Nos hommages à Lemmy Kilmister

Posté le : 31 décembre 2015 par dans la catégorie Edito
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Motörhead Sonisphere 2013Nous ne pouvions le laisser partir comme ça, sans dire un mot sur lui. Mais que dire lorsque tout a déjà été dit ? Nous n’allons pas refaire sa biographie ou vous parler de ses albums, vous les connaissez déjà. Alors nous allons simplement vous dire ce que nous ressentons envers Lemmy Kilmister, ce roc inébranlabre que nous aimions croire immortel. Mais nul ne l’est. Ce 28 décembre 2015, une nouvelle étoile scintillera dans le ciel noir. Pas n’importe laquelle. Elle sera facile à repérer parmi les constellations, c’est celle qui brillera le plus fort. À toi Lemmy et à vous chers lecteurs, voici nos témoignages, écrits par Mike et votre serviteur.

Motörhead Sonisphere 2013

Plutôt que d’écrire un hommage classique à Lemmy Kilmister, je vais vous raconter mon expérience personnelle avec Motörhead. Pourquoi vous raconter ma vie ? Parce qu’il est inutile de refaire la biographie de cet homme, à vous chères lectrices et chers lecteurs qui avez certainement déjà tout lu sur lui, que ce soit ses interviews dans les différents magazines et journaux ou même sa biographie officielle, La fièvre de la ligne blanche, éditée par Camion blanc il y a déjà quelques années de ça. C’est d’ailleurs un livre que je vous conseille très fortement si vous ne l’avez pas encore lu.

Ma première confrontation avec le groupe eut lieu par hasard il y a maintenant plus de dix ans. Mon frère travaillait alors à la radio parisienne Aligre FM, une station de radio associative désormais moribonde mais qui fut à l’époque la première radio à inviter Crucified Barbara, alors inconnues en France et en pleine promotion de leur premier album, à interpréter un live acoustique en direct. Mon frangin disposait alors de nombreux skeuds promotionnels qu’il me ramenait parfois. C’est alors que je pris possession de l’un d’eux, le concert de Motörhead, Everything Louder Than Everyone Else, enregistré à Hamburg en 1999. Immédiatement, ce fut la claque auditive. Un son lourd, gras et puissant, une performance démarrée sur les chapeaux de roues avec Iron Fist puis la succession d’excellents titres comme On Your Feet On Your Knees, No Class, The Chase Is Better Than The Catch et tant d’autres. Il me manquait toutefois le deuxième CD, là où se trouvaient les grands classiques mais qu’importe, j’adorais ce groupe dès cette première écoute.

Lemmy 2Etant encore étudiant à cette époque, je ne pouvais me procurer les albums du Bombardier, d’autant que l’argent de poche octroyé me servit à acquérir la discographie d’AC/DC, nouvellement rééditée par Sony, au compte-gouttes. Chaque chose en son temps, n’est ce pas ? Enfin, étant abonné au magazine Rock Hard, je reçus avec le numéro de juillet 2005 (il me semble) le Cd promo où se trouvait un autre titre live du trio : In The Name Of Tragedy. Nouvelle claque dans la tronche. Avant cela, un autre extrait promo diffusé par Hard n’ Heavy, Brave New World, me certifiait que ce groupe avait des choses à dire et de belle manière.

Cette musique m’attirait de plus en plus puis ce fut avec ma première paye que je céda aux sirènes de la légende. Sans hésiter, je me rendis au disquaire de Bourgoin-Jallieu (Starter) et acheta pas moins de deux albums d’un coup : Ace Of Spades et Bomber. Ensuite, ce fut la pente fatale, il me fallait les autres productions du groupe. Overkill, On Parole, Iron Fist, Overnight Sensation, Another Perfect Day, Rock n’ Roll, Inferno (qui venait de sortir à ce moment-là), le live Better Motörhead Than Dead Live At Hammersmith (qui reste l’un de mes petits favoris)… Bref, ça y est, comme pour AC/DC auparavant, j’étais devenu un acheteur compulsif dès qu’il s’agissait de Motörhead.

Depuis, j’attendais avec impatience chaque nouvel album, au point d’en racheter certains en format vinyle. Un collectionneur, je vous dis. Après la musique, vint la passion pour le sieur Kilmister. Il faut dire qu’il est sacrément charismatique avec son accoutrement et ses favoris. Et puis ce son de basse, bon dieu ! Même son instrument reflète ce qu’il est. Etant bassiste, je ne pouvais pas passer à côté de son jeu, saturé à mort avec une pointe d’overdrive et appliquant une technique de jeu proche de la guitare. Unique. Même Steve Harris, mon premier mentor spirituel, passa au second plan. Il faut dire qu’après des années d’écoute de Heavy Metal britannique, j’avais besoin de revenir à un son plus brut, plus crade et couillu. En cela, Motörhead était parfait.

Lemmy 3Donc, après les Cds, les mags et l’étude du son, que vient-il ? Les fringues pardi ! Là aussi, mon portefeuille a souffert. D’abord avec un sweat à capuche puis surtout une veste sans manches en jean que j’utilise dès que je vais en festival, que ce soit en spectateur ou pour le boulot. Car oui, la veste Motörhead est parfaite pour supporter dix kilos de matériel photo sur toute une journée, qu’on se le dise ! Au fil du temps, Motörhead s’incrustait de plus en plus dans ma vie. Que ce soit la musique (je ne passe jamais une semaine sans écouter au moins un album en entier), les sapes ou la philosophie du grand Lemmy. Car ce bonhomme, comme vous le savez certainement, était loin d’être stupide et avait une vision très précise et critique sur la société. Surtout que le gaillard, si vous avez lu son livre, a bouffé de la galère plus que de raison. Il savait de quoi il parlait quand il s’agit de crever la dalle, dormir dans des squats insalubres ou d’avoir à faire avec des sales types prêts à tout pour vous piquer votre pognon. Et je ne parle pas de tous ses potes tués par la dope.

Là où j’étais un peu complexé par rapport à lui, c’était à cause de son rapport avec les femmes. Bon sang, coucher avec plus de mille femmes, comment est-ce possible ? Comment a t’il fait ?! Et déjà, est-ce bien vrai ? Loin de moi l’idée de mettre en doute Lemmy sur ce sujet (je n’aurais jamais osé lui dire ça en face, faut pas déconner non plus) mais quand même… Je crois que ce qui me fascinait par dessus tout, c’est que ce type a survécu là où beaucoup ont fini six pieds sous terre. Je veux parler de la consommation excessive d’alcools forts et de drogues dures. Sacré mec, tout de même. S’enfiler de telles doses d’amphétamines, d’acides et de speed pendant tout ce temps et être encore lucide et debout sur ses jambes. J’en connais qui mangent les pissenlits par la racine depuis un bail après avoir suivi un tiers de ce régime amincissant. Bref, je m’égare, revenons-en à mon expérience.

En tant que reporter pour Sons Of Metal, j’étais bien amené un jour à le photographier sur scène ! D’abord, en 2010, alors que j’étais encore un employé de bureau, je partis avec mon chef Daniel Gimenez (devenu un pote de zik et d’apéro) et des amis à lui à Zurick pour le Sonisphere. Motörhead s’y produisait pour promouvoir Motörizer qui n’allait pas tarder à sortir en bacs. Première expérience live et ce fut un immense plaisir qui fit oublier la boue excessivement présente sur le site.

Enfin, le grand jour arriva en juillet 2013, pour le Sonisphere à Amnéville. Cette fois, je suis photographe pour ce webzine et prêt à ajouter à mon portfolio l’un de mes héros. Le concert débute et une fois la première vague de photographes passée, c’est à mon tour d’y aller. L’humble photographe que je suis laissa sa place au fan pendant quelques secondes mais il faut me reprendre, je n’ai qu’une chanson pour faire mon travail. Je m’installe pile en face de Lemmy, secoué par les vibrations de la sono. Mon thorax tremble sous les coups de la Rickenbacker 4001 du chef, amplifiée par le Murder One derrière lui et les retours qui crachent tout ce qu’ils peuvent. Je m’immobilise, me concentre et déclenche l’obturateur de mon Nikon. Une seule prise et elle est bonne. J’ai enfin MON cliché de Lemmy Kilmister en personne ! Pour l’instant, cette photo n’est qu’à moi, personne d’autre ne l’a encore vue. Mais une fois rentré du festival et la photo retraitée, c’est vous, chers lecteurs, qui avez pu la découvrir et vous l’approprier. Aujourd’hui, je ressors cet instantané de mes archives pour vous en faire profiter à nouveau (en introduction de ce texte).

Lemmy 6

Toutes les photographies du monde ne sont qu’un témoignage fugace d’un temps révolu du moment où elles sont prises. Désormais, avec le décès de Lemmy, je me rend compte à quel point c’est vrai. Ian Fraser et par conséquent Motörhead, ne sont plus. Ils furent. J’ai l’impression qu’il manque quelque chose. D’autres photos du groupe ? Oui, certainement, mais quel intérêt ? Le bassiste n’est plus là, le groupe va mettre un terme à son existence. Voilà ce qu’il manque. Tout simplement. Nous ne pourrons écouter les chansons qu’ils avaient imaginé. Nous ne pourrons plus voir le bombardier en acier se balancer au-dessus de la scène. Nous n’aurons plus d’otite après un de leur concert. Nous ne serons plus aphone après avoir hurlé « Ace Of Spades » ou « Dr Rock ». Un seul être vous manque et tout est dépeuplé, disait Lamartine. Le poète avait raison, semble t’il. J’ai la désagréable impression d’avoir perdu un membre de ma famille.

J’écoute à nouveau mes disques mais la sensation n’est plus la même. Je prend ma Fender Jazzbass et joue Bomber mais rien n’y fait, je joue comme un manche aujourd’hui (note : les mauvaises blagues sur les bassistes sont illégales). Ça reviendra mais il faut du temps. Voilà, c’est à peu près tout. Une page se tourne et celle-ci se termine enfin. Un pionnier nous a quitté, un groupe phare n’est plus en activité. Sale effet, en vérité. Un jour peut-être, une formation prendra la relève mais ça ne sera pas pareil. Cela ne peut pas. Ça ne se résume pas à de la musique, c’est avant tout une histoire humaine. Un être humain plus bagarreur que les autres avait réussi son pari et taillé sa route contre vents et marées. Un modèle. Une inspiration, à l’image de sa phrase : Born to loose, live to win. C’est très vrai et honnête, surtout de la part d’un homme qui s’est battu jusqu’au bout, foulant les planches alors que la santé n’allait pas. Chapeau bas !

Au revoir Lemmy, et merci.

Kouni

Lemmy basse

C’est avec un esprit confus que j’écris ces quelques lignes, aidé par la voix éraillée de notre tonton à tous afin d’évacuer cette tristesse qui m’envahit. La planète Rock, sous toutes ses formes, s’est réveillée avec une terrible gueule de bois au lendemain du 28 décembre 2015. Ian Fraser, alias « Lemmy Kilmister », charismatique chanteur/ bassiste du groupe Motörhead a tiré sa révérence à 70 ans ! Tout individu s’intéressant au Rock connait Motörhead. Ce célèbre groupe qui jouait du Rock « trop fort », groupe qui a influencé des milliers de musiciens et de metalheads et qui fut même, à ses débuts, taxé de « plus mauvais groupe du monde ».

Lemmy 5Lemmy, que certains d’entre nous appelaient « Tonton », était connu pour ses nombreux excès (drogues, alcool, sexe..) mais pas seulement. Il était le chanteur et bassiste de Motörhead, un trio qui laissera une empreinte indélébile dans le monde de la musique. Ces derniers mois, nous savions que tonton n’était pas au mieux de sa forme mais beaucoup d’entre nous se disaient que Lemmy était increvable et qu’il va revenir au top ». Malheureusement, cette saloperie de crabe l’a emporté. La vie nous a enlevé ce pur rockeur. Rock, Metal, Punk, Hardcore… Il arrivait à faire l’unanimité dans chacun de ces registres du fait de son attitude, de ses créations musicales et de sa longévité.

Son départ nous attriste tous mais nous continuerons à écouter Motörhead encore plus fort car c’est « trop fort » que Motörhead s’écoute ! Merci Lemmy pour tout ce que tu as apporté. Tu rejoint maintenant tes potes Jimi, Bon, Ronnie et une de tes idoles, Elvis, pour des soirées endiablées, je l’imagine. Tu nous excuseras, tonton, mais nous restons encore pour foutre un beau bordel comme tu l’aimais. Merci à Motörhead pour nous avoir fait headbanger et vibrer. Comme disait Tonton : Born To Lose Live To Win ! YOU are Motörhead and YOU play Rock And Roll !!! Lemmy était une icône, il est maintenant une légende.

Mike