Erlen Meyer – Erlen Meyer (Album)

Posté le : 03 juillet 2014 par dans la catégorie Chroniques
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Erlen Meyer CoverErlen Meyer. Si ce nom vous rappelle quelque chose, alors vous n’aurez peut-être pas perdu tout votre temps en cours de physique-chimie, au collège et au lycée. Cependant, si nombreux sont ceux à connaître cet objet courant, en forme de fiole à fond plat et col étroit, nommé d’après Emil Erlemeyer, moins nombreux seront ceux qui penseront à Albrecht Erlenmeyer et pourtant, c’est certainement là, la clef explicative du nom du groupe.

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Genre : sludge, post-metal - Sortie : 27 juin 2014

Genre : sludge, post-metal – Sortie : 27 juin 2014

Qui est donc ce galant homme ? Un psychiatre autrichien. Si vous ne le connaissez pas, ce qui est plus que probable, vous ne savez pas qu’il décrit déjà la cocaïne en 1887 comme le troisième fléau de l’humanité, derrière l’alcool et l’opium (une sombre histoire de réponse à Freud qui signalait la cocaïne comme un bon moyen pour décrocher de la morphine). Si l’on a connaissance de ce fait, cela nous éclaire plus sur le contenu du travail du groupe. Erlen Meyer est en effet un groupe de Post-Metal, Sludge, originaire de la région de Limoge. En 2004, une fois n’est pas coutume, lors de la rencontre des musiciens au sortir de divers projets, le groupe était né. De démos en apparitions sur des compilations, le groupe s’en sort plutôt bien et gagne même un enregistrement en studio de deux jours à Toulouse, pour finalement enregistrer son premier album éponyme qui sortira en mai 2013 en version digitale et juin 2014, en version physique, pour l’Europe.

Tout d’abord, la pochette du disque paraît simple mais reste néanmoins esthétiquement appréciable. De l’encre noir en lavis sur fond blanc, représentant un buste et surtout une tête comme hérissée de pointes. Si cela annonce une couleur, nous verrons laquelle par la suite. Niveau son, rien à redire, l’enregistrement est propre. En même temps, disons que cela a été enregistré par CedricSoubrand au CWR à Limoge, mixé et masterisé par Magnus Lindberg à Stockholm, au studio Riddarborgen. Et le résultat est là. Nous pouvons ainsi nous laisser aller à écouter la musique et rien que la musique, sans être dérangé par l’égalisation ou le mix.

Si vous vous attendez à quelque chose de joyeux ou à des tempi rapides, vous serez peut-être déçus. En effet, la musique délivrée par Erlen Meyer est d’une noirceur difficilement exprimable avec des mots. Imaginons un démon tapis dans l’ombre, guettant sa proie – vous en l’occurrence – prêt à vous dévorer dès votre passage. Il ne restera alors pas grand-chose de vous. Des traces gluantes de sang répandu, accompagnées de vagues morceaux de chair et débris d’os. Uniquement des traces d’une violence extrême, dont personne n’aura rien vu. Un simple témoignage a posteriori d’évènements innommables. Oui, c’est à peu près le genre de sensation que l’on pourra avoir, à l’écoute de cet opus frais comme un tombeau en pleine canicule. Le growl typé hardcore d’Olivier qui vire parfois au Chino Moreno (Deftones) par son expressivité et ses déclamations presque slammées, évoquant un Bertrand Cantat qui ne sortirait jamais de prison. Des riffs lourds comme des monceaux de cadavres, sombres comme les orbites d’un crâne séculaire, répétitifs comme une journée de labeur absurde de Sisyphe. Nous ne ressortons pas indemnes de l’écoute d’un tel album, marquant à sa façon. Certains passages pourraient probablement même être qualifiés de Post Black plus que de Post Hardcore mais ici, le genre musical n’a plus tant d’importance. Vous avez déjà perdu et vous êtes pris dans un tourbillon émotionnel, un tourbillon sans fin. Jusqu’à ce que la musique s’arrête et que vous vous sentiez hagard, comme au réveil d’un cauchemar étrange. Des ombres se tiennent encore à vos côtés avant de s’envoler lentement, de disparaître en volutes.

Les thèmes abordés, en français, touchent autant à l’espionnage qu’à l’adultère, le meurtre… Et la mise en scène musicale étant bien faite, nous nous apercevons avec étonnement que nous sommes peut-être un personnage dans ce film, dont la BO passe pourtant sur notre lecteur.

C’est étrange.

Dérangeant.

Mais dans notre désespoir et cette perte de repères, nous en redemandons quand même.

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Line-up :

  • Jérémie NOEL, guitariste
  • Karol DIERS, batteur
  • Olivier LACROIX, chanteur
  • Pierre BERGER, guitariste
  • Jérémy ABELLA, bassiste

Tracklist :

  1. Gamla Stan
  2. Nuit
  3. Agatha
  4. Les Caprices de Remington
  5. Temple du Cri
  6. Sans Fleur ni Couronne
  7. Ex Voto
  8. Bouche Cousue
  9. Bec et Ongles

https://www.youtube.com/watch?v=8yFLk9TmwZ4&hd=1