C’est à la MJC Ô Totem, à Rillieux-la-pape (près de Lyon) que va se produire ce soir le groupe israélien Orphaned Land, accompagné de la grosse pointure Klone, The Mars Chronicles, Khalas et Matricide. Ça fait pas mal de groupes pour une seule soirée qui promet de bonnes surprises. Il est 19 heures et déjà, une file d’attente s’est formée et s’allonge de plus en plus. Une fois passé le vigile qui réalise un véritable one man show en nous fouillant les poches, j’entre enfin dans la salle qui se remplit progressivement. Le temps de se placer, de sortir le matériel photo et le premier groupe arrive sur les planches, devant un public déjà très enthousiaste.

THE MARS CHRONICLES-20131026-001The Mars Chronicles

Pour nos lecteurs assidus, le nom de ce groupe ne devrait pas leur être inconnu. En effet, Noisyness avait chroniqué leur génial Ep éponyme (voir la chronique), qualifiant leur musique de « bouleversante odyssée de l’espace ». Ce soir, nous en aurons la confirmation en live. The Mars Chronicles arrive sur scène, les musiciens complètement grimés de peinture blanche et vêtus d’habits blancs, à l’image de la pochette de l’Ep qui sert de backdrop. La musique à tendance Metal Prog nous plonge progressivement dans l’univers singulier du groupe. Entre les envolées sublimes et les parties hautement techniques, tout le monde y trouve son compte. Devy Diadema (chant, guitare) chante très bien et dispose d’une voix envoutante. Certains diront que le groupe ne s’énerve jamais, jouant que des mid tempos, mais est-ce vraiment gênant ? Je ne pense pas au vu de la qualité de leur performance et surtout de leur habileté à transmettre tant d’émotions via des notes de musique. Le jeu de Morgan Berthet, dont on ne compte plus le nombre de groupes pour lesquels il donne un coup de baguettes, est comme d’habitude impeccable et à un jeu très visuel. Certainement un des meilleurs batteurs de la scène Metal française, et je pèse mes mots. Le groupe nous a réservé une petite surprise, avec un duo effectué avec le chanteur de Matricide, Ran Eliahou. Il s’agira du seul titre réellement agressif du concert et permettra à quelques spectateurs de lancer les premiers pogos de la soirée. Après cet intermède, The Mars Chronicles reprend sa route et termine avec un titre alambiqué qui nous convaincra de l’immense talent des musiciens.

MATRICIDE-20131026-002Matricide

Changement de registre avec les compatriotes d’Orphaned Land, j’ai nommé Matricide. Pour ceux qui ne connaissent pas, ce groupe interprète une musique mélangeantMATRICIDE-20131026-001 plusieurs genres comme le Death Metal, le Hardcore et nous pouvons également relever une influence Punk dans tout ça. Bref, ça promet d’être assez bourrin sur la scène et dans la fosse. Matricide s’installe sur les planches et déclenche immédiatement les hostilités. Le premier titre est très rageur, rapide et permet aux spectateurs de se lâcher. Les pogos et slams seront de mise durant l’ensemble du set. Le public accroche très rapidement à la musique de Matricide et la fosse finira par devenir une sorte d’arène où sera exécuté un énorme circle pit. Empreint de cette énergie, Ran Eliahou s’évertue à faire bouger le public autant que possible. D’autant que ce concert est le dernier de la tournée avec Orphaned Land et le groupe a envie de laisser une marque au fer rouge sur les planches de la MJC Ô Totem. D’ailleurs, en parlant d’Orphaned, ces derniers MATRICIDE-20131026-005s’inviteront sur scène en emportant avec eux divers objets tels que du papier toilette, un ventilateur ou encore des confiseries et des fruits. Après quelques « pas de danse », les Israéliens partent mais reviennent très vite avec une table basse et des chaises qu’ils posent juste devant le kit de batterie d’Ofir Zigi. S’installant confortablement comme s’ils étaient dans leur salon, ils regardent tranquillement le concert de Matricde en buvant du whisky (à consommer avec modération). Quittant la scène au bout de deux chansons, les Orphaned Land laissent les Matricide complètement hilares. Le concert se poursuit, toujours avec cette bonne humeur. Le groupe nous présente une musique parfaitement réglée, un peu folle et très énergique, mais surtout sincère. Tout comme le discours de Ran, toujours très communicatif avec le public. C’est logiquement sous une pluie d’applaudissements que Matricide se retire, après avoir livré un excellent concert.

KHALAS-20131026-001Khalas

Il est maintenant l’heure de faire connaissance avec le groupe palestinien Khalas. Attendez un peu… Ce groupe vient de Palestine et joue avec deux formations israéliennes KHALAS-20131026-003?! Et oui. Faisant fi des conflits politiques et religieux qui transforment ces deux nations en enfer sur Terre depuis plusieurs décennies, ces deux groupes ont intelligemment choisi de jouer ensemble pour la passion de la musique. Voilà qui donne déjà une belle leçon de vie et de respect. Mais ne croyez pas que Khalas n’est là que par symbolisme, loin de là ! Ce groupe est réellement bon et même surprenant. Jouant un Metal qu’ils ont baptisé « Arabic Rock », les membres de Khalas vont nous offrir près d’une heure de dépaysement total, nous emmenant dans les contrées du Proche-Orient. S’inspirant des musiques traditionnelles arabes et ottomanes, les compositions sont imprégnées d’harmonies complexes mais les riffs sont toujours mélodiques, joués brillamment par le guitariste Abed Hathout. Utilisant des effets pour donner une sonorité orientale à sa guitare, Hathout parvient à entraîner les spectateurs dans des danses traditionnelles du monde arabe. Cet effet est renforcé par le chant typique de Mahmoud Shalabi et le jeu de batterie de l’imposant Fadel Qandil, aidé dans sa tâche par le bassiste Rooster, toujours souriant et ne tenant jamais en place plus d’une seconde. Le charisme des musiciens s’ajoute à la grande qualité de leur musique, jamais rébarbative. Ajoutez à cela des vidéos projetées derrière la batterie, montrant des cérémonies ancestrales et des derviches tourneurs en transe (danseurs turcs effectuant une Samā, une danse giratoire sacrée ; je vous renvoie à cet article pour plus de précisions). En quelques minutes, nous avons fait des milliers de kilomètres pour nous retrouver dans une culture différente, passionnante et même enivrante, au vu des larges sourires affichés par les spectateurs présents. Une interprétation parfaite, aucune erreur et un bon contact avec le public, Khalas se révèle comme la grande surprise de ce plateau. Un groupe à découvrir au plus vite.

KLONE-20131026-002Klone

Voici le tour des Poitevins Klone, venus défendre leur dernier album, « The Dreamer’s Hideaway ». À peine se sont-ils placés sur les planches que le public hurle déjà, de joieKLONE-20131026-001 bien sûr. Guillaume Bernard (guitare) commence par serrer quelques mains des spectateurs du premier rang avant d’envoyer un riff bien lourd et groovy. Dès la première mesure, le groupe se déchaine. Ça bouge dans tous les sens, aussi bien sur scène que dans la salle. Yann Ligner (chant) ne cesse d’arpenter la scène, que ce soit pour poser sur ses retours ou pour saluer ses fans. Tout en assurant ses parties de chant, très justes, il effectue quelques mouvements de danse proches de la transe. C’est d’ailleurs un peu l’effet que procure la musique de Klone. Variée, recherchée et technique, les compositions passent nos cerveaux (ou ce qu’il en reste) à la moulinette. Le jeu carré et dynamique du combo de Poitiers est réellement impressionnant. Tout comme le jeu de batterie de Morgan Berthet (oui, encore lui) qui va finir par devenir un batteur incontournable du Metal, ce dernier réalisant des patterns complexes forçant le respect, mais jamais dénués de musicalité. C’est donc admiratifs que les spectateurs suivent cette prestation solide et efficace. Seul problème, l’éclairage que je qualifierai de très insuffisant ne nous permet pas de voir le groupe. C’est probablement un choix délibéré, du moins je l’espère, pour donner une ambiance sombre et futuriste à ce concert. Mais pensez un peu aux photographes, bon sang ! J’arrête de faire mon râleur pour en revenir à l’essentiel. Le public est maintenant bien chauffé et les pogos s’enchainent avant un énorme wall of death. Le Minotaure gothique surgit de la foule et réalise une série d’acrobaties tandis que les métalleux se font face avant de se jeter les uns contre les autres. La température ne cesse de monter au fur et à mesure que Klone joue ses classiques et ses nouveautés, toujours aussi percutantes. Lorsque arrive la fin du set, un peu trop rapidement au goût de certains, dont votre serviteur, c’est avec un tonnerre d’applaudissements que le public lyonnais remercie ce groupe ô combien important de la scène Metal française.

ORPHANED LAND-20131026-001Orphaned Land

Dernier groupe de la soirée et non des moindres, les Israéliens de Orphaned Land se font longuement attendre. La faute au nettoyage de la scène, détrempée par endroitsORPHANED LAND-20131026-003 et rendue glissante par les boissons renversées. Le temps de nettoyer et d’installer (laborieusement) quelques tapis pour assurer la sécurité des musiciens, et le groupe fait enfin son entrée sur les planches de la MJC. Mené par le charismatique chanteur Kobi Farhi, ressemblant un peu à Jésus (ceci n’est absolument pas une blague raciste, il ressemble vraiment à Jésus, du moins aux portraits que l’on connait de lui), le groupe s’installe et est accueilli par des cris et des vivas. C’est parti pour une heure et demie d’un concert inoubliable. Le coup d’envoi est donné par Farhi qui nous lance un jovial « Shalom Lyon ! », ce à quoi le public répond par une puissante clameur. Le guitariste Yossi Sassi est équipé d’une guitare « hybride », munie de deux parties, l’une électrique, l’autre acoustique. Malgré l’aspect déroutant de l’instrument, Sassi dispose d’un son puissant et personnel. Comme le sont les paroles chantées par Farhi, traitant de sujets graves et épineux telles que la difficile relation entre Arabes et Juifs. C’est d’ailleurs ainsi qu’il introduit la chanson-titre du dernier album du groupe, « All Is ORPHANED LAND-20131026-002One ». Après un court discours sur le conflit Israélo-palestinien, le chanteur nous explique que cette guerre n’a aucun sens puisque les Arabes et les Juifs sont frères, du fait qu’ils sont les fils d’Abraham. En concluant que toutes les guerres sont des fratricides, Farhi reçoit une ovation de la part du public qui peut maintenant découvrir la version live de « All Is One » et sa signification profonde. Un moment calme, mélancolique et très touchant, comme l’ensemble du concert. Les mélodies orientales donnent un cachet très particulier à la musique du groupe et comme pour Khalas, nous sommes amenés dans un autre monde. À la grâce et la spiritualité de cette musique est ajouté un aspect technique important. En effet, les parties instrumentales sont loin d’être simples mais sont toujours mélodieuses et accessibles. À tel point que le public, une fois encore, entame des pas de danse typiques du Proche-Orient. Une spectatrice montera sur scène pour effectuer une danse orientale aux côtés du vocaliste. Les extraits de « All Is One » sont calés entre les classiques du groupe et passent très bien l’épreuve du live. Nous aurons même droit à un solo de percussions, réalisé par le batteur Matan Shmuely, peu avant la fin du set. De nombreux pogos auront lieu ainsi que quelques slams et des spectateurs voudront également faire un wall of death. Les moments de bravoure s’enchainent et l’ambiance dans la salle atteint son apogée sur la dernière chanson. Après la dernière note, Orphaned Land a droit une véritable ovation. Celle-ci étant amplement méritée vu la qualité de cette prestation. Le groupe nous quitte sous les applaudissements et nous laisse avec une vague d’excellents souvenirs.

En voilà une soirée mémorable. Un plateau de (grande) qualité, avec des groupes talentueux, des poids lourds du Metal. Une dernière partie touchante émotionnellement et un public très participatif qui aura été remarquable. Le public Metal, dans son ouverture d’esprit, aura eu l’occasion d’accueillir des groupes originaires d’une culture très différente de la nôtre mais animés par une passion commune : la musique.

Merci aux groupes, au public et aux organisateurs de cette soirée.

Kouni