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Il n’y a pas à dire, quand il s’agit de faire « le plus » et d’en mettre plein les yeux à leurs fans, certains groupes rivalisent d’imagination. Il y a les grands voyageurs comme Iron Maiden qui font le tour du monde avec leur Boeing 757, l’Ed Force One, et Metallica qui a été le premier groupe à faire une tournée sur cinq continents dont une date en Antarctique devant une vingtaine de chercheurs pour accéder au précieux Guinness World Records. Et puis, il y a les Dream Theater avec un John Petrucci qui s’est très logiquement dit : « Hey, on va composer un double album, ce sera un Opéra Rock et même qu’on va aller le jouer en entier dans les plus belles salles du monde avec une scénographie et tout ! ». Ce à quoi les autres membres du groupe et le management ont sans doute répondu avec un « Ah ouais ! Trop bien ! », étant donné qu’on se retrouve avec un double album, The Astonishing, et une tournée pas comme les autres.

Et oui, car c’est au Palais des Congrès que les Américains nous reçoivent pendant deux jours. Oui, LE Palais des congrès de Paris. Deux dates dans le grand amphithéâtre de plus de 3 700 places assises. Alors déjà, il faut avoir les balloches de proposer ce genre de spectacle, pardonnez-moi l’expression, mais en plus réussir à faire quasiment deux dates sold out, ce n’est franchement pas mal ! Alors, le temps de faire entrer tout le monde et de se faire placer par le personnel de la salle et on y va !

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Entamons ce report par un point important, vous l’aurez sans doute compris dans l’introduction – oui, ce petit pavé juste au-dessus du paragraphe que vous êtes en train de lire – ceci n’est pas un concert comme les autres. Déjà parce que l’on n’aura guère l’occasion de se servir de notre échelle de kiffomètre – c’est-à-dire le nombre de pogos, wall-of-death et autres slams pendant le concert – étant donné que l’ensemble de l’assistance est assise mais aussi car tout est orienté sur l’expérience live. Déjà, nous avons été fortement invités à éteindre nos portables avant même l’entrée dans la salle mais nous avons aussi eu des rappels pour ne pas filmer ou photographier le concert avant que celui-ci ne commence. Et même si certains auront du mal à respecter la consigne (les moins discrets pendant le concert seront rappelés à l’ordre par le personnel de la salle), il n’y a pas à tergiverser, ça fait du bien d’être dans une salle où les gens vivent le concert et où l’on a pas une nuée d’écrans levés de partout. Et ça, c’est déjà un peu de la magie Disney Theater… heu Dream Theater. Non parce que, on ne va pas se mentir, si vous n’êtes pas à fond dans la musique du groupe, The Astonishing reste un album très « Disney-like » qui peut paraître nian-nian. Et son interprétation en live n’est pas non plus délirante, les musiciens sont assez statiques et paraissent minuscules sur cette scène immense (Wikipedia nous annonce près de 600 m², quand même). Mais ce n’est pas là que réside cette expérience du live dont je vous parlais plus tôt. Non, c’est avant tout dans un show parfaitement maitrisé aux sonorités parfaites. Tout est millimétré, callé et magnifiquement rendu dans la sonorisation. Rien que cet aspect, pour un groupe qui nous livre quand même une musique sur laquelle moult ingénieurs du son se casseraient les dents, est déjà magnifique. Tout est clair, audible et distinct. Le son a une telle ampleur qu’on en oublie presque qu’on a un John Petrucci ou un Jordan Rudess sur scène. Enfin presque car des musiciens comme ça, même statiques sur scène, ça envoie et leur facilité d’exécution sur des riffs taillés quasiment aléatoirement est tout de même hallucinante.

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Et surtout, il y a cette animation lumineuse pour nous raconter l’histoire. C’est là que l’on tombe dans le panneau, on est venu voir un Disney avec de grosses guitares pour nous raconter l’histoire d’un musicien à l’ère où toute la musique est réalisée par des drones – de drôles de petites boules qui font de la musique électronique – et pendant que notre fierté de métalleux est restée au comptoir à siroter une bière en attendant qu’on sorte de la salle, on kiffe ça ! Même si, restons sérieux deux minutes, c’est franchement joli ces dessins en arrière-plan mais ça manque quand même d’un élément, des sous-titres par exemple, si l’on veut comprendre l’histoire. On reste quand même sur un concert avec un seul chanteur et l’on peut donc difficilement comprendre l’histoire mis à part si l’on a appris le livret par cœur, ou que l’on ai acheté celui-ci à l’entrée de la salle. Malgré la beauté de l’objet, j’ai un doute quant à la possibilité de suivre le show en même temps et l’on se retrouve donc devant une œuvre guère plus compréhensible qu’un opéra allemand. Mais au final, qu’est-ce qui fait la réputation des opéras ? C’est avant tout que c’est de la belle musique qui arrive à rendre les gens admiratifs et, ce soir, c’est un pari réussi pour le Dream Theater qui a réussi à nous faire voyager pendant plus de deux heures (avec entracte quand même) sans quitter nos sièges à l’exception des ovations.

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Un spectacle qui scotche de par son emprise sur notre imaginaire, voilà ce que l’on pourra retenir de cette soirée. Dream Theater a réussi à faire son grand show, épaulé par Live Art Factory et Caramba Spectacles ainsi que des conditions ultimes de son, lumière et projections. Nous espérons que le groupe profitera d’une des dates pour nous sortir un DVD car c’est un concert qui, même s’il n’est pas exempt de défauts, vaut largement le coup d’être vu et revu pour en apprécier tous les détails !

Eladan

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