IMG_2519Pour commencer, peux-tu te présenter ?

Oui, je vais me présenter à tous les lecteurs de Sons Of Metal. Pour faire simple, je suis Laurent, le manager du label Finsterian Dead End. C’est un label Metal qui a été créé à Quimper, en 2011. Ça va donc faire quatre ans, là, au mois de juin. J’ai trente-sept ans et je m’occupe aujourd’hui de douze groupes venant autant de la Bretagne que de l’extérieur. Ça tourne bien pour nous, on a deux groupes qui seront au Hellfest cette année.

Pourquoi avoir fondé un label ?

À titre personnel, ça fait vingt sept ans que j’écoute du Metal et je suis commercial de formation. À un moment donné, j’ai voulu lié cette passion pour le Metal avec le talent commercial que j’ai de part ma vie professionnelle. Je ne suis pas musicien, même si j’aurais aimé l’être mais je ne le serai jamais parce que je ne suis pas assez patient pour ça. Pour allier tout ça, créer un label me paraissait le plus cohérent.

Peux-tu nous définir précisément ce qu’est un label ? Parce qu’on parle beaucoup de labels mais je ne suis pas sûr que tout le monde sache exactement à quoi ça sert.

En fait, un label, c’est une structure qui permet de travailler sur la promotion, sur le conseil et sur l’accompagnement d’un groupe sur la durée de sa vie. Ce n’est pas pour ça que le groupe quand il signe, il reste enfermé dans un label. C’est juste une structure qui est en mesure de comprendre ce que fait le groupe et être en mesure de vendre et faire la promotion. Il a aussi le rôle de distribuer le CD, distribuer le merch ou de trouver les partenaires pour pouvoir le faire. C’est vraiment un partenariat. Sachez, mesdames et messieurs, que je ne roule pas en Porsche et qu’un label n’est pas fait pour vous extorquer des fonds. On est là pour vous donner un coup de main et vous aider à vous structurer. Ceux qui pensent que les labels s’en mettent plein les poches, à ce moment-là qu’ils continuent à faire comme ils font. Et ceux qui avaient un doute, qu’ils n’hésitent pas à contacter les labels, les uns ou les autres, je n’ai pas d’actionnariat, on n’est pas côtés en bourse. Vous qui êtes des bons musiciens, dites vous que vous n’êtes pas toujours bons pour faire de la com’, pour démarcher des associations, faire des affiches. Vous n’avez peut-être pas non plus le temps.

« Quand on commence de rien, on ne risque pas grand chose. »

Est-ce que ça ne t’a pas paru un peu difficile au début de lancer un petit label à côté de gros labels ? Il y en a pas mal déjà en France.

Non, pas du tout. Je n’avais pas peur mais c’était une donnée commerciale à un moment donné. L’idée en elle-même a commencé de façon virtuelle quand je me suis aperçu que sur la région Bretagne, une partie des Pays de la Loire, la Normandie, il n’y avait pas de labels. En tout cas pas de label Metal généraliste. Il y avait des acteurs de l’ombre plus typés Black Metal sur Nantes, Mass Prod plus typé Punk sur Rennes et, finalement, les autres labels indépendants j’en avais connaissance mais ils avaient chacun leur façon de travailler. Le but c’était de ne pas être trop influencé par ce qu’ils faisaient. Nous n’avons pas eu de soucis particuliers. De toutes façons, quand on commence de rien, on ne risque pas grand-chose.

Au niveau de ton rooster, tu nous as dit que tu avais des groupes principalement de Bretagne mais aussi d’ailleurs. Ce sont que des groupes français ?

Non, sur le label, on a huit groupes qui sont soit bretons, soit nantais, un groupe qui est de Bordeaux et trois groupes, dont Bagheera, qui sont de Lausanne. Darchaic sont slovaques et les Obscursis Romancia sont de Québec. Il y en a un peu de partout et pourquoi pas demain un groupe d’Azerbaïdjan, il n’y a pas de problèmes là-dessus.

Comment choisis-tu un groupe pour entrer dans Finsterian Dead End ?

Le logo du label

Le logo du label

Il y a plusieurs choses pour qu’un groupe me plaise, sachant que c’est moi qui fais le choix des groupes. Il faut déjà que le groupe corresponde à une facette de ma personnalité musicale, de mes goûts. Il faut qu’humainement, au niveau de la démarche du groupe, il y ait une certaine cohérence. À partir de là, tout est possible. Les groupes étrangers ont tous eu une démarche différente les uns des autres, mais ils avaient tous un style bien particulier, bien trempé et bien pensé. À partir de là : pas de limites.

« Demain, si vous cherchez un boulot et que votre CV est tâché de beurre et qu’il y a un trou de clope, vous ne serez jamais pris. »

Tu as déjà eu des demandes de groupes qui ne rentraient pas du tout dans ce que faisait Finisterian ?

Bien sur. Aujourd’hui, je reçois une quinzaine de démos par semaine et ce depuis déjà au moins un an et demi. J’en ai un paquet qui ne rentrent pas mais pour différentes raisons. Déjà, comme je ne suis pas musicien, je tiens à préciser que tous les groupes qui m’envoient une démo ont un talent. Le problème est qu’aujourd’hui, les groupes n’ont pas toujours une démarche qui est aussi cohérente dans leur façon de chercher un label ou une structure pour les accueillir. Tu as les grands classiques du style : « Salut mec, on est trop bons et on cherche un label ». Et bien, ça, typiquement c’est : « Merci, au revoir ». On a des groupes qui nous contactent en disant bonjour à un autre label. Hélas, il y a beaucoup d’écrémage qui se fait sur une simple donnée qui est de ne pas savoir se vendre. Je ne demande pas que tous les groupes soient des commerciaux en puissance mais, finalement, c’est un petit peu comme un CV. Demain, si vous cherchez un boulot et que votre CV est tâché de beurre et qu’il y a un trou de clope, vous ne serez jamais pris. Je pense qu’il faut que les groupes se professionnalisent un tout petit peu sur leur façon de démarcher. L’avantage, c’est que ce sera plus cohérent que ce soit envers les labels et pour trouver des dates de concerts. Finalement, tout le monde y gagne. Le label va pouvoir faire un tri plus sélectif, le groupe montrer sa motivation. C’est quand même plus sympa de recevoir un press kit un peu sympa avec une biographie, deux/trois dates. C’est mieux que de recevoir un mail avec trois lignes et vingt-cinq liens dedans. On sait bien que ça a été envoyé à 350 personnes au même moment, c’est très impersonnel et moi ça ne me va pas.

Récemment, Finisterian a signé avec Season Of Mist. Ça consiste en quoi ?

Lorsque j’ai créé le label FDE, je m’occupais moi-même de la distribution. C’est-à-dire que je prenais ma propre voiture et j’allais me taper tous les disquaires de Bretagne, de Loire-Atlantique et de Normandie parce que je ne pouvais pas aller plus loin après. Serrer des mains avec un stock de CDs dans le coffre et voir avec tous ces gens-là s’ils voulaient bien me prendre quelques unités des CDs en dépôt-vente, en achat etc. Parfois, vous avez une tournée de trente, quarante ou cinquante disquaires à faire sur trois ou quatre jours avec dix rendez-vous par jour. Vous êtes obligés de repasser deux ou trois mois après pour récupérer les éventuelles ventes qui ont été faites, récupérer les stocks. La différence aujourd’hui avec Season Of Mist, c’est que j’ai une distribution qui est faite au niveau national par cette structure. Cela veut dire qu’aujourd’hui, le groupe Dysilencia qui vient de sortir son CD, au lieu qu’il soit distribué jusqu’à Caen, vous pouvez l’acheter à Marseille, en Andorre ou à Monaco, à Metz, à Lille, à Paris dans tous les bons points de vente. Et ça change beaucoup, en me libérant beaucoup de temps que je peux utiliser à d’autres choses. Pour un groupe, c’est la possibilité de se dire que tout en étant un petit groupe, n’importe qui peut s’acheter un CD en France. C’est une sacrée marche qui a été faite par le label. Là, on commence à travailler pour trouver un distributeur pour l’étranger.

Pour en revenir au label lui-même, le nom Finisterian Dead End, le cul-de-sac breton, ça veut dire quoi ?

Ta question est très intéressante, je vais essayer d’y répondre. Pour faire très simple, je ne suis pas finistérien, j’y suis arrivé il y a sept ans. Je suis costarmoricain, je ne suis donc pas très loin. En arrivant dans le Finistère, tout le monde m’a dit : « C’est le bout du monde ». D’ailleurs, en breton, ça veut dire bout du monde. Ça m’a marqué et cette voie sans issue me parait totalement logique. Si on y réfléchit bien, le cul-de-sac finistérien, ça l’est autant pour un Breton, qu’un Parisien ou un Berlinois. Après, c’est la flotte, le bout de l’Europe.

Tu as deux groupes qui vont jouer au Hellfest, dont Breakdust sur la scène officielle. Ça te fait quoi d’en arriver là ?

Depuis la création du label, je n’ai pas eu beaucoup de galères. Par contre, des joies j’en ai un plein. Tous ces moments-là sont des énormes fiertés. Déjà, par rapport aux groupes parce qu’ils sont talentueux et tous, pas seulement ceux qui passent au Hellfest. C’est une vraie récompense vis-à-vis de leur travail et aussi du label. C’est une sacrée fierté de me dire que le choix que j’ai eu à un moment T, on en arrive là. Je trouve ça assez jubilatoire. On en reparlera après le Hellfest mais c’est vrai que deux groupes la même année, sur une version découverte et en ouverture de festival, c’est juste énorme.

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Outre le Hellfest, il y a aussi de Dead End Fest. C’est quoi ?

En fait, cela part de l’esprit un peu famille des groupes, de choisir les groupes aussi par rapport à une donnée humaine. Au début, c’était vraiment pour organiser une soirée afin que les groupes se rencontrent, les faire jouer sur scène. La première année, on en avait quatre et c’était l’occasion de voir comment ils allaient se comporter les uns envers les autres, que ce soit au catering, quand ils préparent leur scène ou que les uns et les autres sont sur scène. Ça s’est super bien passé, les groupes ont vraiment adhéré à la démarche. La semaine suivante, j’ai vu arriver des plateaux doubles Finisterian Dead End parce que les copains allaient jouer chez les autres et inversement. Comme la première édition s’était plutôt bien passée, on s’est dit qu’on allait faire une deuxième édition et monter d’un cran en faisant une communication bien plus importante. On l’a fait en partenariat avec Garmonbozia, on a pris une salle plus grande avec du meilleur matos, avec plus d’ingé sons et des lighteux. Là, on a réunit cinq groupes du label, soirée qui a très bien fonctionné, on a eu d’excellents retours. Les groupes se sont éclatés et puis avoir cinquante personnes le soir à table c’est plutôt sympa niveau organisation. Il y aura, fort à parier, un Dead End Fest 3 cette année. On a différentes orientations mais il est fort probable que ça se passe en deux jours parce que le nombre de groupes du label a un petit peu augmenté. Dans l’idée, c’est que tout le monde puisse se produire sur scène. Il est probable que l’on fasse un double plateau sur un vendredi et un samedi soir. Après, on ne sait pas encore si on le fera dans une salle plus petite ou plus grande que l’année dernière, c’est encore en pourparlers. Sachant qu’on n’a pas de prétention, le Dead End Fest ne deviendra ni le Hellfest ni le Motocultor mais c’est important pour les gens qui nous suivent d’avoir un plateau avec tout le monde. C’est un bon test aussi pour les groupes de se frotter au style des uns et des autres. C’est un vrai moment de partage.

Et pour le futur de Finisterian, ça donnerait quoi ?

Comme l’histoire du label s’écrit jour après jour, c’est très compliqué de répondre à ces questions-là. On est en train de travailler beaucoup sur la donnée de distribution internationale. On travaille beaucoup sur la donnée booking, aussi. Il y a plein de choses sur lesquelles on est en train de bosser et on n’est pas prêts de s’arrêter. Après, ce que j’aimerais c’est que dans le futur on puisse avoir plus de groupes sur des festivals ou des partages sur les premières parties, avec des groupes plus connus ou plus professionnels, de façon aussi à agrémenter les CV des groupes. Leur permettre d’évoluer avec des gens qui ont plus d’expérience scénique ou dans le milieu. Et puis, je crois que ce sera déjà pas mal, en fait.

Petite question pour la fin : dans ton rooster, tu as un petit chouchou ?

Haha, non je n’ai pas de chouchou. Sans faire de la langue de bois, j’ai choisi chaque groupe personnellement. Je n’ai pas eu de discussions avec les uns et les autres, c’est une pure dictature, en fait. Ils représentent chacun plein de petites choses pour moi. Donc, pour le chouchou, il faudrait que je prenne des parties de chacun. Au final, ce groupe chouchou s’appelle Finisterian Dead End.

C’est une idée, merci beaucoup.

Interview réalisée par Eladan