Iron Maiden – The Book Of Souls

Posté le : 20 janvier 2016 par dans la catégorie Chroniques
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Chers lecteurs, je cite souvent ce groupe en référence dans bon nombre de chroniques pour avoir envie de donner mon avis sur leur dernière production nommée The Book Of Souls. Cet album était attendu après un paquet d’années de patience, la maladie de Bruce Dickinson et un The Final Frontier (2011) qui n’avait pas emballé les foules. La vierge de fer marqua toutefois plus franchement un certain virage en délaissant l’aspect direct que portaient les titres majeurs des années 1980 pour se concentrer sur des morceaux plus longs et techniques. Il est vrai que depuis The Rime Of The Ancien Mariner, puis Fear Of The Dark, des mid-tempo remarquables avaient déjà parsemé le chemin des Londoniens.

Genre : Heavy Metal - Sortie : 4 septembre 2015

Genre : Heavy Metal – Sortie : 4 septembre 2015

Ce nouvel opus de la saga va pousser cette direction comme jamais auparavant. Bruce va nous offrir notamment en guise de final une pièce montée de près de vingt minutes et un seul titre n’atteindra pas les cinq minutes (à deux secondes près). Le livre des âmes se présente comme toujours dans un magnifique packaging, le groupe montre par là qu’il prend ses suiveurs au sérieux, ainsi que les nombreux Die Hard Fans à l’esprit collectionneur. Un superbe emballage, des dessins aux traits précis, les paroles intégrales, le tout dans un format livre cartonné du plus bel effet. Etant donné qu’Iron Maiden fait partie des maîtres du genre, on en attend toujours forcément plus que pour d’autres groupes. Voyons à présent si, au niveau musical, ils ont aussi bien honoré leur réputation.

In Eternity Should Fail, composition de Bruce seul, débute dans la musique ambiante avec une présence importante des synthés. L’ancien escrimeur laisse sa voix résonner avant que l’équipe distille tous les ingrédients habituels de Maiden : une section rythmique de haut niveau avec cette basse galopante, un frontman en verve doté d’une grande puissance vocale, des guitares très mélodiques et techniques, particulièrement dans les soli. La nouveauté principale de IESF va consister à jouer pour la première fois en Drop D Tuning (accordage de la corde grave des guitares en Ré au lieu de Mi). La différence ne s’en ressent pas trop, à mon sens le souci de ce premier titre, c’est qu’il ne claque pas assez fort pour une mise en bouche. Sonnant légèrement trop entendu, le moment de frissons viendra après cinq minutes par l’intermédiaire d’un roulement de toms de Nico McBrain et d’un petit solo de basse auquel succéderont ceux des guitares.

Le vrai démarrage destiné à éclater la stratosphère intervient quant à lui par le maître des riffs Mr Adrian Smith qui propulse l’auditeur dans les cordes avec son Speed Of Light. Ses compères l’accompagneront avec puissance pour cette tranche coupante et bienvenue. Bruce nous offrira aussi une montée énergique dans un refrain qui reste collé au fond du crâne assez rapidement. The Great Unknown démarre par un arpège léger qui surplombe une basse mélodique au son chaud. La suite sera plus Heavy après un déboulement progressif de la batterie. Un morceau qui rappellera Fear Of The Dark dans sa construction. Les soli se montrent encore une fois dignes d’un baiser d’Aphrodite, les trois six-cordistes vont trouver leur place sans qu’aucun ne tienne la bougie pour les deux autres. The Red And The Black sera l’espoir déchu de cet album. L’intro à la basse se montre hyper jouissive mais le titre aurait mérité un contenu moins répétitif pour la suite que je saute quasiment à chaque écoute. L’archer Steve Harris a pour une fois raté sa cible, ça arrive même aux meilleurs.

When The River Runs Deep retourne heureusement vers plus d’originalité même s’il ne reste pas trop en mémoire en comparaison d’autres morceaux de ce Book Of Souls. Nous terminons le premier disque avec le titre éponyme qui débute en acoustique très léger. Rythmique mid-tempo, c’est plutôt de la lourdeur qui en ressort. Les claviers font leur retour en apportant un support plus léger en arrière fond. Le morceau s’accélère brutalement en son milieu comme rampe de lancement des virtuoses du manche. La fin prend une atmosphère légèrement épique avec un Bruce haut perché dans ses lignes vocales.

Une première partie dégustée comme du foie gras en entrée mais le meilleur reste pourtant à venir. Je conseille à tous ceux qui n’auraient pas encore écouté ce nouveau Maiden de se ménager une mi-temps avant d’attaquer la suite. Death Of Glory ne fera pas de cadeau et nous retrouvons avec plaisir un morceau plus direct, droit dans la tronche. La puissance vocale de Bruce se trouve portée comme un surfeur sur une vague du Pacifique, assurément l’un de ceux qui se retrouvera lors des prestations live. Shadows Of The Valley réjouira forcément les fans de la première heure, son riff majeur épousant la même structure que Hallowed Be Thy Name, on pourrait toutefois lui reprocher un certain recyclage. Oui, je suis exigeant avec les fans des Hammers (club de football de West Ham, à Londres) mais je pense que, parfois, ils cèdent un peu à la facilité.

Tears Of A Clown se joue sur un rythme power ballade mais ce qui la rend intéressante est son thème. Hommage à Robin Williams, décédé en 2015, c’est une composition pleine d’émotion pour un acteur remarquable mais malheureux dans sa vie personnelle. The Man Of Sorrows se révèle pour moi comme le petit bijou de cet album. Dave Murray nous avait habitué à ses compositions plus rares mais qui font mouche presque à chaque fois lorsqu’il s’en mêle. Par ailleurs, ce qui rend ce titre très bien construit est que Bruce débute assez bas dans sa ligne vocale. Je trouve que c’est une tessiture qui lui correspond bien quand il n’est pas obligé de tirer sur les cordes dès le départ. L’introduction part d’un magnifique arpège et un solo qui cherche plus le cœur que les tripes, une certaine plénitude se dégage de ce morceau. Cela dit, ce n’est pas fini.

Un chapitre entier serait nécessaire s’il fallait entrer dans les détails d’Empire Of The Clouds, morceau qui conte l’histoire du dirigeable britannique R101 qui s’écrasa en 1930 dans la région de Beauvais. On sent Bruce le pilote imprégné par cette aventure qui débute par une mélodie au piano. Il y a ensuite tellement de couches différentes qui se succèdent, ce morceau devient si riche que, vraiment, nous dénichons là l’œuvre majeure de Dickinson. Destiné d’abord à un futur album solo, EOTC se retrouve là par le fait que le groupe ait souhaité composer et enregistrer directement en studio afin d’éviter les fuites. Pris dans un temps très court, Bruce avait dans ses cartons le titre introductif de l’album et cette symphonie. Idée inspirée de l’intégrer. Nous y ressentons tous les remous de cet engin volant géant, autant les instants de plénitude que le crash final qui débute vers sept minutes de son par une accélération progressive du rythme. Presque vingt minutes de plaisir que je recommande d’écouter isolément afin de profiter de toutes les nuances.

Au final, ce seizième opus, produit d’une main de maître par Kevin Shirley et enregistré dans les environs de Paris au studio Guillaume-Tell, se révèle de très bonne facture. Il s’en dégage un air spontané tout en étant profondément travaillé au niveau des arrangements. Là où Iron Maiden a évolué, c’est que ce nouvel opus développe un aspect plus progressif qu’auparavant. Les titres sont longs et il faut plusieurs écoutes pour bien digérer The Book Of Souls. L’audition de tout l’album d’une seule traite n’est pas franchement conseillée non plus. Si je devais me risquer à un classement des albums de Maiden depuis la réunion du line-up actuel en 1999, j’aurais quelques difficultés à placer ce nouveau produit avant ou après les très bons Brave New World (2000) et A Matter Of Life And Death (2006). Tout dépend de l’état d’esprit du moment, si le besoin d’un aspect direct prend le pas sur des constructions plus techniques ou l’inverse.

En tout état de cause, la vierge de fer est toujours vivante et bien debout. Son chanteur nous offre même le titre qui restera dans la mémoire des fans lorsqu’il devra tirer sa révérence (qu’on espère le plus tard possible). Cela nous promet en tous cas de belles choses pour son prochain album solo, et de nombreux admirateurs sont prêts à se jeter sur les billets des concerts de Maiden qui seront mis en vente dans les prochains mois.

Khaos

Tracklist :

Disque 1

  1. If Eternity Should Fail
  2. Speed Of Light
  3. The Great Unknown
  4. The Red And The Black
  5. When The River Runs Deep
  6. The Book Of Souls

Disque 2

  1. Death Or Glory
  2. Shadows Of The Valley
  3. Tears Of A Clown
  4. The Man Of Sorrows
  5. Empire Of The Clouds

Liens :

Site Internet : http://www.ironmaiden.com/

Page Facebook : https://www.facebook.com/ironmaiden/?fref=ts

Clip de Speed Of Light : https://www.youtube.com/watch?v=-F7A24f6gNc