[Interview] Toledo

Posté le : 19 février 2015 par dans la catégorie Interviews
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Toledo photographie par Sylwia KornilowiczSuite à un échange avec le groupe au vu du trop peu d’informations disponibles à leur propos, l’idée d’une interview est née. En marge de la chronique de No Spings Honest Weight leur premier EP sorti en 2013 (disponible demain matin), une rencontre à eu lieue à la Maison Bleue, lieu bien connu des musiciens Strasbourgeois puisqu’il permet à nombre de groupes de répéter dans des conditions adéquates. Khaos va donc relater le contenu des échanges après une petite bière pour faire connaissance. Laissons donc Thibaut (guitariste) et Alex (batteur) nous parler de Toledo.

Sons Of Metal : Bonjour, tout d’abord, bienvenue chez Sons Of Metal et merci d’avoir accepté cette interview. Pouvez-vous présenter votre groupe, à la fois collectivement et individuellement ?

Thibaut : Nous sommes Toledo, un groupe qu’on qualifie de Metal alternatif de Strasbourg. Metal trentenaire, Metal conscient (rires), on a créé le groupe en 2010 et on a sorti un premier Ep en 2013 de cinq titres que tu as pu écouter. Là, on est sur un prochain truc. Nous sommes quatre dans Toledo dont moi, Thibaut à la guitare, Moppy à la basse, Caro au chant et Alex à la batterie. On avait un premier batteur avant qui s’appelait Juju mais qui a du partir pour des raisons personnelles et Alex nous a rejoint en 2012.

Alex : Je suis arrivé en fait au moment de la sortie de la démo. Il a fallu rapidement tout apprendre et aussi commencer de nouvelles choses.

Thibaut : Ce qui est dans l’EP c’est les cinq morceaux qu’on a composé avant l’arrivée d’Alex. Depuis, on a posé beaucoup de trucs et on est en train, justement, de préparer un nouvel album.

Avez-vous fait partie d’autres projets musicaux avant de créer Toledo ?

Thibaut : Cela fait presque quinze ans que je crée des groupes. Mon premier groupe était un groupe de Black Metal qui s’appelait Absirtos. On avait fait une cassette, à l’époque c’était encore des cassettes audio (rires). Ensuite, j’ai fait partie d’un groupe de Doom un peu psychédélique avec Krys que tu connais (NDLR : batteur de Thank You Satan) qui s’appelait Meddle. Enfin, j’ai fait partie des Boozing Trackers avec Moppy, le bassiste actuel. Là on avait sorti un Ep et un album et puis maintenant Toledo.

Alex : À la base, je viens de Lorraine et fais partie de groupes depuis que j’avais seize ans. Il y a un groupe en Lorraine avec qui j’ai enregistré des albums, il s’appelle Toxic Bee Buzz, un groupe de Noise. Ça n’a jamais vraiment percé mais on a quand même réussi à enregistrer un album avec un producteur qui est maintenant décédé. Le studio s’appelait Black Box et était situé près d’Angers, il y a beaucoup de groupes qui y étaient passés. À l’époque, j’étais minot, j’avais vingt ans. Les autres avaient déjà une trentaine d’années. C’était déjà une sacrée belle expérience et après mes études je suis arrivé ici, sur Strass, et j’ai rencontré pas mal de monde dont Thibaut. Maintenant, il y a Toledo et j’ai encore deux autres projets qui sont complètement différents : Galère un groupe de Grind et un groupe de Screamo qui s’appelle Jeanne. Ce sont des petites formations mais c’est pour s’exprimer et toucher un peu à tout.

Parlons un peu de Caro, votre chanteuse. Je suis très curieux de connaître un peu son parcours parce que je trouve que sa voix dénote dans le milieu du Metal.

Thibaut : Bon, je ne voudrais pas trop parler en son nom mais elle a une formation jazz et actuellement elle fait encore partie d’un big band de Jazz, le Klac’son Big Band. Ils font régulièrement des concerts, elle a aussi eu un groupe de Rock qui était un peu en mode Noir Désir mais qui chantait en anglais. Je crois qu’il s’appelait Leza. C’est vrai que lorsqu’elle a rejoint le projet, elle n’avait jamais joué dans un groupe de Metal même si on ne peut pas dire qu’on est du Metal exclusif. Enfin, on a une bonne base Metal mais on n’est pas non plus Death Metal ou Thrash Metal. On n’est pas dans les codes actuels du Metal, on écoute plutôt des trucs des années 1990. Mais du coup, elle a rejoint le projet et a réussi à apporter une touche personnelle grâce à sa formation jazz et c’est ce qu’on trouvait tous intéressant. C’est que ni sa voix ni sa façon de composer n’étaient imprégnés de tous les clichés que l’on peut trouver dans le Metal. On est forcément influencés par ce qu’on a écouté et donc elle arrive avec une fraicheur et d’autres recherches qui ne sont justement pas comme les groupes actuels.

Alex : Ce n’est pas comme d’autres groupes à chanteuses, genre Nightwish. Nous parlons de Rock et Metal 90 et à l’époque, tu avais genre Skunk Anansie, L7 mais c’était une approche vachement plus punk. C’est plus dans cet esprit là.

Thibaut : Moppy faisait partie d’un groupe nommé Monsieur Vert. Un truc de Dub complètement fou où il faisait autant de la guitare que de la basse, de la batterie ou de la flûte traversière. Ensuite, Boozing Truckers (Stoner) avec moi. Et pour lui, c’est pareil, on cherchait un bassiste qui n’a pas un jeu typiquement Metal. Dans les morceaux, je tente parfois de rester en retrait pour lui laisser plus de place. C’est un multi-instrumentiste.

Quelle est la signification du nom de votre groupe ?

Th : En vrai ? (rires) C’est un vieux dieu sumérien (rires). Le vrai truc, à la base, quand on cherchait un nom de groupe on a eu des milliards et des milliards de possibilités et de propositions, lors de soirées alcoolisées, etc. En fait, c’est venu de Apocalypse Now où à un moment Willard, le héros (joué par Martin Sheen) dit à un Marlon Brando complètement défoncé : d’où tu viens ? Et il répond : Toledo, sir. Ça vient de moi, j’avoue. J’ai toujours trouvé que c’était ultra cool et que Toledo sonnait bien. Alors ça amène des blagues sur la Seat Toledo et puis au final, ça sonne bien. Alors c’est resté.

Toledo, photographie par Sylwia Kornilowicz

Toledo, photographie par Sylwia Kornilowicz

Comment vous décririez votre musique ? Dans votre présentation, vous évoquez un croisement entre Alice In Chains, Faith No More, Skunk Anansie et Devin Townsend. Pourtant, après l’écoute, j’y trouve parfois aussi des accents Stoner et dans le chant de Caro très rythmé le début du néo-metal comme Rage Against the Machine.

Thibaut : J’ai toujours eu du mal à définir notre truc. Les groupes que j’ai cité, en effet : Alice In Chains, on met parfois Tool. On a du mal à se mettre une étiquette, c’est pour ça qu’on met Metal alternatif qui est suffisamment vague. Je trouvais que Skunk Anansie collait bien parce que Caro a à peu près le même timbre. Le côté Stoner, on nous l’a déjà dit, moi qui suit un grand fan de Stoner, je n’arrive pas à trouver le lien. C’est peut-être le son, notamment dans les nouveaux titres que tu n’as pas encore pu écouter, on s’approche vraiment de tout ce truc 90. Toute cette vague 1991-1994 presque grunge. Finalement, on a une construction qui est à tiroirs. Le côté rap, je vois bien, c’est pour Be My Bird, c’est intéressant ce qu’elle fait. On a d’autres passages où ce sont des envolées un peu lyriques. Ces groupes cités dans la bio, c’était plus pour donner vaguement nos influences.

Alex : Oui. Se raccrocher clairement sur un groupe existant pour dire exactement ce qu’on fait, c’est compliqué. On n’est pas du genre à se créer une étiquette, on est du Metal conscient, c’es cool, c’est rigolo. On donne trois ou quatre groupes qui rappellent la façon dont on travaille. Il y a ce côté très syncopé, vraiment propre au Metal mais il y a aussi ce côté que je trouve Pop.

Thibaut : Justement, l’intérêt d’avoir Caro au chant, c’est de lui laisser de la place pour pouvoir s’exprimer. Tout le monde s’éclate, mais on ne fait pas de trucs méga techniques. On essaye quand même de faire des rythmiques, des syncopes, tout en trouvant des passages qui laissent de la place à Caro. Et c’est au fil de bosser et composer ensemble qu’on voit les individualités de chacun, comment réussir à mettre en lumière tout le monde. Le chant, c’est quand même l’un des aspects les plus importants donc nous laissons à Caro l’espace de placer ses mélodies et poser sa voix.

Quel est votre processus de composition ?

Alex : Ça a vachement évolué, en fait. Lorsque je suis arrivé, on a de suite enchainé sur deux semaines de répète en vase clos, dans une maison en forêt. Et ça a bien marché puisqu’il y a deux titres qui en sont sortis. C’est vrai qu’on ne se voit déjà pas très souvent (Ndlr : les membres de Toledo sont tous intermittents du spectacle et donc souvent en déplacement pour raisons professionnelles. Les répétitions sont regroupées sur plusieurs jours dans le mois). Il y a beaucoup de moments où on s’est retrouvés juste tous les deux, Thibaut cherche pas mal chez lui, il enregistre. Ensuite, on se voit et on pose des trucs tous les deux. On essaie de voir dans quelle direction on va.

Thibaut : La base, c’est que à partir du moment où on se voit comme ça pour des répètes, souvent j’ai déjà travaillé en amont et on bosse tous ensemble. On peut être amenés à boeuffer des choses, il y en a qui sont partis d’un bœuf de Moppy et Alex, puis c’est devenu un morceau. Ensuite, on enregistre puis on le retravaille en répètes et ça devient un morceau un peu par strates. Caro, qui suit tout le processus de création, nous fait remarquer de temps en temps qu’elle ne trouve pas sa place ou ne comprend pas comment le morceau est foutu. Ça peut nous recentrer. On lui amène une sorte de maquette, on travaille le chant tous ensemble. On enregistre à nouveau, ça peut nous permettre de prendre du recul et d’éventuellement reprendre le morceau plus tard pour y ajouter des améliorations. Une ou deux fois par an, on essaie de faire une résidence. Pendant une semaine, on va dans un chalet dans les Vosges. Là, il y a des trucs qui peuvent sortir et se créer. On bosse beaucoup à distance et on met au fur et à mesure en commun pour construire petit à petit. C’est tout un travail parce qu’on est en plus ultra perfectionnistes.

Alex : Et puis, tu vois, il y a toute la maturation. Là, pour la première fois, on a maquetté et après coup je trouve que c’est vachement important.

Thibaut : On a fait ça pour le prochain skeud. On a tout enregistré il y a six mois de manière propre. On a commencé à faire des arrangements, poser des voix, commencé à faire des backings. Ça nous permet effectivement d’avoir du recul quelques mois après, quels morceaux tiennent la route. On en a dégagé un qui ne collait pas. Ça nous fait vachement avancer car comme on ne se voit pas toutes les semaines en répète, en plus les conditions ne sont pas toujours idéales avec les amplis à burnes. Maintenant, les moyens technologiques permettent de faire ça. À force de travail, on fait en sorte que dans les morceaux, chacun ait sa place. Caro travaille ses mélodies, quand elle n’a pas le texte elle chante en yaourt. Elle voit ce qu’on a enregistré et ensuite, elle trouve un texte dessus. À Partir de là, on travaille sur les phrases, sur les mots, le placement des voix, etc. Du coup, ça nous motive et on se dit : là, on lui laisse la place de faire ça. On fonctionne beaucoup dans l’anticipation.

Votre premier Ep No Springs Honest Weight est sorti en 2013.  Vous préparez un nouvel album, votre musique a-t-elle évolué ?

Thibaut : Oui, c’est ce qu’on a dit avec un mixage de gens qui nous écoutent depuis le début, les nouveaux morceaux vont plus dans l’ambiance. On sent qu’il y a une homogénéité plus importante entre la voix de Caro et nous. Et puis, le jeu d’Alex et ce qu’il apporte est complètement différent du jeu de Juju. Pour ma part, au niveau de la guitare, avant je faisais un truc, j’avais une pédale (un looper) et je jouais dessus en faisant une sorte d’harmonisation. J’essaie de moins le faire parce que sampler des choses ne nous intéresse pas, c’est plus en forme de power trio. Par rapport au premier Ep, on va plus aller vers les influences 90 dont on parlait avant avec une musique plus ambiante.

Ndlr : Après la fin de l’entretien, Thibaut a un peu évoqué les difficultés d’enregistrement de l’EP qui a pris plus d’un an et demi entre le début de l’enregistrement et la sortie effective. Il y a eu un problème avec l’ingé-son qui est parti au milieu. C’est pour cette raison que le mixage du premier EP comporte quelques imperfections.

Vous allez jouer le 10 mars à la Laiterie (Strasbourg) en première partie de Freak Kitchen. Qu’est-ce que ça vous évoque ?

Thibaut : J’avoue que ce n’est pas un groupe que je connais très bien.

Alex : C’est vrai qu’on a découvert ça au moment où c’est tombé.

Thibaut : Ce que je trouve vachement bien dans ce qu’ils font, c’est que ça part un peu dans tous les sens. Un genre de mélange entre du Heavy Metal, du Hard Rock et je ne sais quoi, on se dit que le public qui va être là ce sont des gens ouverts. Et du coup, vu la zic qu’on fait, ils peuvent apprécier. C’est toujours bien de jouer dans de bonnes conditions comme la Laiterie et d’ouvrir pour un groupe qui a l’air ultra cool. On avait déjà joué à la Laiterie pour la sortie de l’EP, on avait fait le festival des Artefacts. Il y a d’ailleurs une vidéo sur notre site.

Quels sont vos autres projets pour les prochains mois ?

Thibaut : Là, nous avons des dates de concerts qui tombent en février, mars et avril. En août, on va enregistrer le prochain CD. En septembre, on va refaire des dates et la sortie du CD se fera normalement fin 2015, début 2016. On est en train de démarcher des labels, des bookers. Il y aura peut-être un clip mais d’ici la sortie de l’album, il y aura du média.

Alex : C’est assez difficile de se projeter au-delà de six mois. La première finalité est le disque. Une fois qu’on l’aura dans les mains, on pourra passer à autre chose.

Avez-vous un message à transmette à vos fans ?

Thibaut : Venez à nos concerts, soutenez la scène locale et les lieux qui se bougent pour faire des concerts. Par exemple, le Mudd Club (Strasbourg) fait des concerts tous les soirs. Ecoutez, soyez curieux. Fautes vivre la scène locale et soutenez pas uniquement Metal mais tous les styles confondus. La musique est un investissement important pour tout le monde, l’important c’est de jouer devant des gens.

Merci et bonne soirée

Bonne soirée à toi aussi.

Liens :

Bandcamp : http://toledo.bandcamp.com/