IMG_6008Après une avant-première de l’écoute de l’album F.E.A.R. à paraître en Février 2015, notre reporter Eladan a également eu la chance de participer à la conférence de presse organisée par le staff du groupe. L’ambiance était détendue. Les membres du groupe souriants et à priori contents de pouvoir répondre aux questions posées. C’est donc avec plaisir que nous avons pu écouter cet échange. Nous apprécions particulièrement la sincérité de Jacoby qui transparaît dans tout ce qu’il dit. Voici une retranscription de cet échange, directement traduite de l’américain. Nous nous sommes permis de sélectionner les questions qui nous paraissent les plus à mêmes d’apporter quelque chose, tant aux fans qu’à ceux qui ne connaissent pas le groupe.

IMG_5986Savez-vous quand vous reviendrez pour jouer en France ?

Jacoby : Nous devrions être de retour en mars. Nous passerons au Soundwave en Australie et ensuite en Asie du Sud-Est, suivi par une tournée au Royaume-Uni. Ce serait après, en repartant du Royaume-Uni que nous passerons en France. Tout est en train d’être booké en ce moment, mais nous viendrons à coup sûr en France. Nous avons fait un Hellfest, une ou deux dates au Trabendo, donc nous revenons parfois. Nous avons passé une ou deux années sans venir et c’était une erreur.

Vous avez fait appel à quelqu’un de l’extérieur pour rapper, notamment sur Warriors. Pour quelle raison ?

Jacoby : J’étais un grand fan de Royce da 5’9’’. C’est un peu lui qui m’a ramené vers la musique Hip Hop. C’était plutôt naturel. Il était aussi un de nos fans et il m’a plutôt surpris. Il est venu et il a fait un excellent travail sur le morceau. Il y en a un autre aussi de l’album sur lequel nous avons voulu mettre du rap. Le groupe m’a dit que si je le faisais, cela leur plairait et que je devrais vraiment, parce que c’était un peu moins rapide et que je le pourrais. Donc, nous sommes allés au studio et l’avons enregistré. J’ai tenté de poser le plus honnête rap dont j’étais capable. Ce n’est pas exceptionnel, mais c’est honnête.

Quels ont été les moments forts de votre période en studio ? Qu’est-ce qui vous a le plus marqué ?

Tobin : En fait, les trois mois que nous avons passés en studio ont été des moments intenses. Le moment où nous avons écouté Gravity terminé, ensemble pour la première fois, a aussi été un moment particulier. Il y a eu plusieurs phases pour cette chanson. Nous pouvions nous rendre compte de sa puissance, que c’était un morceau assez particulier et vrai. Il y avait aussi ce moment où j’ai entendu l’enregistrement des voix sur la chanson Love Me Till It Hurts. Parfois, on se surprend les uns les autres avec une performance particulière. Et je n’avais jamais entendu cela sortir de la voix de Jacoby avant. C’était différent et unique. Nous pouvons entendre vers où nous nous poussons et allons de plus en plus loin ensemble, nous impressionnons mutuellement avec ce que nous jouons.

Jacoby : Vous aussi avez fait quelque chose de génial avec cet album. Pour l’anecdote, j’ai dû partir en les laissant pendant deux semaines au cours du processus d’enregistrement. Il a dû se passer dix jours et ils m’ont envoyé cinq morceaux. Je ne savais pas à quoi m’attendre car je n’étais pas au studio, ni avec eux. Et je me suis dit « Ah putain ! J’ai hâte de travailler sur ces morceaux ! ». Et ceci, en tant qu’artiste, musicien et compositeur, on ne peut pas demander mieux. De pouvoir jouer avec des musiciens qui jouent quelque chose qui nous souffle littéralement. Cela nous rend le travail beaucoup plus facile. En ce qui concerne le choix de Warriors en tant que teaser de l’album, nous voulions un titre qui ferait le buzz auprès des gens, avant la fin de l’enregistrement. C’est un morceau très différent des autres qui sont sur l’album. Mais quand nous écoutons le tout, chaque chanson a sa propre vie, sa propre place où elle vit. Notre compagnie voulait quelque chose que nous puissions mettre pour nous accompagner sur notre tournée promotionnelle. Juste pour que nous ayons de quoi faire parler avant que tout ne soit terminé.

L’album parle de peur, de désespoir et d’addiction, d’être blessé et de s’effondrer. Dans quels genres d’émotions vous mettez-vous pour écrire un album de ce type ?

Jacoby : C’est un arc. L’album est un reflet de ce que nous sommes. Je suis le porte-parole et je pense aussi parler et écrire mes textes au nom des autres. C’est ce que j’entends dans la musique qu’ils créent et cela m’inspire. Je suis comme un livre ouvert. Si je passe une bonne journée, vous le savez et si je passe une sale journée, vous le savez aussi. Je suis ce genre de personne. J’ai traversé l’enfer, auparavant. En partie à cause de mes propres actions qui m’ont mises dans des situations de compromis, mais ce sont mes propres expériences. C’est ce que je fais de manière destructive et cela me redéfini en tant que personne et en terme de qui je suis maintenant. Je retraverse ma douleur personnelle, mon désespoir, mon addiction et cherche à aller de l’autre côté de ces peurs. Cela vous met vraiment dans une position paralysante d’étouffement de votre croissance en tant qu’individu, et c’est de cela que parle cet album. Faire face à vos peurs, les traverser et être complètement honnête et ouvert, jusqu’au point où cela ne vous donne pas l’air bien. Dans le genre : « Merde, ce mec est complètement déglingué ! ». Mais c’est une réalité et pour moi, c’est d’être complètement honnête sur ce que je suis et ce que je traverse. L’autre élément qu’il y a sur cet album c’est un sentiment d’espoir. Je prends ma destruction et je l’utilise pour faire savoir aux gens que j’ai traversé pas mal de déboires personnels mais que d’une certaine manière, j’ai trouvé un moyen à travers la musique, la créativité et la spiritualité d’aller vers cette lumière. Même si c’était dans les endroits les plus sombres. Je suis reconnaissant d’avoir la musique, une opportunité de pouvoir m’exprimer. Je ne sais pas ce que j’aurais pu faire de ma vie si je n’avais pas rencontré ces gars et si je n’avais pas Papa Roach.

 

IMG_5994Et considérez vous que c’est un album positif ?

Jacoby : Oui, tout à fait. Sûrement le plus positif de tous.

Pourquoi ce titre : F.E.A.R. ?

Jacoby : La peur est quelque chose que nous affrontons tous quotidiennement. Je l’affronte tous les jours. Je vois comme la peur fait partie de la vie des gens autour de moi et je la vois étouffer la croissance des gens, et la mienne. Mon père, par exemple, refuse de me voir depuis quinze ans, par peur que je ne le rejette. Nous affrontons ces peurs et les traversons. Peu importe le résultat. Peu importe que l’on réussisse ou que l’on échoue. Cette peur ne va pas nous détruire. L’un des pires moments est d’être paralysé par la peur. Aujourd’hui, j’ai choisi de tout affronter et de m’élever. Cela sonne un peu cliché mais c’est la réalité. Nous prenons nos pires échecs et c’est ce que nous utilisons pour aider les autres. Je pose la bouteille, je pose les pilules et maintenant, je peux aider quelqu’un qui vit ce combat et cet étouffement. J’allais voir beaucoup de filles pendant un moment. Et pour être totalement honnête avec ma femme, je lui en ai parlé et elle m’a pardonné. Nous avons traversé cela ensemble. Et c’est ce qui fait la colle qui nous permet de rester ensemble, plus forts et de continuer à avancer. C’est très effrayant mais si vous n’êtes pas honnête avec les gens qui vous entourent, il n’y a pas de croissance, pas de réalité, pas de vérité. Et c’est ce pour quoi je combats dans ma vie.

Vous avez choisi Kevin Churko pour la production du disque. De quelle manière vous a-t-il aidé ? Que vous a-t-il apporté au niveau du son et pourquoi l’avoir choisi ?

Tobin : Kevin nous apporté ce son qu’il appelle « bombastic ». C’est lourd et très direct. Je pense que nous voulions faire un album avec un son très lourd. Ce n’est pas forcément ce que nous avons fait, il n’est pas totalement lourd mais il est percutant et il nous en met plein la face. C’était la raison principale. C’est aussi un grand producteur.

Jacoby : Travailler avec Kevin était incroyable. Quand tu es honnête et que tu vas au studio prêt à tout supporter et que tu te mets à nu en toute honnêteté… Je veux dire : je ne me suis pas littéralement mis nu devant lui ! Mais émotionnellement parlant, oui. Quand nous avons pris le temps de nous connaître, en quatre ou cinq jours au studio, nous en sommes arrivés à ce niveau de confiance où je pouvais vraiment m’exposer et avec toutes ces choses que j’ai traversées, et il m’a aidé à les sortir pour les mettre sur l’enregistrement. Nous avons fait les cinq premiers morceaux avec Kevin et ensuite, pour les sept autres, nous avons eu à faire à Kane [ndlr : le fils de Kevin Churko]. C’était un processus complètement différent pour moi. Mon niveau de confiance n’avait plus rien à voir. Je me disais : « Mais c’est un gamin complètement nouveau ! Il a 27 ans et moi 38, qu’est-ce qu’il peut bien savoir de la musique rock que je ne sache pas déjà ?! ». Mais ce gamin avait un grand talent et c’est un très bon ingénieur. Alors, je me suis poussé en me disant : « OK, il faut avoir confiance. ». C’était étrange d’avancer sans entendre ce qui se passait et ce gars qui disait : « Allez on écoute ça ! » après coup. Les morceaux se révélaient au fur et à mesure et cela correspondait bien à l’esprit de Papa Roach. Et le son rendait nos morceaux encore plus puissants. C’était vraiment une très bonne décision. Travailler avec ces gars était différent et étrange. Par exemple : habituellement, nous enregistrons d’abord la batterie.

Tony : Avoir la chance d’entendre la voix, les guitares et la basse, tout en place et devoir écouter tout ça pendant un moment avant de poser la batterie. Et c’était bien pour moi. D’habitude, j’enregistre et je me dis : « OK, on y va ! », et je ne sais pas ce qu’il chante mais je devine un peu. Mais ça, c’était vraiment bien. Je le referais à coup sûr. Je pense que ça m’a aidé dans mon jeu et dans l’incorporation aux autres sur l’enregistrement.

Jacoby : Oui, les parties de batteries sont très bonnes sur ce disque. J’ai écouté un ancien disque et en comparaison, on dirait qu’on a un batteur ici qui s’éclate derrière sa batterie. En tous cas, c’est comme cela que je l’entends.

Que pensez-vous du public français ?

Jacoby : Nous avons fait le Trabendo et après coup j’ai vu une photo, on aurait dit que je lévitais au-dessus de la foule. Alors les gars, vous me faites planer ! Nous aimons beaucoup les salles en France. Nous aimerions bien d’ailleurs jouer à l’Olympia une fois, c’est une salle légendaire.

Comment avez-vous créé cet album ?

Jacoby : Cette fois-ci, nous nous sommes présentés au studio avec un refrain d’écrit seulement. Habituellement, nous répétons des mois avant et composons, et nous allons rencontrer le producteur quand tout est prêt. Et Tobin a dit : « Allons-y, nous n’avons rien ! Enregistrons quelque chose ! ». Je lui ai répondu : « Mais bon sang, qu’est-ce qui ne va pas chez toi ?! ».

Tobin : Cette fois-ci, nous avons quasiment composé et enregistré en même temps au studio. C’était un peu comme enregistrer une démo qui fini par être l’album définitif. Pendant que Jacoby enregistrait les voix sur un morceau, nous composions déjà le suivant, dans un mouvement continuel. Cela a créé un flux qui a provoqué cette sensation de « rapide et gras » (« Quick and dirty » d’après ses propres mots, que l’on peut également traduire par « vite et sale », n.d.t.)

Jacoby : C’était terrifiant pour moi en tant que parolier : « Super on y va avec… Rien ! ». Et après quelques conversations, je me suis dit : « Ok, nous pouvons le faire ».

Tobin : Nous avons quasiment terminé le premier morceau qui était Broken As Me, et le producteur nous disait que nous devions considérer cette chanson comme achevée. Qu’il fallait éviter de revenir dessus. Il voulait simplement nous montrer que nous pouvions avoir confiance en la musique. Nous sommes revenus au studio quelques jours plus tard et il nous a fait écouter le morceau en nous demandant maintenant ce que nous en pensions. Et effectivement, nous avons trouvé que c’était bon. C’était bien lourd et comme il faut. Alors, nous nous sommes dit que nous pouvions en faire une autre. Et cela nous a bien échauffé pour qu’on ait envie de faire l’album comme ça. Nous avons pris confiance, et cela venait de nous-mêmes.

Propos recueillis par Eladan, traduits et retranscrits par F4R537KTP09

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Site officiel : http://www.paparoach.com/

  1. Pepou dit :

    Kevin Kurcho ? Bien tenté, mais c’était Kevin Churko ! Quant à Kane il aurait été intéressant de préciser que c’est le fils de Churko. A part ça très bon article !