IMG_ (16)En ce samedi soir, la température à Paris approche le zéro à vitesse grand V. Nous traversons donc le parc de la Villette d’un pas rapide afin de ne pas nous laisser attraper par le froid. Nous arrivons près de la salle où va se dérouler un concert dont nous pourrons nous souvenir agréablement par la suite. Pour le moins, nous aurons l’occasion de voir les Marseillais de Dagoba jouant côte à côte avec les franciliens de Magoa. N’est-ce qu’une simple coïncidence ? La sonorité des noms de ces deux groupes est assez similaire. Pour nous, il y aura également la découverte d’Acyl que nous ne connaissons pas encore et Lutece, gagnant de la seconde édition du Headbang Contest en 2013. Après une attente très courte, les brutaux de Lutece envoient la sauce pour entamer cette soirée.

Lutece

IMG_9538Pour ceux qui ne connaîtraient pas encore ce groupe, ils sont originaires de Paris et officient régulièrement dans un style proche du Black Metal, qualifié par eux-mêmes d’Epic Black Metal. Vous aurez donc compris à quoi nous aurons à faire. En guise de première partie et pour chauffer l’ambiance, avouons que le choix était plutôt bon. La salle est déjà bien remplie, disons à moitié, sachant qu’au maximum nous ne dépasserons pas les deux tiers au plus fort. Lutece fait bien son boulot car la salle s’anime très rapidement et les premiers pogo et crowd surfs ne tardent pas à se mettre en place dans la joie et la bonne humeur générale. Dun point de vue sonore, les réglages sont tout à fait corrects même si peut-être un poil brouillon sur les guitares. Le growl acéré de Hesgaroth, faisant honneur aux genres de référence du groupe, est parfois un peu en retrait du reste avec des baisses de puissances passagères. Cela ne gêne pas outre mesure mais donne un effet un peu étrange par moment, comme si ce chant s’éloignait de nous et revenait. Les musiciens surent jouer avec précision et la musique était donc d’un très bon niveau, oscillant entre du Pagan, du Folk parfois et du bon vieux Black Metal sombre et oppressant comme il faut. Nous déplorerons peut-être, histoire de chipoter un tantinet, un jeu de scène un peu léger dû à la concentration des musiciens sur leurs instruments. Heureusement, Hesgaroth anime la prestation en bougeant un peu plus. En tous cas, le public acclame chaque fin de morceau et en redemandera jusqu’à la fin du set. Mission échauffement accomplie. Lutece peut être fier de sa prestation.

Acyl

IMG_9772Après une courte pause correspondant au changement habituel de plateau, nous voyons arriver les Acyl, sans savoir encore ce qui va nous arriver. Le groupe fondé en 2007 et résidant à Paris se targue d’envoyer de l’Ethnic Metal. « Mais qu’est-ce que c’est que cela ? » me demanderez-vous. Et bien, c’est ce que nous allons voir. Les cinq musiciens prennent possession de la scène et nous ne pouvons nous empêcher de remarquer deux derboukas placées sous deux pieds de micros, attirant immanquablement l’attention. La formation n’est définitivement pas classique. Au fil des morceaux, des samples s’invitent de temps à autres pour compléter une formation déjà complexe et bien trouvée. Les ambiances passent de la musique traditionnelle berbère à des sonorités un peu plus égyptiennes, ou pour dire simplement des tendances, influences et des parties entières de musique moyen-orientale. Le mélange surprend mais cet enchaînement improbable entre Death, Néo et musique du Moyen-Orient nous prend finalement aux tripes. Le jeu de scène n’est pas en reste. Tous les membres du groupes se mettent à chanter par moment, donnant la sensation d’un chœur vocal bien plus vaste. Ou alors ils se saisissent de bendir (tambour sur cadre originaire d’Afrique du nord) qu’ils font tourner tous ensemble d’une main entre deux séries percussives. Nous voyageons sans le savoir. Il est possible parfois d’évoquer des influences tel System Of A Down, Sepultura (de la période Roots) avec un assemblage frontal de Tinariwen. Un incontournable instantané. Le public ne s’y est pas trompé et si sur les parties Metal tout le monde saute partout, les parties plus ethniques permettent de se calmer un peu, de se recueillir par moment pour se remettre à sauter partout juste après. Les acclamations enthousiastes suivent, bien entendu. Le public ne s’est pas refroidi. Et nous en aurions bien repris un peu mais le planning est là pour enchaîner. Et quel enchaînement mes amis !

Magoa

IMG_9998Si les Parisiens sont à l’honneur en cette soirée avec l’arrivée sur scène de Magoa, c’est l’île de France toute proche qui débarque. Cela nous démontre que la région a un potentiel qu’on croyait en régression. Mais le vivier est là et bien là, avec sa diversité et son imagination débordante. Est-il encore utile de présenter Magoa ? Le groupe démarre sa carrière en 2005 et évolue jusqu’à nos jours dans un style qui lui est propre, à savoir un mélange de Metal de divers horizons. Le public prend un peu plus de place que précédemment et la boucherie démarre dès les premières notes. Magoa délivre une musique oscillant entre le Néo Metal, le bon vieux Hard Rock bluesy et gras, un soupçon de Djent et du Death pour le moins. Techniquement parlant, les musiciens se placent là et nous sommes presque littéralement scotchés par la prestation. Une mention toute particulière à Cyd qui gère ses cordes vocales d’une manière impressionnante et qui à l’habitude de la scène, apparemment. Il est suffisamment rare de voir un chanteur qui tient compte précisément de la distance de son micro en rapport avec le volume de sa voix. Les trémolos passent tout seuls et nous pourrions presque l’imaginer comme chanteur d’opéra reconverti dans le Metal. La musique n’est pas moins bonne et nous passons un excellent moment en leur compagnie. Le public déjà chaud monte encore en température et les multiples figures de style d’un public Metal rôdé s’enchaînent allègrement et sans avoir besoin de réclamer spécifiquement, hormis pour les wall of death bien sûr qui nécessitent un peu plus d’organisation. Le son semble avoir monté en niveau depuis le début. Il était déjà bon et il se rapproche désormais de l’excellent. La part fut belle pour le dernier album Topsy Turvidom. Le groupe est acclamé avec son nom scandé comme il faut. Mais, déjà, il est l’heure de changer. Pas de place pour le regret. La prestation fut de qualité et il va être temps de laisser la place à la tête d’affiche.

Dagoba

IMG_0222L’installation est juste un peu plus longue pour Dagoba. Il faut dire que certains les attendaient de pied ferme depuis un moment et la tension monte sensiblement. Le set de batterie de Franky qui prenait une certaine place sur la scène depuis le début du concert, à peine cachée par une toile noire, est désormais découverte et mise en place. Une double grosse caisse avec le nom du groupe dessus, pas mal de cymbales et des fûts juste comme il faut. La lumière s’éteint. Tout le monde se met à hurler. Puis des cris qui se mettent à l’unisson et en rythme : « Dagoba ! Dagoba ! Dagoba ! ». La lumière se rallume et c’est parti. Le volume global semble avoir été augmenté un peu. La batterie est apparemment plus présente. La musique brutale de Dagoba envahie la salle, le public et nos esprits. Une sorte de transe nous empare. Une marée humaine en mouvement incessant devant la scène au rythme des riffs de guitares saccadés et rapides. Un growl contrôlé et de la double pédale à gogo avec quelques nappes de synthés bien choisies. Bienvenue dans le système de Dagoba. Les musiciens semblent sincèrement heureux d’être là et ils n’hésitent pas à nous le dire et nous le faire savoir. Le déchaînement musical et physique sur scène est bien au diapason de ce qui se passe en face dans le public. Shawter (chant) nous dit : « Paris, nous sommes bien contents d’être là. Chaque fois que nous venons ici, nous sommes tellement bien accueillis ! ». Franky enchaîne avec une pointe d’humour : « Je vais pas me faire des amis mais vous êtes notre meilleur public. Même meilleur qu’à Marseille ! » avec les acclamations d’un public conquis. Le Hellfest est même évoqué : « Est-ce qu’il y en a parmi vous qui étaient au Hellfest, l’année dernière ? ». Une bonne moitié du public lève la main. « Alors pour se remettre dans cette ambiance de dingue, on va se faire un wall of death. Coupez moi cette salle en deux ! ». Ainsi, le wall of death suprême du Trabendo eu lieu. Peu avant la fin du show et d’un rappel de deux titres, Shawter demande à tout le monde de faire un circle pit périlleux autour des consoles de son et lumière, en arrière à gauche de la salle. Pourquoi périlleux ? La salle du Trabendo est en escalier. Cependant, le défi est relevé haut la main et dure bien un demi morceau au total, avant de se reformer plus au centre de la salle, devant la scène. Le temps passe, et le concert se termine.

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Dans un premier temps, le choix de l’enchaînement des groupes aurait pu paraître étrange, surtout avec Acyl qui paraissait, sur le papier en tous cas, ne pas correspondre à l’ambiance global. Force est de constater cependant que ce fut judicieux. Une petite excursion en territoire inconnu, vers une différence salvatrice. Nous sommes donc passés du Black Metal épique à du Metal ethnique, avant de revenir vers du Metal moderne et bien secoué pour arriver sur le Death Indus moderne de Dagoba. Il ne nous reste plus qu’à remercier un public chaud et dynamique, des ingés sons efficaces, une organisation bien gérée et bien entendu les groupes qui nous ont fait vibrer. Pour sûr, nous avons envie de les revoir après cela.

Dommage que les concerts ne réchauffent pas l’extérieur. Dehors, il gèle.

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Photos : Eladan