Interview avec Deficiency

Posté le : 26 février 2014 par dans la catégorie Interviews
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dfUn jour pluvieux à Paris, le 23 novembre, je me trouve au Hard Rock Café pour interviewer le groupe Deficiency de passage dans la capitale à l’occasion d’un concert le soir même, pour la promotion de leur deuxième album tout juste sorti. Ambiance détendue, je cale mon fessier dans un fauteuil moelleux et c’est parti. En face de moi se trouvent Vianney (bassiste du groupe) et Jérôme (guitariste rythmique).

Le groupe s’est formé en 2008. Comment s’est passée cette fondation ?

Vianney : La fondation découle à la base de l’ancienne formation de Laurent, notre chanteur guitariste, qui s’appelait Black Age à l’époque. Ils ont changé de nom ainsi que de line up en 2008 pour devenir Deficiency. Ils ont bien sûr continué à tourner, composer, etc. A mon niveau, j’ai rejoint le groupe fin 2010, début 2011, donc juste avant la sortie du premier album en mars 2011. Suite à ça on a tourné pour promouvoir le disque, etc. Jérôme nous a également rejoints en mai 2012 suite à quelques changements de line up, suite au départ du guitariste Matthieu en fait. Par la suite, on a fait quelques concerts et sorti notre nouvel album en octobre 2013.

Donc si j’ai bien compris, tu es arrivé juste avant le premier album ? As-tu participé à la composition sur cet album ?

Vianney : Non. Ni à la composition, ni à l’enregistrement, parce que justement la plupart des parties ont été composée avec l’ancien bassiste. En fin de compte, suite à des différends avec lui, ils se sont séparés juste avant de rentrer en studio et c’est Laurent qui a enregistré la basse.

D’accord. Du coup, l’enregistrement du premier album, ça a été une situation un peu difficile ?

Vianney : Pas forcément, on a fait ça en autoproduction chez quelqu’un qu’on connaissait, ce qui fait que ça leur a pris  (je dis « leur » car j’y suis allé une ou deux fois mais je n’ai pas vraiment participé à l’enregistrement) plus d’un an, week-end par week-end. Et ça a été un processus assez long. Mais en fin de compte, le résultat est là pour une autoproduction, le rapport qualité-prix est satisfaisant – ce qu’on n’attendait pas à l’époque.

Avez-vous contribué à modifier des morceaux qui existaient déjà avant que vous rejoigniez le groupe ?

Vianney : Pour le second album oui. Certains riffs dont les morceaux étaient déjà complets ou presque ont été composés à la sortie du premier album, et les bases étaient donc déjà posées. Donc dans ce sens-là oui. En ce qui concerne le premier album qui était déjà enregistré, sorti, plus ou moins déjà finalisé au moment où on a tous les deux rejoint le groupe, il n’y a pas eu vraiment de modifications importantes. Par contre tout le monde a apporté sa touche pour le second album, même si c’est Laurent qui apporte en général la base de la musique, qu’on arrange tous ensemble. Après, chacun apporte ses idées, parfois des riffs, ou bien sa petite patte personnelle.

Jérôme : Quand je suis arrivé, en mai 2012, une bonne partie de l’album était déjà composée – un peu plus de la moitié, je pense. Certains morceaux n’étaient pas encore finalisés ou pas encore composés, donc j’ai quand même pu apporter ma patte, même si je suis arrivé en plein milieu du processus de composition de l’album.

Vianney : On partage toujours notre avis à quatre, même sur les structures. Par exemple : « Là il y a un riff de trop » ; « Il faut rajouter quelque chose » ; « On va rajouter un rythme ». On arrange la musique ensemble en fin de compte.

A quel genre de déficience fait référence le nom du groupe ?

Vianney : Aucune en particulier. C’est d’abord au niveau de la consonance que le nom a été choisi, puis aussi pour être un peu original, ça change un peu de tous les groupes qui commencent ou qui finissent par des « a ». On a souvent des consonances qui reviennent dans les noms des groupes de metal. Deficiency, on trouvait que ça faisait original et que ça se démarquait.

Jérôme : Je crois qu’à l’origine c’était le titre d’une chanson, le nom de travail de « Volition » sur le premier album. C’est devenu le nom du groupe par la suite.

Vous montrez un certain attrait pour les concept-albums basés sur une vision assez particulière de l’humanité, entre un homme qui sombre dans la folie pour le premier album et un questionnement philosophique sur l’évolution de l’humanité pour le second. Comment choisissez-vous les thèmes des albums ?

Vianney : Là, on n’est pas trop en position de répondre, c’est plutôt Laurent qui choisit l’orientation. Pour le premier album, je ne sais pas du tout comment il en est venu à choisir la schizophrénie. Pour le second, je sais que ça reflète un peu sa personnalité, voire la nôtre en général. Ce deuxième album questionne les origines de l’humanité, son existence, son avenir … Son devenir. Il cherche à apporter des réponses différentes de ce que l’on a l’habitude d’entendre, que ce soit la religion ou la science par exemple, sur lesquelles on ne peut pas forcément avoir un point de vue objectif. L’album reflète un peu ces interrogations personnelles, les nôtres également. Quand le concept nous a été proposé, on n’a pas vu d’inconvénient à ce que l’album suive cette trame. Ça nous plaisait bien. Et donc on a choisi de se lancer.

Le thème est-il choisi après la composition musicale, ou est-ce plutôt l’inverse ?

Vianney : Oui et non. Ça dépend des morceaux.

Jérôme : Je ne sais pas vraiment quand Laurent a eu l’idée de ce concept pour l’album, mais je pense qu’une grande partie des morceaux était déjà composée. Certains l’étaient déjà avant même la sortie du premier album. Pour le dernier morceau de l’album notamment, on s’est appuyés sur le concept pour développer la musique, car on avait déjà les paroles.

Le thème du concept-album me fait penser à Fear Factory. La thématique est assez proche de « Digimortal », notamment, qui porte une réflexion sur l’évolution de l’humanité. Etes-vous influencés par ce groupe ?

Vianney : Non.

Pas du tout ? C’est une réflexion indépendante ?

Vianney : Tout à fait. On est tous fan de science-fiction, de fantastique, tous « la tête dans les étoiles », des rêveurs. C’est aussi ça qui nous pousse à porter un concept au-dessus des normes et hors des canons du metal. On a souvent des paroles assez critiques sur la politique, la guerre, les problèmes du jour.

Faire réfléchir vos auditeurs, est-ce important ?

Jérôme : (Rires) Euh…

Vianney : Oui et non. Même si l’album est structuré autour d’un concept c’est généralement la musique qui marque dans le metal. A part les anglophones, rares sont les auditeurs qui font attention aux paroles, surtout quand ça braille.

Jérôme : C’est un peu dommage d’ailleurs…

Vianney : Après, si l’auditeur s’intéresse au concept, qu’il l’écoute et lit les paroles, ça peut le faire réfléchir.

Jérôme : Ça vaut le coup de s’intéresser à ce qui est raconté et au concept, notamment avec l’artwork et le livret. Tout a été réfléchi, rien n’est laissé au hasard.

Comment a été défini cet artwork ?

Vianney : L’artiste, c’est Ludovic Cordelières, un graphiste qui commence à se faire une bonne réputation. On avait l’idée, et Laurent nous avait ramené des esquisses de pochettes d’albums. Il avait imaginé cette espèce d’homme de dos qui sortait de la planète, comme fait de branches d’ADN, avec un livre dans la main.

Jérôme : Il a dirigé le processus car il avait des idées précises pour le livret, les paroles, il a présenté des croquis et ensuite Ludovic a fait sa magie. Et il a rendu quelque chose de…

Vianney : De monstrueux ! (Rires)

Cet artiste s’est-il inspiré directement des paroles et de la musique ? Ou alors vous lui avez présenté directement le concept ?

Vianney : On a plutôt « imposé » notre concept tout en le laissant libre d’y apposer sa touche personnelle. On avait pu voir ses réalisations pour d’autres groupes et ses travaux personnels. Ce mec a une patte incroyable et arrive à créer une ambiance très particulière, ce qui nous a plu. Il nous a proposé deux covers sur la base du croquis initial, et on a pris. On en a pris plein les yeux ! (Rires)

Qu’a changé pour vous, dans votre carrière, votre signature chez Fantasy Production ?

Vianney : Cela nous apporte le fait d’être supporté par une structure, d’avoir un label tout simplement. Ce label nous a permis d’avoir un peu de promotion pour le premier album, surtout dans les webzines qui ont publié pas mal de chroniques grâce à lui. Pour le second album, outre la promotion, il nous a aidés pour tout ce qui est distribution afin que l’album soit vendu dans les Fnac ou sur des plateformes telles qu’Amazon. En cela, ça apporte pas mal de visibilité. Même les CD se vendent moins aujourd’hui, c’est une bonne chose d’avoir un album dans les bacs.

Jérôme : Sans label, on est un peu coincés. Souvent, le premier retour des structures qu’on contacte est : « Vous êtes sur quel label ? »

(Nous sommes rejoints par Laurent – chanteur/guitariste)

Le label a-t-il un droit de regard sur votre musique ? A-t-il donné son avis sur ce que vous avez fait ?

Laurent : Non, pas du tout. On a une liberté totale. C’est l’avantage des labels indépendants, des petits labels.

Jérôme : On fait à notre sauce. Je pense que ça ne nous plairait pas d’avoir déjà des contraintes à notre niveau. J’ai entendu des histoires de labels qui imposaient des contraintes. Je trouve que c’est un peu dommage. On n’en est pas là.

On pourrait penser que le label réfléchit à la manière d’adapter la musique pour qu’elle se vende mieux.

Laurent : Ce label ne juge pas sur les ventes, c’est une petite entreprise indépendante de passionnés. Il s’agit avant tout de la passion de la musique. Le label sait très bien que ce n’est pas avec nous qu’il gagnera du fric ! (Rires)

Ça peut être un avantage… (Rires) Au cours de vos diverses prestations, laquelle vous a le plus marqué et pourquoi ?

Jérôme : On a joué à Brest il y a trois semaines pour la sortie du deuxième album, et le public breton… C’était gigantesque, tant au niveau du public que de l’organisation et de l’accueil. C’est sûr, on y retournera. On ne s’attendait pas vraiment à ça.

Vianney : C’était une bonne surprise. Sinon, on a partagé l’affiche pendant trois dates avec de très bons groupes comme Decapitated, Evile ou Suicidal Angels. Ces concerts ont rameuté pas mal de monde, il y avait une bonne ambiance et c’était l’occasion de jouer sur des grandes scènes. C’étaient donc aussi des très bonnes expériences. Et prochainement, on est programmé sur le festival Lezard’Os qui se tiendra en mai 2014. Ca devrait être une bonne expérience scénique, sachant qu’on va partager la scène avec des groupes comme Benighted, Loudblast, In Arkadia !

Lorsque vous jouez en première partie d’un groupe plus connu tel que Decapitated, l’accueil du public est-il bon ou un peu réservé ?

Vianney : Même si les styles étaient assez différents, le public s’est généralement montré assez réceptif. L’ambiance était quand même là et il y avait du répondant.

Laurent : C’était vraiment cool. On a découvert un autre public qui n’écoute pas forcément la même chose que nous.

Jérôme : On a même eu des mots gentils de Decapitated.

Laurent : On a vendu des albums et tout… C’était un truc de malade ! (Rires)

Jérôme : Avec Decapitated, la salle n’était pas bondée mais on a eu des bons retours.

Une dernière petite question : Sons Of Metal s’attache à faire la promotion des groupes français en particulier afin de soutenir notre scène metal nationale. Y a-t-il un groupe français dont vous aimeriez parler maintenant ?

Laurent : C’est une très bonne question ! Alors j’ai envie de dire : Under The Abyss, le groupe brestois qui nous a permis de connaître le Dôme Studio. J’ai eu l’occasion de chroniquer leur premier album « A Wavering Path » et je suis littéralement tombé à la renverse. La production était excellente, le jeu de guitare idem… Un excellent album. Et quand tu te prends vraiment une baffe, tu te dis qu’on a quand même des sacrés groupes en France, qui se donnent vraiment musicalement. On les a rencontrés à Brest ! Ils sont venus nous voir parce qu’on communiquait sur Facebook depuis un moment ensemble sans se connaître.

Jérôme : Ils sont super cools, et on adore ce qu’ils font.

Laurent : Une très belle rencontre. Donc oui allez-y, soutenez ce groupe !

Jérôme : Leur album est gigantesque. Un son énorme et des compos très, très bonnes.

Laurent : Under The Abyss : retenez ce nom !

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