IMG_2880

Le tintement aigu de son réveil la tira de son sommeil. Elle regarda l’heure sur son téléphone portable, l’esprit toujours entre rêves, réalité et gueule de bois. 4h00. Putain. Elle avait beau répéter cela tous les jours, elle continuait à ne pas s’y habituer. Encore une journée morne et répétitive. Ses matinées étaient toujours les mêmes : un café, une clope, un verre de whisky, une douche. Elle met ses vêtements et part vers son lieu de travail. La perspective que lui offrait son réveil ne l’enchantait guère. Son travail l’ennuyait. Ses collègues l’insupportaient et ses à après-midi à dormir la désespéraient profondément. Elle était rentré dans une routine qu’elle exécrait. Aujourd’hui, tout change ! Après s’être levée, elle se mit devant son ordinateur. Elle saisit une cigarette et lança un album avant de se servir son premier verre.

Artweg

Ses enceintes vibrèrent sous la pression des riffs puissants du quintet francilien. Elle but une première gorgée et laissa son esprit voguer vers d’autres horizons. Les cris d’un public, peu nombreux mais plein de ferveur, résonnaient dans sa tête. Composé majoritairement de fans et d’amis du groupe, l’ambiance était à la fête. La musique éclectique des cinq compères était plutôt bien desservie par un son de qualité mais qui faisait perdre quelques subtilités aux arrangements complexes de leur musique. Les différentes influences, allant du Punk au Hip Hop, restaient  présentes. Mais elle pouvait surtout ressentir la lourde influence Hardcore qui semblait être plus présente que sur album. Les riffs directs et efficaces la plongea dans un univers sombre et violent. Les voix de Mugen et d’Akonit se répondaient parfaitement dans leurs agressivités et l’alternance des chants en français et en anglais offrait une ambivalence plus que bienvenue dans l’univers musical du groupe. Chaque instrument restait parfaitement audible dans le théâtre de son esprit, lui offrant un moment musical agréable grâce à la maitrise des musiciens. Un son extrêmement agréable malgré l’influence Hardcore un peu trop présente à son gout, et une énergie sur scène brute, violente et communicative. Le public lui rendait totalement justice, se déchainant dans la fosse en dépit de son petit nombre. Un sourire se dessina sur ses lèvres et elle leva son verre plusieurs fois dans sa chambre, headbangant avec la foule imaginaire. Mais la demi-heure de ce show la ramena beaucoup trop vite à sa triste réalité.

4h30, affichait l’horloge numérique de son écran. L’alcool lui vrillait doucement l’esprit. Elle observa avec attention le liquide ambrée. À une nouvelle pathétique journée ! Elle but la dernière gorgée et alla prendre sa douche et se laver les dents afin de dissimuler l’odeur d’éthanol derrière les effluves mentholés de son dentifrice.

Trier des habits de « pouffe », comme elle le définissait elle-même, n’avait jamais fait partie de son plan de carrière. Malheureusement, ses obligations financières ne permettaient pas de rester chez elle, à assouvir ses passions et espérer que cela prenne un jour. Après les politesses d’usage, elle alla s’isoler au fond du stock et mis ses écouteurs afin de quitter quelques instants ce monde qu’elle méprisait.

IMG_2738 IMG_2725

Mass Hysteria

Le rideau rouge de son théâtre mental s’ouvrit, laissant apparaitre une jeune femme presque nue, recouverte de matière noire coulant le long de sa peau. Le sublime artwork du dernier album du groupe prenait vie en son esprit. De nombreux fans enthousiastes s’étaient regroupés autour d’elle. Après vingt ans de scène, le quintet c’était forgé une solide réputation et ce n’est pas ce show qui lui ferai penser le contraire. La danse lente et désespérée de la jeune femme sur scène était accompagnée de lourds sons électroniques qui conféraient à ce début de concert une ambiance lourde et noire. Elle sentit ses entrailles se serrer et un sentiment de colère révoltée l’envahit. Distraitement, elle observait parfois ses collègues faisant vivre cette fourmilière de superficialité dans laquelle elle travaillait. Elle ne ressentait que mépris devant cette pathétique mascarade à laquelle elle participait. Les premiers riffs de guitares tombèrent comme une guillotine sur le conformisme ambiant. Lourd, puissant et violent, le son était tout simplement parfait. Chaque coup de basse, de batterie et de guitare transpirait l’indignation propre au groupe. Et que dire de la voix. Mouss en grande forme emmena le public dans une danse révolutionnaire endiablé. Les « furieux », comme il les appelait, sautaient, slammaient, headbangaient à tout va tout en reprenant en chœur les refrains lourds de sens du groupe. Un sourire se dessina en son visage tant ce déchainement était important pour elle. Elle ne put s’empêcher elle aussi de chanter certains refrains du dernier album qui fut joué dans son intégralité pour composer la première partie du set.

La ferveur du public de son esprit lui rappela qu’elle n’était pas la seule révoltée et que d’autres ne se trouvaient pas loin. La seconde partie ne fut pas en reste non plus. Le groupe se concentrant sur de nombreux standards pris dans tous leurs albums. Toujours sombre mais plus enjoué, le show pris des ambiances de fêtes durant laquelle, en plus du public convié, pléthore d’invités se succédèrent sur scène. Allant d’Animalsons (producteur de gros « noms » du rap comme Booba, mais qui aida à la composition de l’excellente « c’est plus que du métal »), de Reno de Lofora, ou encore du mythique Stéphane Buriez de Loudblast pour ne citer qu’eux. Le groupe s’offrit même le luxe d’inviter leurs familles ainsi que quelques furieuses à se déchainer sur scène avec eux. Deux heures de bonheur intense. Elle sourit, un sentiment de liberté et de révolte l’envahissait. Elle jeta un nouveau regard aux jeans qu’elle était en train de trier et à ces collègues. C’est terminé, pensa-t-elle. Elle laissa le jean qu’elle tenait glisser de ses doigts et commença à marcher doucement vers la sortie.

IMG_3014 IMG_2893

IMG_2994 IMG_2855-2

Ludwig Cain