Tagada Jones, 20 ans et toutes ses dents !

Posté le : 17 juin 2014 par dans la catégorie Interviews
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Les rennais de Tagada Jones ont fait un passage remarqué par Le Teil, au cours de leur tournée d’anniversaire des 20 ans. Ce qui tombe bien, c’est qu’on y était aussi. Entretien avec de grands routards de la scène alternative.

Propos recueillis par Mad Tintin. Photos de Kouni. Interview réalisée le 7 juin 2014 au Teilia Fest Open Air.

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Sons Of Metal : Vous avez fêté vos vingt ans cette année. Pouvez-vous faire une courte rétrospective ?

Niko : La particularité du groupe, c’est qu’on a commencé en étant 100 % indé et que vingt ans plus tard on est toujours 100 % indé, militant et underground, on a toujours cru en ça. Au début du groupe, on a eu quelques propositions pour être signés et on s’est dit qu’on allait continuer seuls. Nous sommes fiers, aujourd’hui, de pouvoir comptabiliser près de 1 700 concerts dans 24 pays différents, 8 albums studios, 2 DVD et on aurait pas pensé faire autant de trucs quand on a commencé, parce qu’on partait de rien. C’est le cas de beaucoup d’autres groupes mais il faut avouer qu’aujourd’hui, c’est plus compliqué. À l’époque, on avait la chance de pouvoir jouer dans des petits cafés concerts ou des squats et il y avait donc plus moyen de monter des tournées autonomes et alternatives. Aujourd’hui, c’est plus compliqué comme il y a moins de lieux pour jouer. On pensait pas faire ça toute notre vie, notre but c’était d’en profiter, de faire les cons. Il s’avère que finalement, on a réussi à faire de notre passion notre métier et c’est formidable.

Pour vos 20 ans, vous avez sorti un nouvel album, Dissident. Quel regard vous portez par rapport au précédent, Descente Aux Enfers ? Quelle évolution ?

Niko : Bah déjà on a récupéré un p’tit jeune (Waner, nouveau bassiste du groupe). Il est sympa, même s’il ne parle pas beaucoup (rires).

Stef : Le nouvel album est différent, en ce qu’il a été fait à l’ancienne. Plutôt que de composer avec l’ordi, on est allé en répèt’ et on enregistrait directement. Du coup, il y avait un feeling différent.

C’était donc des prises live ?

Niko : Si tu veux, quand tu te mets devant un ordi pour faire des pré-prod’, ça finit par uniformiser un peu les morceaux. Là, l’idée était de retrouver la source, comme quand on jouait il y a 20 ans, à se mettre dans un local de répèt’, de jouer pour le plaisir et qu’il en sorte quelque chose pour l’enregistrer ensuite. On a donc fait ça et on a pris autant de plaisir qu’à l’époque. Une fois les morceaux faits, on les a gardé tels quels. On a évidemment modifié quelques petites choses, mais le boulot à l’ordi a été minime.

TAGADA JONES-20140607-004À propos de vos influences, on a cité pas mal de groupes : Parabellum, The Exploited, Suicidal Tendencies… Beaucoup de groupes de la scène Hardcore et des groupes de Punk. On a senti quelques évolutions au fil du temps dans votre son. Est-ce que c’était une évolution consciente ?

Stef : C’est vrai qu’à un moment donné, on a tourné un peu Metal Indus, comme Ministry.

Niko : Ca dépend des personnes. Au début, le groupe était très alterno, né en allant voir Les Sheriffs, Parabellum ou même La Mano Negra qui étaient les fers de lance de cette scène. Du coup, comme on travaille vachement à l’humain dans le groupe, chacun vient et amène ses idées sans qu’il y ait de limites et c’est vrai qu’au final, on pioche dans beaucoup de styles différents. Stef par exemple, comme il est vachement plus vieux, il nous a ramené la musique des années 50 avec Bon Jovi et Johnny B. Goode.

Stef : Et George Moustaki ! (rires)

Niko : Au final, on a toujours écouté un peu de Metal, même si c’était l’influence de départ, tout ça joue dans ce que tu vas produire. En musicologie, on t’explique qu’un son que t’entends, même si tu ne veux pas l’entendre, ça t’influence.

Stef : Je me souviens du temps où je bossais dans un supermarché et où il y avait une cassette qui passait en boucle : Je Te Survivrai, de Jean-Pierre François. À la fin, ça te donne envie de créer en réaction à la merde.

C’est un peu le concept de la musique contestataire.

Stef : Tout à fait.

Autre sujet : le projet du Bal Des Enragés, c’est parti d’où ?

Niko : En fait, on a un festival à côté de chez nous qui s’appelle Au Pont du Rock à Malestroit et une année, il a été annulé pour cause d’intempéries. Malgré les assurances, ils ont perdu un paquet de pognon et ils ont dû se séparer de leur salarié permanent. Ils ont organisé un concert de soutien auquel on a participé avec un autre groupe, Les Caméléons. Il y a eu un peu plus de 1 500 personnes. Le bar a hyper bien tourné, ce qui leur a permis de réembaucher leur salarié et de remettre le festival sur les rails pour l’année d’après. Ils nous ont invité en nous donnant carte blanche de deux heures pour clôturer le festival. Comme c’est plutôt un festoch grand public, on s’est dit que le mieux était de faire une heure de set Tagada et une heure de reprise. Parti de là, on s’est dit que pour des reprises, pourquoi pas inviter d’autres potes ? L’orga était 100% okay, alors on a commencé à envoyer quinze invit’ pour que quelques-uns des groupes invités viennent, sauf que tous ont répondu présent. On s’est retrouvé la veille du festoch dans notre local de répèt, dans un gros bordel comme personne n’avait rien prévu mais on a tous commencé à trouver vachement sympa le fait de déstructurer complètement les groupes. Au final, on s’est auto-interdit de jouer avec un groupe au complet, tout en se servant de bases, comme certains avaient déjà joué ensemble, fait des reprises. Le lendemain, c’était le bordel, c’était plus instinctif que qualitatif mais on s’est rendu compte que l’instinctif marchait pour tout le monde : nous, l’orga, les techniciens et le public. Au bout d’une heure de concert, on s’est tous sauté dans les bras en se disant que c’était génial et qu’il fallait absolument remettre ça. Six mois après, on a fait la première tournée du Bal Des Enragés et depuis, c’est devenu une petite institution tous les deux ans. Maintenant, je crois qu’on va avoir du mal à décrocher.

Stef : Le concept, c’est un bal comme on en faisait dans les années 60, sauf qu’on fait que des reprises de bourrin. En gros, c’est comme les musiciens amateurs qui jouent entre potes à des petites fêtes.

Niko : Voila, on se fait plaisir et on fait plaisir aux gens. Exactement comme l’a dit Stef, c’est un bal populaire, sauf que notre côté populaire à nous, c’est de la musique dure. Résultat, tous les gens qui aiment bien la musique dure s’y retrouvent et c’est pour ça que le Bal marche assez bien. Combien de fois, à la sortie des concerts du Bal, on a vu des gens nous dire : « C’est le meilleur concert que j’ai fait de ma vie ! ». Alors que c’est que des reprises. Le truc est fait dans la joie et la bonne humeur, c’est la grosse fiesta.

Vous portez quel regard sur l’évolution de la scène alternative des vingt dernières années ?BAL DES ENRAGES-20130811-005

Niko : Elle est un peu molle. Il se passe beaucoup moins de choses qu’il y a vingt ans. Moi qui fais des formations pour les jeunes groupes, je trouve beaucoup de groupes qui attendent qu’on leur donne quelque chose tout cuit alors qu’avant, tu savais de toutes façons que ça allait être dur, que personne ne défendrai cette musique là. Peut-être aussi que la vague alternative a beaucoup aidé là-dedans, avec des zikos et des publics qui se sont regroupés pour créer un truc. À l’instar du mouvement Punk à la fin des années 70 en Angleterre, en France notre mouvement à nous, c’est le mouvement alternatif. À force de pousser, il en est sorti quelque chose. On voulait faire pareil que ces groupes quand on a commencé. Aujourd’hui, la scène est un peu molle en ce que les groupes attendent qu’on leur donne un support, une première partie dans la SMAC du coin et qu’après, ils vont jouer trois fois de suite dans la SMAC du coin parce qu’elle est subventionnée pour faire jouer des groupes locaux. C’est très bien, sauf que quand tu fais 200 ou 300 bornes, la SMAC du coin est plus subventionnée pour te faire jouer et préférera un groupe du coin. Résultat, le système tourne en rond avec des groupes qui sortent plus.

Je trouve que ça manque d’élan. Après, je dis ça mais peut-être que dans cinq ans, on verra plein de trucs sortir, comme le calme avant la tempête. Mais c’est vrai que là, des nouveaux groupes qui explosent et vont jouer partout en France, il y en a presque pas. C’est vrai aussi que la situation est plus compliquée, il n’y a plus de squats pour jouer, les cafés-concerts ont fermé à tour de bras, soit parce que ça fait trop de bruit, soit parce qu’il faut rémunérer les musiciens et que la pratique amateur n’est pas reconnue. Tout ça mis bout à bout, fait qu’on est dans une espèce de latence et c’est sûrement pour ça que les groupes comme nous qui existent depuis pas mal de temps, ont jamais autant joué. Cette année, on a dépassé les 100 dates, là où tous les autres nous disent qu’ils sont en galère. Tant mieux pour nous, mais faut jamais se contenter de ça, faut aller de l’avant ensemble.

Quelque part, vous venez d’un mouvement et vous avez envie qu’un mouvement se relance à partir de ce que vous avez fait et que ça continue pendant vingt ans ?

Ouais, il y a un peu de ça. Dans notre DVD, Loran (Les Ramoneurs de Menhirs, ex Bérurier Noir) intervient pour dire qu’il est super content qu’on ait mis en application les idées des Bérurier Noir et qu’il y ait une continuité. Pour nous, c’est pareil, on aimerait bien croiser des jeunes groupes pour prendre la relève. On en croise, comme Doberman [Crew] avec qui nous avons joué plusieurs fois sauf qu’à chaque fois, c’était dans la région. Encore qu’ils aient fait des tournées un peu partout en France, mais ça a été compliqué. Il faut aussi dire que des labels indépendants, aujourd’hui, il y en a plus beaucoup. Tout ça mis bout à bout fait que c’est un peu compliqué. On peut espérer qu’un truc se structure dans quelques années et qu’un réseau apparaisse. C’est pas possible que ça reste comme ça.

TAGADA JONES-20140607-001Vous l’avez dit, vous avez un nouveau bassiste. À vos yeux, quelle nouveauté a-t-il apporté ?

Niko : Bah forcément, tout son jeu de basse. Chaque personne amène ses plans et ça change la musique. Jamais nous dirons à un zikos : « Ouais, c’est bien ce que tu jouais avant mais maintenant, tu vas jouer comme ça ». Des groupes marchent comme ça, mais pas chez nous.

Stef : Et puis, il est exubérant ! (rires)

Comment s’est passée son intégration au groupe ?

Niko : Il n’y a que lui qui peut le dire !

Waner : On se connaissait déjà un peu avant. Je connaissait Job (batterie) depuis longtemps et un peu tout le monde. Résultat, ça s’est bien passé dés le début et ça se passe toujours très bien. La première fois que je suis arrivé, j’ai enregistré directement pour l’album.

Niko : Si tu veux, l’avantage c’est que le fait qu’on le connaisse depuis longtemps évitait l’espèce de round d’observation qu’il y a quand un nouveau membre arrive dans un groupe. Avant lui, on a essayé un mec qu’on ne connaissait pas du tout. Musicalement, ça le faisait mais nous ne savions pas trop s’il était dans le même trip que nous.

Stef : Quand t’as seize heures de camion à faire en deux jours, faut bien s’entendre et de préférence, aimer picoler.

Il y a un test pour ça, non ?

Niko : C’est même le test primordial et il n’a pas eu de mal à le passer. (rires)

Job: Et il continue de le réussir à chaque veille de concert (rires).

De tout votre répertoire, le titre qui vous donne le plus la niaque en live ?TAGADA JONES-20140607-006

Niko : Moi, en ce moment, je dirai qu’avec Karim et Juliette avec lequel on finit notre set, les gens chantent tous avec nous sur 95 % des concerts. Après, c’est pas mon préféré à jouer.

Stef : Regarde, refuse, résiste… Je ne sais plus le titre…

Niko : C’est Instinct sauvage.

Stef : Voila, c’est ça.

Job : Moi, c’est Vendetta, je crois.

Waner : J’aime bien Les Compteurs à Zéro, c’est simple et efficace.

Pour terminer, quelques mots pour les lecteurs de Sons of Metal ?

Niko : Comme je le disais au début de l’interview, on est vraiment issus de l’alternatif. Tout le travail des fanzines et des webzines permettent à pas mal de gens de découvrir une autre culture, de découvrir d’autres artistes, donc chapeau pour leur travail et bravo à tous les gens qui les suivent. Si on en est là aujourd’hui, c’est aussi parce qu’il y a eu des gens comme vous pour faire des webzines, ou des fanzines à l’époque où on a commencé.

Mad Tintin