sais pas comment dire ça, je pense que la question n’est pas de rivaliser avec Rorschach. Pour les concerts que nous avons fait avec toi, vous avez des comportements et des personnalités très différentes avec Rorschach. Je trouve que ça apporte beaucoup d’avoir Arno sur scène. Après, c’est le choix d’Arno et tout le monde est d’accord là-dessus. Mais quand l’occasion et les conditions le permettent et bien… tu viens avec nous et on s’amuse bien, non ?

Arno : Oui, absolument. Mais, tu vois, moi je n’ai pas du tout envie de faire des concerts dans des cafés ou des fonds de bistros comme ça. Ce qui m’intéresse c’est de faire des grosses dates. Ça peut paraître très prétentieux comme ça mais ça fait depuis 1991 que je fais de la musique. Des cafés, j’en ai bouffé. J’ai envie de faire des dates qui m’éclatent, les grandes scènes où l’on peut bouger et donner un véritable show.

The Stench From The Swelling - 6:33 & Arno Strobl (2013 - Wafflegate Prod)

The Stench From The Swelling – 6:33 & Arno Strobl (2013 – Wafflegate Prod)

On va parler un peu de l’album. Est-ce qu’il y a des références pour cet album ? Aussi bien musicales que cinématographiques.

Dietrisch : Ho, il y en a un paquet ! Au niveau musical déjà, Niko à une façon de composer à partir d’un petit truc pour en faire un morceau complet et complexe. Tout au long de l’album il y a des clins d’œils qui sont bien planqués et d’autres qui ne sont absolument pas camouflés. Il y un passage à la Ennio Morricone (compositeur pour le réalisateur italien Sergio Leone, célèbre entre autres pour avoir signé la bande originale du film « Le bon, la brute et le méchant » ou encore « Il était une fois dans l’Ouest ») en plein milieu du premier titre, c’est signé direct. Il y a une déclaration d’amour à Townsend.

Arno : Il y a aussi un gros clin d’œil au Rocky Horror Picture Show.

Dietrisch : Oui, il y a plein de petits clins d’œils, plus ou moins dissimulés. C’est notre façon de voir la musique et d’une certaine manière de remercier tout ces trucs qui nous plaisent quoi.

Arno : Oui, voilà, c’est notre univers en fait. Je pense que, plus de dire qu’il y a des références cinématographiques, nous avons grandi et nous vivons avec des films, des musiques et donc, voilà le résultat.

Arno, tu as écrit une bonne partie des paroles,  de quoi ça parle ?

Arno : Ha, tu as le trophée de la question con de la journée ! (Rires)  Non, en fait il y a les deux GGG (Giggles Garlands & Gallows, ndlr) qui sont une idée des mecs de 6:33 qui m’ont fournit une sorte de scénario avec un clown tueur de nains. Voilà, une idée comme les autres quoi. Il y a le morceau éponyme, The Stench From The Swelling qui est un morceau très personnel, très autobiographique. Nous avons tous un coté très sombre en nous et on ne peut pas s’en défaire. Même si on est fou amoureux, on a toujours un coté très noir, très sombre qui fait que l’on va faire mal à la personne que l’on aime. La puanteur de la tumeur, c’est ça en fait, on a tous une tumeur en nous qui pue et qui un jour, va faire du mal à quelqu’un qu’on aime.

Dietrisch : Ça calme hein.

Arno : Justement, il y aune deuxième partie très atmosphérique dans ce morceau à laquelle on voulait donner un titre qui était « Ahead » (« en avant », ndlr) Ce n’est pas une fatalité, il y a toujours moyen de s’en sortir, même si l’on est dans un situation inextricable. Et c’est pour ça que le morceau se termine sur ce passage hyper lumineux. « I Should I Know », et « I like it », ce sont des métaphore sur les relations amoureuses et sur une post rupture.

Dietrisch : Ce n’est pas « pouet pouet » finalement.

Arno : J’ai l’impression, pour 6:33 comme pour moi qu’il y a toujours un malentendu comme quoi c’est un groupe « rigolo » et je suis un chanteur « rigolo ». En fait, ni l’un ni l’autre ne sommes rigolos du tout. On fait de la musique qui peut être funky mais il n’y a rien de drôle dans ce que l’on fait. Des fois si, mais c’est plutôt du cynisme. Tout ce que l’on développe dans le groupe, il y a un coté rigolo mais il y a toujours un second niveau de lecture et si tu ne le comprend pas… bah… c’est con. (Rires)

Dietrisch (à gauche) et Ano Strobl

Dietrisch (à gauche) et Ano Strobl

Je vais finir sur une question qui peut paraître con mais si vous deviez vendre l’album à quelqu’un, qu’est ce que vous lui diriez ?

Dietrisch : Qu’est ce que l’on pourrait dire sur cet album ? Que nous en sommes fiers déjà.

Arno : Oui, je dirais que c’est un album qui peut plaire à presque tout le monde. Aussi bien à des gens qui n’écoutent absolument pas de Metal qu’à des gens qui en écoutent. C’est un disque qui est tellement ouvert, dans lequel il se passe tellement de choses que tout le monde trouvera quelque chose pour lui. Je dirais ça.

Dietrisch : C’est ça, mais c’est pas non plus un gros tas de lego où si on trouve la pièce qui nous plait, tant mieux. C’est plutôt qu’on va toujours trouver une porte d’entrée pour arriver dans notre univers.

Arno : Un métaleux qui aime bien le Metal extrême et technique vas kiffer M.I.D.G.E.T et ma grand-mère vas kiffer « I Like It », quoi.

Dietrisch : Ma grand-mère elle kiffe M.I.D.G.E.T, elle a rien compris quoi ! (Rires)

Eladan

  1. […] avec, Arno Strobl. Vous pouvez d’ailleurs retrouver une interview de Dietrisch et Arno par ici. Si vous faites partie de ceux qui ne savent pas qui il est, disons qu’à la base, il est plus […]