WASHINGTON DEAD CATS-20151114-006Ce live report sera spécial. Le concert encore plus. Il y a moins de 24 heures, notre pays était frappé par l’attentat le plus meurtrier de son histoire. Paris meurtrie comme jamais. Pourtant, Freaks Factory, malgré les conseils des autorités, a refusé d’annuler la soirée. Les groupes Atomic Rotors et Washington Dead Cats sont venus de loin pour nous remettre du baume au cœur. Comme l’on pouvait s’y attendre, ce n’est pas la grande foule au CCO, bien que nous soyons finalement assez nombreux. Les spectateurs semblent vides, tristes, les émotions se lisent sur certains visages. Tout le monde dit qu’il va bien quand on se salue mais est-ce vrai ? Les musiciens auront fort à faire pour balayer cette morosité ambiante. Enfin, cette chronique est dédiée aux victimes, leur famille, leurs proches et encore plus à notre confrère Guillaume Decherf, fauché au Bataclan. Enfin, il est temps de parler musique. C’est parti.

DJ Vegas

La soirée débute avec DJ Vegas, une seule femme derrière ses platines. Des chansons rockab’ de toutes les époques sont passées, installant l’ambiance pour le reste de la soirée. Dans la salle, il y a encore très peu de monde, les quelques spectateurs restent immobiles à boire une bière en regardant DJ Vegas. Pour l’instant, ça ne décolle pas vraiment. Il y a plus d’animation au bar, c’est dire. Cela dit, il n’est pas évident d’ouvrir une soirée comme celle-ci.

Atomic Rotors

ATOMIC ROTORS-20151114-006C’est au tour de Atomic Rotors de monter sur les planches. Lorsque les Narbonnais-Montpelliérains entame le premier titre, l’ambiance dans la salle change du tout au tout. Le « Psychobilly Surf Garage » des sudistes provoque un déclic dans la tête des spectateurs. Beaucoup se mettent à danser ou au moins à gigoter puis les premiers pogos apparaissent. Le public comme le groupe ont débranché leur cerveau et s’éclatent. Le trio se donne à fond, le contrebassiste arpente la scène tandis que le chanteur-guitariste balance des riffs acérés accompagnés de sa voix éraillée. Le son est bon, net, puissant et le chant rapidement audible après quelques réglages sur la voix de Jeff Slim Bones (guitare-chant). Le set se déroule dans une énergie presque palpable. La communication avec les spectateurs est de mise et ces derniers ne se font pas prier pour réagir. Ça bouge bien dans le CCO. Il faut voir Jeff manier sa guitare comme si elle lui était greffée au corps depuis des années. Les notes fusent, les applaudissements aussi. Une surprise nous attend avec l’arrivée sur scène de Jessica, organisatrice, qui va nous démontrer on aisance à manier les flammes en les ingurgitant ou en les faisant danser sur ses avant-bras. Atomic Rotors se retire en ayant accompli un sacré concert et surtout, en faisant véritablement décoller la soirée.

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Washington Dead Cats

WASHINGTON DEAD CATS-20151114-002Pour les Parisiens de Washington Dead Cats, c’est un peu surréaliste de se retrouver devant nous. Mais comme ils le disent sur internet, le bruit est leur arme. Et bon sang, quel bruit ! Le concert démarre sur les chapeaux de roues. Mat Firehair, le chanteur, est à peine monté sur la scène qu’il se transforme en dynamo humaine. Rappelez-vous le déhanché de Elvis Presley, le flow de Brian Setzer et la fougue de Roger Daultrey puis mélangez tout ça… Ça donne Mat. Le bonhomme est presque à lui tout seul l’attraction du concert. Mais dire cela serait dédaigner le talent des autres musiciens, tous au taquet. Notamment le guitariste The Duke, armé d’une splendide Gretsch orangée semblable à celle utilisée par Brian Setzer, justement. Arborant une coupe de cheveux « banane », il excelle dans ses soli et le son si particulier de cette guitare nous rappelle les meilleurs disques des Stray Cats. Parlons également de la section cuivre, constituée d’une magnifique trompettiste dansant avec son instrument et d’un saxophoniste habillé comme Dr. Spock. Leurs interventions donnent une touche d’originalité bienvenue dans la musique du combo et apportent réellement quelque chose. Un peu comme les fameux Blues Brothers. Les morceaux sont tous enjoués, rapides et truffés de petites pépites auditives. Nous aurons quand même droit à une petite ballade avec Redhead Girl With A Blue Dress On, chantée avec une voix bluesy, feutrée. Excellent titre. Entre deux chansons, Mat ne manque pas de nous faire rire, nous taquiner et surtout de rendre un hommage aux victimes des attentats. Cet homme qui WASHINGTON DEAD CATS-20151114-008 vient d’une ville meurtrie et sous le choc est pourtant venu à Villeurbanne pour jouer avec son groupe. Voilà qui force le respect. On ne lâche rien, comme il nous le laisse comprendre avant de conclure par « C’est la musique qui sauvera nos âmes, pas le reste ». La musique reprend ses droits pour notre plus grand bonheur. Dans la fosse, les pogos sont de plus en plus fréquents et bourrins. Quelques couples dansent le Rock n’ Roll quand d’autres spectateurs fermement accrochés à la scène ne cessent d’encourager le groupe qui le lui rend bien. Mat ne cesse de sauter, au moins une fois par chanson. Le nouvel album est à l’honneur avec des titres percutants comme I Got To Get You et Oumamamama (une chanson parlant des motos comme la Norton Commando, dixit le vocaliste) donnant l’occasion au public de chanter avec le groupe. Notons la forte participation des spectateurs tout au long du concert. Cette fois, c’est certain : les cerveaux ont bel et bien été débranchés. Le Rockab’ fait son effet curatif. Mat tombera son pantalon pour dévoiler un slip léopard très classe qu’une spectatrice tentera de lui arracher, sans succès. Vous imaginez bien que c’est à la fois ravi et déçu que le public laisse partir les chats morts, même s’ils jouent encore deux chansons pour le rappel, juste avant le couvre-feu. Bon sang, que ça fait du bien tout ce bruit !

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Il fallait un concert exceptionnel pour nous faire oublier ce cauchemar. Deux groupes y sont parvenus en quelques heures. Une prestation haute en couleurs de la part de Atomic Rotors et Washington Dead Cats qui nous a fait bouger et gueuler. Le CCO a vibré comme rarement. Un grand merci à eux et à Freaks Factory qui nous a permis de vivre tout ça.

Kouni

à Guillaume, aux victimes et à leurs proches