Interview : Max Pie

Posté le : 21 juillet 2015 par dans la catégorie Interviews
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IMG_6848Que de questions arrivent lors de la découverte de l’artwork de Odd Memories de Max Pie ! Un visuel blanc, c’est rare est assez original, plaisant même. Mais ces écrans et ce corps en premier plan ? J’aurais donc droit à un album de Hardcore ? Bien mal m’en a pris de juger ce disque par sa surface. Max Pie opère dans un registre Power Metal Prog pêchu des plus agréables. Accessible sans être simpliste, complexe sans être prise de tête. Ce quatuor belge n’a rien à envier aux grands du genre ! Petit entretien sous la chaleur et les odeurs de bières au Dr. Feelgood à Paris, en compagnie de Tony (chant) et Lucas (basse) qui nous en disent un peu plus sur cet album et leur vision de la scène Metal.

Sons Of Metal : Salut les gars et merci d’être là pour Sons Of Metal. En premier lieu, pouvez-vous présenter à nos lecteurs ?

Tony : Alors, Lucas, guitare quatre cordes et moi, c’est Tony. (À Lucas) Merci de me présenter espèce de PD va ! (rires)

Lucas : Donc Tony, cordes vocales. Il y’a combien de cordes vocales ? Deux ?

Tony : Une

Lucas : Non, on dit bien les cordes vocales.

Tony : Je crois qu’il n’y en a qu’une. Je vais avoir l’air con devant mes élèves. Je ne sais même pas combien de cordes vocales il y a. (ndlr : il s’agit en réalité de deux replis du larynx et non de « cordes » à proprement parler)

Lucas : Donc Tony, chanteur.

Comment définiriez-vous votre musique ?

Tony : Simplement de la musique (rires)

Lucas : Power Prog

En écoutant vos albums, je me suis aperçu que vous êtes passé d’un Power Metal très classique à quelque chose de bien plus progressif. Qu’est ce qui a amené cette évolution ?

Tony : Il y a eu beaucoup de changements de line up depuis la création du groupe et c’est ça qui a amené cette évolution. Sur le premier album, il n’y avait pas vraiment de compositeur, c’était moi qui m’occupait de tout et comme je ne sais jouer de rien, je ne sais même pas chanter d’ailleurs (rires), ça n’a pas été évident. À partir du deuxième album, Damien (Di Fresco), notre guitariste, est arrivé et a amené sa touche. Il vient du Metalcore au départ et ça se ressent dans notre deuxième album. Puis, Lucas à débarqué ainsi que notre troisième album. C’est la maturité du line up qui nous a mené là.

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Justement, Odd Memories est votre troisième album, ce qui est un étape pour un groupe.

C’est ce que tout le monde dit. Je ne sais pas si c’est vrai. Mais c’est clairement un passage qui détermine si tu continues dans cette voie ou si tu t’arrêtes. Et je pense qu’on va continuer !

J’ai lu que vous aviez enregistré votre album en Italie. Comment s’est déroulé le processus d’enregistrement ?

Le mix a effectivement été fait en Italie. Pour l’enregistrement, chacun des membres enregistre dans son home studio et notre batteur dans son studio personnel, vu qu’un home studio pour enregistrer une batterie c’est un peu chaud. Ensuite, on envoie le tout à Simone Mularoni, en Italie. Il s’occupe du mix et du mastering.

C’est un choix délibéré de passer par cette personne en particulier ?

Complètement. Simone, qui est le guitariste de DGM et d’Empyrios, est un ami avant tout. C’est donc plus facile humainement pour parler. Je n’ai pas à prendre de gants avec lui et inversement. C’est très ouvert quand on se parle. Mais c’est aussi quelqu’un de très talentueux en tant que guitariste et de musicalement très intelligent. Il est ingé-son en plus d’être guitariste, il a son studio et il fait un super boulot. Donc quand on lui envoie des trucs c’est très facile de travailler avec lui, vu qu’il sait ce qu’on veut.

Lucas : Il arrive aussi à sublimer les morceaux sans y apporter une pâte trop personnelle. Il sait rester fidèle à la musique d’origine. C’est très intuitif de travailler avec lui.

Tony : C’est naturel et facile alors pourquoi aller chercher ailleurs ce qu’on a chez soi ?

Avez-vous eu des influences particulières dans la création de cet album ?

On ne se donne pas de limites. La seule chose que l’on voulait pour cet opus par rapport au précèdent c’était que les morceaux soient plus faciles d’accès. On a donc mit l’accent sur les refrains et les mélodies.

Lucas : Sans pour autant vouloir coller au standard radio 3 minutes 30. Mais on a vraiment voulu des mélodies simples et des refrains qui se retiennent facilement. Des choses que l’on peut fredonner aisément. Pour cet album, nous étions dans un esprit, je sais que ça fait bizarre de dire ça pour du Prog, plutôt « lessis more » (ndlr : moins c’est plus)

Avez-vous utilisé un thème précis pour cet album ?

IMG_6847Tony : Tout à fait. Mais, attention, ce n’est pas un concept album au sens premier du terme. Mais nous avons beaucoup réfléchi à la thématique. On voulait créer un monde dans lequel emmener l’auditeur. L’idée était un monde futuriste et d’humanité améliorée.

Lucas : Aussi le thème du Trans humanisme, l’idée de câbler l’humanité. Nous sommes tous câblés aujourd’hui, que ce soit physiquement ou par le wifi. Nous sommes connectés en permanence. C’est un sujet qui risque de se développer dans les années à venir dans nos sociétés. Et que tu sois pour ou contre, ça ne changera rien. C’est là que nous avons trouvé notre source d’inspiration. Mais aussi sur la question de la frontière entre être humain et machine. On s’est servi de ça pour l’artwork. On voulait quelques choses de très futuriste avec un côté steampunk, machine à vapeur…

Tony : Et passé. Futuriste mais dans le passé.

Lucas : Ouais, des technologies dépassées, parce que l’humanité a besoin de se réapproprier des connaissances. Le titre Odd Memories (Étranges souvenirs) représente l’idée de retrouver un savoir à travers la mécanique.

Tony : On aurait pu l’appeler Future Memories (Souvenirs futurs) alors qu’un souvenir est forcément passé.

Lucas : Mais c’est aussi à toi de créer ton univers avec cet album, de t’en faire ta propre idée. Mais si je devais le définir, ce serais Mad Max dans un futur encore plus éloigné. Je pense que notre univers musical ressemblerait à ça.

Mad Max Pie en fait !

Tony : Oh ! Bien ! (Rires)

Qui a réalisé l’artwork ?

C’est Didier Scohier de chez Artcore Design. Il avait déjà réalisé ceux des précédents albums. On voulait quelque chose d’épuré. On lui a donc soumis nos idées, il a digéré tout ça pour la réalisation de l’artwork.

Lucas : Au niveau des couleurs, on voulait quelque chose de très clair. Notre ancien album, Eight Pieces était tout bleu, avec l’espace et des planètes dans des tons assez froids. Sur celui-ci, on voulait quelque chose de plus lumineux.

Tony : Et, surtout, on voulait proposer quelque chose de diffèrent par rapport à tout ce qui se fait en général sur les artwork. Plutôt que de foutre un corbeau et des trucs un dark. Enfin, tu vois ce que je dire.

Lucas : C’est aussi à l’image des morceaux qui cherchent à proposer quelque chose de différent. Une volonté implicite de porter le Metal Prog au plus grand nombre.

Tony : ça veut dire quoi implicite ?

Lucas :Implicite. C’est en dedans des choses.

Tony : Oh !

Lucas : Enfin je sais pas. Je ne suis pas dico non plus ! (rires)

En fait, ce n’est pas toi qui écris,Tony ?

Tony : Si, justement. (rires)

Lucas : Il me fait lire quand même.

Tony : Menteur ! Je lui envoie les textes et il ne les regarde jamais !

Quels sont vos projets avec Max Pie ?

Déjà de le défendre sur scène. On a déjà quelques dates comme le Raimesfest le 11 septembre, Secret Of Metal le 26 septembre et un autre festival à Mons, à L’Alhambra. Nous sommes aussi en pourparlers pour partir en tournée avec un gros groupe. Mais je ne sais pas si ça va se confirmer. De toute façon, si ça ne se fait pas on a un plan B qui sera une tournée des clubs en Europe.

Le groupe a été créé en Belgique et la scène belge commence à émerger. Quel est votre regard sur cette scène ?

Bah, justement, je ne crois pas qu’elle monte. C’est ce que vous voyez de l’extérieur. Mais pour moi, la scène belge n’est nulle part, un peu comme la scène française, malheureusement. En France, il y’a Gojira.

Lucas : Et en Belgique tu as Cahnnel Zero

Tony : Mais c’est un peu la même chose partout en Europe. Je ne pense pas qu’il y’ ai une scène plus Metal en Belgique qu’en France. Au contraire. Il y a ,bien sûr, plein de supers groupes qui restent inconnus.

« Il est temps de se déconnecter et de venir dans la vie réelle ! »

Comment la musique Metal est-elle perçue en Belgique ?

Comme en France, je pense. C’est à dire que tu as les fans, nous, vous et tous les autres qui n’en ont rien à chier. Aujourd’hui, une majorité du public ne bouge plus. Il regarde des vidéos sur YouTube et pense avoir vu le concert alors que non. C’est triste mais c’est comme ça.

Lucas : Oh ! Mais ne fait pas pleurer les gens (rires). Non, plus sérieusement, le problème principal aujourd’hui c’est qu’il y’a beaucoup trop d’offre. Quand tu rates un concert le mardi, tu sais que le jeudi tu peux en avoir un. Et les gens n’ont plus la volonté de se bouger. Aujourd’hui, il y’a internet, les live en VOD, etc… Ou même certains regardent la pochette et se disent que c’est bon, ils ont écouté l’album. Bon, il y aura toujours les gros festivals pour amener du monde et perdurer.

Tony : Les gros festivals, oui. Mais le problème c’est pour les moyens ou les petits festivals comme le PPM ou le Raimesfest notamment qui, chaque année, ne sont pas sûrs de pouvoir continuer.

Lucas : C’est comme tout. La musique est considérée comme un marchandise.

Tony : Et quand tu créé un petit festival, les gens voudraient toujours une tête d’affiche monstrueuse. Ils veulent tous Metallica ! Sauf que tu ne pas ramener Metallica au Raimesfest !

Lucas : Disons que tu as le concert artisanal et le concert grande surface. Fais ton choix !

IMG_6848Tony : Enfin, tout ça pour dire que ce soit en Belgique ou en France, on est dans la même galère. J’ai aussi des potes en Italie, en Espagne ou en Suède qui me disent la même chose. « En Italie y’a rien, en Espagne y’a rien etc… ». Je leur répond que pour nous aussi en Belgique y’a rien (rires)

Lucas : Si tu veux vraiment chercher un endroit fédérateur par la musique, ça va être là où des concerts tu en a un par mois et c’est là qu’il faut être. Je pense au pays de l’est, à l’Asie, à l’Amérique du sud. Tu as, certes, moins de concert. Mais tu peux être sûr qu’il sera blindé !

Tony : Justement parce que les gens feront l’effort de se déplacer ! Sinon ils n’auront rien !

On va se concentrer sur un sujet plus Rock n’ Roll : C’est quoi la meilleure bière belge ?

Tony (désignant Lucas) : Alors, lui, il est Français, déjà !

Lucas : Peut-être mais je peux juger ! Pour moi c’est l’Orval. Parce qu’avec ça tu nettoies tes reins !

Tony : De mon côté, j’aurais du mal à te répondre, en fait. Il y’en a tellement ! Si je peux vous donner un conseil, ce serais d’aller à Bruxelles, au Delirium Tremens, le musée de la bière.

Lucas : C’est le seul endroit au monde où la carte est un bottin !

Tony : Tu en as pour tous les gouts donc c’est très subjectif. J’irai plutôt vers quelque chose d’un peu plus light comme la St Feuillien mais c’est une culture pour nous ! Tu sais, la bière et la frite c’est classique et inévitable !

Lucas : Le corps et l’âme !

Pour terminer cet entretien, avez-vous un message pour votre public et surtout pour ceux qui ne vous connaissent pas encore ?

Tony : Pour notre public, merci d’être là ! Et pour ceux qui ne nous connaissent pas, et bien, essayer de nous découvrir !

Lucas : Il est temps de se débrancher et de venir dans la vie réelle !

Interview réalisée par Guillaume

Photos de Eladan

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Site internet : http://www.maxpie.be/