A very Old Ghost Behind The Farm - La came CrudeUn jour sombre de 2009, un groupe de la région toulousaine aux mœurs étranges vit le jour. Ce groupe ne se contentant pas de jouer chez soi, sortit assez rapidement, d’ailleurs, son premier EP Bareste afin de faire connaître son style et sa culture particulière, en cette même année 2009. Un an plus tard, non content d’avoir déjà enregistré et sorti rapidement cet EP, partant à la conquête d’un public plus large et confiant, le vieux fantôme qui rôde derrière la ferme récidive en sortant cette fois-ci un album, Primary Septagon qui nous livre déjà les clefs du genre particulier qu’envoie le quatuor (à cette époque). Enchaînant sur un split avec Wheelfall fin 2012 avec trois titres qui montrent une tendance à l’allongement temporel, pour marquer leur retour dans le monde des vivants afin de mieux nous hanter avant le grand retour du désormais trio, effectué le 1er mars 2014 avec La Came Crude.

Genre : Doomed Sludge Rock - Sortie : février 2014

Genre : Doomed Sludge Rock – Sortie : mars 2014

Et de quoi s’agit-il donc ? L’objet que nous tenons entre nos mains tremblantes est déjà en soit une sorte d’OVNI dans le monde du disque, car s’il s’agit bien d’un CD, comme nous en avons l’habitude mais la différence vient du fait que celui-ci soit inséré en deuxième de couverture d’un livret. Et pas n’importe quel livret, il s’agit de la légende folklorique locale de La Came Crude qui nous est relatée dans une toute nouvelle version par Lundi Galilao, qui sera donc le narrateur ainsi que le chanteur et guitariste du groupe. La première et la quatrième de couverture nous exposent ce qui ressemble à une gravure à l’ancienne, incluant le nom du groupe ainsi que le titre de la nouvelle et, par la même occasion, du disque. Le graphisme est très réussi et nous plonge immédiatement dans l’ambiance sombre et un peu glauque du trio toulousain. Nous ne pouvons pas parler de l’album sans parler du livret et donc de la nouvelle, puisque l’un et l’autre sont liés, le disque étant destiné à être la bande son de l’histoire contée.

Originellement, la came crude est un croque-mitaine du folklore local gascon et pyrénéen, dont une occurrence écrite se trouve relatée par Jean-François Baldé au XIXè siècle. Il imagine deux origines possibles en deux contes distincts. Lundi Galilao, pour sa part, choisit une autre direction pour expliquer comment est né ce monstre, décrit souvent comme avec une jambe seule, parfois dotée d’un œil au genou ou d’ailes et qui dévore les passants égarés dans la forêt, en s’inspirant librement de « la goulue » de Baldé. Cette croyance populaire à l’origine trouble, trouve ainsi une nouvelle explication possible. Le style est bon, l’histoire prenante et nous plongeons dans les affres d’un conte aussi sombre que nous le laissait envisager les illustrations du fascicule. Pour les amateurs de littérature de bonne qualité, comme pour les amateurs de contes aux ambiances particulières, cela deviendra rapidement un incontournable.

Et qu’en est-il alors de la bande son ? Comme si les bizarreries faisaient partie intégrante du concept, l’album ne se constitue que d’une seule piste. Oui, vous avez bien lu, une seule. Mais cela ne s’arrête pas à une simple piste, car elle fait 45 minutes tout de même. Nous recommandons de l’écouter d’une traite et sans interruption, ce qui sera bénéfique à une immersion totale et définitive dans l’univers de La Came Crude. Il serait également souhaitable de lire la nouvelle avant, afin de bien comprendre ce qui se passe mais ce n’est à la limite pas une obligation, les deux parties de l’œuvre étant bien dissociables si on le souhaite. L’enregistrement est de très bonne qualité et nous n’aurons donc rien à redire en ce qui concerne le son ou le mix. Musicalement, nous allons naviguer entre diverses ambiances, partant du Sludge en passant par du Stoner, du Black Metal et même du post rock. Bref, l’OVNI reste un OVNI du début à la fin. Le renouveau du Doom ? L’ambiance est agréablement oppressante, avec des montées et des descentes d’humeur, des accélérations et des ralentissements, des growls très aigus, des voix claires, des growls graves, des soli. Il y a vraiment de tout, en enchaînement permanent, avec des thèmes qui reviennent et qui sont réinterprétés, dissimulés dans un nouvel arrangement. Pour une bande son en lecture, tout va bien aussi.

En définitive, si vous êtes à la recherche de quelque chose d’original, que vous n’avez pas peur de vous poser pendant plus de cinq minutes pour écouter de la musique et que vous avez éventuellement envie de lire un conte bien glauque de nos régions, vous pourrez foncer sans hésiter. Cet album est une totale réussite. Nous avons tout aimé ici, de l’artwork au son, en passant par la composition, l’idée originale, le livret. A Very Old Ghost Behind The Farm nous offre ici un opus de grande qualité et une preuve de sa maturité en relevant le défi de nous faire rester devant nos enceintes pendant 45 minutes d’affilés, et ça marche. Ami, laisse toi tenter et suis le très vieux fantôme derrière la ferme, il te montrera la goulue et le sorcier dans ce conte obscur très prometteur pour la suite. Nous attendons uniquement une date près de chez nous pour voir le résultat sur scène. A lire et à écouter sans modération.

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Line-Up :

  • Lundi Galilao : guitare et chant
  • Gloria Tetanos : guitare et chant
  • Victor Bestiole : basse et chant

Tracklist :

  • La Came Crude