A l’occasion de la sortie prochaine de leur second album « Monolith« , nous avons rencontré Augustin, guitariste de Doyle Airence, pour en apprendre un peu plus sur cet album qui risque de ne pas passer inaperçu. De plus, nous avons été rejoints en milieu d’interview par Takami, l’autre guitariste venu compléter la vision musicale du groupe. Voici ce qui s’est dit :

Doyle Airence : Promo Pic

Augustin - Doyle Airence

Augustin – Doyle Airence

Sons Of Metal : Comment nous présenterais-tu Doyle Airence ?

Augustin : Doyle Airence, c’est Sébastien à la batterie, Takami à la guitare, Thomas au chant et Pierre, notre dernière recrue, à la basse.

Nous jouons un mélange de Metal et de Post-Rock plus ambiant, ce qui donne une sonorité assez moderne et différente du Metal « à l’ancienne », comme toute une branche post-Hardcore.

Récemment, dans l’actualité de Doyle, vous avez changé de nom pour devenir Doyle Airence. Pourquoi ce changement de nom et pourquoi Doyle Airence ?

Fin juillet 2012, nous avons été informé que Wolfgang Von Frankenstein, l’ancien guitariste de Misfist, a créé un groupe qui s’appelle Doyle et qu’il a déposé le nom en Amérique et que, par conséquent, il fallait que nous changions de nom, au moins pour l’Amérique. Nous avons essayé de négocier mais la seule solution viable que nous avons trouvé avec notre avocate, est de faire un ajout au nom « Doyle ». Nous avons donc choisi assez naturellement Doyle Airence en référence à « John Airence », un morceau de notre premier album « And God Will… » qui nous tient vraiment à cœur.

Au final, nous sommes très contents de ce nouveau nom. Ça nous définit bien, tout en restant dans le même esprit. Et nous ne pouvions pas changer radicalement de dénomination, entre le premier et le second album. Nous aurons perdu deux semaines de débats juridiques, mais nous avons un nom qui nous plait. Tout est bien qui finit bien.

Ce nouvel album, vous en êtes content ?

Franchement, j’en suis super content. Tout le monde en est super content. Ça fait un an que nous bossons dessus. Nous avons beaucoup plus travaillé en amont de l’enregistrement que pour notre premier album. On s’est mis à la MAO (musique assistée par ordinateur, ndlr), avec notamment Takami qui a énormément bossé et a tenu un peu le rôle de producteur durant les périodes de pré-production. Ça nous a permis d’avoir plus de recul sur nos compos. On pouvait se mettre directement dans la peau de l’auditeur.

Nous nous sommes enfermés pendant un mois pour composer et enregistrer. On a une idée, on la joue, nous voyons que ça marche puis nous enregistrons. Ça nous a permis de travailler beaucoup plus vite et de rehausser nos exigences.

Doyle Airence - MonolithPouvons-nous dire que Monolith est une pierre angulaire de votre discographie ?

Le monolithe est à la base un rocher qui s’érige vers le ciel. Ce nom est venu en studio. Nous voulions faire un album qui se prenne d’un bloc. Que cela ne soit qu’une seule et même entité. C’est Pierre qui a eu l’idée de ce nom et nous sommes dits que c’était exactement ce qu’il fallait. Il y a ce côté minéral et organique qui est mis en avant. Alors, est-ce une pierre angulaire de notre discographie ? Je ne sais pas. A voir…

Je vais revenir sur le titre des chansons. Il y en a trois qui ont attiré mon attention. Notamment, cette intro 3.11.11, ça correspond à quoi ?

C’est une date, le 11 Mars 2011. Le jour de la triple catastrophe de Fukushima : tremblement de terre, tsunami et nucléaire. Ça nous a beaucoup inspiré : la nature reprends le dessus et nous donne un énorme coup dans la gueule. Il y a un peu cette fatalité et ce désespoir que nous essayons de reproduire dans notre musique.

Sur l’album, ce morceau est séparé de « Painting With Light », mais les deux sont associés et doivent être pris comme un ensemble.

Effort. Accumulation. Révélation et Destruction. Discovery. Méditation. Pourquoi trois mots avec des points entre chaque ?

Ces deux titres font référence au tableau d’un artiste japonais qui représente les six étapes de la création. C’est une vision très spirituelle de la création qui est assez loin de celle que l’on rencontre en europe.

En écoutant l’évolution de votre musique, j’ai eu l’impression que vous avez plus misé sur l’ambiant. C’est un album dans lequel on retrouve bien une dualité core/ambiant qui est beaucoup moins prononcé sur votre précédent album. Vous oscilliez plus sur une diversité plus large, alors que là, vous mélangez vraiment les deux bouts de l’échelle. Est-ce une évolution naturelle ou un choix totalement voulu ?

C’est un peu des deux. Nous avons appris de nos « erreurs » sur « And God Will… » que l’on a voulu trop charger. A l’époque, on trouvait ça cool mais on aurait pu faire trois albums différents avec ce premier opus. Du coup, nous avons voulu radicaliser. Par exemple, faire « là, quand c’est violent, c’est vraiment violent, quand c’est atmosphérique il faut absolument que cela fasse atmosphérique.« 

Nous voulions vraiment des morceaux dans lesquels l’auditeur puisse entrer et voyager, entrer en transe. Il faut pouvoir installer l’ambiance.

On a voulu radicaliser et mettre de côté tout l’aspect Core. Nous avons essayé de faire au mieux avec ce que l’on sait faire et mettre de côté le reste. Pour réellement créer une unité dans la composition avec cette dualité effectivement atmosphérique, énergique et un peu violente.

C’est vraiment ce qui ressort. Du coup, vous n’avez pas peur de perdre les gens qui vous écoutaient parce qu’ils étaient entre les deux, ni sur l’un ni sur l’autre ?

Ça, je ne sais pas trop, nous avions le cul entre deux chaises à l’époque. Nous n’avons pas pris une autre direction, nous avons juste creusé dans une direction plutôt qu’une autre. Je ne sais pas si des gens vont nous suivre ou pas, je ne me suis pas posé la question. En tout cas, en tant qu’auditeur, je préfère. J’adore les trucs déstructurés quand c’est bordélique. J’espère que les gens vont aimer ce genre de petits changements…

Augustin et Takami - Doyle Airence

Augustin et Takami – Doyle Airence

Cet album, vous voulez le défendre sur scène ? En France, en Europe, en Amérique, au Japon ? Il y a des endroits où vous rêver d’aller tourner ?

Alors oui, effectivement, il y en a. Mais nous avons déjà réalisé un rêve en tournant dans toute l’Europe. Voyager grâce à sa musique, c’est quand même hallucinant. Là, le but serait de tourner le plus possible dans le plus de pays possible. Alors le Japon, ce serait carrément génial. Pareil pour les USA, ou plus proche, en Angleterre. Ce serait vraiment mortel. Mais bon, pour l’instant ce n’est pas d’actualité, on va déjà faire une tournée en Europe. On adore jouer sur scène mais voyager, rencontrer des gens d’autres pays grâce à sa musique.

Vous êtes parisiens, du coup je voudrais ton avis sur la scène Metal française et notamment parisienne, dont la place du Hardcore qui a tendance à pas mal se promouvoir depuis quelques années ?

Je trouve que nous avons une scène avec des groupes vraiment talentueux qui commencent à s’exporter un peu partout. Malheureusement, en France, il n’y a pas assez de public par rapport à des groupes comme Checkmate, les Chunks ou Veracruz. On a tous commencé plus ou moins en même temps et c’est marrant que nous ayons grandi tous ensemble. On a vraiment plein de groupes mortels et malheureusement, j’ai l’impression que les Français ne s’en rendent pas compte. Je trouve qu’il y a une patte française. Malheureusement, le public ne suit pas assez. Mais ça va venir. Je pense que c’est en train de bouger petit à petit, grâce à des gens comme vous et grâce à des promoteurs qui se bougent le cul pour faire des concerts dans leur ville et faire de la promotion. Ça, c’est vraiment encourageant. Tout comme voir le Hellfest grandir d’année en année.

Il est vrai que cela a commencé avec Gojira qui s’est exporté il y a déjà longtemps et petit à petit, des groupes comme Betraying the Martyrs ont énormément joué aux États-Unis. Enfin voilà, nous avons des groupes très cool et il faut les suivre, encourager la scène française parce que nous avons de beaux produits bien de chez nous. Un bon terroir.

Une question vis-à-vis de Takami. Si on comprend bien, il a eu beaucoup d’inspiration venue du Japon, au point de nommer une chanson 3.11.11 ?

C’est plutôt le côté spirituel qui nous a touché. Et puis, même vis à vis de Takami, ça l’a inspiré. 3.11.11, c’est le point de départ avec Fukushima. Le sample de voix qu’il y a dessus part effectivement de ça. C’est un professeur qui parle de cette catastrophe, des enjeux que cela entraîne, du drame que c’est. C’est un point de départ et c’est en fait au-delà de cet événement.

Dans notre musique, je voulais recréer l’oppression et le côté un peu dystopique. Que l’on soit submergé par ce côté oppressant mais aussi très visuel. On aimerait bien développer des images sur nos sons. On disait tout à l’heure de faire la BO d’un film. Nous aimerions bien que les gens aient des images en tête quand ils écoutent l’album tout d’un bloc. Que ce soit réellement le monolithe et qu’on parte dans un petit voyage. C’est pour ça que nous essayons de créer du relief avec toutes ces pistes ambiantes, avec ce côté un peu violent.

Alors, c’est peut-être personnel mais j’ai des images en tête. En tout cas, quand je composais, je pense que nous avons été pas mal inspirés par tout cet univers dystopique. Par exemple : 1984, bienvenue à Gattaca, ou même ce côté où tu as une oppression omniprésente qui t’écrases mais en même temps, un sentiment de bien-être. Il y a une certaine dualité entre de petits moments d’espoir et de petits moments ou cela redescend. Et puis, ça finit quand même sur une touche d’espoir à la fin de « Collision ».

Et donc, tout le long, il y a ce voyage avec des moments où tu ne te sens pas bien et après, ça va mieux. Et si les gens ressentent ça, c’est vraiment cool. Et puis, nous espérons poser des images là-dessus le plus vite possible et le plus possible.

Il y a un clip en préparation ?

Alors, on a déjà un clippé Friendly Fire. Nous allons essayer d’en sortir un autre très bientôt et on aimerait bien développer, faire un clip un peu plus barré, un peu plus artistique, sans que nous soyons dedans. En tout cas, nous essaierons dès que possible.

Takami - Doyle Airence

Takami – Doyle Airence

Nous venons d’être rejoints par Takami. Explique-nous cette symbolique du 3 ?

C’est par rapport à la triple catastrophe qui a frappé Fukushima, le séisme, le tsunami puis les fuites radioactives. C’est quelque chose qui nous a tous un peu touché, surtout moi qui a de la famille là-bas. La voix sur 3.11.11 est l’interview d’un scientifique qui, une semaine après la triple catastrophe, nous explique quelles vont en être les conséquences. Et aujourd’hui, nous pouvons vérifier ses dires.

Nous ne voulons pas tomber dans le délire engagé, mais ça a été un élément déclencheur qui nous a donné envie d’écrire dessus. Il y avait un côté dystopique dans cette histoire. Invisible, un peu abstrait mais avec des conséquences dures. Ce danger abstrait qui nous entoure, je pense que cela a été un élément de point de départ.

Concernant le monolithe, vous en avez beaucoup parlé en terme de voyage. Pourrait-on voir votre album comme un voyage initiatique ou alors avec un but ?

Je pense que la symbolique du monolithe faisait surtout référence à l’univers musical, sonore, brut, froid mais en même temps par rapport au concept de l’album que nous considérons comme une seule entité, auquel il faut un fil conducteur, une masse à prendre telle quelle.

Les paroles, la musique, l’artwork, l’univers visuel en fait, tout ça.

Après, je ne pense pas que le voyage fasse partie de tous les termes abordés dans les chansons, mais ça a forcément un lien avec. Le monolithe est vraiment ce qui lie toute les chansons entre elles.

Puis, il est vrai que le monolithe est à la fois nul part, quand même posé dans un lieu mais il pourrait bouger aussi.

La symbolique que j’ai du monolithe, c’est une masse qui est là. C’est une force. Même si c’est stable, ça dégage une énergie qui influe sur son contexte. Il y a aussi ce côté mystique, du coup, peut-être que le voyage est imaginaire. Le voyage n’est pas forcément physique, mais il peut être spirituel. Spirituel et musical.

Takami - Doyle Airence

Takami – Doyle Airence

Un petit mot pour la fin ?

Merci beaucoup, merci à vous d’avoir pris le temps de s’intéresser à nous et nous espérons vraiment que les gens vont apprécier l’album et vont venir nous voir en concert. On espère faire le plus de concerts possible dans le plus de pays possible et que les gens passent un bon moment en nous écoutant, en venant à nos concerts, en venant nous parler.

Achetez l’album, téléchargez légalement l’album et écoutez-le en entier. Ne fumez pas de cigarette électronique. Écoutez-le, téléchargez-le illégalement, c’est pas grave mais soutenez le groupe en achetant du merchandising, en venant à nos concerts et quoi d’autres ? Et… voilà.

Retrouvez Doyle AIrence en concert le 24 octobre à La Boule Noire (Paris) ainsi que le 25 octobre au Festival Sequed’In Rock 9 (Sequedin, France) et sur internet : www.doyleairence.com

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Eladan et Shiki