Animals As Leaders 2Le 22 octobre dernier était une soirée très spéciale pour les amoureux du Djent Metal.  Animals As Leaders et Tesseract dans la région, c’était une aubaine pour les fans. Un grand bravo donc à la salle du MJC Tôtem de Rilleux pour avoir réussi à placer cette date à Lyon. En général il faut aller à Paris pour voir Animals As Leaders par exemple. Je me prépare donc à aller au concert et là, il commence à pleuvoir légèrement, un ciel tellement lourd de nuages que je me dis au fond de moi-même que je vais encore assister à un concert où la salle sera à moitié vide à cause de la pluie… Un dernier petit tour sur la page Facebook de l’événement et, belle surprise, le concert affiche complet. Une fois arrivé sur le terrain, je constate que le réseau social a effectivement bien relayé et que l’organisation a assuré sa communication, le public a répondu présent. Mais quel public ! Nous sentons d’avance que c’est un public de musiciens car, dehors, ça ne parle que de sujets liés à la musique… Bref, je sens que ce soir, on va écouter de la musique un peu comme si on allait dans une salle de théâtre.

Navène K

Navène KEn première partie, un mec débarque sur scène, nous laissant d’abord penser qu’il s’agissait d’un ingé-son mais le gars était bien là pour ouvrir le concert. Il s’est présenté tellement vite que personne n’a retenu son nom. Il s’agit de Navène K, un ancien membre de Animals As Leaders qui à jugé bon de monter son projet solo. Vous regarderez le clip du groupe intitulé Cafo et vous vous rendrez bien compte que c’est lui qui est à la batterie. Aidé de son MacBook Pro, il va jongler entre sa batterie et une guitare accrochée sur un pied. Un sample par ici plus une boite à rythme par là et mixant un peu come un DJ, il va compléter avec sa batterie et sa guitare. On aime ou pas. Je n’ai pas vraiment accroché, bien que je reconnaisse l’étendue du talent du monsieur, plus à l’aise d’ailleurs à la batterie qu’à la guitare. Sa musique est marquée par un son très électro qui me fait rapidement penser à The Algorythm que nous avions vu au dernier Glitchfest. La question que je me posais surtout à ce moment là, était : est-ce que la scène métal ne serait pas en train de sombrer dans un chemin musical bardé de trucages numériques ? À creuser. Je parle de trucages mais ce n’est pas du tout évident de caler avec autant de précisions autant d’instruments différents et reconnaissons-le humblement, aussi que le monde change tellement vite que les valeurs d’une certaine époque ne seront plus les mêmes que celles de demain. Il faut savoir se remettre en question aussi. L’avantage, c’est que les musiciens allègent le coût de leur logistique en ne transportant que très peu de matériel, finalement. Tout est déjà tronqué dans un disque dur  ou peut-être même une clé USB. Autre avantage, ils gèrent leur musique chacun à leur sauce, pas de prises de tête avec le batteur qui n’est pas d’accord avec le guitariste qui, lui-même, a un différent avec les ingénieurs du son… En gros, c’est une organisation très personnelle et égoïste, bien que minimaliste et très pratique. Pour ma part, tout sonne très ou trop numérique et s’avère même parfois un peu creux, qu’il s’agisse de la guitare ou de la batterie. Navène K s’en va aussi vite qu’il est venu au bout d’une dizaine de titres.

Animals As Leaders
Animals As Leaders 3Premier acte donc et deuxième surprise pour ma part, c’est Animals As Leaders qui ouvre la scène ! Pas mal de gens dans la salle furent d’ailleurs étonnés et aussi perplexes que moi. Pourquoi ce choix ? Animals As Leaders est un mélange de Djent Metal et de progressif avec un son très agressif alors que Tesseract joue plutôt dans le lancinant et la romance larmoyante… Bon, c’est le choix de la programmation mais on sait d’emblée que si Tosin Abassi et son trio viral va mettre le feu et bien, ça va être galère pour Tesseract de rebondir juste derrière. Présentation. Animals As Leaders est un composé de trois virtuoses de la musique : Tosin Abassi est un ancien créateur de Reflux, pure génie de la guitare à huit cordes et leader du groupe. Lorsqu’il arrive sur scène, j’ai cru un moment qu’une partie du public a vu le messie. Détendu et sûr de lui, il s’amuse même à parler un peu en français. Javier Reyes est lui aussi est un grand monsieur de la guitare. Pas très éloquent, c’est son talent qui va parler à sa place. Allez voir sur le web et vous allez constater qu’avec Tosin Abassy, ils sont des références sur les guitares à huit cordes. Matt Grastak est le nouveau batteur du groupe. J’ai pensé que ce batteur allait se mettre en retrait, vu la place qu’occupait déjà avec les deux autres mais je me suis complètement fourvoyé car il me semble que, sans exagérer mes dires, il fait partie des meilleurs batteurs du monde. J’en conclu donc que Animals As Leaders est une pure création des maisons de disques car il me semble très difficile de croire que trois virtuoses dans leur registres respectifs soient réunis en un seul groupe. Très jeunes, très talentueux, avec une grande notoriété musicale ainsi qu’une communication sur le web très bien maitrisée, Animals As Leaders n’est sûrement pas une bande de potes qui s’est croisé au lycée. Pour la longévité d’un groupe, ça peut changer quelque chose.Animals As Leaders est une sorte d’OVNI musical très difficile à classer dans le vaste univers du monde Metal. Il délivre un style oscillant entre un Djent Metal très jazzy, griffé d’influence diverses allant de Satriani à Meshuggah et un Metal progressif très rapide et très technique. Le maître d’œuvre est indéniablement Tosin Abassi mais là ou ça devient très intéressant, c’est que la présence très charismatique du guitariste Javier Reyes qui assure la partie basse va apporter un cadre plus massif aux compositions du groupe. Le côté numérique est moins perceptible avec l’accompagnement de la guitare de Reyes. Autant vous dire que chaque note vous électrise littéralement le cerveau et on découvre chaque morceau avec le même plaisir qu’on ouvre des cadeaux. Sans pourtant jamais jouer dans le registre du guitar hero, il y a beaucoup de sentiments dans les compositions du groupe, toute cette complexité musicale a un sens. Animals As Leaders délivre un projet musical qui colle à son époque, c’est à dire un univers musical moderne, futuriste un peu comme si on transformait les lois physiques de la science moderne en compositions musicales très complexes. N’essayez pas de jouer en famille leurs compositions, ce sera peine perdue. On jouera personnellement chez soi la musique de Animals As Leaders, avec à ses côtés un Mac Book en guise de copain, associé à diverses astuces électroniques. Les potes peuvent rester chez eux à reluquer Facebook et envoyer des likes pour dire si c’est bien fait ou si c’est mal fait… Dommage. Un groupe qui se rapproche de ce son est peut-être Make Me A Donut sans le chant, preuve que l’influence Hardcore plane même sur Animals As Leaders. Malgré tout, le groupe à ébloui la scène et c’est avec les larmes aux yeux que nous les voyons quitter la scène.

Animals As Leaders 2

Tesseract

TesseractDernier acte, le passage de Tesseract. Là, c’est du progressif et on remarque tout de suite que la scène est remplie de musiciens, ce qui tranche avec le minimalisme de Animals As Leaders.  Ils sont cinq. Le chanteur n’arbore aucun code vestimentaire assimilable au Metal. Pour info, il s’agit d’un nouveau chanteur qui s’appelle Daniel Tompkins et a remplacé assez récemment Ashe O’Hara, parti pour un autre projet musical. Pas de chaines, pas de bottes, look soigné comme s’il allait à un rendez-vous de speed dating. S’il était monté tout seul sur scène, on n’aurait pas du tout cru à un concert de Metal. Qu’à cela ne tienne, le public de Tesseract est bien là et on les surprend même à chanter les morceaux en entier. On est dans le registre larmoyant où les paroles sont remplies de mystères et de mystifications quasi religieuses. Le son, une fois de plus, sonne très numérique à mes oreilles mais apparemment, il me faut désormais m’habituer à ce genre de Metal. Ça sonne tout nouveau chez moi, pas agressif en tout cas, trop romanesque même. La voix du chanteur y est aussi pour quelque chose, habitué des growls et des voix très rauques, la signature vocale est très féminine et les titres sont longs et un peu ressemblants, aussi. Une chose qui caractérise Tesserract, c’est le reverb qui accompagne le chant. Un écho présent tout au long des chansons que je trouve très rébarbatif et lassant. Mais bon, c’est du Tesseract et les fans adorent ça. Chantez au sommet d’une montagne et vous aurez une idée de l’effet que ça fait. Je trouve néanmoins que le démarrage est un peu dur pour ce groupe. Les premiers morceaux ont mis du temps pour réveiller le public et on n’a pas ressenti le même emballement que la bande à Tosin. Tesseract a t-il manqué de caractère ou est-ce que c’est Animals As Leaders qui a été trop écrasant, en terme de présence et de savoir-faire ? Néanmoins, pour les derniers titres, le groupe fait un dernier run qui chauffe la salle et salue son public en lui promettant un autre show l’année prochaine, en France. Le public rappelle le groupe pour un dernier titre et après avoir tergiversé derrière la scène, le chanteur revient pour annoncer qu’ils n’ont plus de titres à interpréter. Petite déception parmi les fans. La soirée se termine et c’est avec une vérité indéniable que tous nous concluons cette soirée : c’est Animals As Leaders qui a tiré son épingle du jeu. Ce groupe a apporté un son nouveau, un air de changement dans le monde du Metal. On a aimé et on croit au retour du groupe dans la région.

Tesseract 2 Tesseract 4

Nous remercions le personnel de la MJC Ô Totem, les organisateurs, les groupes et surtout le public, bien présent.

Haja