Interview : Zaher Zorgati, chanteur du groupe Myrath

Posté le : 11 mars 2016 par dans la catégorie Interviews
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Myrath

Sons Of Metal : Bonjour Zaher, peux-tu te présenter ainsi que le groupe ?

Zaher : Je suis Zaher, le vocaliste de Myrath. J’ai rejoins le groupe en 2007. Maintenant, j’en suis le frontman.

Quand tu es arrivé, comment ça s’est passé ?

J’étais dans un autre groupe en Tunisie qui s’appelait Pyraniah. Ensuite, j’en suis sorti car j’avais quelques engagements personnels. J’avais prévu de continuer mes études à Dubaï où j’avais des cousins qui y vivaient. Lors du dernier concert avec Pyraniah, les mecs de Myrath sont venus. Ils m’ont vu et m’ont ensuite contacté. Ils sont de Tunis et j’habite à Sousse. Ils sont venus boire un coup avec moi et m’ont proposé d’être le frontman. J’ai dit oui tout de suite, sans réfléchir.

Là, tu es avec nous pour deux trucs. Déjà, la présentation de votre quatrième album Legacy et surtout ton concert avec Symphony X ce soir (interview réalisée le 4 mars 2016, ndlr). On va parler rapidement de Legacy. Peux-tu nous présenter rapidement cet album ?

C’est un challenge. À chaque fois, on se demande si on peut faire mieux et, au final, on dépasse un palier au niveau de la composition. Ce n’est pas moi qui le dis, ce sont les chroniqueurs ou les fans. C’est à chaque fois un défi personnel de faire mieux que celui d’avant. Je crois qu’à chaque fois nous réussissons à le faire. Je touche du bois pour que ça continue. Pour Legacy, ce qui est différent, c’est qu’on s’est plus orientés vers l’orchestration. On a voulu changer un peu la sauce. Nous désirions faire un truc plus épique, légèrement moins progressif. On a voulu plus d’orchestrations au niveau des lignes symphoniques avec la participation de l’orchestre de Tunis. Nous sommes plus dans le power-épique que dans le prog technique. Nous souhaitions que pour certaines chansons, des passages fassent un peu comme des soundtracks de films.

Justement, à propos de l’orchestration, c’est votre producteur (Kévin Codfert, aussi claviériste d’Adagio) qui a envoyé un petit commentaire à propos de la chronique publiée sur notre site. Il était super satisfait et c’est lui qui nous a dit que vous aviez travaillé avec l’orchestre de Tunis, notamment avec les violons. Comment ça s’est passé ?

C’était magnifique. On a collaboré avec les meilleurs de la scène arabe. Nous avons aussi enregistré tout ce qui est darboukas et les flûtes sur Paris, chez Kévin, notre producteur. Les violons ont été enregistrés à Tunis. On peut y trouver les meilleurs violonistes du monde arabe. En Égypte ou en Turquie, ils font appel aux musiciens tunisiens pour enregistrer, surtout les violons.

En parlant du monde arabe et en voyant le titre, je me suis posé la question. Legacy, c’est un héritage. J’avais l’impression que vous aviez envie de faire passer un énorme héritage culturel.

Exactement, surtout l’héritage tunisien. C’est vrai qu’on dit en général qu’on représente le Metal oriental mais je dis qu’on fait du Metal tunisien. Parce que le background de la culture musicale de la Tunisie est issu de la musique berbère amazigh. Elle a trois mille ans. Nous avons également la musique andalou, les gammes Kourdi héritées de l’empire Ottoman. C’est donc un mélange un peu fou mais on est aussi parmi les pays les plus ouverts sur le monde « occidental ». Tout ça fait que nous avons un bagage musical assez intéressant pour pouvoir l’exploiter, le mettre en valeur dans ce qu’on fait. En Tunisie, tu trouves des gammes que tu ne trouves pas ailleurs en orient. Quand tu vas en Égypte qui en est le cœur, tu ne trouveras jamais des gammes tunisiennes. Alors qu’en Tunisie, tu trouveras aussi les gammes orientales qu’on a eu via l’empire Ottoman.

Comment est vu le Metal en Tunisie ?

Ça a toujours été vu d’un œil mitigé, ni positif ni négatif. Pour la majorité des Tunisiens, ce n’est pas vraiment leur culture. C’est bizarre pour certains, la majorité, mais pas pour d’autres qui sont plus ouverts. En Tunisie, nous avons énormément de groupes de Rock qui jouent dans des bars, essentiellement des reprises. Moi-même, je joue parfois dans un groupe et là ce n’est pas trop bruyant, c’est acceptable et tout le monde adore. Le Metal a ses fans spécifiques en Tunisie qui n’écoutent que ça, même pas de la musique tunisienne. Si on parle du gouvernement tunisien, ils s’en foutent pas mal de ce qu’on fait. Myrath est le dernier de ses soucis alors que nous représentons culturellement la Tunisie, voire même le Maghreb. C’est une fierté pour nous, pour la Tunisie, mais, malheureusement, on ne reçoit rien. Avec le temps, nous n’avons de toute façon plus besoin d’aide et on ne pense pas à ce qu’ils pensent de nous. Personnellement, je dis que Myrath est un groupe franco-tunisien, déjà parce qu’on a un producteur français. C’est lui qui nous oriente. C’est lui notre oreille occidentale, notre boussole. C’est lui qui tranche au niveau des compositions. En plus, notre batteur Morgan (Berthet) est de Lyon. Pour nous, Myrath n’est plus juste un groupe tunisien mais franco-tunisien. Je remercie par l’occasion l’ambassadeur de France en Tunisie qui nous a facilité la tâche d’avoir les visas.

Nous allons revenir à l’album. Y’a-t-il des thèmes précis en plus de l’héritage que tu as voulu aborder ?

Je n’ai pas écrit les paroles seul, on est une équipe dans Myrath. Nous sommes huit avec le producteur et Perrine Perez Fuentes qui a fait la pochette. D’ailleurs, je la félicite. On a Nidhal Marzouk qui est le photographe du groupe et aussi celui de Dream Theater. Il y a aussi Vincent à Verycords, notre maison de disque, notre producteur. Et Aymen Jaouadi est notre ami et notre parolier depuis les trois derniers albums. J’allais écrire le nouvel album et après la composition des titres, ils sont venus tous les deux (Ayman et Perrine) et ont proposé d’écrire car ils avaient des idées prêtes. En plus, ils connaissent très bien nos messages, notre univers. Je pense qu’il ne faut pas avoir la parole tout seul. Il faut partager, donner et on l’accepte si c’est intéressant.

Tu as parlé rapidement de l’artwork du disque…

(Il coupe la question) La khamsa. C’est un symbole juif tunisien à cent pour cent. C’est un symbole contre le mauvais œil qui fait partie du patrimoine tunisien. Il existe aussi en Israël. Nos potes d’Orphaned Land nous l’ont dit mais ils l’appellent différemment. (Ndlr : la Khamsa est également appelée Main de Fatma ou de Fatima. Désignant le chiffre cinq, elle est portée comme amulette ou bijou par les habitants d’Afrique du nord).

D’ailleurs, tu as déjà joué avec Orphaned Land. Est-ce que tu penses qu’une réunion avec eux et d’autres groupes de Metal oriental très connus permette de faire découvrir du Metal à un public qui parfois peut être un peu fermé ?

Je crois que le public du prog est très ouvert. Par contre, le public d’autres styles est très fermé. Quand on a ouvert pour la tournée française avec WASP, c’était l’enfer. Côté moral, tu jouais devant un public qui était très fan de WASP, Iron Maiden et ces trucs-là. Mais on a relevé le défi et, au final, il y avait quand même des satisfactions. Nous étions surpris, ça a fonctionné, on a gagné quelques fans. Sinon pour le Metal oriental, il y a Orphaned Land qui sont les pionniers. Il y a Myrath qui prend la relève et je crois aussi qu’on a apporté quelque chose de plus pour le Metal oriental. On trouve des groupes occidentaux qui veulent parfois intégrer des mélodies orientales dans une chanson ou deux. Tu trouves toujours ces clichés type Astérix en Egypte, tu vois. Nous, on a nos propres gammes dont j’ai parlé avant et on les exploite au mieux de façon à ce que ça ne se répète pas à chaque album. Nous essayons de les introduire doucement car c’est encore inhabituel pour des oreilles occidentales. On le fait de façon très fluide dans un arrangement équilibré où une oreille occidentale peut l’accepter, voire qui peut l’épater. Je pense qu’on a apporté quelque chose de neuf. Nous sommes en train de foncer plutôt vers le Power Metal que le Prog.

Est-ce que ça te ferait plaisir si un jour dans un magazine ou une chronique en ligne, tu lisais non plus Metal oriental mais Metal tunisien ?

Ben oui, bien sûr.

Concernant votre tournée actuelle, vous ouvrez pour Symphony X. Pensez-vous que ça peut vous amener de nouveaux fans ?

Oui. Justement, on déjà ouvert pour Dream Theater à Arles et c’était magnifique, on a gagné beaucoup de fans. Là, sur cette tournée, on aussi gagné les cœurs des fans british parce qu’on a joué une mini tournée en Grande-Bretagne. Tu peux constater ça d’après le merch. Si tu vends beaucoup, c’est que tu as conquis un nouveau public. En France, on nous connaît, on apprécie notre style. Nous attendions la date de Paris depuis notre troisième concert. Franchement, même si je vis en Tunisie comme le bassiste et le guitariste, on se sent chez nous. Comme dit notre bassiste : à Paris, on va dans notre quartier.

Quand on vous a proposé de jouer avec Symphony X, ça vous a fait quoi ?

C’était un de nos rêves car, à la base, nous étions un groupe de reprises de Symphony X. D’ailleurs, sur nos trois premiers albums, les chroniques disaient qu’on sentait un peu les riffs et leur influence dans Myrath. Ça fait vraiment plaisir de pouvoir partager la scène avec eux. Sinon, les mecs de Sympho sont très humbles, professionnels. Ils ne se la pètent pas.

Connaissais-tu déjà le groupe de Pierre Le Pape, Melted Space ?

Je ne le connaissais pas. Ils font du Metal symphonique inspiré de l’opéra. Dans leur style, c’est bien. J’aime bien les arrangements, les mélodies. Il faut vraiment les soutenir et les pousser en avant. Il n’y en a pas beaucoup en France qui font de la musique d’opéra de cette qualité.

Sur tes précédentes tournées, quels seraient ton meilleur et ton pire souvenir ?

(longue réflexion) Le pire, peut-être sur cette tournée avec le tour manager de Symphony X. Il est un peu taquin, pour être poli. En fait, il nous a privé de soundcheck pour toute la tournée et pourtant, c’est nous qui ouvrons directement pour Symphony X. C’était très emmerdant. Je ne vois pas pourquoi il a pris cette décision. À Paris, nous nous sommes un peu énervés et on va l’avoir ce soundcheck, mais on ne comprend pas cette attitude. La meilleure tournée était avec Orphaned Land.

Tu es déjà allé jouer en Israël ?

Non mais j’aimerais, surtout qu’on y a beaucoup de fans. Après, c’est compliqué à cause de la politique. Mais nous voulons juste passer un message de paix à travers la musique. C’est ça notre religion.

Question qui peut paraître un peu stupide, comment tu passes de la Star Academy à Myrath ?

En fait, avant d’entrer dans Myrath, j’ai fait un casting. Je l’ai oublié, c’était en Tunisie. Je rejoins le groupe et après ils me téléphonent en disant : « Voilà, on t’a pris. Il faut que lundi tu prennes ton avion (pour le Liban) ». Je suis allé parler à notre producteur et je lui ai dis : «  Je suis pris dans Star Academy monde arabe ». Il m’a dit : « On a rien, pas de concert ni d’enregistrement, vas-y. Ça va le faire même pour le groupe, tu vas faire de la pub pour le groupe ». Et c’est ce que j’ai fait. Je suis resté deux mois dans le château. La musique, c’était de la merde mais je suis allé aussi pour promouvoir le groupe. C’était une bonne expérience aussi pour faire le touriste. Quand je suis revenu, les Tunisiens qui n’étaient pas intéressés par le Metal ont pu connaître le groupe Myrath.

Merci beaucoup. Un dernier mot pour les fans ?

Merci de nous avoir soutenu tout le long de ces années. Continuez.

Propos recueillis par Ludwig Cain