MERCY-20150522-003C’est dans la ville d’Annonay ensoleillée mais balayée par le vent que je me retrouve pour une nouvelle soirée aux Tanneries Off. Cet ancien bâtiment industriel, d’ores et déjà condamné à la destruction par Hermès et la municipalité, accueille ce soir quatre groupes aux registres très différents les uns des autres. En effet, nous aurons tour à tour droit à de la Fusion Rock, du Rock n’ Roll, du Prog extra-terrestre (j’y reviendrai) et de l’électro Indus Metal. Rien que ça. Pour l’instant, la salle vient d’ouvrir ses portes et le public arrive lentement, mais sûrement. Le fait est qu’il se passe plein de choses dans le centre-ville, dont des spectacles de rue. Mais c’est ici que nous ferons le plus de bruit.

Dagyde

DAGYDE-20150522-003Le groupe ardécho-lyonnais Dagyde ouvre les hostilités devant un public encore un peu timide. Ce soir, le quatuor se retrouve amputé d’un membre, à savoir son DJ. Privé de ses effets électros, Dagyde décide tout de même de monter sur scène et d’envoyer le pâté. Le spectacle doit continuer, comme on dit. Non seulement le groupe va sauver les meubles mais il va surtout faire mieux que cela : créer la surprise. Depuis la dernière fois où votre serviteur les a vu jouer, une grosse différence apparaît : la cohésion du duo basse-batterie est beaucoup plus forte qu’avant, laissant maintenant plus de place à Rémi (guitare) pour s’exprimer. La musique de Dagyde transpire le groove, les plans de guitares sont à la fois épurés et techniques, habillés d’effets que l’on peut entendre chez Primus ou dans quelques formations de Stoner. Aucune erreur n’est entendue. Les trois musiciens ne cessent de se regarder, de s’écouter. Nous voyons un trio soudé, affamé et qui n’a envie que d’une chose : botter des culs ! Le public adhère, accroche et n’en démord pas une seconde. Dagyde reçoit la meilleure récompense qui soit pour un groupe : les acclamations d’un public ravi. Maintenant, et malgré la perte d’un membre, le groupe doit encore confirmer avec une nouvelle prestation au Panorama le 5 juin prochain (en compagnie de No-H) et avec l’enregistrement d’un EP. Affaire à suivre, donc.

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Ça

ÇA-20150522-001Comment décrire l’indescriptible ? Voici la colle que me pose ce trio complètement barré et imprévisible. Ça est un véritable ovni musical, une énigme, un mystère. Pour le résoudre, si tant est que cela est possible, il faut prendre le problème par le début. Les musiciens sont tous vêtus de blanc, pieds nus et jouent le plus près de son public. Le déroulement du concert est très particulier car le groupe ne suit pas une setlist prédéfinie dans les loges ou en répèt. La sélection des chansons est laissée au plus pur des hasards grâce à un grand dé en mousse jeté par un spectateur à la fin de chaque morceau. La face indiquée par le dé détermine la chanson qui sera jouée. Original. Parlons un peu de la musique. Pour cela et si vous le permettez, je vais user d’une métaphore. Imaginez-vous dans un champ de blé, perdu en pleine campagne. Le vent souffle légèrement, agitant les épis autour de vous, tandis qu’un soleil rougeoyant donne de magnifiques couleurs au ciel. Soudainement, ce paysage paisible disparaît et vous êtes téléportés au milieu de l’A1 en pleine heure de pointe ! Vous avez à peine le temps de comprendre ce qui se passe que vous voyez un semi-remorque vous foncer dessus, réduisant votre espérance de vie à quelques millièmes de secondes. Voici ceÇA-20150522-003 qu’est la musique de Ça. Nous passons d’un passage jazzy joué à 50 bpm à une déferlante de notes saturées qui, si elles semblent désordonnées et cacophoniques de prime abord, ne le sont absolument pas. La construction des morceaux est juste impressionnante. Surtout que les titres peuvent durer jusqu’à dix minutes. Dix bonnes minutes imprévisibles et tortueuses. On ne sait jamais à l’avance où le groupe veut nous emmener. Ne vous fiez pas aux premières secondes d’une chanson, elles sont complètement trompeuses. En revanche, ce qui ne trompe pas, c’est l’accueil très chaleureux du public ardéchois. Avec une musique que je qualifierais de métaphorique, Ça nous embarque dans un monde où nous ne sommes jamais en sécurité, où l’on doit s’attendre à l’inattendu sous peine de se perdre dans un méandres de gammes pentatoniques. Nous avons droit à du Jazz, du Rock, parfois un peu de Thrash et du Blues et tout cela s’imbrique sans heurter notre sens auditif, preuve d’une grande recherche au moment de la composition. Techniquement au point et très original, ce projet musical se doit d’être écouté, découvert et soutenu. Une telle créativité ne se trouve, hélas, pas partout. Il serait dommage de passer à côté. Pour celles et ceux qui veulent en savoir plus, allez les voir et lisez notre chronique sur leur premier album.

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Mercy

MERCY-20150522-001Une fois n’est pas coutume, Mercy débute son set par The World, une chanson très calme qui sert ici d’échauffement pour la voix de Marie. L’ambiance de cabaret enfumé intimiste des années 1920-1930 laisse place à un Rock « burné » dès le titre suivant. Le quatuor prend alors son rythme de croisière et nous constatons que les membres ne manquent pas d’énergie. Romain (basse) hurle dans son micro, Steph (batterie) s’acharne sur son kit comme si sa vie en dépendait tout en étant précis et groovy, Marie qui saute sur place et escalade son retour son et enfin, Kik (guitare) qui, malgré son air tranquille, ne manque pas de faire des grimaces aux spectateurs. On ne s’ennuie pas une seconde. Les spectateurs démarrent un pogo vers le milieu du set, dansent et acclament le groupe, ce qui fera dire à Kik que cette ambiance est bien plus appréciable que celle du concert de la veille, à Lyon, où l’assistance était immobile. Bref, Mercy envoie du lourd mais la chanteuse, malgré un excellent départ, perd progressivement sa voix, au point de devenir quasiment inaudible sur les deux dernières chansons. Notamment Bad Dishes, dont le départ un peu trop précipité obligera Marie à se raccrocher de justesse au wagon. Le son parfaitement réglé donne toute sa dimension à la musique de Mercy qui nous joue l’intégralité de son premier album, chroniqué il y a peu par Diamond. Nous avons là un bon gros Rock n’ Roll sauvage mais maîtrisé par quatre musiciens au sommet de leur forme. Excité par l’ambiance, Romain ne cesse de bouger et de sauter, perforant un trou dans la scène, manquant de chuter avec sa basse. Le concert se termine sur une ovation d’un public couvert de sueur.

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No-H

NO H-20150522-002Pour terminer la soirée, c’est No-H qui s’y colle avec son Metal Indus électro influencé par Ministry et Rammstein. Venus tout droit de Corrèze, les No-H apparaissent grimés et masqués sur scène, complètement vêtus de noir. Le look crasseux et inquiétant ne laisse que peu de doutes quant à la prestation qui va nous être servie. De prime abord, le DJ et ses machines possèdent la place principale dans la composition, les autres musiciens accompagnent divers sons électro avec grand talent. Hélas, le son n’est pas parfaitement équilibré car le DJ et le chanteur ne sont pas vraiment audibles, au contraire de la batterie, très en avant dans le mix. Malgré ces défauts, le groupe s’en donne à cœur joie et s’applique sur chaque chanson. Le public y trouve vite son compte et les premiers pogos ne tardent pas à arriver. No-H nous entraîne dans son monde huileux et sale sans nous laisser d’échappatoire. Ça tombe bien, la plupart ne demandent que ça. Sur un scène décorée de plusieurs mégaphones, de cuves en plastique blanc et d’un vieux fauteuil en cuir, les musiciens adoptent un jeu de scène presque machinal, mécanique, en accord avec leur musique. Les hurlements typés Hardcore du chanteur accroissent ce sentiment étrange, presque de malaise, à l’écoute de cette musique qui prend aux tripes. Près d’une heure plus tard, le set se termine sous les cris d’un public à bout de souffle. Un groupe à découvrir au plus vite.

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Les musiciens descendent de scène et rejoignent les loges. Pour autant, la fête ne s’arrête pas aux Tanneries puisque les habitués restent et s’agitent dès que du son sort des enceintes. Les concerts aux Tanneries Off sont désormais comptés et se doivent d’être soutenus et appréciés par le plus grand nombre. Le glas sonne un peu plus fort chaque jour pour ce vieux bâtiment où, il n’y pas si longtemps que ça, plusieurs centaines d’ouvriers travaillaient dur pour vivre. Le temps et l’économie auront raison de cet ensemble de pierres, de ciment et d’acier mais la culture qui y est née survivra.

Kouni