PARABELLUM-20140608-004Nous sommes le samedi 7 juin, 15h, le Teilia Open Air Fest ouvre ses portes et ce qu’on peut déjà dire, c’est qu’il fait chaud, très très chaud au Teil ! Un soleil implacable pilonne le bitume des lieux et aucune ombre ne viendra soulager les vaillants qui s’aventureront dès le début des festivités, au devant des deux scènes édifiées pour l’occasion. Les ténèbres salutaires, il faut les chercher du côté de l’entrée ou quelques stands sont installés sous les arbres, à proximité d’une buvette qui promet de tourner à plein régime pour ce week-end caniculaire.

Samedi 7 juin 2014 – Premier jour du festival

Les premiers festivaliers arrivent, partagés entre masochistes incapables de se séparer de leur cuir pour cet après-midi infernal et réalistes imprudents ayant pensé au marcel et au short (voire mini-short pour ces dames) mais pas à la crème solaire. Adieu les vampires et bonjour les démons!

ESTELIATH-20140607-003Esteliath

C’est à 16h00 que les scaldes montiliens d’Esteliath inviteront les courageux à défier la déesse Sól pour se masser autour de la scène secondaire, baptisée Caillette. Le thème musical du jeu vidéo Skyrim retentit, tandis que le chanteur de la formation brandit une énorme corne à boire, avant de s’en envoyer une bonne lampée et d’émettre ses premiers grognements. Le doute n’est pas permis, nous aurons droit à du Viking Metal pour commencer la fête et une petite cinquantaine de pillards répondent à l’appel aux armes.

On reconnaît dès le premier morceau du groupe une très forte influence des Suédois d’Amon Amarth. Influence qui ne sera pas démentie quand leur conteur-growler nous annoncera la reprise de l’emblématique The Pursuit Of Vikings pour le troisième morceau de leur set. Il faut bien le dire, c’est une reprise sans fausse note que nous livrent les vikings drômois qui récidiveront un peu plus tard, en jouant une autre des sagas du célèbre groupe de Death mélodique. Mais de ces généreuses offrandes à leurs idoles, vient également le petit bémol quant à leur prestation : pour les reprises comme pour les compositions originales, le son d’Esteliath colle un peu trop à celui d’Amon Amarth. Aussi, peut-on déplorer un léger manque d’originalité. Il convient toutefois de se montrer magnanime avec nos scaldes du sud : la formation est toute jeune (moins de deux ans) et celle-ci était initialement assortie d’un flûtiste et d’un violoniste, dont les départs ont nécessairement dû conduire à quelques adaptations. Souhaitons donc à Esteliath de poursuivre leur petit bonhomme de chemin et de pouvoir, à l’avenir, jouer un Viking Metal qui leur sera propre.

SOUL TRIPPER-20140607-003Soul Tripper
Changement d’ambiance sur la scène principale, baptisée Picodon, avec le groupe de groove Metal Soul Tripper. On constate une légère baisse d’affluence du public au début du set des Romanais, sans doute en raison du besoin d’ombre mais cela ne durera pas très longtemps. Soul Tripper, c’est un petit côté Pantera, bien rythmé et bien lourd, érigé sur une grosse base rock’n’roll, le T-shirt Johnny Cash du chanteur témoignant de ces solides fondations. Après un long morceau bien brutal, celui-ci donne le ton : « Nous sommes Soul Tripper, on a un objectif cet après-midi, c’est de faire… groover… tout ce putain… de fest ! ». La fin de la phrase se perd dans un méchant cri avant que le groupe n’enchaîne sur le second morceau. Au son et au chant bien balancés, s’allie une énergie plaisante sur scène. Ça sent le groupe tout à fait heureux d’être là et prêt à se donner tout entier aux curieux, tout particulièrement concernant le chanteur. C’est avec une frénésie très communicative que Pierrick (tel est son nom) occupe l’espace de la scène et réveille les corps, malgré la chaleur toujours aussi assommante. Esteliath avait bien suscité quelques headbangs durant son set mais là, ça se trémousse enfin ! Très belle prestation de Soul Tripper, pour les oreilles comme pour les yeux.

SOUL TRIPPER-20140607-006SOUL TRIPPER-20140607-014

WOOD DUST-20140607-004Wood Dust

Nous revenons peu avant 18h devant la scène Caillette pour écouter et regarder Wood Dust, groupe de Néo-Metal dans la droite lignée de Staind et autres Limp Bizkit. Loin d’être débutant (formé en 2003), ce groupe de Saint-Etienne a déjà joué avec de grosses formations comme Tagada Jones et Black Bomb A entre 2008 et 2010. Un beau pedigree en somme mais le line-up du groupe a changé en 2013 et la prestation au Teilia aurait tendance à faire penser que celui-ci est encore en rodage, pour ce qui est du live. Il n’est pas impossible non plus que la météo y soit pour quelque chose. On ne le dira jamais assez, la chaleur était infernale durant ce week-end. D’autant plus que la scène secondaire n’est pas couverte et qu’un soleil demeurant violent, en dépit de son déclin, assaille les nuques des musiciens. Niveau instru, peu de choses à dire. Ce n’est pas tant de ce côté-là que le groupe peine mais davantage du côté du chant. Si la gueulante de Wood (le chanteur) est bien maîtrisée, nous relèverons quelques difficultés au niveau du chant clair ce qui, après vérification, n’est pas habituel chez lui. Ajoutez à cela le jeu de scène relativement statique de la formation que la petitesse de la scène peut expliquer en partie, et vous obtenez une performance mitigée qui n’aura toutefois pas empêché une trentaine de personnes d’apprécier, sans que celles-ci ne se remuent trop. Tablons sur un jour sans, auquel il serait une erreur de se fier pour se faire une idée de la qualité du groupe stéphanois.

WOOD DUST-20140607-002 WOOD DUST-20140607-001

MY SECRET SAFE-20140607-007My Secret Safe

C’est vers 18h30 que My Secret Safe débutera son set sur la scène principale. Originaire de Montpellier, cette toute jeune formation (1 an et demi d’existence) distille un Metal alternatif pêchu, speedé, avec un dynamisme bienvenu sur scène, comme un écho à la prestation scénique de Soul Tripper. La jeunesse du groupe se ressent clairement toutefois dans le stress perceptible du chanteur. Celui-ci est avide de communication avec le public, ce qui laisse transparaître un besoin de se rassurer mais également une volonté de bien faire. On relèvera chez lui une légère tendance à ne pas attendre ses camarades musiciens, ainsi que quelques ratés sur le chant clair. Plus globalement, le groupe ne semble pas tout à fait en place et nous sentons un manque d’expérience en concert. Mais pour ça, pas d’autre choix que de continuer à jouer sur scène et la performance de My Secret Safe au Teilia se révèle plus qu’honorable pour leurs débuts. On ne peut qu’encourager les Montpelliérains à continuer leur rodage, pour des prestations s’annonçant béton pour l’avenir au regard de leur potentiel.

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WAR MACHINE-20140607-003War Machine

Le dernier set de la journée pour la scène Caillette est assuré par War Machine, groupe de Metal n’ roll d’Angers et ce qu’on peut dire, c’est que l’appellation Metal n’ roll colle à leur son comme un tatouage à la peau d’un biker bien velu. Une instru toute à la fois groovy et grasse, avec un petit arrière-goût de Mötorhead, agrémentée d’un chant équilibré entre screaming pas trop aigu et grunt bien calé avec les mélodies « gros rock n’roll qui tâche ». Avec quelques touches de Stoner et une certaine influence de Pantera, War Machine captive très rapidement son public, encore un peu épars à cette heure-ci. Des compositions solides et groovy provoquent des headbangs éffrénés et c’est logiquement sous les acclamations que les Angevins quitte la scène. Un excellent concert et sans conteste l’une des meilleures formations à suivre.

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DOBERMAN CREW-20140607-004Doberman Crew

À 20h, le soleil finit enfin par se fatiguer et l’on passe doucement du chaud au tiède… Pour ce qui est de la météo, du moins. S’agissant du public par contre, c’est un volcan qui entre enfin en activité avec les Lyonnais de Doberman Crew et leur Punk Hardcore relevé au chant rappé. Plein d’énergie sur scène, avec un Keefran (chant) gonflé à bloc, bondissant, qui nous souffle la rage de ses paroles révoltées droit dans les oreilles. Jusqu’alors, les scènes avait eu du mal à rassembler plus d’une petite cinquantaine de personnes. Là, nous dépassons la soixantaine dès le début du set et c’est une soixantaine réceptive et agitée. Ça headbang bien comme il faut, ça sautille avec entrain. Le public grossit progressivement et enfin, nous assistons aux premiers pogos de la journée avec le titre Bras tendu, pour ne plus manquer à l’appel de toute la soirée. On relèvera vers la fin du set un appel de Keefran au soutien des intermittents du spectacle, en proie à une réforme inquiétante de leur statut, ce qui nous rappelle que Doberman Crew n’a pas l’étiquette « groupe engagé » juste pour séduire le jeune rebelle de salon.

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IN ARKADIA-20140607-002In Arkadia

Le volcan est donc entré en activité à 20h mais la première éruption, elle, est programmée pour 21h30 avec un autre groupe lyonnais : In Arkadia. Ne vous arrêtez pas à l’image d’un joli jet de lave et quelques coulées de magma sur la flore environnante, ajoutez donc quelques villages aux populations malchanceuses à proximité. Malchanceuses mais fascinées et prêtes à se faire submerger toutes entières ! Le public n’est plus comptable, nous évaluerons à la louche une centaine de pyromanes massés sur le tout devant de scène. Les guitares chantent une foule paniquée, la basse, c’est un nuage de cendres sous-tendant le chaos ambiant, la batterie, un bombardement ininterrompu de scories brûlants. Quant à la voix, c’est la lave. Tantôt un scream fluide et vif de couleur, tantôt un growl épais et gris de désolation. Quittons la métaphore volcanique pour nous intéresser plus concrètement à ce qu’il se passe sur scène. Ce groupe de Death Metalcore peut aisément être comparé à un orchestre symphonique dont le chef serait Alix, le hurleur. Le jeu de scène est proche de la chorégraphie que dis-je, du cérémonial gonflé aux hormones ! Le changement de rythmes et de mélodies s’allient à une évolution millimétrée des gestuelles de chacun, le hurleur accompagnant parfois l’instru des mouvements de bras puissants d’un chef d’orchestre mais se mouvant plus généralement avec la rage d’un possédé. Si le groupe, en son entier, ne se ménage absolument pas en ce qu’il s’agit de se remuer, la performance d’Alix, elle, est réellement physique, digne d’un démon gymnaste. Le groupe se permettra une vraie pause au bout d’une vingtaine de minutes de jeu, pour réclamer des remerciements à toute l’orga et tous les groupes passés avant eux. Personne n’est oublié et c’est un public comblé qui répond à la demande. Ça fait du bruit et ce n’est pas fini ! Le point d’orgue du concert se matérialisera par la séparation du public en deux armées barbares, prêtes à la collision explosive. Avec le recul, on ne pouvait pas imaginer un tel concert sans un bon vieux wall of death des familles, le tout arbitré par le bassiste et un guitariste descendant au milieu de la fosse pour donner le signal. Leur retour sur scène sonnera l’attraction des deux aimants de chair et d’os, ceux-ci se désintégrant à l’impact pour se transformer en un pogo rimant avec chaos. La toute fin de set verra apparaître une tentative de circle pit débutée par quelques diablotins calcinés mais cette initiative sera rapidement engloutie par un pogo gargantuesque, comme un vulgaire enfantillage. Le passage d’In Arkadia sur scène n’aura rien laissé sur son passage. On relèvera quelques problèmes de micro par moments que l’on pourra aisément qualifier de broutille, au regard de la prestation. Même pour ceux qui ne sont pas amateurs du genre, l’occasion de voir In Arkadia sur scène est à saisir. Ce n’est pas une claque que vous recevrez, plutôt un scorie ardent entre les deux yeux.

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TAGADA JONES-20140607-002Tagada Jones

Nous en sommes donc à l’heure d’après. La désolation règne, les secours tardent à venir. Quelle meilleure occasion pour une émeute en bonne et due forme après la catastrophe naturelle que nous venons de vivre ? Ça tombe bien, Tagada Jones, les vétérans de l’émeute musicale, s’apprêtent à semer le vent de la révolte pour mieux récolter la tempête insurrectionnelle. Et l’on constate que le semi éolien prend à merveille, la formation bretonne générant des pogos alors même qu’ils n’en sont qu’aux balances. Visiblement, l’éprouvante performance précédente n’a pas achevé le public qui réclame davantage de contusions. On se disait qu’après In Arkadia, Tagada Jones avait intérêt à être très en forme mais il en fallait plus pour mettre sous pression un groupe qui fait bouger depuis 20 ans cette année, tous les petits agités de France. Ajoutez à cela que les guérilleros de Breizh disposent de nouvelles roquettes à charger dans leur artillerie avec leur album anniversaire : Dissident.
C’est d’ailleurs avec le premier titre du nouvel album, De l’Amour Et Du Sang que la formation inaugure son set et ça commence fort aussi bien sur scène que devant celle-ci. Le « pogo de balances » n’était qu’un petit jet d’étincelle avant la grande détonation. La mêlée prend de l’ampleur et ne se fera excuser à presque aucun morceau du set, même en retrait de la scène, du côté où d’habitude le public est plus spectateur qu’acteur, de petites séries de collisions entre intimes s’organisent. Transition réussie, nous quittons la lourde atmosphère apocalyptique pour rentrer dans l’ambiance festive des orgies bérurières, le tout sans choc thermique. C’était chaud bouillant avant, ça l’est aussi après ! Ceux qui ne pogotent pas se livrent à des danses désarticulées en chantant à tue tête les hymnes punks de la formation. Et si par malheur un quidam venait à ne pas suffisamment remuer, c’est un barbu râblé qui le rappellera à l’ordre, faisant le tour du public pour pousser à l’aveugle une arrière-garde trop molle à son goût. Dans le jargon, on appelle ce genre d’individu un phacochère, espèce relativement peu appréciable mais dont le présent spécimen ne fera pas de vagues, retournant après sa bousculante ronde dans la grande mêlée.
Sur scène, c’est un Niko (chanteur-guitariste) en pleine forme qui assure le show, tournoyant sur lui-même tout en grattant frénétiquement sa guitare. Pour animer la scène, notre derviche tourneur alterno peut également compter sur Waner, nouveau bassiste du groupe que le jeu de scène vivant porte d’un bout à l’autre du plateau. On relèvera également la présence sur scène de panneaux électroniques aux motifs mouvants qui illustrerons notamment le décompte du titre Les Compteurs à Zéro.
Evidemment, avec une ambiance aussi survoltée, il n’était pas pensable que Tagada Jones nous plante le public sans des rappels en bonne et due forme. Après une heure de set, Stef (seconde guitare) prendra la température : « Alors, ça va tout le monde ? Si vous voulez qu’on vous rejoue 3, 4 morceaux va falloir nous montrer que vous en voulez encore ! » et au public de hurler en chœur son besoin de rab’. « Ah ouais, c’est pas mal, c’est pas mal mais franchement à mon avis, y’a moyen de faire mieux. Vous êtes prêts ? UN DEUX TROIS ! », la réplique du premier tremblement vocal achèvera de convaincre les Rennais de remettre le couvert. L’apothéose viendra à la toute fin des rappels, après une petite prise de parole de Niko. « Okay ! On s’en fait une petite dernière ? Le Teil, est-ce que t’es motivé pour chanter avec nous ? Pour fêter nos 20 ans, on a écrit un morceau en hommage à nos amis les Bérurier Noir. Ça s’appelle Karim et Juliette, et il va falloir tous chanter avec nous ce soir !!! ».

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Et c’est sous un feu d’artifice de « Lalalaï la » que se clôturera cette première  journée du Teilia Open Air Fest 2014, chaude par la température et caniculaire par l’ambiance ! Les jambes sont lourdes, les cerveaux en ébullition et les cœurs apaisés. Une petite nuit sous la tente ou à la belle étoile et nous pourrons récidiver le lendemain, pour une journée aux sonorités beaucoup plus old school.

Dimanche 8 juin 2014 – Deuxième jour de festival

Quelques heures de sommeil, plusieurs grands cafés, deux demis et une assiette kebab plus tard, nous voici de retour pour le deuxième jour du Teilia. Côté météo, et bien… On prend la même canicule et on recommence. Ajoutez-y une petite démo de forge du côté des stands, amenant une odeur tout à fait en phase avec l’ambiance des festivités. Aujourd’hui, la part belle sera faite au Hard Rock et au Heavy Metal.

ANGHER INC-20140608-001Angher Inc.

Cela commencera à 16h sur la scène Caillette avec le groupe Angher Incorporated, dont les membres nous viennent du Var et du Vaucluse. Musicalement, la formation nous distille un Metal Thrash progressif avec une grosse base Heavy et quelques résidus de Death Metal, le bassiste agrémentant un chant clair des plus propres de quelques grunts, de temps à autres. Globalement, le son n’est pas trop brutal, idéal pour commencer doucement les festivités et profiter de ce dimanche ensoleillé avec les enfants. Profiter pour certains seulement, beaucoup préférant ne pas subir la violence du soleil. Violence à laquelle une maman métalleuse fait écho en badigeonnant généreusement sa fille de crème solaire. Le public ne s’élève qu’à une vingtaine de courageux et le cagnard infernal n’encourage à la mobilité ni sur scène, ni devant. C’est dans une torpeur moite que le set se déroule, mais la forte luminosité du jour alliée aux mélodies aériennes d’Angher Incorporated créent une atmosphère agréable, hypnotique, planante. Le set se conclura par un atterrissage moins en douceur que l’on aurait pu se l’imaginer, avec la reprise d’Enter Sandman de Metallica.

THE GAY TRUCKERS-20140608-002The Gay Truckers

Après la ballade aérienne d’Angher Incorporated, nous irons faire un petit plongeon dans le bayou louisianais avec le Rock n’ Roll survitaminé du groupe The Gay Truckers. À la croisée du Punk, du Rockabilly et du Hard Rock sudiste, le groupe trélinois nous sert un jeu propre et motivé, soutenu par quelques jolies pointes d’humour : « Salut Teilia, on est les Gay Truckers, on vient de Nashville, Tennessee et ça fait 70 ans que vous êtes libres ! ». Bien dommage que quelques larsens viennent entacher la prestation. Si le groupe n’est pas très en mouvement sur scène, leur son énergique amène la vingtaine de personnes (et oui, seulement…) rassemblée devant la scène Picodon à faire fi de la chaleur pour se remuer un peu. La fin de set suscitera quelques sourires, au moment où le second guitariste frottera son instrument contre son entrejambe avant de le frotter contre le chanteur guitariste. Une prestation pour le moins rafraîchissante des camionneurs (ce qui était bienvenu en cette journée), toute en énergie et en délire.

HELLORWINE-20140608-004Hellorwine

En dépit d’une température tenacement haute (il n’est pas encore 17h), nous assisterons à une multiplication par deux du public devant la scène Caillette pour le show d’Hellorwine, coverband de Grenoble reprenant les titres des grandes gloires du Heavy Metal, telles Helloween (on s’en serait douté) ou Iron Maiden. Autant dire qu’il ne faut pas avoir froid aux yeux pour s’attaquer aux compos de ces monstres sacrés, ce qu’Hellorwine réussit très bien à faire globalement. La technique est là au niveau de l’instru, c’est propre, pointu, racé. Un petit bémol du côté de la voix : si le chant est tout à fait propre, on pourrait reprocher un léger manque de souffle du vocaliste, en décalage avec les puissantes voix des Michael Kiske, Sebastian Bach et autre Bruce Dickinson. Evidemment, la critique est facile quand il s’agit de tendre à égaler des légendes, et nous sommes bien loin du massacre, concernant le chant. Le groupe est un peu statique sur scène mais pas immobile. On ressent la décontraction sur les planches comme sur le devant de celles-ci. On relèvera peut-être un petit manque de don de leur personne de la part des musiciens mais cela n’empêche pas le public de se remuer gentiment, dans une atmosphère détendue.

Y BLUES-20140608-001Y.Blues

À la fin du set d’Hellorwine, le public fera comme pour les précédents groupes : il désertera le devant de scène pour se réfugier à l’ombre. Mais à 17h30, c’est une petite foule de curieux qui viendra se masser devant la scène Picodon, à la promesse d’un son inhabituel avec le groupe suivant : « Salut Le Teil, on est Y.Blues, on fait du Blues Metal acoustique et on est les premiers à le faire ! ». Et là, c’est la claque ! Une guitare sèche endiablée, assortie d’une voix grave et éraillée qui fleure bon le bourbon, un bassiste très pointu, rappelant parfois la contrebasse et un batteur au jeu de scène de métalleux déchaîné. Le mélange est tout à fait détonnant. En douze minutes de set, la cinquantaine de curieux s’est étoffée d’une quinzaine supplémentaire pour profiter de l’originalité des compositions du groupe grenoblois. Le jeu de scène n’est pas délaissé et c’est un groupe détendu qui headbang allègrement, tout en nous servant son Blues sauvageon entre deux boutades : « Oh mince ! Me suis gouré de guitare, j’ai pris une sèche ! ». Un petit échange comique aura également lieu entre la scène Picodon, où Y.blues se produit et la scène Caillette, où J.C.Jess se prépare, ce dernier perturbant les entractes de leurs camarades de la scène principale en procédant à quelques balances. Le set se terminera avec le titre The Arrival avec pour guest growler le chanteur du groupe reggae Rules Of Peace qui avait fait ses armes sur la scène Metal, avant de se tourner vers le reggae.
Fin de set ? Pas tout à fait en réalité, c’était sans compter les sollicitations d’un public conquis qui aura droit pour la toute fin, à un petit bijou de reprise à la mode acoustique : Ace of Spades, de Motörhead, touchant au sublime au point de générer le premier pogo de la journée. Un sans faute pour Y.blues qui est LA découverte du festival et dont The Arrival, leur premier album sorti en 2013, est à écouter le plus tôt possible. Il fallait voir Mike et Kouni se précipiter au merchandising pour mettre la main sur cette galette.

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D’ailleurs, nous en profitons pour visiter les divers stands présents sur les lieux. Nous pouvons ainsi être maquillés, apprendre à forger le fer avec les Forges de Barbarie, acheter des accessoires en cuir véritable, admirer les sublimes photos d’Anarkia Rock, s’offrir une coupe en faux crâne ou encore découvrir la bande dessinée de l’auteure Isolde, mettant en scène une jeune métalleuse, Lise Sweden.

Des produits de qualité.TEILIA OFF-20140608-005

 

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JC JESS-20140608-001J.C. Jess

Peu avant 19h, nous retrouvons donc les haut-savoyards de J.C.Jess sur la scène secondaire. On compte une quarantaine de personnes sur le devant de la scène aux premières notes du groupe mais avec la baisse de température, les festivaliers ne se réfugient plus à l’ombre entre deux sets et s’aventurent davantage du côté des scènes. Musicalement, J.C.Jess se situe à mi-chemin entre le Hard Rock et le Heavy Metal mais toujours avec une base de Glam bien présente. Cela nous donne une instru très technique avec une batterie bien cadencée, de belles envolées des guitares et un chant clair bien propre. Le groupe ne reste pas statique et essaie de composer avec la petitesse de la scène Caillette, ce qui est des plus plaisants. Les nuques font des créneaux, les longs cheveux s’agitent, tout est là pour donner une ambiance bien « wild » au set, en parfaite osmose avec le soleil déclinant dans le dos de la formation. À ce propos, le groupe conclura celui-ci avec une reprise du groupe de Hard Rock australien Airbourne : Runnin’ wild, pour le plus grand plaisir des amateurs du genre.

DARK QUARTERER-20140608-007Dark Quarterer

A 20h, nous quitterons l’asphalte sauvage pour nous élever bien au-dessus des nuages avec les italiens du Dark Quarterer. Si l’on pouvait qualifier le son d’Angher Incorporated de planant, celui de nos amis transalpins relève du sidéral, avec un Heavy Metal progressif que l’on n’hésitera pas à qualifier de scorpionien. Les guitares tantôt vous emmènent faire une tranquille petite ballade dans les étoiles avec leur notes aiguës, tantôt s’aggravent pour vous faire traverser un chant d’astéroïdes, accompagnées d’une batterie qui s’énerve pour l’occasion. Le tout est surmontée d’un chant clair irréprochable, d’un aigu toute aussi spatial que l’instru et sachant tenir une note puissante sur la longueur, ce qui ne fait qu’ajouter un peu plus de maestria à la performance. De surcroît, le groupe n’est pas immobile et occupe savamment la scène, nous accompagnant dans notre vol. Il ne fallait évidemment pas s’attendre à un jeu de scène frénétique à l’écoute de ce Heavy Metal tout en finesse, mais cette activité sur le plateau était à relever. Très belle performance de Dark Quarterer qui inaugure tout en douceur le début de la seconde soirée.

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VULCAIN-20140608-014Vulcain

Il est 21h30 et les choses sérieuses vont enfin pouvoir commencer. On relèvera d’ailleurs avec étonnement que c’est peu avant que Vulcain ne débute son set qu’une dizaine de gendarmes débarquera sur les lieux pour profiter de la fête. Visite anecdotique au final, la présence des forces de l’ordre n’ayant pas empêchée le festival de se poursuivre.
Vulcain joue donc ses premières notes et l’on n’hésitera pas à vous le dire : les vétérans du Hard Rock français ne rigolent pas. Vétérans peut-être mais certainement pas croulants ! On regretterait presque d’avoir utilisé la métaphore volcanique pour In Arkadia, d’autant plus quand le dieu volcan nous fait face, bien qu’il faille avouer que l’on ne soit pas dans l’ambiance apocalyptique de la veille mais davantage dans une atmosphère de fête sauvage de bikers. Daniel (chanteur guitariste) prendra la parole après la première rafale : « Okay ! Merci d’être venus, ça faisait un bail qu’on était pas passé dans le coin. Ce soir, on est venu présenter le nouvel album de Vulcain, V8 mais on se fera un petit retour sur Rock’n’Roll Secours (leur premier album, ndlr) tout au long de la soirée. Maintenant, on va vous jouer Avec Vous, un petit hommage à tout notre public en France ! ». Annonce efficace qui vous chauffe le public bien comme il faut, mais ça ne pogote pas encore. Il faudra attendre vingt minutes de set pour que la grande bousculade commence, précisément avec un titre de Rock’n’Roll Secours, Le King. Si le public ne remuait pas autant qu’on aurait pu l’espérer au départ, c’était pour mieux reprendre en chœur les refrains de la formation. On se réjouira au passage du caractère intergénérationnel du public, preuve s’il en est que Vulcain ne vieillit pas et n’usurpe aucunement son surnom de Motörhead français. Après une heure de jeu survolté, la formation fait mine de s’arrêter, ce qui ne manque pas de susciter chez le public des envies de rappel. Ce à quoi Marc (batteur) rétorquera « Si vous voulez qu’on continue, va falloir gueuler deux syllabes et on veut entendre les filles : Vul-cain ! Vul-cain ! Vul-cain ! ». Et au public en son entier, de scander énergiquement les deux syllabes magiques pour que le set se prolonge d’un quart d’heure de sauvagerie.

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PARABELLUM-20140608-004Parabellum

À 23h, le dernier groupe de la soirée commence ses balances et l’on observe le même phénomène que la veille pour Tagada Jones : des débuts de pogos éclatent. Guère étonnant, au regard des deux énormes pistolets qui frappent la bannière surplombant la scène et pas n’importe lesquels : des Luger P08, également connus sous le nom de Luger Parabellum.
C’est avec décontraction que la formation emblématique du Rock alternatif et du Punk français des années 80 procède à ses balances, en s’échangeant quelques vannes. Un détail saute cependant aux yeux : Schultz (chanteur guitariste) est assis sur un tabouret et c’est avec un petit pincement au cœur que l’on comprend que l’âge finit toujours par rattraper les plus inoxydables des légendes. On se rassure cependant très vite : si les jambes du grand Schultz accusent le coup, on ne peut pas en dire autant de ses mains qui savent toujours gratter une guitare, et de sa voix qui a su garder sa puissance et son timbre si particulier.
Le spectacle commence pour de bon vingt minutes après, et le pogo tant attendu suit. Nos inquiétudes du début s’évanouissent durant le très rock’n’roll J’en ai rien à foutre, avec le jeu de scène d’un Schultz tournoyant sur son tabouret pour s’enquérir de la forme de son batteur. Le public est en ébullition et remue à tous les rangs. La mêlée s’arrêtera brièvement pour le second morceau du set, le temps d’une séquence nostalgie, le chanteur guitariste poussant un tonitruant « Ein, zwei, ein zwei drei vier ! » avant que la formation n’attaque son légendaire Saturnin que la foule reprendra en chœur. C’est 33 ans de discographie que les alterno parisiens vont passer en revue durant leur set, enchaînant des titres énergiques sans césure, alternant parfois avec des morceaux plus calmes mais toujours rock’n’roll, ce qui achève de nous convaincre que Schultz garde une pêche d’enfer sur scène. Une petite pause au bout de vingt minutes de jeu, pour s’enquérir de la forme du public : « Ah, ils sont encore réveillés à cette heure-là, t’as vu ça ? ». Et c’est reparti avec Les fantômes du pogo. Au bout de cinquante minutes de set, le chanteur de la formation nous annonce la dernière avec Amsterdam qui ne manque pas de faire hurler un grand « NON ! » à une bonne partie du public qui réclamera en son entier des rappels, certains impatients commençant à entonner les paroles de Cayenne. Le groupe reviendra rapidement, Sven (guitariste) : « Y’a quelqu’un là d’dans, nom de dieu !? », avant que Schultz ne donne le mot d’ordre pour la suite du set « JE NE VEUX VOIR QU’UNE SEULE CRÊTE ! ». C’est reparti pour vingt-cinq minutes de son dans la joie et l’allégresse, tout en énergie, où l’on relèvera un souriant Anarchie En Chiraquie dans l’air de notre temps, rebaptisé Anarchie En Hollandie.
L’apothéose sera évidemment pour la toute fin de ces rappels, quand la lente introduction de l’indémodable Cayenne commencera. Le grand frisson habituel est bien là, tandis que Schultz et le public chantent à l’unisson les paroles de cet hymne anarchiste du XIXème siècle, remis au goût du jour par Parabellum il y a 28 ans. Le calme du début de la chanson fera comme toujours place à la tempête, l’instru s’arrêtant pour une ultime prise de parole de Schultz avant la séance de remerciements : « Merci à vous, et tous en chœur… LES CRABES… À LA MER ! » et c’est un public déchaîné qui se noie dans le tumulte du plus joyeux des bordels.

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C’est sur ce titre que tout le monde devrait vivre en live que s’achève la seconde journée et avec elle, le Teilia Open Air Festival 2014. Une cuvée d’excellente facture, bien que certains l’auraient sans doute apprécié moins madérisé, tant le soleil nous aura tanné durant ce week-end. C’est à grand regret par contre, et avec une inquiétude toujours plus vive que nous aurons constaté une affluence qui n’était pas à la hauteur de l’événement. Encore une fois, il manquait du monde et il était bien dommage que le public quitte aussi peu l’ombre, avant les têtes d’affiches. Au terme de la première journée, un peu plus de quatre cents festivaliers avaient investi les lieux, là où les organisateurs en espéraient six cents. Actuellement, la cinquième édition du Teilia Open Air Festival n’est pas une certitude et au regard de la qualité de la prog, c’est une véritable incompréhension. Le message reste le même, bien qu’il semble difficile à être assimilé par certains : soutenez votre scène, ne vous privez pas de ces événements, petits ou grands, pour quelques kilomètres et la supposée perspective d’une fin de mois difficile. Le regret ne se retrouvera jamais ailleurs que dans l’impossibilité d’avoir pu y être, ou si cela continue ainsi, dans l’absence de scènes Rock (le vrai, celui qui tâche) pour l’avenir.

Mad Tintin

Photos de Kouni

  1. Merci les gars pour votre excellent live report ! D’ailleurs je ne connaissais pas cette photo de moi hahaha, vous en avez d’autre du groupe (Hellorwine) ? Merci à vous

  2. Sereb Y.Blues dit :

    Merci pour ce report mortel, on est ravis que vous ayez aimé, et qu’en plus vous nous ayez acheté la galette,
    Si vous voulez, elle est dispo en intégralité sur Youtube, pour ceux qui veulent découvrir:
    https://www.youtube.com/watch?v=Xfr_QkDAqQQ