Pour ceux d’entre vous qui n’en aurait pas encore entendu parler, Cult Of Luna est un groupe d’origine suédoise. Ils font partie des groupes fer de lance du mouvement Post-Metal. La formation existe depuis 1998 et après avoir enregistré cinq albums, ses membres ont décidé de prendre une pause plutôt méritée suite à une tournée longue et éreintante. Cependant, ils ne sont pas restés pour se reposer sur leurs petits lauriers. Un album est actuellement en cours de finalisation, intitulé Mariner. Il contiendra une participation de Julie Christmas (Made Out Of Babies, Battle Of Mice) en tant que membre à part entière. Pour rendre l’attente un peu plus supportable pour les fans, ou peut-être aussi marquer le coup avant la reprise des hostilités, le split que nous chroniquons ce jour est sorti le 29 janvier 2016. Il nous présente une reprise du groupe Amebix avec le morceau Last Will And testament, sorti initialement en 1987. Amebix est un groupe ayant initié le mouvement Crust/Punk au début des années 1980. Le choix est heureux car ce morceau possède déjà une personnalité émotionnelle assez forte.

Genre : Post-Metal, Post-Hardcore - Date de sortie : 29 janvier 2016

Genre : Post-Metal, Post-Hardcore – Date de sortie : 29 janvier 2016

The Old Wind est également originaire de Suède. Les deux groupes se sont rencontrés au cours d’un festival organisé par Cult Of Luna, appelé Beyond The Red Shift en 2014. Puisque les membres respectifs de ces deux groupes avaient un respect mutuel et une appréciation particulière de la musique de chacun, c’est tout naturellement que Cult Of Luna a pensé à eux pour ce split qui n’a rien d’innocent. Raangest signifie littéralement “anxiété brute”. Ce mot nous semble bien choisi pour décrire ce split. Et d’ailleurs, la pochette l’illustre assez bien également, puisque c’est ce que l’on doit ressentir si l’on est coincé au fond d’un puits, qu’il soit littéral ou métaphorique.

Passons maintenant à ce qui va nous intéresser plus concrètement, à savoir la musique en elle-même. Et nous commençons par le titre de Cult Of Luna. Une reprise ? Mais est-ce bien raisonnable, cher ami ? En effet, la question est légitime. Si l’intérêt pour les reprises en général peut être issu d’un manque d’inspiration, il peut aussi occasionnellement être un moyen pour rendre hommage à un groupe que l’on apprécie et à qui l’on doit un lourd tribut dans ce que l’on fait. En l’occurrence, il semble s’agir du deuxième cas ici. Dès les premières notes, la différence avec l’original saute aux oreilles. Le synthé pose une ambiance particulière, un peu mélancolique mais différente de la base. Le morceau démarre doucement. Puis, après une bonne minute, le riff du refrain arrive et nous assène une petite révélation. La reprise est bonne puisque tout en reconnaissant parfaitement le morceau d’origine, l’empreinte du groupe effectuant cette reprise, alias Cult Of Luna, est bien présente et au lieu d’écraser la composition originelle, elle lui sert une réinterprétation bienvenue. Le côté punk a été mis de côté. Une relecture plus moderne en somme. La qualité sonore globale est bien entendu très bonne. Le mix est bien géré et le mastering sert la musique, rien à dire là-dessus. La musicalité de chacun des acteurs de cette reprise permet de passer à une phase plus émotionnelle. La technique ici est simple mais elle met en avant une efficacité certaine. Tout cela sonne et approfondi la question finale du texte d’origine qui n’est, vous vous en doutez bien, pas très joyeux. En somme et pour conclure sur ce morceau, il vaut bien la peine d’être écouté et le groupe justifie parfaitement son choix en apportant sa touche personnelle à une œuvre pourtant déjà complète en soi. Ce qui fait le plus de cette version est l’éclairage nouveau apporté à la musique, avec un son aussi plus travaillé et des ambiances modifiées. Les fans d’Amebix seront à même d’apprécier cela sans râler ni crier au scandale.

Concernant The Old Wind, les deux morceaux présentés ici sont des compositions originales qui, à l’instar de Cult Of Luna, serviront à nous faire patienter avant l’arrivée d’un prochain album en cours d’année. Le groupe s’était déjà adonné à cet exercice en 2014 en participant à un split avec Terra Tenebrosa. De prime abord, le son est beaucoup plus rugueux que ce que nous avions pu entendre sur la première face du disque. Ici point de synthé. Uniquement des guitares, une basse, la batterie et une voix qui crie sa souffrance sans ambages. Un scream qui ne ferait pas honte à un groupe de hardcore endurci. Dans la mouvance, nous sommes donc assez proches du post-hardcore, et même du post-black quand on écoute certaines mélodies angoissantes, notamment sur Wooden Scythe. Les rythmes sont lents, lourds et gras. Tout cela nous entraîne dans une spirale de désespoir, d’hébétude et d’atonie. Esthétiquement parlant, le son sert parfaitement le propos musical et par là même l’ensemble en devient plus prenant. Raangest. L’angoisse brute. Il s’agit bien de cela. Tous les instruments sont audibles comme il se doit et la voix, si elle est mise en avant, tient son propos et le clame haut et fort. En tous cas, il faut donner de la voix si l’on est au fond d’un puits et que l’on veut se faire entendre. Surtout si l’on ne sait ni quand, ni si quelqu’un va passer dans les parages, et à quelle distance. Les deux morceaux défilent et force est de constater que nous les sentons bien passer. Le temps semble ralentir durant l’écoute tant tout ceci est pesant. Mais beau. Ce qui nous pousse à aller jusqu’au bout, tel un aventurier qui aurait tout perdu en chemin mais qui s’accroche. Il faut essayer, même en vain. Ne comptez pas trouver une seule note d’espoir dans tout cela. Nous avons trouvé ces deux morceaux très prometteurs et intéressants. Si vous ne connaissez pas The Old Wind, vous pourrez donc vous en faire une juste idée en écoutant ce split.

Le fait que le disque compte deux groupes différents reste judicieux. Les deux formations n’étant pas aussi éloignées que l’on pourrait penser de prime abord. Il en résulte un split réussi que l’on pourra apprécier sans honte. Le dosage temporel est aussi plutôt agréable étant donné la charge de lourdeur émotionnelle qui se dégage de l’ensemble. Bien sûr, il est possible d’en redemander après. Faire une pause entre chaque groupe, et entre ces deux groupes et un autre disque, permet d’apprécier encore un peu plus la qualité de ce que nous venons d’écouter.

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Tracklist :

Face A : Cult Of Luna – Last Will And Testament

Face B : The Old Wind – 1. Wooden Scythe 2. Daughters Of Cleanse

Line-up :

Cult Of Luna

Johannes Persson : guitare, chant

Fredrik Kihlberg : guitare, chant

Andreas Johansson : basse

Thomas Hedlund : batterie

Magnus Lindberg : percussion

Kristian Karlsson : synthé, samples

The Old Wind :

Tomas Liljedahl : guitare, chant

Niklas Quintana : guitare

Mattias Hägerstrand : basse

Karl Daniel Lidén : batterie

Robin Staps : guitare

Liens :

http://pelagic-records.com/

http://pelagic-records.com/artists/cult-of-luna/

http://pelagic-records.com/artists/the-old-wind/

Pour écouter la version originale d’Amebix : https://www.youtube.com/watch?v=-EfC0m8cKsA