AMERICAN DOG-20141011-002La sixième édition du Serpaize Rock se déroule dans la salle communale, à bonne distance des habitations. L’après-midi touche lentement à sa fin lorsque les premiers spectateurs déambulent dans l’enceinte du festival. Aux abords de la salle, plusieurs disquaires, des revendeurs d’accessoires et un bar sont installés. Un guitariste reprend les grands classiques du Hard Rock (Sultan Of Swing, Let There Be Rock…), avec réussite puisque les passants le salue et l’applaudisse. Un apéritif bienvenu puisque ce soir, nous verrons sur scène American Dog, Skinny Molly et trois autres groupes français. C’est parti pour une forte dose de Rock’n’roll !

Flayed

FLAYED-20141011-020La salle est bondée lorsque les Viennois de Flayed montent sur les planches. Ce groupe vu au Sylak avait déjà remporté un beau succès mais ce soir, il va carrément faire exploser l’applaudimètre. Renato (chant) est très en forme physiquement et surtout vocalement. Son timbre de voix si particulier se conjugue très bien aux riffs gras et rock n’rollesques de ses guitaristes. Devant la scène, Steve Theado, le guitariste d’American Dog, headbangue, siffle et applaudit. Nous le verrons quelques minutes plus tard affublé d’un t-shirt au nom de Flayed. La classe ! Renato s’efforce de faire réagir le public, d’abord un peu timide mais qui répondra aux appels du vocaliste. La formation viennoise interprète ses chansons avec beaucoup de justesse. L’énergie dégagée est presque palpable. Bien sûr, le chanteur n’oublie pas de promouvoir le premier album du groupe, Symphony For A Flayed (la chronique sera bientôt publiée dans nos colonnes), disponible depuis peu. Les musiciens nous montrent leur forte cohésion, tant musicale qu’humaine, en jouant bien ensemble et en se regardant constamment les uns les autres. Le public est bien échauffé et les remerciements pleuvent. Flayed termine son concert avec son premier single qui a fait l’objet d’un clip vidéo, Machine Fun et se met définitivement le public dans la poche.

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Grrrls

GRRRLS-20141011-005Derrière ce patronyme étrange se cache un groupe constitué quasi exclusivement de femmes. Le seul homme de la formation tient la basse. Grrrls se définit lui-même comme du « dirty rock et culottes sales ». Nous le croyons sur parole. Sur scène, la musique du combo se rapproche à du Garage Punk Rock, avec un soupçon de psychédélisme. Remarquez, c’est surtout le comportement désinvolte de la chanteuse Carrock n’ Roll qui suggère ce côté psyché. À mi-chemin entre David Bowie et Keith Richards (sa gestuelle si… singulière), la vocaliste captive les regards et son chant énergique, associé à une basse grondante, une batterie qui ravage tout et à des soli de guitares bien tranchants, ne laisse pas indifférent. À ses côtés, ses acolytes sont plus calmes, concentrés sur leurs instruments. Si techniquement, on ne peut rien reprocher à Grrrls, on ne peut que regretter le manque d’attrait musical. La tension engendrée par Flayed quelques minutes plus tôt retombe comme un soufflé. Beaucoup de spectateurs quittent la salle et ceux qui restent ne s’approcheront pas de la scène, malgré les appels de la chanteuse, et ne participeront que très peu. Malgré cette baisse de rythme, Grrrls est loin d’être mauvais. Certaines chansons sont vraiment très bonnes et font taper du pied. Hélas, ça ne suffira pas pour gagner l’intérêt d’un public parti se réfugier au bar.

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Marilyn And The Rockin’ Bombs

MARILYN AND THE ROCKIN BOMBS-20141011-002Nous faisons un saut dans le temps avec les Marseillais de Marilyn And The Rockin’ Bombs. Costumes des années 40-50, coiffure à la Marilyn Monroe, robe à pois, contrebasse, veste et casquette à carreaux. Au revoir 2014, bonjour 1950 ! Certainement la prestation la plus rafraichissante de ce festival, Marilyn et ses acolytes nous offre un Rockabilly qui swingue à mort, obligeant toute la salle à bouger. Le public est revenu en masse et dès les premières chansons, il est conquis. La voix superbe et cristalline de Marilyn (qui n’est pas sans rappeler Tina Turner ou Aretha Franklin) est un plaisir pour nos tympans. Son déhanché nous montre l’exemple pour faire de même. Les spectateurs sont sous le charme de cette talentueuse et belle vocaliste et des soli de ce guitariste purement génial. Tous les spectateurs se mettent à bouger et un couple prendra place devant la scène à plusieurs reprises pour danser le Rock. À mes côtés, un handicapé coincé dans un fauteuil roulant s’exclame : « C’est trop bon ça ! Ça fait trop du bien ! ». Ses paroles résument parfaitement la sensation qui nous envahit en écoutant le groupe phocéen. Un vent de fraîcheur balaye le foyer serpaizan, le magnétisme des Rockin’ Bombs est puissant. Techniquement, les chansons, bien que fidèles au style Rockabilly-Surf, sont variées et regorgent de petites pépites, qu’il s’agisse d’un solo de guitare, une ligne de contrebasse particulièrement groovy ou un pattern de batterie sec et précis. Tout est calé pour rendre les airs inoubliables. Et ça marche ! Un véritable coup de foudre pour cette formation surprenante et talentueuse.

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Après la performance remarquable de Marilyn And The Rockin’ Bombs, il est l’heure pour l’organisateur d’effectuer le tirage au sort. Les spectateurs avaient l’occasion de participer à un loto et de remporter divers prix, allant de l’assortiment d’alcools à une guitare électrique JM Forest, en passant par un piercing et un tatouage. Les différents gagnants se voient remettre leur prix et après un instant consacré aux remerciements aux techniciens et groupes, le festival reprend son cours.

Skinny Molly

SKINNY MOLLY-20141011-002Nous passons maintenant au Southern Rock de Skinny Molly. La foule est plus compacte que jamais lorsque les Américains s’installent sur la scène. L’attente est grande et des spectateurs vêtus de vestes en jeans affublées de patchs ont pris d’assaut les premiers rangs. Pour celles et ceux qui ne connaissent pas ce groupe, sachez que dans ses rangs figure Mike Estes (chant et guitare) qui fit membre de Lynyrd Skynyrd au début des années 90. Sans surprise, Estes fait avec Skinny Molly ce qu’il faisait déjà avec l’ultra connu combo floridien. Les chansons du groupe suinte le Rock’n’roll typique du sud des USA. Le public, visiblement très connaisseur, chante les refrains et accueille chaque solo avec des applaudissements et des sifflets. Le guitariste Jay Johnson dispose d’un grand talent pour jouer de la six-cordes mais aussi d’une grande sensibilité. Ses soli sont justes superbes, voire même touchants. Plus discret scéniquement parlant, Luke Bradshaw (basse) n’est pas en reste avec ses puissantes lignes de basse et son look de cow-boy. Les titres s’enchaînent ainsi que les courts discours de Mike, toujours le sourire aux lèvres, nous remerciant régulièrement, parfois dans notre langue. Skinny Molly nous fait passer un très bon moment mais lorsque arrive le final, c’est toute la salle qui frémit et hurle. Pour causse, les Américains entament une reprise du superbe (et difficile) Free Bird, l’un des grands classiques de Lynyrd ! Instant magique, nous avons l’impression d’entendre la version originale de la chanson, sur un 33 tours d’époque. L’apothéose arrive avec les soli qui ponctuent la dernière partie du morceau, rallongée pour notre plus grand plaisir. Bon sang, quelle démonstration ! En dix minutes, Skinny Molly nous a donné une leçon de Rock, de groove, de… Tout ! Logiquement, le groupe est très fortement applaudi et nous quitte après un dernier salut.

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American Dog

AMERICAN DOG-20141011-001Cette fois encore, les aficionados des clébards américains s’agrippent fermement à la scène. Les Rockeurs sont en place, le quartet a fini son installation. Les lumières s’éteignent et une épaisse fumée envahit la scène. L’intro de Terminator rugit dans les enceintes tandis qu’une ravissante jeune femme déambule avec un panneau présentant le groupe. Soudain, American Dog déboule et nous décoche une première droite avec le ravageur Shitkicker. Ecoutez le l’album live Hard On The Road et ça vous donnera une idée du carnage que ça peut provoquer. Après ce départ en trombe, le groupe ne nous laisse pas reprendre notre souffle et redémarre tout aussi fort. La sortie récente de Neanderthal nous donne l’opportunité d’entendre de nouveaux titres dans la pure tradition du combo de l’Ohio dont le morceau-titre, très efficace et facilement mémorisable, où encore Stuck In The Mud. Ce dernier n’oublie pas ses pépites d’antan, comme Drank Too Much qui verra le public chanter le refrain à tue-tête. American Dog pioche dans toute sa discographie qui commence à avoir une sacrée gueule, le premier opus Last Of A Dying Breed étant sorti en 2000. Le son, réglé à la perfection, permet à Steve Theado de nous en mettre plein les tympans avec ses riffs ciselés et ses soli. Le nouveau de la bande, Vinnie Salvator (guitare) ne se montre pas très démonstratif mais c’est surtout pour laisser Theado s’exprimer pleinement et permettre à la musique du groupe de prendre en ampleur. Mission accomplie, c’est un mur de son particulièrement épais qui nous tombe dessus, brique par brique. Derrière les fûts, Michael Harris semble être en difficulté à cause d’une grosse caisse un peu trop glissante malgré le tapis sur lequel elle est placée. Ce qui ne l’empêche pas de frapper fort mais l’obligera à descendre et replacer le fût, avec énervement et bière renversée ce qui fera rire le bassiste et leader Michael Hannon. Côté compositions, les dernières s’incrustent parfaitement parmi les anciens morceaux, American Dog n’ayant jamais changé sa formule, à l’instar d’AC/DC ou Motörhead dont il est un fervent défenseur. C’est toujours aussi bon, puissant et l’addiction se fait vite ressentir comme le prouve Dog Eat Dog, extrait de Neanderthal et non la reprise d’une chanson très connue des Australiens. Quelques spectateurs réclament DNF mais le groupe a choisi un titre de Poison Smile pour terminer son concert de fort belle manière : Can Your Pussy Do The Dog ? Tout est dit. American Dog, fidèle à lui-même, remporte les suffrages et nous laisse avec des étoiles plein les yeux et des litres de sueur sur le visage.

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Il est deux heures du matin lorsque les instruments se taisent. Le rangement de la scène commence, les musiciens rejoignent leurs loges où la soirée risque de prendre une tournure alcoolisée. Les spectateurs quittent les lieux, baignés dans la lumière des réverbères et le brouillard.

Nos remerciements à Rock n’ Bike United, à Fabrice, aux groupes et au public qui a largement répondu présent. Hail Rock’n’roll !

Kouni