Interview : ETHS

Posté le : 04 mai 2016 par dans la catégorie Interviews
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ETHS - Ankaa artwork

Sons Of Metal : Bien le bonjour ! Petite présentation, tout de même, qui est qui ?

Rachel : Je suis Rachel, au chant.

Damien : Damien, bassiste.

Rul : Rul, batteur.

Vous êtes avec nous pour présenter votre quatrième album sorti en mars…

Damien : sorti le 22 avril. Mais t’étais pas loin… (rires)

Pouvez-vous nous le décrire en quelques mots ?

Rul : Quelques mots… C’est difficile de le décrire en quelques mots… Il y a beaucoup de choses dans cet album.

Rachel : Beaucoup de changements. Déjà, sur les précédents albums, ce n’étaient pas les même membres. C’est mon premier album. À la batterie, c’est un autre batteur. Il n’y a pas Greg non plus (guitariste de 1999 à 2013, ndlr).

Damien : Des membres d’origine, il ne reste que Staif. Donc, en quelques mots, c’est ETHS nouvelle formule, 2.0. Ça change mais ça reste du ETHS quand même.

IMG_4750-2Est-ce difficile de faire un album de ETHS ?

Damien : C’est toujours un processus assez long parce que les compositions sont quand même assez recherchées et il y a beaucoup d’arrangements, surtout sur cet album. Beaucoup de complexité aussi et c’est vrai que le travail de composition connaît une évolution pendant un long moment. Certains titres sont restés tels quels dans leur première mouture mais d’autres titres ont beaucoup changés du fait de la composition, des arrangements qui se greffent, des structures qui changent. Donc, c’est un travail assez long. Comme nous sommes un peu perfectionnistes, on prend le temps d’attacher vraiment beaucoup d’importance au moindre détail. C’est toujours… Pas difficile mais c’est quelque chose d’assez chargé en émotions. Il y a des vagues, des hauts et des bas et je pense que c’est comme ça qu’on fait de la musique. En tout cas dans ETHS. En se remettant en question cinquante fois à la minute. C’est comme ça qu’on fonctionne.

Tu disais qu’il y avait des changements radicaux par rapport à avant. C’est à dire ?

Damien : Des changements dans le line-up, déjà. Une nouvelle chanteuse, ça change pas mal de choses. Des changements dans la manière de composer. Ça a toujours été Staif, historiquement, qui composait pour le groupe. Sur cet album, il a pris en charge non seulement la composition des instruments mais aussi une très grande partie des textes, là où Candice arrivait avec beaucoup de matière. Là, Staif avait envie de prendre en main les textes de Ankaa. Changement aussi dans le fait que c’est lui qui a produit l’album. Il a donc été sur toutes les étapes de création, de la première guitare jusqu’au mastering. Il a fait un travail sur l’ensemble du processus, même si avant, il avait un regard sur tout. Là, c’est vraiment lui qui a mis les mains dans le cambouis à tous les niveaux. Ça a quand même pas mal changé la donne, ce qui fait aussi que Ankaa fut un album plus long à produire car Staif ne peut pas non plus se couper en quatre. Quand il écrit les textes, il ne peut pas poser la musique… Mais bon, ce fut une belle expérience. C’est le bébé de Staif, cet album. Il a mis dedans tout ce qu’il avait envie de dire, en se disant potentiellement que si c’est un album qui ne marchait pas, ça pourrait être le dernier de ETHS. Il l’a déjà dit en interview. C’est une option qui peut toujours être envisagée mais si jamais les gens reçoivent bien cet album, et pour l’instant ça a plutôt l’air d’être positif, on ne ferme aucune porte…

C’est pas rien quand même de reprendre tonton Dirk ! Il a mis la barre un peu haut ! (Rul)

Quelle place avez-vous eu dans la composition ?

Damien : Principalement une place d’interprète, d’arrangeur. De conseiller, aussi. Quand Staif compose un titre, il arrive avec une structure tellement aboutie que tu dis : « ça, ça fonctionne, ça aussi… Tiens, peut-être qu’on pourrait essayer de changer ce break de batterie, ça pourrait mieux fonctionner… La basse pourrait faire cette partie… ». C’est de l’ordre de petites subtilités mais l’essentiel est déjà là, à la base. Donc, c’est essentiellement un rôle d’interprétation dans la manière de donner leur pleine intensité aux titres. Je pense que pour la voix, c’est la même chose aussi. Non ?

Rachel : Si. J’ai quand même participé à certaines écritures de lignes, des refrains. C’est de l’arrangement, après.

Damien : Et Rul ne pourra pas répondre car il n’a pas participé à l’enregistrement de cet album !

Rachel : Lui, il a mis les pieds sous la table ! (rires)

Rul : Attends, c’est pas rien quand même de reprendre tonton Dirk ! Il a mis la barre un peu haut !

Damien : Oui mais t’aimes ça, les challenges…

Rul : Ouais… (rires)

Au final, tu as rejoins le groupe que pour le live ?

Rul : Oui, initialement… D’ailleurs, c’était mon anniversaire de groupe, hier. Je tiens à le préciser…

Damien : Putain, déjà ?! (rires)

Rul : Ouais. Donc oui, à la base, je devais rejoindre le groupe que pour du live sur une période donnée. Quand je suis arrivé, il y avait déjà Dirk Verbeuren dans la partie et j’avais déjà quinze à dix-huit compos à apprendre pour les concerts. Si on m’avait dit : « Allez, viens, tu fais l’album ! », c’était déjà apprendre ce qui existait, customiser à ma manière, faire sonner… Au final, j’aime bien Marseille alors on m’a dit : « Viens, on continue ensemble »…

IMG_4752 Tu t’es expatrié à Marseille ?

Rul : Non ! Je suis toujours à Paris. Je suis abonné au Ouigo…

Damien : Tu viens de dire que t’aimais bien Marseille, c’est bien, allez viens ! (rires)

Rul : Bref ! Je n’ai effectivement pas joué sur cet album.

Damien : C’est vrai que tu as eu un peu de travail pour le live. Quand tu as intégré le groupe, le deuxième concert que tu as fait avec nous, c’était juste le Hellfest…

Rul : Non, le troisième.

Damien : Troisième. Pfff, tu chipotes ! (rires) Bon alors, ça va, t’étais blindé.

Rul : C’est vrai que si on arrivait à ne pas se tirer dans les pattes, c’était miraculeux.

Damien : C’était déjà une bonne carotte de se mettre la pression pour arriver sur la Mainstage du Hellfest et ça va, tu t’en est pas mal sorti !

Rul : Oui.

Apparemment, c’est important pour vous l’émulation dans le groupe…

Damien : Ouais, on s’entend plutôt bien et nous sommes à peu près aussi cons les uns que les autres (rires). C’est plutôt agréable de bosser ensemble.

Rachel : Il y en a qui le sont plus que d’autres…

Damien : Certains plus que d’autres. Je ne citerai aucun nom (rires). On s’est bien trouvés. On prend du plaisir à jouer ensemble. Nous avons une manière de fonctionner assez similaire dans le sens où l’on ne se satisfait pas du minimum syndical. Quand c’est bien, on sait que ça peut toujours être mieux. Nous sommes toujours en train de retoucher les choses qui ne vont pas. En gros, nous ne sommes jamais contents (rires).

Rachel : Nous avons ça en commun.

Vous pensez que le line-up s’est quand même stabilisé ?

Damien : Ah oui, là, c’est parti pour se stabiliser. Espérons que ça dure parce que, bon, les changements de line-up, ça va, hein ! Ça fait cinq ans que je suis dans le groupe et j’en ai déjà vu quelques-uns. Je pense qu’on commence à trouver un nouvel équilibre qui fonctionne plutôt pas mal. On travaille là-dessus.

Rien n’est jamais définitif si ce n’est la mort. Et encore, on n’est pas sûrs de ça. Il y a toujours un « après ». (Damien)

En ce qui concerne le nouvel album, quelle est pour vous la signification de son titre, Ankaa ?

Damien : Ankaa est l’étoile la plus brillante de la constellation du Phénix. On peut y voir une allusion à la renaissance de ses cendres du groupe, même si je ne l’ai jamais vu comme étant mort. J’ai toujours su qu’on pouvait mener ça au bout. C’est davantage un message de positivisme. Se dire que lorsque les choses semblent être noires, elles peuvent se transformer en quelque chose d’autre, en quelque chose de nouveau. Rien n’est jamais définitif si ce n’est la mort. Et encore, on n’est pas sûrs de ça. Il y a toujours un « après ». Ça m’évoque ça mais ça peut évoquer plein d’autres choses. Il y a beaucoup de symboles dans cet album. Staif en a les clefs. Il en a truffé dans toutes les chansons. C’est un album à tiroir et si tu commences à creuser, notamment les titres, il y a beaucoup de choses à trouver.

Pense-tu que nous pouvons trouver un élément de réponse dans les écritures, sur l’artwork ?

Damien : Aaah, ça… J’avoue que c’est une excellente question… Je ne sais pas où Nicolas Senegas est allé piocher ses écritures. Je ne sais même pas s’il a la capacité de traduire ce qu’il a écrit (rires). En tout cas, ces références à des civilisations anciennes, c’est quelque chose qui faisait partie des envies de Staif. Ça collait avec le propos et l’esthétique de l’album. Ça sert aussi de symbole. Si tu le lis à l’envers dans un miroir en faisant le poirier… Si tu lui trouve un autres sens… Ça, je ne saurais pas te le dire mais peut-être… (rires)

Il y a des lecteurs qui vont essayer, on ne sait jamais… (rires) Au niveau de l’artwork (visible en introduction de cette interview), c’est très épuré mais aussi très complexe, au final. Il y a énormément de symétrie. Qu’est ce qu’il raconte pour vous ? Quand vous le regardez, vous en pensez quoi ?

Rachel : Alors…

Damien : Je me demande d’où vient ce crâne. Je me demande pourquoi il n’y a pas d’orbites, c’est vraiment bizarre… Ça fait appel à l’imaginaire. On peut y trouver plein de sens. Il y a en plus le symbole gravé dessus qui peut avoir tout un tas de significations plus ou moins ésotériques ou scientifiques. Il y a vraiment plein de significations cachées. Nous essayons de ne pas en avoir une lecture arrêtée, que ce soit ça, les textes, les titres… Le sens n’est pas figé à un instant T. L’intérêt est de titiller la curiosité des gens. Il y a une volonté de ne pas donner quelque chose de concret et définitif. Il faut qu’on puisse se questionner encore et encore à l’écoute de l’album, en regardant l’artwork et qu’on redécouvre à chaque fois quelque chose plutôt que de se dire : « Ça y est, je l’ai écouté, je le range ».

Donc, pas faire un truc formaté qui reste en tête deux secondes et que tu oublie dans la foulée…

Damien : Voilà, c’est ça. Puis, nous pensons qu’il n’y a pas qu’une seule vérité. Les interprétations, de toutes les choses dans la vie en général, sont multiples et en avoir une vision arrêtée n’est pas forcément très intéressant. En tout cas, c’est mon point de vue.

Il faut rester ouvert pour apprécier réellement ce que vous faites.

Rul : Simplement, ce qui c’est passé permet en fait à chacun d’avoir la vision qu’il souhaite. Autant nous allons imaginer quelque chose en regardant l’artwork et en lisant les paroles, autant… Comment dire ? Toi et moi n’allons pas recevoir le même message. Le délire va être qu’au final, tu te questionne…

Damien : Que tu t’approprie aussi, que tu crée ton sens. C’est une question qui est souvent revenue dans les interviews et chacun exprimait son interprétation. Il n’y en a pas eu deux qui disaient la même chose. Chacun à sa vision et c’est ça qui est intéressant, justement.

Rul : Pour le crâne, il en y a qui pensaient que c’était une femme, d’autres que c’était un homme. Déjà, tu vois, rien que là-dessus…

Damien : Je ne sais pas trop comment tu fais la différence… (rires)

Rul : Juste sur le crâne, il n’y a pas un sens prédéfini. C’est libre à toi de l’interpréter comme tu veux.

Damien : D’ailleurs, ça a toujours été comme ça dans le groupe. Du temps où Candice était là (ndlr : de 1999 à 2012), il y avait déjà cette volonté de donner des clefs, des pistes de compréhension mais jamais de dire : « le message c’est ça ». Nous ne faisons pas du Hardcore new-yorkais où l’on dit : « nique la police ! » (rires). Même si j’aime bien Madball et consorts. Je suis fan. L’intérêt est d’ouvrir des tiroirs, voir ce qu’il y a dedans puis chercher s’il y a quelque chose de caché derrière. Se faire son propre chemin dans l’album.

Rul : Une quête initiatique… (rires)

Damien : Normalement, quand tu arrives à la fin de l’album, tu as pris dix points de karma ! (rires)

Rul : On va partir dans Matrix, attention ! (rires)

Damien : Non, dans Mozinor… Et là tout dérape ! (rires)

Vous avez maintenant une formation qui a tourné un petit peu. Vous avez tous fait au moins un Hellfest…

Damien (il coupe la question) : On a même tous fait le même ! (rires)

Et donc, pour la promotion de cet album, vous avez des tournées de prévues ?

Rul : Il y a des dates en approche, à la rentrée surtout. Là, nous n’avons pas tant de dates que ça. Quelques-unes avant septembre mais c’est à partir de ce moment que ça va partir sévère.

Rachel : Cet été, nous allons travailler le nouveau set. Pas mal de nouvelles chansons et ça demande beaucoup de mise en place.

Un été studieux avant de reprendre la scène, donc…

Rachel : C’est ça.

Rul : Vu qu’ils ont la bonne idée d’être à Marseille et moi à Paris, forcément, on est au top.

Ça te fait des vacances pendant l’été…

Rul : Oui… Marseille est une ville formidable…

Rachel : Crois-le ! (rires)

Damien : Il n’y a personne à Marseille pendant l’été… Personne ne veut venir à Marseille, tu es tout seul !

J’ai pris beaucoup de cours. C’était très dur au début quand je passais du cri au chant clair, je toussais. Donc, beaucoup de travail et il fallait me dépêcher de récupérer toutes ces années d’expérience. (Rachel)

Rachel, pense-tu que ton arrivée à redéfini le groupe ?

Rachel : Non, parce qu’il y a quand même une ligne conductrice qui ne change pas. Enfin, ce n’est pas moi qui vais la changer (rires). Ça apporte de nouvelles choses. Il n’y a pas que moi qui en apporte. Ça permet de continuer à faire vivre le groupe mais après, redéfinir…

Damien : Le fil conducteur, c’est la manière qu’à Staif de composer qui a toujours été assez singulière et qui a créé une grande partie de l’identité du groupe. C’est vrai qu’on a souvent assimilé ETHS à Candice mais si tu la laisses et que tu enlèves Staif… ETHS n’est plus ETHS. C’est un univers très sombre, très torturé et c’est en très grande partie dû aux inspirations de Staif. L’arrivée de Rachel donne plutôt envie d’essayer d’autres choses mais ne transforme pas dans son intégralité la manière de créer du ETHS.

IMG_4753Il y a une certaine pression de remplacer Candice ou l’ancien batteur ?

Rul : J’avais la pression en moi-même parce qu’initialement, le type de jeu à la batterie dans ETHS est à l’opposé du mien. J’ai bien aimé le défi du genre : « joue ce que tu ne sais pas forcément jouer ». Ce n’est pas du tout le même ressenti. Après, pression, non parce que je ne suis pas là pour être le nouveau Guillaume (ndlr : batteur de 1999 à 2006 puis de 2011 à 2015). J’ai mon jeu, ma personnalité. Pour moi, ce n’est pas une histoire de pression le fait de remplacer quelqu’un. Je ne le vois pas comme ça. Nous avons tous des groupes que nous adorons où des gars ont changé et c’est vrai que si tu aimes le groupe, ça fait chier que le musicien parte mais si son remplaçant fait le job et qu’en plus, il ramène un petit côté cool… Voilà, quoi…

Damien : Ouais puis c’est surtout de faire une synthèse entre ton jeu et ce qui était déjà là avant. Il y a des titres que nous jouons différemment sur scène depuis que tu es là, des parties que tu as aménagés par rapport à ton jeu sans dénaturer le morceau. Ça se renouvelle aussi. C’est ça qui est intéressant.

Rul : C’est plutôt de l’exigence envers soi-même pour être à la hauteur de la musique.

Rachel : J’ai eu de la pression parce que c’était très important, surtout parce que je ne chantais pas du tout en voix claire et quand je suis arrivée dans le groupe, il y avait des concerts trois semaines après… (rires) J’ai pris beaucoup de cours. C’était très dur au début quand je passais du cri au chant clair, je toussais. Donc, beaucoup de travail et il fallait me dépêcher de récupérer toutes ces années d’expérience.

Nous allons vous laisser le mot de la fin. Vous pouvez dire ce que vous voulez, sérieusement ou pas…

Damien (il prend l’accent marseillais) : Et bien, je tiens à dire à tout le monde que malgré ses huit tentacules, le poulpe reste un animal très humain… Voilà. (rires)

Rachel : Avec l’accent !

Rul : Il l’a fait, le con…

Damien : Non, sans déc’, c’est cool. Merci à tous les fans et même pas forcément les fans mais simplement à ceux qui écoutent, surtout ceux qui découvrent le groupe. Bref, à toutes les personnes qui font que ETHS est vivant et tourne. Sans les gens, on se retrouverait à faire de la musique pour nous, pour notre propre plaisir. Le fait qu’il y a du monde nous permet de faire des concerts et la scène, c’est la vie du musicien, quoi ! Ce soutien nous pousse à être meilleurs, à proposer mieux et à tout donner. Merci aux gens d’avoir accueilli cet album. Les fans comme les sceptiques qui pensaient, entre guillemets, que le groupe était mort et qui ont quand même pris le temps de l’écouter, ne serait-ce que par curiosité ou nostalgie, tout simplement. Voilà, ils l’ont écouté et il y en a pas mal, au final, qui se sont dit : « Et ben, finalement, c’est pas mort ! ». Donc merci à toutes ces personnes et merci à vous, surtout !

Merci les gars !

Interview menée par Eladan et Ludwig Cain.

Photographies par Eladan.