Interview : David, aka Didou, chanteur de Sidilarsen

Posté le : 26 avril 2016 par dans la catégorie Interviews
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Sons Of Metal : Vous allez sortir votre sixième album, Dancefloor Bastard, peux-tu nous le présenter ?

David : C’est difficile de présenter un album en quelques mots. C’est un album pour lequel nous avons très peu de recul par ce qu’il a été enregistré dans un état d’urgence – expression à la mode, sans faire de mauvais jeux de mots – et on a beaucoup enchainé. C’était une volonté pour avoir quelque chose de plus spontané. Par rapport aux cinq albums précédents, c’est quelque chose de moins réfléchi avec une espèce d’énergie naturelle. On a toujours été très cadré par rapport à nos influences indus et électro et là quelque chose de plus libre, plus chaud, plus sale et baveux, même si l’électro est toujours là. Nous avons atteint un certain équilibre et on a réussi à avoir un ensemble avec plus de sueur et de spontanéité. Nous avons gardé beaucoup de premières prises.

On a utilisé ce qu’on pourrait appeler une « anti-méthode » pour l’enregistrer, c’est-à-dire qu’on a tout câblé et plutôt que de faire de grosses sessions sur un instrument, on a fonctionné plus par atelier. A chaque fois qu’on avait une envie, on y allait. Ça nous a aussi permis de plus varier les réglages, les amplis, le grain et de donner une identité particulière à chaque morceau. Même si les morceaux étaient déjà maquettés avant, on a ce côté très « au jour le jour » sur l’enregistrement qui donne un album avec beaucoup de volume et direct.

Comment vous répartissez-vous le chant entre Viber – guitariste chanteur – et toi ?

Pour l’interprétation, on peut dire que je fais la voix principale mais Viber a aussi un rôle vocal vraiment important dans certains morceaux. On travaille en interaction et on co-écrit les textes. Même si on ne travaille jamais sur les paroles à deux en même temps, sauf pour des retouches, on écrit tous les deux des textes et on garde ceux qui nous parlent le plus. Chacun est amené à chanter des paroles que l’autre a écrit, tant qu’on les ressent, ça n’a pas d’importance.

Peut-on dire qu’il s’agit d’un album engagé ?

Oui, par certains côtés. Nous avons toujours eu cet engagement dans l’histoire du groupe mais ce n’est pas volontaire, c’est plus un devoir pour nous, c’est naturel. L’année 2015 a été très chargé pour tout le monde et que ce soit dans nos vies personnelles ou dans l’actualité, nous avons eu des résonances qui ont influencé l’écriture de l’album. Nous étions en phase d’écriture au moment des attentats au le Bataclan, et nous avions déjà écrit des choses assez sombres et nous étions dans une phase où l’on avait envie d’amener un peu de légèreté. Et il y a eu le Bataclan, donc la légèreté n’est pas si présente que ça. Il y a un ou deux titres, dont Go Fast qui est assez fun et qui parle de ce que l’on vit sur la route et de fantasmes stupides pré-pubères de pouvoir aller plus vite. Il y a Dancefloor Bastard qui se veut plus léger mais le reste de l’album est assez sombre.

On a besoin de partager ce qui nous bouleverse, mais on ne donne jamais de leçon

Je ne pense pas qu’on puisse nous ranger dans une case de groupe engagé comme On One, c’est surtout que l’on a besoin de partager ce qui nous bouleverse mais on ne donne jamais de leçon. Nous avons toujours un questionnement : « Qu’en pensez-vous ? Vers où allons-nous ensemble ? ». Nous avons un immense respect pour notre public et nous partons toujours du principe que les gens sont intelligents, tous. On ne supporte pas l’idée de marqueter une musique, de la formater afin de la faire vendre au mieux. Le public nous enrichît beaucoup. A chaque concert, on apprend de choses. Nous n’avons pas un seul concert en dix-huit ans de route où nous n’avons pas discuté au stand de merch, avoir des retours. Donc nous avons cette volonté d’écrire sans jamais mépriser. Les textes sont très importants pour nous.

Pourquoi avoir choisi le titre Dancefloor Bastard pour résumer cet album ?

Des fois, c’est plus bête qu’une analyse poussée : on trouvait que ça sonnait bien, Dancefloor Bastard. Ça interpelle. Nous étions en tournée pour notre précédent album et Samuel, notre batteur, nous a demandé : « En fait, on est quoi ? ». Ça faisait dix-huit ans que nous tournions et on s’est dit : « Ca y est, on commence à avoir un cerveau, nous sommes majeurs, on commence à murir un petit peu. Si on résume, on est des dancefloor bastards ! » Pourquoi ? Bastard, c’est dans le sens de manger les genres sans se soucier de ce que l’on en pense. Mais nous sommes aussi les cornards du dancefloor parce que nous sommes influencés par le côté rugueux et énergisant du metal mais, en plus de ça, en concert, à une pulsation pour que les gens se mettent à danser. Depuis nos toutes premières répètes, nous avons toujours cherché à se rapprocher de quelque chose de primal, la pulsation du cœur. Et voilà, Dancefloor Bastard c’est ça : remuer les pulsations et faire ce que l’on veut sans se prendre la tête. Et aussi, quoi qu’en pensent certains, nous ne sommes pas près d’arrêter, on est des connards avec leur musique et le dancefloor sera en feu.

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Nous avons toujours cherché à se rapprocher de quelque chose de primal, la pulsation du cœur

Par rapport à l’artwork de l’album, on a le grand retour du tire-bouchon. Pourquoi le tire-bouchon ? Qui est-il, d’où vient-il ?

Déjà, c’est bien de retracer d’où vient ce tire-bouchon pour mieux comprendre. Au tout début, nous avons fait une cassette – on est tellement vieux maintenant – et on s’est pris au dernier moment pour faire la pochette de cette cassette. Alors nous avions scanné un tire-bouchon dans un vieux scanner pourri. La qualité était très médiocre et ça nous a fait une pochette en noir et blanc. Depuis, ce symbole est resté. On a beaucoup aimé ce côté anthropomorphe, homme-machine, ce mélange entre le côté mécanique et cet aspect humain avec les bras et une tête. Tout ça représente bien notre musique d’hybridation du rock, du metal, de l’indus, de l’électro… Et forcément, dès le second album, il s’est fait plus discret mais a toujours été là pour les gens attentifs, caché dans le livret. C’est un peu l’emblème du groupe, un totem. Arrivés au sixième album, de la même manière que cette envie d’affirmer que nous sommes des Dancefloor Bastard, on a voulu ramener ce visuel mais aussi le remettre en question avec un côté plus animal, plus organique. D’où cette nouvelle hybridation avec le buffle. Et globalement, nous aimons bien le bon vin, donc forcément, le tire-bouchon nous évoque beaucoup de bons moments passés avec les amis.

On l’a dit plus tôt, ça fait dix-huit ans que Sidilarsen existe et vous sortez votre sixième album. Pas trop dur de tenir le rythme ?

C’est vrai qu’on a un rythme très soutenu. Nous avons déjà attendu six ans avant de sortir notre premier album afin de pouvoir trouver notre identité et par la suite nous avons pas mal enchainé mais toujours dans le respect de ce que l’on ressent à l’intérieur. On ne s’est pas dit : « Il faut absolument faire un album ». Nous avons toujours suivi nos envies. C’est vrai que nous sommes un groupe de metal français donc on doit tous faire des choses à côté pour prétendre au statut d’intermittent et Sidilarsen impose une cadence importante. Il y a des gens qui diront que nous sommes esclaves du système pour en vivre mais on leur répond que si on ne se bagarrait pas comme ça, nous ne pourrions pas proposer la même chose, sans doute de très belles choses, mais ce ne serait pas la même chose. On se consacre toute l’année à Sidilarsen et on y met énormément. Un hobby, c’est un hobby, quand c’est chaque jour de ta vie, c’est chaque jour de ta vie. Donc le rythme est soutenu mais c’est aussi ça qui nous fait avancer. Il y a des évènements de notre vie qui nous disent de faire un nouvel album, alors on se bouge pour faire un album le plus authentique possible.

Un hobby, c’est un hobby, quand c’est chaque jour de ta vie, c’est chaque jour de ta vie.

Interview et photos : Eladan