Dust In Mind 1Cela fait à peu près une année que la réputation de Dust In Mind enfle dans la région Strasbourgeoise. Lors d’une discussion dans la file d’attente d’un concert, j’ai pu avoir ce type d’échange. « Nous avons quand même des groupes talentueux à Strasbourg, il y a … et … ». « Oui et il y a aussi Dust In Mind ». « Ah oui, c’est ceux qui ont fait la première partie de Machine Head, faudra que j’écoute à l’occasion ». Et voilà, l’engrenage était déclenché. Leur nouvel album nous était bien parvenu et Diamond en avait fait la chronique mais nous avons droit à quelques petits changements depuis.

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Never Look Back se présente sous un beau digipack, paroles incluses. Le groupe a travaillé sa communication en adoptant une tenue vestimentaire qui se retrouve dans la pochette et les clips sortis récemment (visibles en bas d’article). Un autre évènement, c’est la création dans le même temps que la sortie physique de l’album d’une nouvelle structure de production. Le Psyrus studio, où certains membres du groupe ont leur activité quotidienne, a été lancé dans le même temps. Suffisamment d’éléments pour éveiller notre curiosité.

Une musique qui dénote et tente d’innover, le tout fait par des passionnés. Ces critères ont poussé notre habituel chroniqueur Khaos à venir rencontrer Dust In Mind. Quoi de mieux pour avoir l’ensemble des membres que de se retrouver après une répétition ? Direction La Maison Bleue, haut lieu musical Strasbourgeois et repère de Metalleux, il est 22h00 mais ils ne sont même pas fatigués. Le sourire aux lèvres, mettons cartes sur table.

Jack (guitare), Dam (guitare/chant), Jen (chant), Arnaud (batterie), Matt (basse)

Sons Of Metal : Bonjour, tout d’abord, bienvenue chez Sons of Metal. Merci d’avoir accepté cette interview. Pouvez-vous présenter votre groupe, à la fois vos parcours respectifs et aussi la démarche commune ?

Jen : Bonjour, moi c’est Jennifer. Je fais partie de DIM maintenant depuis trois ans avec Damien. Avant, je n’avais quasiment aucune expérience dans le milieu du Metal. Mon envie de faire du chant avec un groupe est venue plus tardivement. J’avais une petite expérience avec un groupe de Metal Progressif qui s’appelle Shindo mais ça n’a pas éclot. Je pense que je n’avais pas encore la confiance en moi nécessaire pour m’impliquer dans un groupe. Damien cherchait une chanteuse pour un projet qu’il avait dans un coin de sa tête depuis plusieurs années, il m’a contacté et c’est comme ça qu’on a commencé ensemble.

Jack : Bonjour, moi c’est Jack, je suis avec Dust maintenant depuis deux ans. J’étais avant dans un groupe de Brutal Death Metal qui s’appelait Postmortem puis, pendant cinq ans, j’ai participé à Karelia (première partie de Scorpions sur les tournées françaises 2009, 2010 et 2012).

Arnaud : Salut moi c’est Arnaud, ça fait à peu près vingt-deux ans que je fais de la musique, différents instruments. Le Metal, ça fait quinze ans bientôt que j’en fais. J’ai plusieurs projets parallèles mais ça fait juste un an que je suis dans Dust. Je suis un peu le petit nouveau.

Mat : Salut, moi je suis Mat, le bassiste. J’ai un petit accent car je suis né à Budapest, ça fait un peu plus de cinq ans que je suis en France. Nous trois (Mat, Arnaud et Damien), on est de toutes façons dans plusieurs groupes, on est dans Absurdity. Avec Damien nous avons aussi notre propre studio d’enregistrement : Psyrus Studio. Je fais de la musique depuis que j’ai sept ans, j’ai fait le conservatoire de musique moderne à Budapest et j’ai fais mon apprentissage en Angleterre. Damien m’a demandé de rejoindre le groupe il y a deux ans quand on l’a formé. Je l’aime tellement (Damien) que je n’arrive pas à le quitter (rires).

Dam : Moi, c’est Damien, ça fait douze ans que je fais de la musique et je suis assez passionné par la production en général. Je suis un peu geek du son et je m’amuse à faire des trucs. J’ai eu plusieurs projets, notamment Blindness, un groupe de Death. Il est un peu en stand by car Dust prend plus d’ampleur. Je suis dans Absudity aussi, je les ai rejoins il y a deux ans. C’est moi qui ai créé Dust In Mind, je voulais faire quelque chose d’un peu différent, qui dévie un peu, d’un peu plus complet.

Quel sens donnez-vous au nom Dust In Mind, que vous avez donné à votre groupe ?

Dam : Pour résumer, c’est en gros : « toute la merde que tu as dans la tête et que tu veux expulser, tu jettes tout ». C’est simple et ça sonne plutôt bien.

Matt : Je pense que le nom correspond bien à ton caractère, on voit que c’est ton groupe.

Dam : Je m’exprime par la musique, j’ai besoin de sortir tout ce que j’ai dans la tête pour être mieux.

Comment vous décririez votre musique ? Quelles sont vos principales influences ? Qu’est-ce que vous essayez de faire passer comme émotions, comme sentiments ?

Jen : Par rapport aux paroles, c’est majoritairement moi qui les écrit. C’est quasiment que des sujets autobiographiques. Tout ce que je n’ai pas pu dire à certaines personnes, je l’ai écrit dans le groupe et ce sont vraiment des choses personnelles, un exutoire. Je pense que dans chacun des textes, on peut se retrouver et comparer des parties de sa propre histoire avec le récit.

Matt : Dans mon interprétation, le groupe essaye de donner un coup de main aux gens qui se sentent seuls.

Jen : On essaye toujours de mettre un aspect positif en tout les cas. Pour moi, la société est trop négative. On ne se laisse pas abattre, on dit les choses mais sur scène par exemple, j’essaie de garder toujours le sourire aux lèvres.

Dam : Ces histoires, on se retrouve tous plus ou moins dedans, quel que soit celui qui écrit. Les paroles de nos textes ont contribué à souder le groupe, on part dans la même direction. On n’a pas eu de phase où on a eu besoin de s’accorder les uns avec les autres, ça s’est fait de manière assez facile et directe.

Comme vous l’avez expliqué, certains d’entre vous viennent du Death. Comment vous est venue cette idée d’évoluer vers un style plus doux ?

Dam : C’est vraiment un choix que je voulais faire, différent d’un truc purement brutal. Un style où je puisse faire ce que je veux sans me mettre de barrières. Il peut y avoir des passages rapides, d’autres plus lents, d’autres encore plus dépressifs ou plus ambiants. Il y a tout moi dedans. Alors que quand on fait du Death, en général, c’est juste le cœur qui parle et la rage. On balance du Blast et puis c’est tout. Je voulais faire quelque chose avec plus de sentiments, de plus riche. Le Death est riche aussi mais c’est une direction précise et j’avais envie d’élargir.

Matt : Je ne me considère même pas comme Metalleux, on est juste des musiciens. On a joué dans pleins d’autres groupes. À la limite Dust c’est l’un des groupes les plus bourrins dans lequel j’ai joué à côté d’Absurdity.

L’une des caractéristiques de votre musique, c’est justement l’alternance entre des passages agressifs et votre origine du Death qui se ressent. D’autres sont beaucoup plus posés et mélodieux avec la présence des samples.

Dam : En fait, je ne savais pas exactement ce que j’allais créer avant de fonder DIM. Je me donne en général vaguement deux ou trois riffs, une direction sur un tempo pour ne pas tourner toujours autour de la même chose. Ensuite, je ne sais pas, c’est en fonction, je vois comment je peux diriger la suite. Parfois, ça devient plus brutal que ce que je pouvais imaginer avant ou au contraire plus calme.

(Je m’adresse aux autres) Et vous, comment vous tentez d’apporter votre patte, votre couleur à ce que Damien compose ?

Jack : On essaie déjà de respecter l’écriture (rires).

Dam : En fait, j’enregistre déjà en pré-prod et ensuite chacun joue avec son style. Je leur donne une direction et chacun y met sa patte avec ses propres roulements, son propre jeu à la guitare ou à la basse. Tout ça si on est d’accord sur la direction à suivre, bien sûr.

Matt : C’est très bien qu’il y ait d’abord quelqu’un qui pose la structure et après, chacun, selon ses couleurs, selon sa volonté, tente de mettre plein de petits détails. Il nous laisse la latitude. En tout cas, ça s’entend que c’est écrit par un guitariste qui aime le Metal, toutes les influences sont dedans. La seule contrainte que s’impose Damien quand il compose, c’est que ça devrait être écoutable par un public un peu plus large.

Jack : En tout les cas, ça représente un risque de présenter quelque chose qui n’a pas beaucoup été fait. Mais c’est bien de proposer aux gens du neuf, pour leur rouvrir les oreilles et attiser leur curiosité.

Une autre caractéristique de votre musique, c’est le duo vocal masculin/féminin, c’est ce que tu cherchais dès le départ ?

Dam : Oui, c’est exactement ce que je voulais faire, je voulais élargir mais je ne pouvais pas en ayant une musique forte et un chant agressif tout le temps. Il me fallait une voix un peu atypique qui n’existe pas trop dans le Metal, c’est exactement ce que Jennifer a. Il fallait un truc qui change un peu du Metal « standard », guttural ou Hardcore.

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Je trouve qu’il y a un petit côté Lacuna Coil, mais avec un aspect un peu moins formaté au niveau des constructions musicales.

Jen : Pour moi, ça correspond exactement à ce que je peux ressentir au niveau de mon chant. Cristina Scabbia, c’est celle qui m’a influencé et donné envie de devenir chanteuse depuis que j’avais quinze ans. Forcément, ça peut se ressentir dans ma voix et dans les compositions. On est tous les deux (Jen et Dam) des grands fans de Lacuna Coil. Il (Dam) est aussi un admirateur de Peter Tägtgren (Pain, Hypocrisy). Ça se ressent forcément involontairement dans les compositions.

Matt : Je trouve que ça nous donne la possibilité de raconter nos histoires avec plus de détails d’avoir deux chanteurs.

Dam : En tout les cas c’est ce que j’imagine dans ma tête, il y a une dualité qui se crée, en gros c’est un peu « la belle et la bête ». Ça me plait bien comme image, c’est exactement ça. Il y a d’un côté moi qui suit plutôt guttural, qui bourrine au niveau de la voix et, de l’autre, Jennifer qui met plus de sentiments, qui est plus écoutable par tout le monde.

Jack : Ça permet aussi d’exprimer des décalages, des luttes que tu as dans l’esprit. Il y a à la fois ce côté doux et toute la violence, un peu comme en chacun d’entre nous.

J’avais vu effectivement que la production de l’album, par ailleurs très bonne, a été réalisée par vous-mêmes. Pouvez-vous nous en dire quelques mots ?

Dam : Alors, aujourd’hui, ce n’est plus un loisir, c’est mon travail au quotidien. J’y travaille avec Mat, Jen nous file parfois un gros coup de main sur de la comm’ et plein de choses. On a créé une maison d’artistes et quelque chose qui propose de la production généralisée que ça soit de la vidéo, de la musique, de la photo, de l’infographie. C’est centré pas mal sur l’artiste, mais ça peut aller partout chez les pros, chez les particuliers. Je me suis équipé pour ça de bons associés. Cet album a été produit juste avant que je crée officiellement cette société.

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En tout cas c’est une belle carte de visite.

Dam : Merci, c’est ce que j’ai essayé de faire. Aujourd’hui les prods qu’on sort sont déjà meilleures (que l’album). Tu peux voir sur le site du studio, on a publié une pré-prod d’un morceau qui sera certainement sur le prochain album. Ce sera plus propre encore, plus épuré en termes de tracking. Je n’aurais pas pu faire tout ça seul en tout les cas, tout le monde a contribué et j’aurais été incapable de faire certaines choses.

Matt : Nos partenaires sont tous inclus dedans, l’infographie, par exemple, c’est l’un de nos associés qui a fait tout le CD. On a des photos d’un autre associé photographe, Vladimir Tankovitch.

Jen : On est une équipe de groupe et aussi une équipe de production.

En 2014, vous avez fait la première partie de Machine Head avec Deficiency, un autre groupe que nous apprécions. Quels souvenirs gardez-vous de cette expérience ?

Jen : (émue) Alors moi, c’était le plus beau jour de ma vie. Machine Head, c’était l’un de mes groupes préférés pendant des années. Quand j’ai proposé à la Laiterie de faire la première partie, quelques jours avant la date ils nous appellent, il y avait de la place. Je n’en revenais pas, je pleurais toute la journée. Quand ça s’est passé, on avait peut-être cinq ou six concerts derrière nous, je n’avais aucune expérience live. Pour moi, c’était donc double challenge : jouer avant Machine Head et en plus sur cette grande scène, c’était très impressionnant. Tout était très speed avec une grosse tête d’affiche comme ça, la tension était palpable. C’était une expérience vraiment géniale, ça nous a beaucoup aidé par la suite. Ça a joué beaucoup au niveau communication. C’est mon meilleur souvenir avec Dust. Après, on a aussi une autre bonne expérience, on est finalistes du tremplin Wacken 2015. On a participé à un concert incroyable avec Metallian, c’était un gros challenge et on est contents d’être allés jusqu’à la fin.

Dam : Comme on est un groupe jeune, avoir ce genre de résultats est très positif et encourageant. Ça nous donne juste envie de travailler encore plus, de confirmer. On voit des gens qui nous font confiance, à nous de leur montrer qu’ils ont eu raison. Là, tu viens juste après une répète, on travaille une setlist pour jouer sur une date avec Klone (le 6 novembre 2015 à Colmar). On s’adapte un tout petit peu, on calme le jeu. On travaille pour qu’à chaque prestation scénique, on fasse quelque chose de cohérent et que les gens nous retiennent.

Vous avez fait votre release party récemment, qu’en ressortez-vous de plus essentiel ?

Dam : C’était nickel, on a fait ça au Club Laiterie (plus petite salle d’une capacité d’environ trois cent personnes). On a invité nos potes de Fall Of Death, des amis de longue date pour moi.

Jen : Les conditions étaient bonnes, il y avait du monde présent, l’affiche était top. Par rapport à la date avec Machine Head, on avait été intégré tardivement à l’affiche donc les gens ne nous connaissaient pas. C’était un challenge pour nous de réaliser notre release à la Laiterie, on ne savait pas si le public allait répondre présent. Effectivement, il était présent et beaucoup de monde était content.

Dam : Surtout que pour un premier album, les retours sont très bons. Les gens sont venus me dire leur avis, me disent que c’est cool, me félicitent pour la production. Le groupe est jeune mais les gens qui sont derrière ont du talent et plusieurs années d’expérience. Même Jennifer, ce n’est pas parce qu’elle n’a pas d’expérience Metal avant. Elle a tout atomisé.

Mat : On a juste eu la confirmation que ce qu’on faisait allait dans la bonne direction. Maintenant on le sait, on peut foncer.

Quels sont vos projets futurs, à part la date avec Klone à Colmar, avez-vous d’autres événements en préparation ?

Jen : Nous essayons de préparer une tournée pour l’année prochaine mais il n’y a encore rien de confirmé. On a signé le mois dernier chez un label allemand Dark Tunes. Comme on est frontaliers, on aimerait aussi un peu percer en Allemagne. Il s’occupe plus de la distribution mais pas vraiment du booking. Il y a des tours supports qui devraient suivre mais pas avant l’année prochaine.

Vous avez aussi enregistré une reprise de Korn (Lullaby For A Sadist), or nous avons de grands fans du groupe dans notre webzine, pourquoi cette reprise ?

Dam : Ben, personnellement, c’est un peu l’un des groupes de mon enfance. J’ai été bercé par ce genre de trucs avec Slipknot, un peu comme tous les jeunes de ma génération (rires). Pardon pour mon collègue Jack (rires). Je les suis toujours, même s’ils ont fait quelques albums un peu plus « particuliers ». Sauf le dernier où je trouve qu’ils sont un peu revenus dans la course. Ce titre là m’a beaucoup plu.

Matt : En fait, c’est moi qui l’ai proposé une fois dans la voiture, c’était en janvier dernier. C’était une bonne publicité pour le studio aussi, c’est la première production qu’on a fait. C’est aussi pour que les gens puissent aimer notre travail et voir ce que ça donne avec un morceau un peu plus accessible.

Jen : On est assez étonnés car les retombées de cette cover sont très positives, on a eu beaucoup de vues dessus, beaucoup d’avis, de commentaires positifs.

Dam : Là, on est en train de terminer une deuxième reprise. Elle sortira normalement avant les fêtes de fin d’année.

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Pour conclure, avez-vous un message à transmette à vos fans ?

Jen : Je pense que lorsque les gens voient groupe Metal + chanteuse, ils imaginent soit que c’est une chanteuse lyrique, soit qu’elle va hurler. Il y a souvent une étiquette, une appréhension « ils prennent une chanteuse pour y arriver ». C’est quelque chose qui me gène et j’ai envie de lutter contre ces clichés. On essaye d’être dynamiques, catchy mais en même temps de toucher un maximum de personnes. D’où que vous veniez, essayez de prendre quelque chose de chez nous, de manière très large, sans vous prendre la tête. L’étiquette « Metal à chanteuse », il faut essayer d’en sortir. Ecoutez et vous verrez.

Dam : Un peu dans la même direction que Jen, pour tous les frileux qui se disent : « ah c’est du Metal à chanteuse ». Si vous n’aimez pas le chant lyrique, il est possible que vous aimiez Dust In Mind.

Jack : Je pense que le Metal se nourrit un peu trop de clichés, tu as AC/DC qui sont en train de crever tout doucement et ils nous sortent un Airbourne. Je n’ai rien contre, c’est vachement bien, mais j’aimerais bien que globalement il y ait un renouvellement, une prise de risques. Pour ça, ce serait bien que le public apprenne un peu à se décharger des étiquettes qui sont parfois des fardeaux qu’ils portent eux-mêmes. Garder les yeux, les oreilles et l’esprit ouverts pour ne pas vous arrêter à une image.

Dam : Parfait ce que tu viens de dire, ça regroupe bien ce qu’on voulait exprimer.

Parfait, bonne continuation à vous en vous souhaitant le meilleur à venir.

Propos recueillis par Khaos

Photographies de Vladimir Tankovitch

Liens :

Clip de Never Look Back : https://www.youtube.com/watch?v=JfPgxekfm6Q

Clip de Frozen Smiles : https://www.youtube.com/watch?v=_c10OfFg1NU

Site du Psyrus Studio : http://www.psyrus-studio.com/