Aeris – Temple (Album)

Posté le : 06 août 2014 par dans la catégorie Chroniques
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Aeris - Temple coverLe groupe Aeris a vu le jour à Nantes en 2004, sous l’impulsion de Manuel Adnot, guitariste de Sidony Box qui souhaite se lancer dans un projet barré alliant le Free Jazz, le Metal et le Rock, entre autres, histoire de se faire plaisir et de faire autre chose que ce que nous entendons partout. Il réussi alors à rallier à sa cause deux autres personnes dans son genre, Samuel Diné à la basse et au chant, et Boris Louvet derrière les fûts, tous prêts à s’envoler vers les hautes sphères de la créativité. Clémence Bourdaud, considérée à juste titre comme membre à part entière du groupe, dans l’esprit d’improvisation qui les animent, projette au cours des concerts du trio d’alors des dessins qu’elle improvise elle-même. En 2009, le premier album éponyme est enregistré avec, bien entendu, l’une de ses illustrations sur la pochette. Le groupe tourne dès lors principalement dans l’ouest de l’Hexagone, jusqu’à son retour en 2013 sous un nouveau line-up pour le projet Temple, avec un changement de bassiste en la personne d’Emerson Paris et un guitariste supplémentaire, Louis Godart. L’album sort finalement en septembre 2013 sous le label Ex-Tension. Et c’est de ce dernier album en date que nous allons parler ici.

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Genre : Jazz Metal, Rock, Progressive Metal - Date de sortie : 23 septembre 2013

Genre : Jazz Metal, Rock, Progressive Metal –  Sortie : 23 septembre 2013

La pochette du disque a une nouvelle fois été confiée à Clémence Bourdaud. Et le moins que nous puissions dire, c’est qu’elle annonce bien la couleur de ce que nous allons trouver, gravé entre les divers sillons de notre CD. Le nom du groupe, assez discret, siège en haut de l’image, en noir sur fond gris sombre. En dessous, des cornes de cerf entourent un agglomérat de personnages assez improbables et ne paraissant avoir aucun lien entre eux, hormis celui de l’image. Nous vous laissons regarder, mais disons que c’est simplement beau et intriguant. Que pourrions nous faire pour comprendre cette image, à part enfourner notre disque pour entendre de quoi il retourne ici ? C’est ce que nous faisons, non sans une certaine appréhension. Les pistes se subdivisent en trois parties qui sont donc annoncées comme trois pièces distinctes et renfermant chacune, avec les pistes qui les composent, une certaine cohérence.

Dans un premier temps, nous nous attardons sur le son. Il est tout à fait compréhensible et tous les instruments sont audibles et paraissent bien enregistrés. Cependant, la qualité sonore globale nous fait plus penser à une (bonne) démo qu’à un album. La batterie sature parfois, notamment les cymbales et la caisse-claire (surtout sur Captain Blood). Parfois, la grosse caisse aussi. Et cette saturation palpable, si elle n’est pas gênante dans l’ensemble, est assez présente par moment et peut nuire à l’écoute. Quant à l’ensemble guitares-basse, il souffre d’un problème d’égalisation. Les six premières pistes paraissent avoir trop de basses et conséquemment manquer d’un peu de présence et de médiums  La septième piste remonte assez brutalement dans les médiums aigus et manque pour le coup peut-être un peu de basse, mais nous soupçonnons que c’est l’habitude prise de ces dernières sur les six pistes précédentes qui occasionne cette impression. Toujours est-il que nous avons bien l’impression d’avoir six pistes, plus une qui n’a pas été enregistrée ou mixée de la même façon. Ceci étant dit, la qualité est tout à fait raisonnable et le disque audible, pour peu que l’on ne soit pas un puriste audiophile fanatique qui n’écouterait un disque que pour la qualité d’enregistrement et pas pour la musique. Car la bonne surprise qui existe, en effet, n’est pas là. Ne faisons pas semblant de ne pas entendre la musique qui est la raison principale pour laquelle nous écoutons des disques, osons l’avouer. Et si nous nous concentrons maintenant sur les compos, c’est une véritable claque qui nous attend, nous guette et finalement, nous tombe dessus comme l’enclume sur le coyote de Bip-Bip et Coyote (de Chuck Jones).

Pourquoi définir un groupe par son genre musical quand ce n’est pas possible ? Ici, toutes les frontières ont été littéralement effacées. Nous naviguons dans un paysage inconnu et pourtant familier. Nous sommes montés à bord du Galaxy Express (de Reiji Matsumoto) et nous partons pour une destination inconnue. La qualité des compositions nous laisse pantois. Si les sonorités sont bien Metal, de part la composition typique du groupe – deux guitares, basse, batterie – la musique s’en éloigne parfois de belle manière. Est-ce une composition moderne interprétée par un groupe de Jazz sur du matériel Metal ? Un groupe de Metal qui joue du Free Jazz qui frise le Classique, par moments ? Des extraterrestres ? L’album est intégralement instrumental. La répartition en pièces fait son effet. Pour donner une impression globale, disons que chaque pièce pourrait être un concerto pour guitare électrique et que pour Flame et Richard – Horizon – Robot, elle se divise en trois mouvements. Comme sur des concerti classiques, la logique sous-jacente relie le tout et en fait quelque chose d’unique. Nous passons de passages Djent, Death technique, Jazz, Post-Metal à de la musique expérimentale, ambiante, bluesy. Le son lourd rappelle parfois des Rage Against The Machine, des Meshuggah, des… Bref, de tout en très bon.

Le fait qu’il n’y ait pas de chant se fait très aisément oublier par le côté très mélodique, assez peu répétitif et évolutif de chaque piste qui, au nombre de sept, s’écoulent trop rapidement en une demi-heure. Les guitares, dont une huit cordes qui ne fait pas semblant, sont techniques et musicales tout à la fois, ne tombant jamais dans la caricature de la bête de technique qui fait juste son show, servant une musicalité sans faille. Les soli tombent quand il faut, sonnent juste et expriment des émotions, décrivent des évènements  des paysages, des gens, des choses. Si vous n’êtes pas convaincus, écoutez les trois parties de Flame et imaginez un feu vif qui brûle bien puis qui s’estompe par manque de comburant, avant de reprendre de plus belle quand on y rajoute du bois bien sec. C’est déjà ça, mais il y a bien plus derrière.

Faites fi du son qui, hélas, ne sert pas d’une manière parfaite ce monument de musique contemporaine et laissez vous emporter par la beauté des compositions qui peuvent vous emmener très loin. Mais ne serait-ce pas une façon de nous dire que, en fin de compte, tout ce qui importe, c’est la musique et rien d’autre ? Vivement un prochain opus ou un concert dans le coin. Nous sommes curieux de voir ce que cela peut rendre en live avec des projections improvisées.

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Line-Up :

  • Manuel Adnot : guitare
  • Boris Louvet : batterie
  • Emerson Paris : basse
  • Louis Godart : guitare
  • Clémence Bourdaut : illustrations

Tracklist :

Flame

1. Fire Theme

2. Hidden Sun

3. Rising Light

Richard – Horizon – Robot

4. Richard

5. Horizon

6. Robot

Captain Blood

7. Captain Blood

http://aeris.bandcamp.com/album/temple