Le guerrier avançait d’un pas chancelant sur les terres de Glazart. Ses muscles tremblaient sous chacun de ses mouvements, rendant sa progression encore plus ardue qu’elle ne l’était. Pourtant, il continuait ses efforts, animé d’une mission que lui seul pouvait accomplir, que lui seul pouvait mener. Le peuple norvégien avait besoin d’un leader et ce serait lui. Il deviendrait celui qui unifierait les peuples nordiques sous un seul et même drapeau, dusse t’il y laisser la vie. Mais pour mener à bien sa mission, il devait d’abord trouver l’oracle de Freyja. Elle seule pouvant lui insuffler la force nécessaire à la réussite de ce défi. Il avait pris la route depuis de nombreux jours, récoltant informations et recrutant de nombreux hommes et femmes à sa cause. Il sut qu’elle se trouvait dans les plaines de Glazart, situées au cœur des terres les plus hostiles du royaume de Norvège. La douleur parcourait son corps meurtri à chacun de ses mouvements. La sueur coulait à grosses gouttes sur ses joues, collant ses longs cheveux blonds sur sa peau et lui brouillant la vue. Il voulut les écarter d’un mouvement de main. Mais ses bras refusaient de se mouvoir. Sa vue se troublait à mesure qu’il avançait. Ses jambes devenaient de plus en plus lourdes, comme si elles s’enfonçaient dans le sol. Sa respiration devenait de plus en plus faible. Lourdement, il s’écroula sur le sol enneigé.

Melted Space

Harald… Harald…

Une voix douce résonnait en son esprit, chaleureuse et sensuelle. Une voix dont le timbre si aérien semblait ne pas être de ce monde. Dans un lieu hors de l’espace et du temps, Harald vit onduler dans les flots célestes une petite embarcation. À son bord, huit personnes essayaient tant bien que mal de se mouvoir sur ce navire de fortune. Mais chacun semblait s’animer dans une danse puissante et poétique. Quatre voix, deux masculines et deux féminines, se donnaient la réplique en un dialogue chargé d’émotions brutes et de sentiments plus nuancés.  Une musique puissante, aux arrangements complexes venait soutenir ces quatre chanteurs, mais savait se faire discrète pour ne jamais empiéter sur les quatre instruments principaux et les laissait s’exprimer librement. La technicité des musiciens n’était, elle non plus, pas en reste. Riffs puissants, soli fort bien sentis ne tombant jamais dans la démonstration gratuite, venaient soutenir les voix, le tout maintenu par une section rythmique basse-batterie très en place mais jamais effacée sous les assauts de la six cordes. Le tout étant agrémenté d’arrangements symphoniques et épiques du plus bel effet. Malheureusement, le son de cette musique puissante et complexe n’arrivait que faiblement aux oreilles du guerrier. Il sentait son cœur s’emplir d’une émotion et d’une vie nouvelle malgré cela. La grande fée plongea son regard dans le sien.

Tu ne peux mourir ici ! Ton destin est écrit ! Relèves-toi Harald !

Diabulus In Musica

Il ouvrit les yeux et se leva, comme animé d’un nouveau souffle guerrier. Il observait avec défi les hautes montagnes acérées qui lui faisait face. Il lança un regard de défi à ce mur de pierre qui était considéré comme infranchissable. Il commença son ascension. Rien ne pouvait l’arrêter. Ni les rochers qui lui coupaient les bras et les jambes, ni la tempête qui semblait se lever. Il irait au bout de son rêve d’unification. Fourbu par des heures de marche en ce milieu hostile, il trouva une grotte qui s’enfonçait profondément au cœur des montagnes. Il pénétra dans l’antre sombre. Les murs suintaient d’eau et l’air semblait plus lourd à mesure qu’il s’enfonçait dans ce tunnel. Une mélopée semblait provenir du fond de ce passage. Il posa sa main sur la garde de son épée. Les sons se firent de plus en plus audibles à mesure qu’il avançait. De lourds riffs de guitare et une basse puissante s’élevaient avec force dans cet endroit exigu. Malheureusement, l’étroitesse de ce lieu amplifiait les basses fréquences de la six cordes à un point tel que la basse était totalement écrasée sous les assauts et les soli de la guitare. Des nappes de claviers épiques et symphoniques se faisaient elles aussi faiblement entendre mais restaient assez présentes pour être perçues pour ce qu’elles étaient. Harald continuait lentement sa progression jusqu’à arriver dans une salle dans laquelle brulait un feu. La musique y était toujours forte et puissante. Au milieu de cette dernière dansait une grande femme. Les ombres de son corps semblaient former un ballet étrange et fascinant. C’était Zuberoa Aznárez, magicienne ibérique exilée sur les terres nordiques. Il avait entendu de nombreuses histoires à son sujet mais rien ne l’avait préparé à ce qu’il voyait et entendait. Sa voix forte, belle et puissante résonnait avec force contre les murs de pierre. Harald fut hypnotisé par la grande qualité vocale de la sorcière et surtout par la sincérité avec laquelle elle délivrait ces chants typiques du métal symphonique. Cette sincérité le toucha et il lâcha la garde de son arme. En un mouvement vif et à peine perceptible, elle plongea son doux regard dans celui d’Harald qui fut incapable d’effectuer le moindre geste. La sorcière s’approcha de lui, comme flottant sur le sol de pierres nues, et posa une main sur son visage. Il s’évanouit.

Leave’s Eyes

La pluie tombait pesamment sur la plaine de Glazart. Les sons de cuirs et de métal s’entrechoquant résonnaient avec force. Harald s’éveilla, déboussolé.

Suis-je en train de rêver ?

Il senti une main l’attraper et le relever.

– Seigneur ! L’ennemi est en surnombre. Les troupes semblent courir à la catastrophe ! Que devons-nous faire ?

Harald eut un instant de stupéfaction et d’incompréhension.

Seigneur ? Par Odin, qu’est-ce que tout ceci ? Tout cela et si étrange.

Harald !

Une voix résonna en son esprit.

Tu es celui qui doit mener ton peuple à la victoire ! Ne soit point effrayé. C’est ton destin !

Son regard s’assombrit, brulant d’une lueur guerrière. Il regarda le ciel et implora.

– Par les dieux ! Donnez-moi la force de vaincre mes adversaires et de mener mes troupes à la victoire ! Moi Harald, je vous implore !

D’épiques accords de guitares s’élevèrent alors, joints par une basse profonde et une batterie martiale. L’âme guerrière des combattants d’Harald semblait s’amplifier sous les riffs puissants et les arrangements symphoniques de cette musique qu’ils entendaient parfaitement malgré le tumulte de la bataille. Une voix légère et envolée vient s’ajouter aux mélodies guerrières de l’ensemble. Harald senti la caresse de Liv, Oracle de Freyja, caresser son visage. Il savait qu’il ne pouvait plus échouer. Il leva son arme et hurla. Un growl puissant et agressif fit vibrer ses cordes vocales et amplifiait la brutalité des combats. Mais ils étaient continuellement contrebalancés par la douce voix de Liv qui apaisait les cœurs et réchauffait les âmes. Et, malgré la brutalité des combats, le métal symphonique du groupe se faisant entendre parfaitement. Cette musique toucha l’armée d’Harald qui mena bataille sans faillir jusqu’à la victoire.

Ludwig Cain