IMG_9810La ville de Paris n’est plus qu’un amas de rues poussiéreuses et d’immeubles en ruine. Tous avaient cru que chaque nouveau gouvernement ne pouvait être pire que le précèdent. C’est comme ça que tout a commencé. Les différentes religions avaient mis de côté leurs vieilles querelles et c’étaient alliées en un seul et même parti politique. Prêchant des valeurs oubliées dans un faux élan de paix, elles ont progressivement assis leur domination dans le domaine public, ainsi que dans les esprits, et finirent par prendre la tête de l’Élysée puis des autres grandes puissances du globe. N’écoutant que leurs morales et enseignements religieux, elles menèrent le monde dans une dictature globalisée. Chaque être vivant était surveillé, incapable d’exercer la moindre liberté ou le moindre choix. Ils n’étaient plus qu’une bande de mouton, obéissant aveuglement à leurs supérieurs. Mais l’espoir n’était pas totalement perdu. En ce jeudi 17 septembre 2015, un petit groupe de résistants avaient décidés de se libérer, le temps d’un soir, de l’oppression menée par ces nouvelles forces de la morale. C’est dans le quartier de Pigalle que la foule s’est retrouvée. Ce lieu de débauche et de perdition était interdit et plus personne n’y entrait. Pas même les forces de l’ordre. C’est dans la salle de concert nommée La Cigale que les résistants étaient venus applaudir les différentes formations qui leur permettrait, durant quelques heures, de sortir de ce monde froid et oppressif.

Kobra And The Lotus

IMG_9493La première formation à fouler les planches fut Kobra And The Lotus. Groupe de Heavy Metal canadien attaché à la nature et aux traditions amérindiennes, mené par la charismatique Kobra Paige. Ne voulant accabler le large auditoire présent, le groupe propose un heavy assez classique, certes, mais de très bonne facture dont se dégage une grande chaleur et une positivité on ne plus bienvenue. Les musiciens sont tous bien en place et chacun d’eux maitrise très bien son instrument. Ils sont très présents et investissent bien la scène. On sent qu’ils sont heureux d’être là pour leur première date parisienne. Kobra, au chant, irradie d’un positivisme sans pareil. Sa voix un peu grave et chaude, avec un petit côté « soul » est extrêmement agréable et se marie bien avec les riffs heavy de ses compères. Aucune fausse note n’est à déplorer pour la formation. La chanteuse, très en voix, enchaine les titres tirés de leurs différents albums sans aucune difficulté. Mais, en dépit de tous leurs efforts et de l’intense énergie déployée sur scène pour rallier le public à leur cause, seules quelques têtes bougent timidement durant la courte demi-heure de set. Malgré cet accueil timide et de la durée très courte du set, le groupe peut se féliciter d’avoir offert une excellente prestation, grâce à une immense énergie sur scène et un volonté de vouloir partager quelque chose de positif afin de réchauffer les cœurs refroidis par l’oppression religieuse.

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Gus G

IMG_9582Mais le quintet de Toronto doit maintenant laisser la place à l’un des acteur culte de la scène heavy, à savoir Gus G. Guitariste de Firewind et d’Ozzy, le guitar hero est venu défendre son nouvel album solo Brand New Revolution. À la différence de Kobra, le public commence à se réveiller et le guitariste ainsi que ses trois acolytes sont accueillis par de nombreuses ovations. Le quatuor propose un Heavy Metal rapide, énergique et technique. Le batteur semble déchainé derrière ses futs, rejoint par le bassiste au bout de quelques morceaux et du chanteur qui se lâche de plus en plus à mesure que le set avance. Mais l’homme du groupe ne semble pas vouloir investir la scène plus que ça et donne l’impression d’être là pour faire le job. Ce qui dommage car il est tout de même l’attraction principale du groupe et que ses compositions permettent de bien plus s’amuser. Le set, composé de différents morceaux de son projet solo ainsi que de Firewind, déchaine tout de même la foule qui semble prendre beaucoup de plaisir devant ce spectacle heavy mais aussi très technique. Trop peut-être, d’ailleurs. Certains soli semblent n’en plus finir et se transforment un peu en grosse démonstration style masturbation de manche. Les fans de technique apprécient, tandis que les autres trouvent le temps parfois un peu longuet. Mais les différents titres restent de qualité dans le style Heavy Metal épique, et Gus G reste un excellent guitariste. Malheureusement, le manque d’entrain du guitar hero semble tout de même faire retomber l’ambiance et la salle devient de plus en plus calme à mesure du set. Et, ce, malgré les efforts des musiciens pour investir la scène. Le groupe quitte les planches au bout d’une heure de jeu sous les ovations du public heureux qui, grâce à un set de morceaux variés, voire cultes pour certains, ont pu oublier la morosité extérieure et chevaucher leur fier destrier dans des paysages médiévaux afin de pourfendre le grand dragon noir.

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Kamelot

IMG_9719Le public est fin prêt à accueillir leur leader de ce soir : Kamelot. À la vue des premiers musiciens, des cris s’élèvent dans l’enceinte de la Cigale. À chaque nouvel arrivant sur les planches, les hurlements de joie se font de plus en plus fort. L’apogée étant atteinte lorsque le chanteur Tommy Karevick saisit son micro. À peine les premières notes résonnent-elles que les poings se lèvent. L’assistance est principalement composée de fans du groupe et ça se ressent. L’heure n’est plus à l’accueil timide pour les clans précédents mais aux acclamations admiratives. Et les musiciens leurs rendent bien. Aillant une longue expérience, les membres de la formation savent comment tenir la scène et imposent leur domination des planches. Forts de leur expérience, la communication avec le public est très bien en place, les musiciens n’hésitant pas à avancer sur le devant de la scène pour se montrer au plus proche de leur public et pour serrer les nombreuses mains tendues. On sent un réel respect pour leurs fans qui est assez plaisant à voir. Avec onze albums à leur actif, la setlist est variée, passant des morceaux récent comme Sacrymony de l’album Silverthorn (2012) et surtout Liar, Liar,  Veil Of Elysium de leur nouvel album Haven (2015), à des morceaux plus anciens voir cultes pour les fans comme The March Of Mefisto de The Black Halo (2005) ou Center Of The Universe, extrait de l’album Epica (2003). Dans ce mélange d’époques, les titres s’enchainent de manière très cohérente et le groupe mène le public dans un monde dystopique où, malgré la destruction ambiante, l’espoir et la liberté de penser restent maitres. Tout est extrêmement maitrisé, instruments, jeu de scène ou son, peu de chose peuvent être reprochées aux Américains. Le groupe à de la bouteille et ça se voit. Les musiciens investissent parfaitement l’espace. Certains, comme le bassiste Sean Tibbet, cabotinent joyeusement alors que le guitariste Thomas Youngblood, bien que très investit, reste plus sobre dans sa prestation. Le chant, qui est l’une des marque de fabrique du groupe, est très en place. Tommy Karevick maitrisant sa voix parfaitement fait honneur au morceau composé avec lui mais aussi à ceux composés pour le mythique Roy Khan (ancien chanteur charismatique du groupe) qu’il parvient presque à égaler. Leur Power Metal symphonique emplit les oreilles de l’auditoire, comblé par la puissance et l’univers cinématographique d’un groupe qui maitrise son sujet sur le bout des doigts, offrant des passages très rapides dans la tradition du Power Metal et d’autres plus posés, voire calmes comme la ballade Abandoned, où poings levés et cornes du diable sont remplacés par la lueur chaude des briquets et celles plus froides des téléphones portables. Après une heure et demie de show, le groupe quitte la scène sous les ovations soutenues de l’assemblée qui en redemande. Le public quitte la salle, heureux de cette soirée passée en compagnie du groupe, semblant avoir retrouvé un entrain sous la lourde censure et le contrôle omniprésent des forces religieuses. Pour eux, les rues de Paris paraissent plus colorées que jamais en cette nuit de septembre.

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Nos remerciements au public, aux groupes et à l’organisation.

Ludwig (texte)

Eladan (photos)

  1. […] de leur concert à la Cigale (Paris) en septembre dernier, nous avons pu rencontrer Kobra Paige, la charismatique et fort sympathique chanteuse de Kobra And […]

  2. […] l’occasion de leur concert à la Cigale en septembre dernier, nous avons eu le plaisir de nous entretenir avec le guitariste et membre […]