Clawed Forehead – My Domain

Posté le : 01 mars 2016 par dans la catégorie Chroniques
Tags: ,

Aujourd’hui, nous allons nous intéresser à un groupe musicalement atypique qui, en plus, n’existe plus sous le nom inscrit ci-dessus. Ne vous laissons pas dans l’embarras plus longtemps et expliquons de quoi il en retourne. Clawed Forehead naquit à Brno (République tchèque) en 2006. Inspirés par Apocalytica, trois musiciens aguerris dans la musique classique décident de créer un groupe : Clawed Forehead. Ils commencent par ne faire que des reprises « à leur sauce » de morceaux classiques ou plus Rock. Ils n’en restent cependant pas là et créent leurs propres compositions assez rapidement. Un premier EP nommé At The End Of Spring voit le jour en 2007, celui-ci ainsi que l’album suivant sont d’ailleurs téléchargeables gratuitement sur leur site. Malheureusement, l’aventure ne dure pas très longtemps car, au fil des instabilités de line-up, les initiateurs décident de stopper l’aventure.

Genre : Rock alternatif - Sortie : février 2015

Genre : Rock alternatif – Sortie : février 2015

Quelques années plus tard, en 2010, les violoncellistes Michal Tuček et Lukáš Mareček décident de faire renaitre leur groupe de ses cendres en s’adjoignant les services de la violoniste Dominika Pavliňáková et de la contrebassiste Lenka Barotková. Ils sont ensuite rejoins pas le batteur Jakub Špiřík et se mettent à la composition de nouveaux morceaux. De cette équipe nait le deuxième album nommé The Promise Of Morrow. Ensuite, je passerai outre les remaniements de chanteuses mais c’est Tereza Malá qui s’impose au final et que nous entendrons dans My Domain. Le parcours est visiblement semé d’embuches puisqu’ils doivent attendre 2015 pour sortir ce nouvel opus (dont un single était paru en 2013) mais sachez que celui-ci a laissé des traces dans les esprits puisque le groupe a de nouveau splitté. Dans un message datant de juin dernier, ils annoncent le départ de la chanteuse et de la contrebassiste. Ils intègrent un nouveau chanteur, iranien (alors qu’ils sont tous Tchèques ou Slovaques), nommé Soheil Shadloo. Instables mais productifs, ils sortent dans les mois suivants un EP, All The Things Left Behind, avant de connaître de nouvelles séparations avec le départ de Lukas, l’un des violoncellistes à l’origine du groupe et du batteur. Il s’avère que ce sont les deux compositeurs signalés de l’album que je vais vous présenter. Depuis juin 2015, les survivants se renomment The Entropies. Ils prévoient un single prochainement afin de valider cela par du concret. En attendant, voyons ce que donne le baroud d’honneur de ces chics tchèques.

Passons à la musique, il sera tout autant difficile de classer Clawed Forehead dans un style particulier. Nous pouvons toutefois détecter des passages inspirés par Apocalyptica, notamment sur les titres instrumentaux mais je dirais en moins Metal que les Finlandais. Ceux parmi les lecteurs qui écoutent la radio dans leur voiture entreverront aussi des petits airs de Louise Attaque par l’intermédiaire du violon joué parfois aussi en cordes pincées. La batterie n’est pas du tout en mode « Metal », pas de marteau-piqueur ici mais plutôt des petites touches à l’image d’un batteur de jazz. Soulignons enfin que la promotion de cet album est assurée par le label slovaque Metal Age.

Donnons déjà des éléments sur la production de cet album. On sent le travail appliqué mais visiblement, le matos d’enregistrement ne doit pas être le tout dernier cri des studios modernes. Le résultat ne sonne pas trop mal dans l’ensemble mais on a cette impression d’un groupe qui s’est enregistré un peu « à nu » dans sa salle habituelle de répétition. Passé cela, l’album se révèle vraiment intéressant, original et très bien construit. Nous sentons des musiciens qui connaissent le solfège et la construction des mélodies, qui ont acquis une certaine expérience dans le domaine. Le premier titre éponyme sonne déjà très agréable, la voix reste douce et lisse pendant que les cordes alternent le jeu frotté et pincé. C’est ce qui rend ce premier titre intéressant mais je pense qu’il aurait eu une meilleure place plus loin dans l’album car il reste assez calme. Ce qui étonne assez lorsqu’on écoute attentivement un violoncelle, c’est que selon la façon de jouer, la sonorité peut se rapprocher des guitares électriques et aboutir à un genre de saturation du son naturellement. Ce n’est pas le cas du violon qui reste dans des ambiances aériennes et légères. La contrebasse quant à elle apporte toute la profondeur par ses vrombissements. Enchainons sur Nicim, chanté en tchèque, et ça passe plutôt bien. Là, nous retrouvons une introduction inspirée par Apocalyptica, c’est tout à fait dans la filiation. Cela dit, le premier moment de vrai décollage vers un ciel encore plus lumineux se révèle pour moi l’instrumental Inferno. Le jeu entre les différents instruments prend aux tripes, la contrebasse passe la couche de bitume, les violoncelles jouent les bolides sur la route et le violon voltige tel un aéroplane qui survole tout cela. Le son crisse légèrement tordu, proche d’une certaine distorsion avec cette basse qui sonne presque comme un didgeridoo. Oui, c’est assez surprenant, écoutez à l’occasion.

L’enchainement avec Natural Order est superbement lancé, on tombe dans une atmosphère lente et assez mélancolique. La voix de Tereza se montre encore mieux maîtrisée ici que sur les titres précédents et le batteur montre un jeu fin et précis. Autre titre instrumental, autre bijou, et c’est Harrowing qui inflige cette deuxième gifle. Encore cette déformation sonore qui me fait penser à du post-quelque chose, Rock ou Metal, enfin on touche une limite. On garde cette impression de cris d’oiseaux, sans savoir précisément lesquels. Ou encore une folie créatrice, à l’image du peintre qui va jeter tout un tas de coups de pinceaux à toute vitesse sur une toile blanche pour en sortir un radieux tableau. On change d’ambiance, on écoute les mélodies et on se laisse aisément porter. Les amateurs des géniaux finlandais importateurs du violoncelle dans le Metal apprécieront. Je terminerai cette chronique en citant le léger son de flûte dans Dead City et le très différent titre final Phlegmatic State. Dans ce dernier morceau, guitares acoustiques en mode hispaniques changent totalement l’ambiance entendue jusqu’alors pendant que le violon ne vient qu’effleurer les oreilles comme une plume vers la fin. Tereza y réussit aussi sa prestation vocale la plus convaincante.

Pour conclure cette écoute de Clawed Forehead, je reste sur l’impression d’un groupe qui a montré beaucoup de qualités mais de manière diffuse. Ces tchèques ne sont assurément pas en bois. Les deux titres instrumentaux composés par Lukáš Mareček sont ceux qui m’ont le plus atteint. Il n’est plus dans le groupe mais s’il lit cette chronique avec l’aide de google traduction, je l’encourage à ne nous faire qu’un album de titres instrumentaux comme ceux-ci. J’en serai un promoteur inconditionnel. Pour le reste, les autres morceaux composés par Jakub (le batteur) restent très convaincants et avec une production plus propre, il a également des arguments à faire valoir dans ses futurs projets. La chanteuse Tereza montre de belles capacités mais je pense que dans un style plus calme que du Rock ou affiliés, elle aurait une place plus conforme à sa voix de conteuse. Sans ironie, peut-être la future Carla Bruni tchèque. Enfin, nous suivrons les derniers survivants Michal et Gabriela dans The Entropies qui sera assurément différent, très différent même avec l’arrivée de Soheil en tant que chanteur (masculin).

Khaos

Tracklist :
01. My Domain
02. Nicim
03. Sounds Of Silence
04. Inferno
05. Natural Order
06. Falcon
07. Solitude
08. Dead City
09. Harrowing
10. Awakening
11. Phlegmatic State

Liens :
Site Internet : http://clawedforehead.com/
Page Facebook : https://www.facebook.com/clawedforehead/

Ecouter Falcon sur Youtube : https://www.youtube.com/watch?v=VOZNtxeCJ9g