[Interview] Iron Bastards : Au nom du Rock’n’roll

Posté le : 24 avril 2015 par dans la catégorie Interviews
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Par une agréable soirée d’avril, notre habituel chroniqueur Khaos a pu rencontrer un groupe que l’équipe de Sons Of Metal apprécie : Iron Bastards. Ces jeunes gens nous avaient fait parvenir leurs deux premiers EP pendant l’année 2014 et nous avions envie d’en savoir plus à propos de nos dignes représentants du Rock’n’Roll. David B (basse) et David S (guitare) se confient dans nos colonnes.

Photo prise par Nicolas H, Le Molodoï, Strasbourg

Photo prise par Nicolas H, Le Molodoï, Strasbourg

Bonjour Iron Bastards. Est-ce que vous pouvez nous présenter votre groupe. Comment en êtes-vous arrivés à créer votre formation ?

David B : On s’est formés en 2013 mais on jouait ensemble depuis 2012. Au départ, on ne faisait que des reprises de Motörhead. C’est ensuite qu’on s’est dit qu’on allait passer aux compositions. Au mois de mai, ça fera trois ans tout pile. On s’est dit qu’on allait vraiment faire quelque chose de sérieux. On a d’abord répété pendant trois/quatre mois. Ensuite, on a composé mais on a un peu cherché notre style. C’est vrai, on a comme principale influence Motörhead, notre musique ressemble à Motörhead. Cela dit, cela a quand même été un gros travail pour trouver un truc à nous, notre propre façon de jouer. Se trouver en tant que compositeurs alors qu’on ne faisait que des reprises, la démarche est toute autre. À partir de fin 2013, on a commencé à faire nos premiers concerts et, depuis, on en a fait une quarantaine. On a sorti deux EP de cinq titres. L’un en février 2014 qui s’appelle Boogie Woogie Sessions et un en septembre qui s’appelle Wasteland. On a sorti un Ep de reprises de rock’n’roll qui s’appelle Rock’n’roll Strikes Back en février. Là, on est en train de travailler sur l’enregistrement de nouveaux morceaux pour sortir en septembre un premier album qui regrouperait cinq nouvelles compos, les cinq morceaux de Wasteland et ceux de Boogie Woogie Session. Ces derniers rechantés, remixés et remasterisés.

« Au bout de trois mois, on avait une scène et une douzaine de morceaux »

C’est pas mal, vous êtes très productifs. Et avant cela, quel a été votre parcours à chacun ? Avez-vous eus d’autres expériences avant IB ?

DS : Oui, on a eu chacun quelques expériences dans différents groupes. On se connaissait avant, nous étions amis et nous le sommes toujours, d’ailleurs. Pour ma part, j’ai fait un peu de tout. Quand j’ai démarré la guitare, j’ai fait un peu de Pop/Rock, du Blues. J’ai aussi fait du Heavy Metal à la Judas Priest, Iron Maiden et c’est lui (David B) qui m’a proposé de faire un groupe de reprises de Motörhead.

DB : Je fais toujours du Grind à côté, j’ai commencé par du Death Metal. Le Grind, je fais partie de Ratbomb depuis 2010, ça va faire cinq ans cette année. Avec ce groupe, on a fait deux albums et on joue régulièrement, on a joué en Allemagne la semaine dernière. Et Toto, Anthony notre batteur, il a joué dans un groupe qui s’appelait One Night Stand. Il faisait du Hard Rock. Avec nous, il n’est pas forcément non plus tombé complètement à côté. C’était un délire un soir, il y a deux ou trois ans, on avait un coup dans le nez. On s’est dit : « Vas-y, demain, on se fait une petite répet entre nous, je prends la basse, toi tu te mets à la guitare, toi tu prends ta batterie et on fait des reprises de Motörhead ». Surtout qu’on est vraiment des très gros fans tous les trois. Ça a commencé dans sa cave, ça a commencé comme c’est devenu : on est arrivé tous en retard (rires). Franchement, si on tombait maintenant sur des enregistrements de cette répet, on trouverait ça nullissime mais sur le coup on était contents. Du coup, la répet d’après on s’est dit : « Je suis à la basse, il faut que je me mette au chant ». Au bout de trois mois, on avait une scène et une douzaine de morceaux. Les premiers concerts, on ne faisait que des reprises de Motörhead, on poussait un peu le délire. On se donnait des surnoms en rapport avec les gars du groupe. J’y allais avec les lunettes de soleil, la veste en cuir à moitié ouverte comme il le fait des fois sur scène, tu vois. On s’est un peu amusés mais après, quand nous sommes passés à la compo, on est revenu à un jeu de scène plus standard. Surtout que Motörhead est un groupe qui joue à fond sur les clichés, sur l’image qu’ils ont, donc c’est super drôle à reprendre. Après c’est aussi le hasard qui veut qu’on soit une formation à trois et qui fait que quand on joue de la musique, naturellement ça sonne comme ça.

Pourquoi Motörhead, pourquoi pas AC/DC ou Metallica ? Qu’est-ce qui fait que ce groupe vous a marqué plus qu’un autre ?

DB : Parce que c’est l’incarnation même de ce qu’est le Rock’n’Roll dans la droite lignée de ce que c’était dans les années 1950. Au niveau de l’énergie, de ce que ça voulait sortir des tripes mais en évoluant musicalement.

DS : Oui et surtout un côté authentique. On arrive vachement à s’identifier aux personnages. Et puis musicalement, c’est comme ça que je ressens la musique d’un point de vue personnel. C’est pour ça que j’ai accroché dès la première fois où j’ai écouté. Le côté direct, droit au but.

DB : Et puis après, il y a en plus au niveau de l’intégrité. C’est un groupe qui me parle et qui nous ressemble. AC/DC, Metallica, ils voyagent en jet, ils prennent des vacances luxueuses. Motörhead, ils sont en studio actuellement, ils seront en tournée. Tout ça malgré les soucis de santé de Lemmy. Et cela fait quarante ans qu’ils font ça. C’est une vie, vraiment, pour le Rock’n’Roll. Moins de starification que d’autres. Après, il y a aussi toute une légende autour de Lemmy, il joue sur l’image. Il est depuis quarante ans dans le show business, il sait comment ça fonctionne. Il déteste ces codes-là mais il sait comment jouer avec.

DS : En même temps, il ne s’est jamais vendu au show business. Il a toujours su garder cette musique authentique sans forcément vouloir plaire. Il fait les choses à sa manière malgré sa popularité.

Pourquoi vous avez appelé votre groupe Iron Bastards ?

DB : Les bâtards, ce sont des gens qui n’ont pas de racines. C’est quelque chose qui nous correspond bien. Pas d’attaches. On sait là où nous sommes. Si demain on est ailleurs, on sera toujours les mêmes. Et d’acier parce que c’est quelque chose de fort, de dur.

Vous êtes des artistes qui ne vivent pas de la musique. Est-ce que vous pouvez dire quelques mots sur cette passion. Comment vous vivez la situation aujourd’hui ?

DB : Habituellement, lorsqu’on parle de « vivre de la musique », on entend en faire son métier. Là, pour moi c’est carrément autre chose. Je bosse à côté pour pouvoir vivre de la musique en tant qu’humain. On a un défaut malheureusement, c’est qu’en France on a un style de musique qui n’est pas médiatisé, n’est pas subventionné, pas très promu sur les ondes ni dans les médias. Donc, c’est la débrouille. Tu essayes de te vendre un peu à la force, tu te bouges, tu vas chercher des dates partout où ils en ont. Tu attends et à un moment donné, quand tu es vrai, les gens le reconnaissent aussi, je pense.

« Sur l’album qu’on va sortir, il y a une petite prise de risque mais je pense qu’on est capables d’assumer »

Pourquoi avez-vous choisi de sortir plutôt trois EP en un an, plutôt que de tenter plus tôt l’album complet ?

DB : Au départ, c’était une prise de risques autant financière que morale, même si, globalement, on est maintenant autofinancés. On a fait assez de concerts, vendus assez de Cds pour que nous ayons une caisse qui nous permette de fonctionner de manière autonome sans y mettre notre propre argent. On a avant tout sorti des EPs pour nous faire connaître, pour faire de la promo mais on n’avait pas encore la structure. Même si nous étions bien organisés, sortir un album nécessite quand même une organisation supérieure. Il faut tourner pour le vendre, envoyer le CD pour des chroniques, faire des petites radios. Là, pour le nouvel album, on aura le soutien d’un label. Avant, on ne voulait pas parce qu’on ne pensait pas avoir la structure pour. Maintenant, nous sommes prêts. Le risque moral est que si tu fais un album, que tu t’investis et que tu te casses la gueule, ça fait mal. Sur l’album qu’on va sortir, il y a une petite prise de risque mais je pense qu’on est capables d’assumer. En septembre, on a une date à Berlin et on va essayer de greffer quelque chose autour. L’objectif n’est pas que Iron Bastards explose, c’est qu’on sorte l’album et qu’on marque le coup en faisant un truc. Un groupe qui tourne, qui bouge, les gens le remarquent. C’est comme ça qu’on espère se faire connaître. On va essayer d’être reconnus, à défaut de vouloir absolument être connus.

Comment vous travaillez, quel est votre processus de composition ?

DS : Ca dépend du morceau. Des fois, il y a déjà des riffs puis on ajoute. D’autres fois, c’est David B qui vient avec des riffs. On voit ça en répet et on bosse ensemble. C’est assez aléatoire mais on sait déjà vers quoi on va se diriger quand quelqu’un ramène une proposition musicale. On discute, on a déjà un morceau comme-ci ou comme ça. Un plus rapide, un plus lent.

DB : Ça va te paraître cliché, mais on le fait aussi au feeling. On est en émulation, c’est bouillant quoi. Il y a un morceau qui vient, on est trois à le sentir. C’est très nerveux comme moment, on s’engueule souvent d’ailleurs. Au bout d’un moment, quand on arrive plus à s’écouter, on joue et là, chacun apporte sa vision de la chose. Après, on en discute. Quand on a fini de s’engueuler, on se retrouve avec un nouveau morceau (rires). J’essaie aussi pendant la répet où on compose, de poser quelques mots clés, une phrase, un début de refrain. C’est juste histoire de voir ce que ça va inspirer comme thème et après je reprends ça au propre, j’écris le flot qui me vient. Le moment où le chant est vraiment bouclé, c’est lors de l’enregistrement. J’étais en studio ce week-end pour enregistrer le chant. Les paroles, je les connaissais mais tu travailles deux trois trucs. Tu te rends compte avec le recul, quand tu n’a pas d’instrument en mains, que tel mot serait mieux placé comme ça, mieux chanté autrement. On fait vraiment un travail de musicalité pure.

« Dans le Rock’n’Roll, en général, c’est ça, tu apportes un peu de tout, tu fais une grosse salade avec et après, tu prends seulement ce que tu as envie »

David S, j’ai remarqué au niveau des soli, tu as une sacrée dextérité. Il y a un côté schredd très développé et ça donne une couleur quand même assez intéressante. Comment tu travailles cela ?

DS : En fait, je bosse beaucoup de gammes. Je pars de gammes majeures et ensuite, j’improvise. Ça dépend de ce que le morceau m’inspire, je vois si je veux lui donner une couleur plus triste ou plus joyeuse. Tous les jours, je fais une demi-heure de métronome à monter et descendre les gammes. À côté, je bosse aussi beaucoup d’improvisations mais dans n’importe quel style musical, ce qui permet d’avoir des influences de partout. Dans le Rock’n’Roll, en général, c’est ça, tu apportes un peu de tout, tu fais une grosse salade avec et après, tu prends seulement ce que tu as envie. En général, David B pose sa ligne de basse et ça me permet ensuite de poser les mélodies que je veux.

Sur le dernier EP 3 titres, vous avez aussi une reprise où vous avez ajouté un piano joué par Nathan. Est-ce que c’est envisageable pour vous qu’il intègre le groupe à plus long terme ?

DS : Non, on restera à trois au niveau de l’organisation, ce sera plus simple. Iron Bastards est un trio et c’est tout. C’était vraiment exceptionnel de faire intervenir un piano mais c’était pour le petit truc en plus.

DB : C’est surtout parce qu’il est un ami mais il ne risque pas de pouvoir vu qu’il est à Los Angeles. Sur l’enregistrement, c’est sur Tutti Frutti qui est un morceau où il y a du piano à la base, normalement c’est même le piano qui est mis en avant plus que les guitares. C’était juste pour changer un peu, parce qu’on est fan de Rock’n’Roll vieille école. Autant je ne serais pas contre d’avoir un ou deux morceaux avec du piano sur un album à l’avenir.

DS : Ça ne correspondrait pas non plus à notre musique. En même temps, la basse, la batterie et la guitare couvriraient trop le piano. On ne compose pas des riffs pour placer un piano encore dessus. Notre musique et déjà complète, on ne pourrait pas ajouter d’autres instruments. Sauf sur un riff comme Burning qui est blues, c’est assez simple de rajouter des instruments, même un saxo, si tu veux.

On termine par la question Séverine Ferrer : avez-vous un message à transmettre à vos fans ? (rires)

C’est cool de votre part de nous suivre et de nous filer des coups de mains. C’est grâce à tous ces gens-là qu’on a la motivation d’un côté. Ça permet de faire passer le message qu’on a du bon Rock’n’Roll en France aussi.

Interview réalisée par Khaos