L’association Are You Stoned Inc ne ménage pas ses efforts. Depuis plusieurs mois, ces passionnés organisent des concerts d’excellente qualité, parvenant même à faire venir des groupes étrangers (Kadavar, Flying Eyes…). Après le succès du Stone Rising Fest en avril dernier (lire notre article ici), AYSINC se lance à nouveau dans l’organisation d’un festival de Stoner, sur deux jours et avec six groupes, dont les Britanniques Steak. Retour sur un festival assez costaud, une aventure musicale.

24 novembre 2013

Le Brin de Zinc, Barberaz

C’est dans la banlieue de Chambéry, qu’apparaît le Blizzard. Dans une salle que vous connaissez désormais, au vu de nos nombreuses escapades là-bas. Le Brin de Zinc accueille la première soirée du festival, avec Samsara Blues Experiment et Qasar. Ce soir, la salle est plutôt bien remplie et tout le monde entend passer un bon moment. Disons-le tout de suite, les concerts seront à placer dans les « collectors ».

QASAR-20131124-003Qasar

Lorsque notre reporter Elovite a vu Qasar lors du tremplin du Stone Rising Fest, il avait vu un groupe encore imparfait dans ses compositions et sa prestance scénique. De la bière a coulé dans les bars depuis, et les membres de ce groupe semblent plus sûrs d’eux. Jouant un Rock psyché inspiré, Qasar hypnotise rapidement les spectateurs du Brin de Zinc. L’interprétation est carrée, solide et la sensibilité des musiciens donnent une âme à leur musique. Une âme presque palpable. Nous partons dans des délires musicaux assumés et époustouflants. Rien à redire, instrumentalement, c’est du très bon ! Juste dommage que la voix de Balthazar (guitare, chant) soit légèrement en retrait. NousQASAR-20131124-009 noterons également une certaine timidité de Guillaume (basse), lorsqu’il doit s’exprimer aux spectateurs. Rien de bien grave, ces défauts s’atténueront avec l’expérience. Au niveau musical, les morceaux sont longs, souvent à tiroirs. Jamais redondant, Qasar écrit ses partitions de façon à nous emmener dans un long voyage, sans jamais nous endormir. Elovite m’a accompagné, et même s’il a été assez critique envers ce groupe, il y a plusieurs mois de cela, il reconnaît ce soir que Qasar a fait un énorme bond en avant. Le travail paie toujours ! Nous avons là une formation avec un énorme potentiel, c’est certain. Laissons-leur le temps de peaufiner leurs compositions (déjà de très bonne qualité) et nous aurons la chance de les compter parmi les incontournables groupes de Stoner/Rock psyché. À voir absolument !

SAMSARA-20131124-009Samsara Blues Experiment

En pleine tournée européenne, la formation allemande Samsara Blues Experiment annonça il y a quelques jours que son chanteur était sérieusement malade, probablement victime d’une intoxication alimentaire. Toujours pas remis, Christian Peters a donc déclaré forfait pour ce soir. C’est donc sous la forme d’un trio que les Berlinois vont se produire au Brin de Zinc, et vont nous jouer des versions instrumentales de leurs chansons, comme nous l’indique Richard Behrens (basse), en début de set. Amputé d’un membre mais pas handicapé pour autant, Samsara va littéralement nous bluffer. Le contact avec nous sera minimal, pour laisser parler la musique. Et quelle musique ! Les Berlinois prennent un immense plaisir à nous plonger dans un Desert Stoner Rock de très haute volée. La basse de Behrens a une place prépondérante dans les compositions des morceaux et ce dernier, à la fois concentré et en transe, semble parti dans son univers. Les yeux fermés, constamment en mouvement, il nous berce avec ses lignes de basses groovy. Son camarade Hans Eiselt (guitare)SAMSARA-20131124-002, s’appuie sur le jeu du bassiste pour nous noyer sous des vagues de riffs et soli. Très fluide et mélodieuse, la musique des Germains fait revivre les ténors du Stoner (notamment Kyuss) mais replonge aussi dans les années 70 (Led Zeppelin, Deep Purple, Black Sabbath), tout en apportant leur touche si particulière, avec un sens du groove qui ferait bouger un paraplégique. La claque vient surtout du fait que les chansons du groupe paraissent simples à jouer, alors qu’il faut un très bon niveau technique pour les interpréter correctement. En cela, Samsara fait très fort, car nous ne voyons pas l’effort produit et pourtant, nous prenons une leçon de musique à chaque morceau. L’effet est renforcé par un bon mixage, rendant surtout honneur à la basse. Samsara Blues Experiment sort de scène sous un tonnerre d’applaudissement, après une heure de prestation époustouflante. Le groupe se montrera très accessible, puisqu’il nous invitera à le rejoindre au merchandising, où il nous accordera poignées de main et autographes en pagaille.

La première date du Blizzard Mountain’s Fest est une réussite, tant au niveau de la programmation que de l’affluence. Les gens sont venus en masse, malgré le fait que nous soyons un dimanche soir. En sera t’il de même pour le second chapitre, à Grenoble ?

28 novembre 2013

L’Ampérage, Grenoble

C’est dans la préfecture iséroise que se déroule le deuxième et dernier soir du Blizzard Mountain’s Fest. C’est dans la salle l’Ampérage, menacée de fermeture, que nous entrons, Elovite et moi-même, accueillis par les membres d’Are You Stoned Inc, sur le pied de guerre. Nous constatons que l’affluence n’a absolument rien à voir avec celle du Brin du Zinc. La salle est vide. Nous mettons ça sur le fait qu’il est encore tôt et que les habitants de la capitale du Dauphiné sortent très tard. Malheureusement, les faits nous feront mentir. Les absents peuvent se mordre les doigts, les groupes de ce soir vont envoyer du lourd !

KAYLZ-20131128-001Kaylz

Premier groupe à fouler les planches de l’Ampérage, Kaylz débute son set dans le noir complet. C’est la volonté du groupe, préférant jouer dans la pénombre afin d’instaurer une ambiance. Sur le papier, c’est bien, en pratique, beaucoup moins. D’abord parce que nous ne voyons pas les musiciens, ou à peine et qu’il est difficile de créer un lien avec eux. Ensuite, cela rend extrêmement difficile le travail des photographes qui désespèrent rapidement (photographie, du grec signifiant « écrire avec la lumière » ; pas de lumière, pas d’image). Reste la musique, qui elle, s’apprécient avec les oreilles. Hélas, le concert de Kaylz devient rapidement soporifique. Bien que la démarche musicale du groupe soit intéressante, car essayant de nous faire ressentir des émotions différentes grâce à une musique spécifique, ça ne fonctionne pas. Quelques spectateurs restent devant la scène, les autres rejoignent le bar ou sortent pour fumer. La batterie est excessivement forte et sans les bouchons d’oreilles, ça devient rapidement désagréable. Nicolas Euvrard frappe sur son kit comme si sa vie en dépendait, à tel point que nous avons parfois du mal à entendre la guitare de Quentin Kare et la basse d’Olivier LeMaâ. Dans ces conditions, difficile d’apprécier le concert de Kaylz.

GENERAL CLUSTER-20131128-002General Cluster

Changement radical de style avec General Cluster. Vus au Brin de Zinc le 23 mai dernier, lesGENERAL CLUSTER-20131128-004 Grenoblois nous avaient laissé une très forte impression, avec des musiciens maîtrisant leur sujet. Le concert de ce soir va nous conforter dans notre ressenti. Très bavard avec le public, Dammut (chant) nous encouragera à sauver la salle de l’Ampérage, par le biais d’une pétition laissée à notre disposition. Le son est bien réglé, laissant respirer les guitares de Ju et Erwan, mais place la voix de Dammut un peu trop en retrait. Dommage. L’ambiance est au beau fixe dans le groupe. Les musiciens s’amusent et se donnent à fond sur leurs partitions. Le titre « The Liar » (« dédié à nos hommes politiques, de droite, de gauche, du milieu, de partout » dixit Dammut) fait un GENERAL CLUSTER-20131128-006carton dans le public, qui commence à pogoter. Erwan rencontrera quelques soucis techniques lors d’un changement d’instrument, heureusement vite résolus. Une fois encore, et ce sera le cas pour l’intégralité de la soirée, les conditions lumineuses sont exécrables. Ajoutons à cela un spectateur sérieusement éméché qui gênera son entourage et même les musiciens. En revanche, sur scène, c’est un groupe au sommet de sa forme que nous avons là. Ça joue bien, très bien même ! Le vocaliste profite d’un moment de calme entre deux chansons pour nous présenter la bière General Cluster, produite exclusivement pour le groupe. Les musiciens nous feront goûter à ce houblon avant d’enchaîner sur les derniers morceaux, ravageurs et rythmés à souhait.

BUD SPENCERS CLOUT-20131128-004Bud Spencer’s Clout

L’avant dernier groupe du festival s’avance et… Tiens, nous connaissons ce guitariste ?! Ju, de General Cluster, est resté sur les planches de l’Ampérage pour jouer avec son second groupe. Si la formation précédente a bien chauffé la salle, Bud Spencer’s Clout va faire monter la température avec son Stoner Rock énervé. D’emblée, le groupe fait preuve de beaucoup de dynamisme en attaquant fortement. Guitare tranchante et basse ronflante d’El Loco, dont le jeu est renforcé par la technique incisive de Dave Grog à la batterie. Le groupe ne seBUD SPENCERS CLOUT-20131128-007 prend pas au sérieux et s’éclate. Toutefois, les musiciens restent pro et nous envoient des morceaux sacrément bien fichus et très BUD SPENCERS CLOUT-20131128-006Rock n’ Roll. Ça groove et ça transpire la sueur. Rapidement, BSC obtient les faveurs du public. Du moins ce qui reste, car beaucoup de spectateurs se sont transformés en viande saoule. Une jeune femme fera honneur au célèbre « à poiiiiil ! » en montrant son soutien-gorge au chanteur Pete Mitchell, qui s’amuse de voir une telle initiative. En parlant du chanteur, celui-ci possède une voix puissante et grave, proche de celle de Michael Poulsen (Volbeat) par son timbre. L’influence de Kyuss et de Lyrnyrd Skyrnyrd se fait également sentir. Propulsé par la musique et l’enthousiasme du public, Pete sautera dans la fosse pour chanter au plus près des spectateurs. Ceux-ci lanceront un pogo qui entrainera le vocaliste pendant quelques instants. Le groupe s’est approprié la scène avec brio et nous a offert un excellent concert. Une belle découverte pour ma part et un groupe à voir au plus vite ! Le groupe recherchant un label, espérons qu’il trouve rapidement pour se propulser à un plus haut niveau.

STEAK-20131128-005Steak

Venu en voiture depuis la perfide Albion, entassé à cinq avec le matériel (ça, c’est Rock n’ Roll !), Steak monte sur la scène grenobloise et déjà, les cris se font entendre dans la fosse. Les Anglais vont envoyer du lourd pendant une heure, nous présentant leur dernier opus, « Corned Beef Colossus » à grand renfort de riffs lourds et soli tranchants. Le groupe ne ménage pas ses efforts mais sait aussi se faire plus tendre, commeSTEAK-20131128-006 avec ces longues et planantes parties instrumentales qui ornent les chansons. Malgré ses efforts, Steak se produit STEAK-20131128-001devant une salle presque vide. Pour cause, l’heure est tardive (le set a démarré après minuit) et afin d’éviter de déambuler dans les rues glaciales de la ville, les spectateurs se sont pressés de rejoindre le tram. Nous les comprenons, mais il est fort dommage de rater une telle démonstration de Rock. C’est la grosse claque. Les titres sont variés, la setlist bien équilibrée et ne nous ennuyons pas un seul instant. Le groupe affiche un réel plaisir de jouer ici et communique beaucoup avec nous. Le guitariste Reece s’éclate dans son coin, faisant tournoyer sa chevelure et balançant des riffs dignes de Jimmy Page (Led Zeppelin). Quant à Kippa (chant), il nous entraine dans son univers avec sa voix parfaitement maitrisée. Après une heure de concert, Steak prend congé et nous invite à le rejoindre au merchandising. L’occasion de prolonger le plaisir et de faire connaissance avec ces musiciens modestes et accessibles.

La soirée se termine, l’Ampérage ferme ses portes (pas définitivement, espérons-le) et nous regagnons nos contrées, un peu moins froides. Le froid et le concert de Shining à Lyon aura certainement écarté le public du Blizzard. C’est fort dommage, d’autant que Are You Stoned Inc n’aura pas compté ses efforts pour nous concocter un tel festival.

Merci à eux pour leur dévouement et leur professionnalisme, merci aux gérants de l’Ampérage et du Brin de Zinc et à leur personnel respectif, aux groupes et bien sûr, aux personnes qui seront venues pour faire vivre cette scène.

 

Kouni