IMG_0215_webLes torches percent l’obscurité de leurs lumières tremblantes. Au centre de la foule, debout sur une caisse en bois, un homme encapuchonné hurle ses prêches à l’assistance.

– Mes frères ! En cette nuit de septembre, mages noirs et sorcières ont décidé de se réunir sur la colline du Divan du monde ! Cet emplacement sacré ne peut devenir un lieu de perdition à la gloire de Lucifer ! Leurs rites païens et leurs musiques démoniaques ne resteront pas impunis ! Nous nous devons de protéger la terre de ces chimères à l’apparence humaine ! Etes-vous prêt à me suivre ?

La foule hurle une approbation commune. Un sourire se dessine sur le visage de l’inquisiteur qui prend les devants de ses fidèles, prêt à faire régner la justice divine et à pourfendre ceux qui s’opposent au bien.

Witches

IMG_9861_webAprès quelques minutes de marches, ils arrivèrent à proximité de la colline. Ils peuvent observer un petit parterre de personnes regroupées autour d’un feu. De lourds sons parviennent à leurs oreilles. Devant les flammes dansantes, quatre silhouettes font leur apparition. Elles percent le silence nocturne par un Death/Thrash d’excellente facture. Le son est très bon. Chaque instruments trouvant parfaitement sa place à l’ouïe des quelques spectateurs venus se joindre à la première partie du rituel. Ce qui n’empêche par le quartet français, sobrement nommé Witches, de se donner à fond sur scène. Chaque musicien maitrise parfaitement son instrument et investi bien la scène. On sent que chacun d’eux possède de l’expérience et que la scène ne leur fait pas peur. Au contraire, ils semblent heureux d’être là et le public leur rend bien. La sorcière Sybille offre une très bonne performance vocale. Sa voix un peu rauque offre un chant de gorge agressif, totalement en adéquation avec la musique proposée par le combo, plongeant l’assistance dans un univers sombre et violent. De part et d’autres de la colline, de plus en plus d’adeptes de la magie noire se regroupent autours de leur musique. Malheureusement, leur prestation ne durera qu’une petite vingtaine de minutes qui passeront beaucoup trop vite, mais qui semblent laisser un public heureux de cette découverte. Les serviteurs du bien observent ce spectacle avec effroi. Les ombres dansantes de l’assemblée les effrayent. Leurs cœurs bat sous les assauts de la batterie. Ils se sentent oppressés par une force qui leur est inconnue. L’inquisiteur profite d’un moment de calme pour hurler ses ordres et remotiver ses troupes. Pourtant, leur progression semble plus lente alors que prennent place, sur la cime de la colline, les Londoniens du clan Divine Chaos.

Divine Chaos

IMG_0019_webBien déterminé à enfoncer la noirceur instaurée par Witches, le quintet anglais Divine Chaos propose lui aussi un Thrash à dominante Death Metal moderne plutôt sympathique, mais sans grande originalité. Le son est plutôt bon malgré une guitare solo un peu retrait et une basse un peu faible. Mais le tout est plutôt bien exécuté et le groupe motivé, à commencer par le chanteur qui se donne à fond sur scène. Pourtant, l’adhésion du public semble moins nette que pour Witches, ceci étant dû en particulier à des morceaux assez similaires, à un son peut-être un peu trop moderne et à une voix screamée pas totalement maitrisée. Le chanteur, utilisant majoritairement une technique de respiration par les poumons que par le ventre, semble s’épuiser à mesure que le set avance, l’obligeant à forcer sa voix. Ce qui fait un peu sortir le public de l’ambiance plus sombre et violente mise en place précédemment. Mais leurs prestation reste honorable et leur musique qui distille une ambiance assez noire n’empêche pas les rangs païens de grandir sur la colline. Le fond de l’air semble moins lourd pour les serviteurs de la lumière. Leur soir de feu purificateur semble quelque peu raviver.

– Mes frères ! Hurla l’inquisiteur. Les forces du malin sont tentantes et insidieuses. Ne vous laissez pas influencer. Luttez de toutes vos forces. Vos efforts seront récompensés ! La lumière divine purifiera les cœurs meurtris de ces païens à la solde de l’enfer. Les paroles de l’inquisiteur semblent redonner vie à la foi de ses fidèles qui reprennent leur avancée rédemptrice.

Vader

IMG_0117_webMais leur sang se fige à l’instant où quatre immenses masses s’installent à la place des Anglais. L’air semble devenir froid, et la vie quitter les lieux. L’aura noire, haineuse et imposante des Polonais de Vader envahit les adeptes ainsi que les rédempteurs. Mais alors que les serviteurs du bien se trouvent cloués sur place par tant d’obscurité malsaine, la foule venue en masse pour cette fin de rituel est déchainée. Juste par les premiers accords, les Polonais assoient leur statut de groupe culte du Death Metal. Le set, composé uniquement des morceaux des deux premiers albums (The Ultimate Incantation et De Profundis) est un concentré de brutalité et de colère haineuse. Leur prestation est maitrisée et brutale, au plus grand bonheur du public qui se lance dans une danse macabre composée de pogos, circle pits et slams. Aucun moment de répit n’est accordé par le groupe qui enchaine ses titres avec maestria, le tout servi par un son absolument parfait. La terre semble se dérober sous les riffs massifs. Les serviteurs de dieu restent figés devant ce spectacle. L’expérience et la notoriété des Polonais ne peuvent être remises en question dans cette prestation. Le quatuor maitrise la scène comme s’ils étaient chez eux. Piotr « Peter » Wiwczarek nous montre avec brio la maitrise parfaite qu’il a de sa voix en envoyant un growl d’outre-tombe avec une facilité absolument fascinante. La qualité musicale et la maitrise parfaite de son sujet par le groupe offre un moment d’extase au public qui se déchaine de plus en plus dans la fosse à mesure que le set avance. Le quartet impose sa suprématie sur la colline en cette froide nuit.

Venom Inc.

IMG_0159_webL’inquisiteur observe ce spectacle avec rage et dégout. Sa haine grandit en son cœur. Il cherche ses fidèles du regard, mais il est seul. Son sang se glace et il tombe à genoux sur le sol.

– Seigneur ! Ô dieu rédempteur ! Je t’en conjure, donne moi la force de combattre ces âmes damnées. Et de faire revenir toutes ses pauvres brebis égarées dans le droit chemin. Je t’en supplie !

À ces mots, il voit les quatre imposantes silhouettes s’éloigner. La lumière des flammes danse sur son visage.

– Merci ! Ô toi tout puissant d’avoir fait fuir ces démoniaques apparitions ! Je ferai régner ta justice !

Ses pas se font plus rapides vers le haut de la colline mais sa course est arrêtée par un violent coup de poing au visage. Au sol, il lève les yeux et aperçoit trois hommes qui le dévisage. Un sourire carnassier se dessine sur leurs IMG_0236_weblèvres. Ils saisirent l’inquisiteur et le jetèrent violemment au milieu de la foule qui hurla sa joie à la vue d’Abbadon, Demolition Man et Mantas. Les trois Anglais, tous anciens du culte Venom, se sont reformé sous la bannière Venom Inc.  Ici, point de riffs dévastateurs mais une plongée dans le Heavy Metal « à scandale » des années 80. Avec un set basé sur les albums classiques de Venom (Welcome To Hell, Black Metal, At War With Satan, Possessed et Prime Evil), le groupe déchaine le public venu en nombre applaudir ceux qui les ont tant fait rêver durant leur jeunesse. Chaque refrain est chanté en cœur par un parterre aux anges. Le son et là aussi irréprochable avec cette petite touche eighties très bienvenue. Le groupe tire totalement profit de son statut dit culte. Et malgré leur âge avancé, ils proposent une performance très intense, aidés par un public qui se donne corps et âme à leur musique. La voix de Demolition Man est très en place, totalement dans le style de ces années. Son jeu de basse est violent mais avec un vrai groove, appuyé par la performance d’Abbadon derrière ses futs. Quant à Mantas, il montre qu’il maitrise parfaitement sa six cordes mais sans jamais en faire trop. Ils sont heureux d’être là et le montre à leur public, communiquant avec lui non sans un plaisir non dissimulé. Et le public leur rend bien, continuant pogos et circles pendant toute la prestation pour faire honneur à ces grands noms de la scène. Les thèmes occultes utilisés par le groupe continuent à instaurer une ambiance sombre et malsaine en cette nuit.

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L’inquisiteur observe ce spectacle d’un regard horrifié et, ne pouvant plus supporter ce qu’il considère comme un immonde spectacle, il se lève.

– Soyez Maudits ! hurle-t-il.

Avant de se jeter au centre de brasier. Le rituel s’achève sur ses derniers cris.

Récit de Ludwig Cain

Photos de Eladan