IMG_6307Après une longue et difficile journée de boulot, nous nous retrouvons à courir chez le dentiste qui va encore nous démonter la molaire du fond. Oui, vous savez bien, celle qui fait mal. Bref, nous sommes pourtant tout trémoussant et en état de jubilation certaine. Est-ce dû à l’assistante du dentiste, nous demanderez-vous ? Que nenni. Le fait d’avoir pris le métro avec Jack Lang ? Non plus, même si dans une certaine mesure, cela nous annonçait bien quelque chose de spécial. En fait, je me rendais au concert, ou plutôt devrions nous dire THE ultime concert à Paris de CinC, alias un groupe bien connu de reprises de Carnival In Coal, avec le vrai chanteur qui chante pour de vrai sur les vrais disques du groupe. À l’approche du Point Ephémère, petite salle par ailleurs fort sympathique pratiquant la promotion des arts sous toutes leurs formes, la tension monte d’un cran. Ici, au bord de canal mal odorant, encadré de déchets sur les rives, quelques personnes déambulent déjà. Pas mal de monde au bar en terrasse. Et nous attendons, et attendons encore. Quelques artistes mis en avant défilent presque anonymement et entrent dans l’antre de la débauche cataclysmique qui nous attend. Car oui, fidèle camarade lecteur, prépare toi à une débauche d’absurdités innommables, à un carnaval sombre défilant à une heure étrange où les aiguilles de la pendule se confondent. Mais entrons, suis moi par ici et voyons ensemble de quoi il retourne. Les bêtes de foire nous attendent peut-être déjà, à moins que ce ne soit nous qui les attendions.

6:33

IMG_6197Pour ceux qui ne connaissent pas encore ce petit groupe parisien, nous vous donnerons d’abord un premier conseil qui sera de jeter rapidement une oreille sur leur production, ou à défaut, si vous faites partie des personnes pressées par le temps ou qui ne souhaitent pas prendre de risque, lisez nos petites chroniques sur eux. Pour resituer le contexte, un album est récemment sorti sous le nom de Deadly Scenes, pour l’instant le plus abouti du lot, même si le niveau des autres est loin de laisser à désirer. Il semblerait même que certains aient pu entendre parler d’eux outre Atlantique. Après une tournée respectable, les revoici de passage dans les environs et cette fois-ci dans leur fief parisien. Ambiance.

Tout démarre avec des masques d’affreux jojos qui pourraient presque évoquer des Slipknot, mais disons en moins effrayant quand même, et en mieux. Nous sommes plutôt ici dans le domaine de la comédie musicale de bon goût avec de vraies références culturelles. La première question du concert : “Vous savez quelle heure il est ?” Et bien sûr quelque part sur la scène, nous voyons 6H33 sur une pendule à aiguille factice et, donc, tout le monde trouve la bonne réponse. Et l’aventure de cette excellente soirée commence. L’ensemble déjanté des Parisiens commence par un morceau de Gospel-Metal-Indus-Core, ou, dit plus simplement, par un titre tiré de son dernier opus dénommé Hellalujah. Les intellectuels que vous êtes tous auront vite compris le jeu de mot pittoresque. En effet, plutôt que de démarrer dans la violence gratuite, pourquoi ne pas envoyer des sonorités un peu plus douces et délicates, mais avec cette petite connotation malsaine tout de même. Du même dernier album en date, nous aurons aussi droit au cours de la soirée au tubesque Black Widow et le sympathique I’m A Nerd. Pourtant et sûrement dans un but de coller à la thématique de cette soirée parisienne particulière, la majorité des titres sont issus de l’album précédent : The Stench From The Swelling, A True Story, sur lequel nous avions droit à une prestation intégrale de notre cher Arno Strobl. Oui, vous voyez le chanteur de Carnival In Coal ? Lui-même. Nous avons carrément droit à l’intégralité de l’EP intégré à l’album susmentionné Giggles Garlands And Gallows pour commencer et terminer le concert. La performance en soi est déjà assez épatante, vu la durée et la variété des genres musicaux brassés dans ces morceaux. Mais, en plus, l’énergie délivrée, même sans batteur qui est ici une super boîte à rythme qui sonne bien comme il faut et, ce, depuis l’origine, par choix. Tous les musiciens se bougent les fesses. Mention toute particulière à Rorschach qui assure une gestuelle originale qui colle à merveille à l’univers musical du groupe, en ne sombrant dans la caricature que pour que personne ne s’en rende compte. Les autres s’en tirent très bien en agitant leurs masques et pas seulement, dans tous les sens.

IMG_6170Nous ne sommes pas encore au bout de nos surprises, car Arno est invité sur scène pour interpréter Burn In et I Like It qui font bouger un public jusque là motivé et bien présent, mais probablement un peu mollasson quand même. Rajoutons que pour l’interprétation de I Like It, nécessitant un solo de saxophone, un mystérieux invité fut de la partie, entrant au bon moment et ne restant que quelques instants. Visuellement, cela donnait l’impression que c’était La Crampe de Pulp Fiction, si vous voyez le genre, mais avec un saxophone et qui en jouait même plutôt bien. Pour terminer sur l’ambiance, notons également le passage d’un homme étrange affublé d’un costume de héros bariolé, probablement zythophile au vu de ses abdos proéminents. Sur son costume, cap intégré, est inscrit 6:33. Il a son moment de gloire sur la scène et nous le remercierons de son passage, car, apparemment habitué des concerts des furieux parisiens, il aurait réclamé à corps et à cris la chanson Burn In.

Pour le son, peu de choses à dire, à part peut-être que le son des synthés avec celui de la batterie sur la même sono donnait par moment des baisses dans les aigus en raison de basses qui passaient en puissance et les écrasaient. Ce problème n’est pas propre au groupe et il est resté dans les limites du raisonnable. Juste histoire de dire.

Et merci à 6:33 pour cette prestation de haute qualité. Nous étions curieux de voir, désormais nous sommes juste impatients de revoir.

Setlist :

  1. Hellalujah
  2. Giggles Garland And Gallows part 1: Order of the red nose
  3. Black Widow
  4. Burn In
  5. I Like It
  6. I’m A Nerd
  7. Giggles Garland And Gallows part 2: M.I.D.G.E.T.S.

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CinC, alias Carnival In Coal

IMG_6420Maintenant passons à la suite. Et quelle suite ! Après un entracte correct sans être excessif, le temps de griller une clope pour certains, de pratiquer une vidange pour d’autres et voilà déjà que la lumière s’éteint. Des êtres éthérés s’emparent de la scène, prenant place en des lieux stratégiques. Une lueur bleutée apparaît avec en fond musical quelque chose de trop Metal pour nos neurones : Nuit Magique de Catherine Lara que nous ne connaissions, pour notre part, pas auparavant. Un concert est un moment fort qui permet d’appréhender la culture sous différents angles, parfois étranges. Mais pourquoi s’étonner ? Il s’agit d’un concert de Carnival In Coal.

Un Arno en grande forme, semblant heureux d’être là, nous annonce que nous allons nous taper la Nuit Magique jusqu’au bout, car c’est le dernier concert. Pour ceux qui savent ce qui arrive après, le choix fut judicieux. Le calme avant la tempête musicale et neuronale. Il en profite pour nous présenter son équipe avec deux nouveaux membres qui sont un batteur et une bassiste. D’ailleurs, n’avez-vous jamais eu cette sensation de voir quelque chose d’à la fois incroyablement décalé et en même temps terriblement à propos ? Ce fut le cas en voyant Noémie, la bassiste qui a osé un concert Metal avec sa basse cinq cordes et ses super chaussures à talon haut en peau de léopard. Le concert démarre alors sous les acclamations du public. Ce soir, nous le savons tous car cela a été annoncé, nous aurons droit à la quasi intégralité de l’album Vivalavida pour célébrer à la fois les quinze ans de cet album qui aura marqué le paysage musical, et la fin officielle de Carnival In Coal. Nous espérons que ce sera le genre de fin comme celle annoncée par un certain ex-président qui reprend du service.

L’alternance entre les passages en vieux sons de synthé, les sonorités classiques et de musique contemporaine, ethnique, fondues avec du Grind, du Black Metal, du Rock et de pleins d’autres choses ; tous cela retourne littéralement le cerveau ou ce qu’il en reste, en fonction du moment de la soirée. Le plus génial dans un concert de CinC, c’est que cette folie douce explicite transpire encore plus entre les morceaux, lorsqu’Arno interpelle le public qui a été, soulignons-le, excellent ce soir là et donc très réactif. Pour citer Arno : “Vous êtes géniaux, on peut vous faire faire tout ce qu’on veut !”. La mise de côté volontaire des titres qui fait qu’ils ont été annoncés au public par leur numéro, correspondant à leur place dans l’album. Ce qui donne un gag suivi toute la soirée : “On fait laquelle maintenant ?” – “La 3 ! La 3 ! La 3 !”, et ainsi de suite en fonction du morceau.

Pour la partie purement spectacle, nous avons rarement pu assister à des concerts au sein desquels une telle interaction avec le public et le groupe d’une part, et les musiciens entre eux d’autresIMG_6532 part, était si palpable. Nous, spectateurs, nous éclations comme des petits fous mais sur scène on se marrait bien aussi. Saluons en particulier les mimiques particulièrement expressives de Fabien (guitare), les pointes d’humour de Romain (guitare et chant), les déhanchés talonesques de Noémie, les frasques d’Arno et la mise en place carrée de Guillaume (batterie) et Emmanuel (synthé). La bonne entente des musiciens ne faisait aucun doute et a contribué à nous faire passer un moment qui restera pour sûr dans nos mémoires.

Niveau son, ce fut également une bonne surprise. En comparaison avec la version remasterisée de l’album, le jeu sur scène apporte vraiment quelque chose en étant d’une qualité qui nous a même paru supérieure. Cela est particulièrement vrai pour les guitares qui sont un poil nasillardes sur le disque. Le synthé a bénéficié de quelques modifications de registre qui sont passées sans poser de problème.

Les moments les plus délirants : l’introduction de Yeah, Oystaz par Arno, la participation du public pour l’ambiance de A Swedish Wintertale. À la demande d’Arno de faire des sons d’oiseaux, toutes sortes de sons ont été émis. Mais surtout, vers le fond de la salle, une personne que nous remercierons de nous avoir fait rire en imitant le cri du paon, “Léon !”. Et Arno de se marrer aussi : “Mais qu’ils sont cons ! Mais non, pas un paon bordel !”. Les annonces de morceau par numéro, car ça fait vraiment concert de Grind. Les passages dance où il nous était demandé de danser en nous la racontant comme dans un vrai salon, en oscillant vaguement du popotin. “Vous êtes Zuzu ou pas zuzu ?”. Les trois faux départ de Dressed Like Pazuzu, une fois pour “un son de trompette” mal placé et deux fois pour des coups de baguettes suspects. La fin avec la version Metal qui aurait dû être la seule autorisée de Maniac. Et puis en fait, tout le concert.

Setlist :

  1. In Darkness Dwells Vice
  2. Entrez Le Carnaval
  3. Urine Facewash
  4. Got Raped
  5. Yeah, Oystaz
  6. Narrow-Minded Sexist Pig
  7. A Swedish Winter Tale
  8. She-Male Whoregasm
  9. XXX Dog Petting
  10. Dressed Like Pazuzu
  11. Maniac (Flashdance cover)

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Si vous n’êtes pas venu, vous aurez vraiment loupé quelque chose. “CinC, un hommage à la musique d’Axel Wursthorn” et qui lui a drôlement bien rendu hommage en plus. Il faut dire que tout le monde aura donné de sa personne. 6:33 aura également bien assuré sa partie et il est dommage que le public ait souhaité conserver son énergie pour le groupe suivant, mais disons que c’est de bonne guerre. L’ambiance aura tout de même été chaleureuse pour eux. En somme, s’il s’agit en effet là d’une dernière prestation à Paris pour Carnival In Coal, nous pouvons raisonnablement dire qu’elle aurait difficilement pu être meilleure.

Merci aux orgas, aux musiciens, au public et aux huîtres. Des concerts comme celui-ci, on en voudrait plus souvent.

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Photos de Eladan

  1. Arno Strobl dit :

    Mille mercis pour cette chronique !! Je confirme que sur scène, nous avons également passé un moment fabuleux 🙂
    Tellement fabuleux que du coup on revient le 14 novembre au Glazart 🙂