Slipknot-5-Gray-Chapter coverSlipknot fait parti de ces groupes qu’il est pratiquement devenu inutile de présenter. Ainsi, plutôt que de nous atteler à une biographie, nous ne décrirons ici que ce qui s’est passé entre le précédent opus et celui que nous avons à vous présenter. Après la sortie de All Hope Is Gone en 2008, il s’est passé pas mal de choses. Le fait d’avoir attendu six ans pour sortir un album n’est donc pas un hasard. Après des hésitations en 2009 sur l’avenir du groupe, la mort de Paul Gray, bassiste et fondateur de Slipknot, semble avoir fait réagir un peu tout le monde. Le nœud coulant s’est donc resserré un peu. Les concerts ont repris et on entendit même parler d’un futur album dès 2011. Cependant, Corey ne semblait pas encore prêt en 2012 et c’est à partir de 2013 que la rumeur se répandit à nouveau à propos de la sortie prochaine du disque. Comme à chaque fois depuis Iowa, les rumeurs de splits et de dernier album ont eu le vent en poupe avant d’être finalement déniées par la réalité des choses : le nouvel album est quand même là.

Genre : Death, Groove, Brutal, Heavy - Date de sortie : 20 octobre 2014

Genre : Death, Groove, Brutal, Heavy – Date de sortie : 20 octobre 2014

Cependant le groupe a un peu changé puisque Joey Jordison, officiellement parti de lui-même, officieusement viré, n’est plus de la partie. Paul Gray a depuis été remplacé par Alessandro Venturella. Disons simplement qu’il ne reste « que » sept membres compositeurs, puisque les deux autres sont là officiellement pour l’enregistrement et la scène. Le titre de l’album, The Gray Chapter, fait référence au bassiste défunt. Une façon à la fois de lui rendre hommage et de marquer cette période sombre pour les survivants, le jeu de mot n’étant pas innocent.

Pour l’illustration, pas de surprise particulière. Une belle photo en noir et blanc aux teintes légèrement sépia. Une personne déguisée en squelette comme pour une fête des morts au centre, bras écartés, semblant être sur une scène, devant des planches usées par le temps. Au bas de l’image, des formes noires indistinctes qui nous ont rappelé des bras levés comme pour un concert. Le nom du groupe en haut, le titre de l’album en bas. Le travail est professionnel. Le contraire eut été étonnant.

L’enregistrement est comme d’habitude sans faille. La tonalité générale est vaguement plus grave que sur les précédents opus, accroissant le sentiment de lourdeur du son et des compos. Le mixage est du même métal, ainsi que le master. Tout le monde s’entend, personne ne sort excessivement du lot. La voix est légèrement mise en avant. Rien à dire, et là encore, rien de véritablement étonnant. Notons en passant que le changement de batteur et de bassiste ne s’entend pas, les musiciens ayant enregistré des pistes qui sont véritablement dans la veine des éditions précédentes.

Maintenant, amis, le gros de cette chronique : le contenu des compositions. En tant qu’habitué des frasques du groupe, nous ne nous attendions pas à tomber en des territoires musicaux inconnus, ni spécialement originaux. Nous nous attendions à de la brutalité gratuite, du gros sons, du blast avec des parties plus calmes, un morceau d’introduction plus aérien, quelques tubes et d’autres morceaux plus anecdotiques. En ce sens, disons que notre attente n’aura pas été déçue. En effet, XIX nous fait attendre tranquillement, quoi que d’une façon assez torturée, le début des hostilités. Puis Sarcastrophe vient nous agresser. Le ton est donné. Nous ne ferons pas une analyse morceau par morceau, car c’est bien d’un album que nous parlons. Il nous faudra t’avouer, ami lecteur, qu’à la première écoute, nous étions plutôt dans le doute dubitatif et sceptique de ce que nous venions d’entendre. Nous hésitions entre crier au scandale et sauter partout sur les morceaux qui ont touché à nos attentes. Puis, nous l’avons réécouté une fois, puis une autre, puis encore une autre… Le verdict tombera ainsi : il ne faut pas se laisser décevoir par la première écoute, car elle ne fait que répondre à notre attente critique. Et nous attendions du Slipknot qui soit comme le Slipknot « habituel », soit qu’on ait aimé la première période des deux premiers opus, soit qu’on ait préféré la suivante avec les deux suivants. The Gray Chapter est à la fois un récapitulatif de tout ce que le groupe a fait jusqu’à présent, un point d’orgue dans sa carrière et aussi une ouverture vers de nouveaux horizons. Si la bonne vieille recette est de nouveau utilisée ici, certaines proportions et ingrédients furent changés. Cet album sonne comme le plus mâture de toute la série. Certes, nous y retrouverons les gros riffs, les parties en blast, les coupures calmes et torturées, mais il y a surtout des influences un peu différentes qui ressortent. L’ensemble est construit comme une histoire avec des aventures, un personnage qui avance, s’exprime, ressent des choses, se pose des questions, doute, désespère, se bat.

Ce chapitre qui se referme, comme une blessure, est plutôt bien écrit. Il faut le considérer dans sa globalité et non titre par titre. Et si vous vous calez bien dans cette optique, après plusieurs écoute, vous aussi vous pourrez écouter des morceaux comme Killpop, celui qui nous a personnellement le plus paru déplacé sur ce disque dans un premier temps, Goodbye et If Rain Is What You Want dans la suite, comme autant de pièces indissociables d’une histoire qui les englobe, des parties qui par leur absence ferait perdre le sens même de l’album. Leur position n’est pas innocente non plus.

Vous l’aurez compris, ce volume cinq ne sera pas à prendre à la légère. La brutalité n’est plus simplement gratuite. Il y a désormais comme un but derrière ce déchaînement rageur, cette succession de riffs apparemment hors sujet pour certains. Si vous êtes fan de la première heure et que l’album éponyme est ce que vous cherchez, vous serez certainement déçu. Si vous avez su apprécier The Subliminal Verses et All Hope Is Gone, mais que vous sentiez qu’il manquait quelque chose, The Gray Chapter devrait vous plaire, même s’il nécessitera probablement quelques écoutes pour s’habituer. Dans tous les cas, ce disque mérite votre attention. Tout ne vous plaira pas forcément. Mais serait-il judicieux de n’écrire que des morceaux comme (sic) ? Le groupe tourne la page Gray. Nous estimons personnellement que c’est d’une belle façon.

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Line-Up :

  • Shawn Crahan : percussions et chœurs
  • Craig Jones : samples et clavier
  • Mick Thomson : guitare
  • Corey Taylor : chant
  • Sid Wilson : DJ
  • Chris Fehn : percussions et chœurs
  • James Root : guitare
  • Alessandro Venturella : basse
  • Jay Weinberg : batterie

Tracklist :

  1. XIX
  2. Sarcastrophe
  3. AOV
  4. The Devil In I
  5. Killpop
  6. Skeptic
  7. Lech
  8. Goodby
  9. Nomadic
  10. The One That Kills The Least
  11. Custer
  12. Be Prepared For Hell
  13. The Negative One

If Rain Is What You Want