Ça – 24615 (EP)

Posté le : 22 décembre 2014 par dans la catégorie Chroniques
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Ça coverLes détails biographiques de Ça sont très difficiles à trouver. Par exemple, il est impossible de savoir qui est derrière ce trio fou. Il est par ailleurs tout aussi impossible de savoir quand Ça a commencé et pourquoi. Il est donc à parier que ce trio dont tout ce que nous savons est qu’il est originaire de Saint-Etienne et fait parti du collectif Vox Project. Les trois membres qui le composent sont issus des projets Maria Magdalena, Cosmos Project et Retropolis, pour ceux qui connaissent. Gageons que cette volonté de tout nous cacher, ou plutôt de ne rien nous montrer de plus que le groupe en soit, fait parti d’une stratégie particulièrement bien rodée pour objectiver Ça, en faire une chose plus qu’un groupe, et donner plus de sens à ce nom étrange.

Genre : Math Rock, expérimental, minimaliste - Sortie : 14 Juillet 2014

Genre : Math Rock, expérimental, minimaliste – Sortie : 14 Juillet 2014

Au cas où vous ne l’auriez pas vu, la pochette est d’une simplicité extrême. Le nom du groupe est inscrit en gros, noir sur fond blanc avec un petit liseré noir pour l’encadrer. Cela fait rudement penser à un élément du tableau de Mendeleiev qui n’existerait pas. Une forme de gag visuel qui met encore en avant un côté aseptique et presque inhumain. Une chose et non pas du vivant. Pour y voir, le titre même de l’EP n’est pas réellement indiqué et nous l’appelons 24615 comme nous pouvons le trouver inscrit au dos. Ce ne sont ni plus ni moins que les cinq titres du disque, dans l’ordre. Mais que vaut cet OVNI conceptuel au niveau sonore ?

L’enregistrement est bon. Ayant à faire à un trio, il y aura nécessairement assez peu de problème de mixage, en tous cas moins que pour un quintette ou un sextette. Cependant, l’ensemble est très agréable. Le grain très organique de chaque instrument est palpable et chaque musicien parvient à exprimer quelque chose dans un ensemble qui est parfaitement cohérent et propre. La basse joue son rôle de leader rythmique-mélodique, se permettant des phases un peu plus lyriques. La guitare joue des ambiances avec un son crunchy qui nous rappelle à la fois le Jazz un peu agressif, le Blues bien posé et un Rock n’ Roll à l’ancienne et de bon goût. La batterie est propre et nette, se plaçant bien sans être trop en retrait et jouant son rôle comme il se doit. Un bon point pour une production à la fois sobre mais très efficace. L’absence de chant se fait à peine sentir et nous verrons pourquoi.

Si l’appellation « Math-Rock » peut surprendre, elle prend tout son sens dans le contexte particulier de l’écoute de Ça, exprimant un peu mieux le choix judicieux de son nom qui semble à la fois bête et déroutant. En effet, il suffit de s’imaginer un bon vieux Rock pour la texture sonore. Le Free-Jazz s’invite pour la structure et les décalages entre chaque partie, entre chaque riff et dans l’originalité de ses mélodies qui volent, vont et viennent en tout sens. Parfois, nous avons l’impression de naviguer entre du Rock, du Metal, du Jazz, de la musique de dessin-animé, du Blues. Nous ne pouvons penser à aucun groupe en particulier pour vous dire : « Si vous aimez untel, vous aimerez Ça« . Car en effet, il n’y en a pas. Hormis les cousins que sont Maria Magdalena et Milkilo, il sera difficile de faire un parallèle plus clair que ce que nous venons de décrire.

La première écoute fut pour nous une plutôt bonne surprise autant qu’un choc. Vous pourriez cependant peut-être me demander pourquoi cette chronique apparaît dans un webzine spécialisé dans les musiques plutôt brutales. Je ne pourrais que vous répondre comme suit : parce que Ça est un groupe qui envoie une puissance particulière. Parce que dans ses évasions musicales et dans son melting-pot particulier de tous les genres qui le définisse, ce groupe va vous vriller les neurones, les hacher, jongler avec et les renvoyer dans un mixeur, avant de les shaker en ajoutant un peu de crème – et de la farine, beaucoup de farine – pour les remettre tels quels dans votre crâne. Vous pouvez alors vous retrouver en état de choc, abasourdis, ébahis avec ce sentiment diffus que quelque chose ne va pas comme il faut. Que peut-être une case a disparu dans le processus. Et disons-le sans détour, cette case qui manque est imprimée sur la pochette du digipack du groupe qui est à l’origine de ce qui vous arrive.

Alors, si vous êtes amateurs de sensations fortes et que vous n’avez pas peur de manquer de grosse distorsion, de growl, de scream ou même de chant lytique, si encore les syncopes à tout va, les changements d’ambiance façon patchwork, les montagnes russes et les roller coasters vous parlent, alors vous ne pourrez pas manquer ce petit bijou. Allez-y gaiement et mettez-vous bien Ça dans la tête. Et si vous voulez voir la tête qu’ont les membres du groupe, le clip de « 2 » est disponible. Le disque et le téléchargement sont donnés pour des sommes modiques, alors il n’y aura pas de mauvaise excuse pour vous. Même les pays de l’Est ont pu les applaudir récemment. À quand un petit concert par chez nous ?

Mais au fait, où est passé le « 3 » ?

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Line-up :

  • Un bassiste
  • Un guitariste
  • Un batteur

Tracklist :

  1. 2
  2. 4
  3. 6
  4. 1
  5. 5

Lien facebook : https://www.facebook.com/ccedillea/info?tab=page_info

Clip de « 2 »: https://m.youtube.com/watch?feature=youtu.be&v=HyT-yYmwkQ0

  1. 8oris dit :

    Sympa la chronique….et le groupe aussi.
    Sinon, ce genre de post-rock instrumental légèrement teinté d’accents jazz ressemble beaucoup à Jardin de La Croix (groupe espagnol toujours actif il me semble), Cheval de Frise (dans un style plus acoustique), Tormenta, ou Noumenon (avec un son un poil plus saturé).