Un concert sur la capitale, pour les petits provinciaux que nous sommes, c’est toujours un angoissant périple. Aussi, l’organisation se doit d’être rigoureuse, tant au niveau logistique que pratique. D’autant que l’invité du soir n’est autre que le grand Slipknot, groupe qui fut une influence majeure pour chacun des membres de ma clique. Aussi, c’est avec une certaine fébrilité que nous mettons le cap vers le Zénith de Paris. L’appréhension nous guette à chaque instant : avons-nous pris le bon métro ? Sommes-nous seulement dans la bonne direction ? Mon portable est-il toujours dans ma poche ? Toujours est-il que c’est avec un immense soulagement, et une pointe de fierté que nous intégrons la foule de metalheads squattant devant l’entrée du Zénith. Diantre, nous nous sommes montrés rudement efficace ! Sauf peut-être mon collègue et ami, dont je tairai le nom par pur souci de déontologie, qui se rend compte une demie heure avant l’ouverture des portes qu’il a oublié le ticket chez Mamie. Mais cela ne saurait entacher notre enthousiasme : il est 18h30, les portes s’ouvrent.

King 810

Après une fouille sac et corps sérieuse et deux contrôles des tickets, nous pénétrons enfin dans l’enceinte et faisons un premier constat : il faut casser son PEL pour une bière. Autant dire que l’apéro attendra. Il est 20 heures lorsque surgit l’extinction des feux (et que réapparait mon estimé collègue avec son ticket). De la sono déboule alors un son plutôt inhabituel aux frêles oreilles du metalleux : c’est le très lourd  Niggas In Paris de Jay-Z et Kanye West, annonciateur de l’arrivée imminente de King 810 sur scène. Comme il fallait s’y attendre, ce bruit inattendu place le chevelu tout de noir vêtu dans un inconfort pressant. Ne comprenant pas ce qu’il se passe, il devient hostile, la tension monte. Ça et là, bien qu’en nombre limité, commencent à fuser des insultes, des majeurs se lèvent : on craint pour la suite des évènements. Et voilà qu’arrivent les coreux du Michigan de King 810, venus défendre leur premier album en date : Memoirs Of A Murder . Alors autant le dire tout de suite : je ne suis pas réellement le mieux à même de vous parler hardcore. Surtout quand c’est aussi bas de plafond. Franchement, conspuez moi à loisir mais j’ai eu l’impression que les titres faisaient appel d’air. À l’exception du final, tout était basé sur un mid tempo vite agaçant et mal relayé par un David Gunn peu en voix et monocorde au possible. Tout juste peut-on mettre à son crédit une invention sympathique : le stripcore ! Le principe est simple : tous les trois morceaux tu sors de scène et tu enlèves un vêtement ! Bref, à défaut d’avoir été convaincu, le public a su se montrer respectueux face à cet immense breakdown de quarante-cinq minutes.

Slipknot

Il est aux environs de 21h10. L’atmosphère, jusqu’ici fiévreuse, devient d’un coup frénétique quand retentit le For Those About To Rock d’AC/DC. Là, tout le monde comprend : la raclée commence dans très exactement cinq minutes et quarante-six secondes ! Des lumières bleues s’allument de derrière la scène qui est alors masquée par un énorme rideau assez fin pour suggérer les silhouettes des neuf cinglés de Slipknot qui s’installent. L’arpège de Sarcastrophe commence et la salle exulte littéralement. Le premier des quatre extraits du dernier album fait un carton : le pit se forme vite et c’est parti pour une jouissive séance de bousculade. Avant tout, il convient de faire un petit aparté à propos de la scène : elle est sublime. Cette tête de bouc géante au fond avec cette série de miroirs représentant la porte des enfers est une réussite visuelle indéniable. Ensuite, le son est parfaitement équilibré, chaque zicos est clairement audible, même au troisième rang. C’est un super point, d’autant plus que l’état de forme du combo est exceptionnel. Corey délivre une prestation de haute volée, autant dans le clair que dans le hurlement. Ce qui est impressionnant, c’est la façon que ce dernier a de constamment chercher le contact du public. Rarement à un concert je n’ai eu cette sensation de ne pas avoir que pour seule valeur celle de mon ticket. La faute à Sid également qui occupe tout l’espace de la scène : il court, saute, fait le con absolument tout le temps. Les autres ne ménagent pas leurs efforts non plus : la dimension grotesque du groupe projette la salle dans le grand cirque Slipknot. Le son et l’image quoi ! Pour parfaire le tout, la set-list est monstrueuse ! Elle ne comporte aucun temps mort, si ce n’est les interventions salutaires de Corey qui reposent autant les membres sur scène que nous autres, pauvres magots trempés de sueur et couverts de bleus. En tout cas, la foule ne s’y trompe pas. En fosse comme en gradin, c’est le pur délire dans la salle. Les pogos sont violents mais se font dans le respect total, les refrains sont scandés comme des hymnes, les pieds qui claquent dans les tribunes font trembler la Villette ! Et que les nostalgiques de Paul et Joey se rassurent : leurs remplaçants font plus que bien l’affaire. Alors certes, la folie du jeu de Joey n’est pas égalée mais en contrepartie, le groupe n’a jamais sonné aussi carré en live grâce à la précision chirurgicale de son remplaçant.

Le concert se termine bien trop vite : l’heure et les quarante cinq minutes de ce show mémorable sont passées plus vite que la comète de Haley.  Avant de me rendre à ce show, je parlais avec un collègue de la fac qui me fit les yeux rond quand je lui annonçais mon impatience d’aller voir enfin Slipknot. Sa réaction fut sans équivoque : « Slipknot ? Je croyais que tu écoutais du Metal toi ! ». J’aimerais répondre à ce trait d’esprit qui ne réussit qu’à m’arracher une grimace de dégoût : viens voir par toi-même en live mon pote. Slipknot fait parti de ces groupes qui sont destinés à durer et que l’on espère encore voir en tête d’affiche de nos festivals favoris, alors que tant de nos légendes auront disparus…

Bilan des courses : un portable perdu pour un pote et des lunettes cassées pour mon frangin. La neige nous enveloppe, mais l’on ressort plus transi par les souvenirs que par le froid.

Walhalla