Interview : Mass Hysteria

Posté le : 09 octobre 2015 par dans la catégorie Interviews
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Mass Hysteria band photoOn ne présente plus Mass Hysteria, groupe phare de la scène Metal française à la musique toujours gonflée à bloc. À quelques jours de la sortie de leur huitième album studio, Matière Noire, nous avons rencontré Vincent et Raphaël, respectivement bassiste et batteur du groupe, pour parler un peu de ce nouvel opus. Attablés autours d’une bière dans un bar parisien, voici ce qui s’est dit lors de l’entretien.

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Mass Hysteria band photo

Sons Of Metal : D’ici deux semaines, vous allez sortir votre prochain album Matière Noire. Pourquoi ce titre ?

Vincent : Déjà, tout part de l’explication de Mouss (ndlr : chanteur) la matière noire c’est le…

Raphaël : La masse manquante de l’univers !

Vincent : C’est ça, une espèce de truc métaphysique inconnu mais qui est réel. Tout existe et rien n’existe. Tu peux synthétiser ça, tout le monde peut avoir son interprétation. Ça peut être aussi tout ce qui se passe dans la société, dans la vie de tous les jours, le fait de recracher toutes ces choses que nous vivons tous les jours.

S.O.M : Justement, sur la pochette de l’album, on peut voir un visuel sombre avec une femme qui a le visage recouvert par cette matière noire. Vous qui êtes connus pour votre côté très positif de vos chansons, est-ce un changement d’optique de vos composition, ce côté plus sombre ?

Raphaël : Non, non, du tout, au contraire.

Vincent : Non, pas du tout, au contraire, l’armée des ombres était, lui, plus sombre ; c’est un album concept, on était une armée contre cette gouvernance sur le monde et ce côté positif nous permettait d’être rebelle face à tout ça. Alors que Matière Noire, c’est beaucoup plus clair, il y a beaucoup plus de clarté. Mais ça reste très Metal, très tranchant, on est aussi des fils du Metal.

Raphaël : En ce qui concerne la Matière Noire, tout le monde fera son interprétation. Pour moi, c’est justement tout ce qu’on nous rabâche jour après jour à travers la presse et les médias, c’est la culture de la peur, faire flipper les gens et que la noirceur domine alors que non, il y aussi plein de bonnes choses qui se passent et une des façons de lutter contre ça, c’est la musique.

S.O.M : Musicalement, vous êtes toujours dans un mouvement revendicatif et cela reste encore d’actualité avec Matière Noire.

Raphaël : Ouais, cela reste depuis le début de Mass on a essayé de trouver le côté positif des choses. Chacun à son niveau, on peut essayer de faire changer les choses, tout simplement comme on le disait plus tôt, si tu projettes des bonnes choses, tu en auras aussi en retour.

Vincent : Ce côté angélique de la pochette, une nana très blanche, très féminine, recouverte de cette matière noire, amène toujours à ce mot qui colle à Mass Hysteria depuis le début : la contradiction. Au premier abord ça peut paraître négatif et sombre cette matière noire alors que, non, elle n’est pas forcément négative, cette matière. Ce n’est pas parce qu’elle est noire que son message est négatif. Surtout dans notre monde à nous dans le Metal. Exemple les pochettes de Cannibal Corpse, même si les images sont ultras gores, ce n’est pas forcément négatif, tu comprends le délire du groupe. Je pense qu’il faut être un peu inscrit dans le monde du Metal pour comprendre le sens de cette pochette.

Mass Hysteria - Matière noire front cover

S.O.M : Pour le moment, vous n’avez pas lâché de single du nouvel album, à part Chiens De La Casse (écoutez l’extrait sur Youtube). Pourquoi ce choix ?

Vincent : On voulait faire comme dans le temps quand tu achetais un album. Comme quand j’achetais un The Cure ou un Alice Cooper, tu attendais la sortie de l’album, tu connaissais la date, tu allais l’acheter pour poser la galette et l’écouter.

Raphaël : Tu achetais ton disque pour l’écouter dans son intégralité, pour l’apprécier en entier.

Vincent : Exactement. Tu prenais du temps pour toi, tu te mettais dans ta bulle et tu décortiquais la pochette, les textes. On ne voulait pas faire : « tu as précommandé l’album, tu as droit à cinq titres en avant-première… ». On s’en bat les couilles de ça !

Raphaël : Si tu as des titres en exclusivité, tout ça, c’est nul, après tu n’as plus de surprise, à l’écoute de l’album ça perd toute sa saveur. Par exemple, l’album que j’ai le plus attendu dans ma vie, c’est Hell Awaits de Slayer. Je l’avais commandé à l’époque, c’était en 1984 ! Je l’ai écouté un nombre incalculable de fois. C’est comme Master Of Puppets. J’ai écouté la première face quinze ou vingt fois avant de passer à la seconde. C’est ça qu’on voulait retrouver : ce plaisir de découvrir l’album dans son intégralité !

Vincent : C’est pareil pour les Gun’s en 1987. J’étais allé chercher ma cassette à l’Intermarché pour le découvrir en entier. Maintenant, avec le tout numérique, tout se perd. Donc là, oui, heureusement ou malheureusement pour certains, on n’a pas pu garder tout l’album secret mais on a lâché un seul titre, le tout premier de l’album. Il ne symbolise pas la totalité de l’album mais donne un peu la couleur de l’album qui est bien punchy !

S.O.M : Au niveau des chansons, il y en a une – je vais juste dire qu’elle est excellente et complètement taillée pour la scène – mais qui, dans la rédaction, lève une question : pourquoi ce titre Vector Equilibrium ? On peut trouver la définition complète du vecteur d’équilibre sur internet, c’est très mathématique, mais pour vous, c’est quoi ?

Vincent : Je pense que notre définition se rapproche de ce côté mathématique. Mouss est quelqu’un qui s’informe beaucoup, qui lit énormément. Il passe ses nuits à bosser sur ses textes, il a des cahiers entiers et quand il trouve une phrase ou un mot qui le marque, il travaille dessus.

Raphaël : J’avoue qu’à l’heure actuelle, je n’ai pas encore de définition du titre au niveau du texte. Musicalement, c’est devenu un de mes préférés alors qu’au début, ce n’était pas gagné avec le break bourrin, on se demandait si les gens allaient retrouver Mass, mais, sinon, je n’ai pas encore creusé le sujet à fond pour me faire totalement mon idée.

Vincent : On a trop la tête dans le guidon. C’est un peu quand toute la pression sera retombée que nous y verrons plus clair.

S.O.M : Si on écoute toute votre discographie, il vous arrive souvent que vos morceaux comportent des samples de films ou d’un autre média. Est-ce que sur Matière Noire, vous en avez mis ?

Raphaël : Là, non, c’est que de la création.

Vincent: Ça aurait pu arriver. On y a pensé, on avait des idées, on est de gros amateurs de cinéma. Mais pour cet album, on n’en a pas spécialement ressenti le besoin.

Raphaël : Alors que, oui, sur les premiers albums, tu pouvais entendre des samples d’Akira, entre autres. Alors que là, non, tout a été fait en studio pour cet album.

S.O.M : Parlons un peu de la tournée, vous avez prévus quelque chose ? Vous avez déjà quelques dates ?

Vincent: Il y en a une vingtaine jusqu’à décembre donc on sera super actifs pendant les mois de novembre et décembre et, après, ça repart en février jusqu’à que mort s’en suive (rires). Mais je pense qu’on propose comme toujours beaucoup d’énergie. C’est le plus important. Mais il y aura des choses scéniques, il y aura de vraies choses qui se passeront sur scène.

Raphaël : On va rester nous-mêmes. On va faire ce qu’on sait faire en live, proposer le meilleur set possible, bien équilibré entre nouvel album, classiques, compos de tous les albums. On espère avoir un beau show light.

Vincent : Niveau lights, on va bosser pour avoir un vrai beau show afin d’avoir une valeur ajoutée. Le but est d’être dynamique. Tu prends Rage Against The Machine, c’est toujours le même backdrop sur scène et les mecs envoient direct le set et ça met la baffe à tout le monde.

Raphaël : La base, c’est le groupe sur scène ! Le reste, c’est de l’embellissement, ce n’est pas une chose que les gens remarquent tout de suite.

Vincent : Mais même si tu nous fous deux ampoules, on déchirera tout quand même. On a envie de partager, de communier cet optimisme sur scène avec nos fans. Vraiment, je pense que ce n’est pas dix milles lights ou cinquante qui fera la différence avec nous.

Mass Hysteria band photo 2

S.O.M : Qu’on vous mette sur un Zénith ou le dernier rade du coin, c’est pareil ?

Vincent : C’est un peu différent, c’est…

Raphaël : Non, non, je suis d’accord. Pour moi, il n’y a pas de différence entre le rade du coin ou un Zénith. Ça nous est arrivé au début, on jouait dans des bars et de se retrouver de jouer à Bercy en première partie de Slayer, ce qui compte, c’est de mettre la même patate.

Vincent : Ce qui compte, c’est de mettre la même énergie. Dès que tu nous mets tous les cinq ensemble, il y a une magie, on a envie et on envoie où qu’on soit. Le principal, c’est d’avoir envie et d’être sincère.

Raphaël : Du moment où tu fais ça avec le cœur où que nous jouions, on enverra le meilleur de nous-mêmes.

S.O.M : Il y a une vingtaine d’années déjà, vous jouiez dans des petites salles. Avec le temps, vous avez bien entendu évolué mais la scène Metal aussi a évolué. Du coup, certaines formations se revendiquent d’influence Mass Hysteria. Est-ce que vous avez déjà joué avec des groupes qui vous ont dit : « j’ai fait de la musique grâce à vous » ?

Vincent : Ah bon ? Non (rires)

Raphaël : Oui, c’est déjà arrivé. C’est super touchant. Tu ne sais pas quoi dire à ce moment-là.

Vincent : C’est super touchant, c’est comme si j’avais eu la possibilité, enfin, j’aurais pu dire à Jason Newsted (Ndlr : bassiste de Metallica de 1986 à 2001) : « tu m’as construit, si je suis bassiste aujourd’hui, c’est grâce à toi ». Mais peut-être que Jason Newsted l’a entendu deux cent cinquante millions de fois, ça a été le bassiste du meilleur groupe de Metal du monde. Mais c’est clair que c’est grisant.

Raphaël : Franchement, si, grâce à Mass ça donne envie à des gens de faire de la musique, ce qui est pour moi le plus grand kiff du monde, je trouve ça génial. Tant mieux. Après quand quelqu’un vient te dire ça directement, c’est bizarre.

Vincent : Tu penses jamais à ça, tu ne penses pas que des gens écoutent Mass. Tu écoutes les autres artistes mais tu ne penses pas l’inverse. C’est comme quand on fait des masterclass avec Raphael, tu vois des mecs techniquement énormes…

Raphaël : Ouais et quand tu vois des mecs qui jouent dix mille fois mieux que moi et qui me disent : « j’ai fait de la musique parce que quand j’écoutais Mass, je trouvais ça cool ». Tu restes sans voix ! Les mecs envoient des trucs techniques mais monstrueux et qui te disent que tu les as inspirés, c’est juste hyper touchant !

S.O.M : Je vous laisse le mot de la fin…

Raphaël : J’ai faim !!! (rires)

Vincent : C’est déjà une bonne chose mais plus sérieusement, on espère vraiment partager ce nouvel album avec nous. Venez au Trianon le 11 mars, venez nous voir sur la route partout, regardez sur notre page facebook, toutes nos dates sont annoncées. Venez tous, on va passer de superbes soirées.

Raphaël : J’ai envie de surfer sur la même énergie de la dernière date de la tournée L’armée des ombres, c’était à la Laiterie à Strasbourg. C’était magique et ça me fait penser à la phrase que tu vois à la fin de Retour vers le futur : « To be continued », la suite au prochain épisode et j’ai envie de surfer sur cette vague-là et je pense qu’il y a moyen ! Je souhaite ça.

Interview réalisée par Eladan et Mike

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