Interview : Ben, guitariste de L’esprit du clan

Posté le : 16 mai 2016 par dans la catégorie Interviews
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L’Esprit du Clan est de retour avec un nouvel album. Ben, son guitariste, nous accordé un long entretien dans lequel il s’exprime sur la genèse de Chapitre VI et la pause du groupe.

Sons Of Metal : Bonjour. Pourrais-tu te présenter, ainsi que le groupe L’esprit du clan pour ceux qui ne vous connaissent pas ?

Ben : Bien sûr. Je suis Ben, guitariste dans L’esprit du clan. On revient avec notre sixième album. Nous existons depuis plus de quinze ans et, musicalement parlant, nous faisons du Metal mais sommes passés par des styles un peu plus marqués avant de trouver notre patte, quelque chose qu’on défend. Nous avons commencé par faire du Hardcore à la fin des années 90 avec la particularité de chanter en français, chose que nous avons continué par la suite. Nous étions influencés par des groupes comme Madball, Biohazard qui correspondaient bien à notre culture qui a toujours été urbaine. Nous avions cette espèce de double satisfaction par le fait de pouvoir s’exprimer en faisant du Rock et d’avoir une tribune en chantant des paroles revendicatives en français. Voilà pour le topo. Album après album, nous avons peaufiné notre style sans jamais nous donner de direction.

Vous revenez en 2016 avec un nouvel album, Chapitre VI. J’ai entendu dire que c’est un album que vous avez composé dans un délai très court. Est-ce parce que vous aviez très peu de temps pour le faire ou bien est-ce vraiment l’album qui est arrivé comme ça, d’un coup ?

Ben : Non, c’est plutôt la deuxième chose que tu dis. C’est à dire que nous n’avions pas de limite de temps ou quoi que ce soit. À partir du moment où on s’est dit qu’on revenait, l’été dernier, nous avons commencé à composer en septembre et en novembre c’était plié. Ce qui veut dire que nous avons mis deux mois pour composer treize titres. Ce qui est très rapide ! Mais nous sommes passés par toutes les formules par le passé. On a parfois passé plus d’un an pour composer un album, comme six mois des fois mais en s’enfermant dans un studio de répèt. On a vraiment testé plein de formules différentes. C’était selon les envies, l’époque… Mais là, c’était comme une évidence. Vraiment, nous n’avons pas forcés, il n’y avait pas de timing. C’est juste que nous avions ce besoin d’impulsion et c’est un élan de motivation aussi, cette envie de faire de nouvelles choses et ça a glissé tout seul. Pour cet album, on a fonctionné avec le noyau que nous avions toujours été dans la composition du groupe, même si les morceaux sont validés par tout le monde. Là, ce fut plus simple puisque nous étions trois à tout décider. On s’est vus une fois par semaine pendant deux mois, nous nous sommes vus treize fois et avons crée treize morceaux. Nous n’avons rien jeté. Nous avons voulu garder cette impulsion. C’est ça qui nous a vraiment plu. On a pas eu le temps de tourner en rond, de commencer à avancer vers une autre couleur car c’est ça, en général, quand tu compose beaucoup. Au bout d’un moment, tu te retrouves à devoir choisir une période sur laquelle tu compose sinon tu peux passer par plusieurs couleurs d’album. Voilà, c’est comme ça que ça c’est passé.

Je suis assez exclusif : si ce n’était pas L’esprit du clan, je n’avais aucune envie de jouer ailleurs.

Du coup, vous avez fait une pause avant cet album. C’était du genre : « C’est bon les gars, on s’arrête » ou vous vous êtes simplement laissés un temps de pause ? Que s’est-il passé durant ce temps ?

Ben : Rien de musical. En tout cas pas pour L’esprit du clan mais certains qui n’ont pas repris le groupe avaient d’autres passions qui les ont amenés à s’investir de plus en plus, comme le sport. Le deuxième chanteur qui ne fait plus partie de la formation n’a pas souhaité reprendre car, pendant cette pause qui a fait du bien à tout le monde, il a vraiment pu développer son truc jusqu’au bout. En sachant qu’avant, il avait le groupe et l’investissement que cela demande quand tu veux devenir pro, c’est énormément de temps. C’est un boulot de tous les jours, quasiment. Même là, je vois, nous qui prenons plus notre temps et avons décidé de moins s’impliquer qu’avant, entre guillemets, mais s’impliquer tout de même. Tous les jours nous y sommes. Chaque jours, nous validons des trucs, nous envoyons des notes, nous disons qu’il faudrait faire telle chose… C’était quelque chose qu’il n’avait plus du tout le temps de faire ni l’envie. Pareil pour le bassiste qui a toujours eu son groupe à côté… Non, pas toujours, excuse-moi. Ça fait quelques années qu’il joue dans un groupe de Sludge. Musicalement, il ne se retrouvait plus dans L’esprit dans clan, sur la fin, avant qu’on ne s’arrête en 2012 et il voulait être honnête avec lui-même. Il a préféré s’arrêter dans cette musique-là et continuer dans son style. Voilà pour ceux qui n’ont pas repris. Pour les autres, il y a Bastos, notre batteur qui lui a un autre projet qui s’appelle Deep In Hate, un groupe de Brutal Death Metal qui existe depuis un moment. Il a été très occupé avec ce groupe et il est également professeur de batterie. Il donne énormément de cours à beaucoup d’élèves. Il s’investit pleinement dans l’instrument, fait des master class. Il est sans arrêt occupé avec ça. Chamka, l’autre guitariste, s’est spécialisé dans la pyrotechnie et bosse pour l’une des plus grosse entreprise française dans ce domaine. Il est sur des feux à l’étranger, à Dubaï… Il voyage beaucoup grâce à ça. C’est sa deuxième passion. Arsène (chant) avait un autre projet du nom de Parisian Walls qui est du Metal mais plus actuel, un peu inspiré de White Chapel. Je l’ai aidé sur la composition mais je n’ai pas continué après l’enregistrement. Je n’ai pas souhaité poursuivre. Il a fait quelques concerts avec le groupe. Voilà, il y en a qui ont gardé la fibre musicale avec d’autres projets. On bosse tous comme techniciens à côté de ça, enfin la plupart, en tant qu’intermittents, roadies, technicien plateau… Et il s’est avéré que j’ai eu une possibilité d’évolution en tant que régisseur de salle à Paris. Donc, j’y suis allé et c’est ce qui fait que je n’avais plus le temps d’écouter de la musique ni d’en faire. Je suis assez exclusif : si ce n’était pas L’esprit du clan, je n’avais aucune envie de jouer ailleurs. C’est aussi simple que ça. Je m’épanouis à fond dans ce groupe. Pour moi, ça représente tout. Musicalement parlant, j’ai la liberté de faire ce que je veux, de m’exprimer. J’avais lâché la musique pendant ce temps-là, ce qui fut salvateur et tout ça nous a permis de prendre du recul par rapport à tout ce que nous avions fait auparavant et surtout de se dire : « ça, c’était une erreur à ne pas refaire ». Ça a fédéré l’envie de reprendre, vraiment.

Je reviens très vite sur la composition. Tu m’as dit que vous étiez trois à écrire l’album. Donc toi…

Ben : Arsène qui a le rôle de chanteur mais aussi d’arrangeur et d’exécuteur technique. C’est lui qui était aux manettes. Il y a aussi Chamka. Mais ça a toujours été le cas. Nous avons toujours fonctionné comme ça.

C’est vraiment la base de L’esprit du clan…

Ben : La base musicale, oui. Ça part toujours des guitares. Je ne sais pas si tu allais me poser la question, comment on procédait ou quoi, mais en tout cas nous partons toujours des riffs de guitares puis nous construisons nos morceaux. Après, peu importe la méthode. On a beaucoup travaillé en maquettant chacun chez soi sur ordinateur. Beaucoup de gens font ça aujourd’hui, ça facilite quand même les choses. Nous avons aussi essayé d’autres techniques. Il y a un album que nous avons entièrement composé en répétant tous ensemble, à l’ancienne. Ensuite, on peaufine, on arrondit les angles, etc… Mais la structure a toujours été ce trio.

Concernant l’album en lui-même, nous avions les Chapitres I, II, III, IV et V qui avaient une particule en plus au nom. Sauf le Chapitre I, il me semble…

Ben : Sauf le Chapitre I, tout à fait.

Et là, on arrive au Chapitre VI qui est simplement intitulé Chapitre. Pourquoi cette notion de chapitres ?

Ben : Cette notion est très simple, en fait. Quand le groupe a débuté son existence, officiellement on va dire, quand nous avons eu la possibilité de faire des choses, nous adorions ce concept en général. On trouvait ça intéressant qu’à ce moment-là en France, à la fin des années 90, nous ayons ce concept de chapitres qui n’existait pas dans le Metal. Finalement, vu que nous chantons en français, le message est fluide, sans ce travail de traduction, nous voulions cette espèce de concept qui soit en fait les chapitres de nos vies. Ça résume nos vies, ce que nous avons ressenti et ce qui nous a poussé, inconsciemment, à sortir telle ou telle chanson avec telles paroles. C’est aussi simple que ça.

Quand tu as le disque, hormis les paroles et la photo, tu reste dans quelque chose de très neutre et tu concentre ton oreille sur la musique.

Du coup, cette fois-ci il n’y a pas de titre collé au chapitre ?

Ben : Non. Il n’y a pas de nom simplement au même titre que la pochette n’a pas de visuel. Nous voulions retourner à l’essentiel, au basique et surtout quand tu as une pochette visuelle, tu es déjà dans la représentation de quelque chose. Tu vas associer sans le vouloir l’image à la musique ou au contenu de l’album. C’est inévitable et tout à fait normal. Nous l’avons fait sur plusieurs albums. Là, de part le côté très impulsif et évident du contenu qui nous rappelle aussi ce qu’on avait fait sur le Chapitre II en 2005, avec un logo blanc sur fond noir, un truc très sobre… Là, c’est clairement volontaire et non par manque d’idées ou quoique ce soit. Il fallait que nous portions l’auditeur sur le contenu, vraiment. Je crois que là, il n’y a pas d’images donc chacun se fait sa propre idée.

Effectivement, si on regarde dans le livret, on ne voit qu’une photo et les textes.

Ben : C’est ça. Les textes, c’est très important pour nous. À chaque fois, on a voulu mettre les paroles dans les livrets. En plus, il y a ici treize textes. Je crois que nous n’avons jamais eu autant de textes dans le groupe. Mais oui, il y a vraiment la volonté de rester sobre pour porter l’intérêt sur le contenu. Quand tu as le disque, hormis les paroles et la photo, tu reste dans quelque chose de très neutre et tu concentre ton oreille sur la musique. C’était un processus que nous n’avions pas fait depuis bien longtemps et ça me semblait essentiel vu la manière dont tout s’est déroulé depuis que nous avons décidé de reprendre.

Cet album ne serait pas un peu plus Metal et un peu moins hybridé avec la culture urbaine ?

Ben : Ah oui, tu trouves ?

IMG_4741-2On a l’impression qu’il est extrêmement brut

Ben : Ça oui, il est extrêmement brut. Par contre, j’ai l’impression que sur les derniers albums nous étions dans un style plus Metal. Pour le côté brut et sombre, c’est évident. C’est ce que nous voulions. Sur les précédents albums, il y avait beaucoup d’inspiration scandinave. On aimait bien le Death mélodique, notamment. On trouvait aussi des choses un peu plus Power Metal, Thrash mais là, non, justement, je trouvais que nous étions revenus à un style plus urbain, hormis quelques titres. Urbain mais pas dans les sonorités Hip Hop. De toutes façons, nous n’avons jamais fait de Fusion, clairement ! Nous n’avons jamais été un groupe de Néo-Metal ou de Fusion. On a toujours voulu se différencier de cette mouvance qui ne nous intéressait pas. Mais je te rejoins sur le brut. Après, je trouve qu’il y a quand même un côté assez efficace, urbain. En tout cas par rapport à l’histoire du groupe qui me rappelle un peu ce que nous faisions avant.

Quand vous vous êtes arrêtés, vous étiez quand même bien occupés au niveau des concerts. Il y a eu un Hellfest, en 2013 si je me souviens bien…

Ben : En 2012.

Du coup, c’est quoi la suite ?

Ben : Et bien écoute, là, il faut qu’on tourne. On a envie de défendre l’album sur scène. C’est l’accomplissement. Tu refais fonctionner toute cette mécanique de travail en studio, de composition et de réalisation et une fois que c’est là, tu as juste envie d’aller sur scène. Surtout que nous, on en a bouffé de la scène ! Nous avons eu l’occasion de faire quelques dates mais qui ne sont pas en rapport avec la sortie de l’album. Ces dates ont été calées très rapidement lorsque nous avons annoncé notre retour. Nous attendons bien évidemment de tourner à la rentrée le plus possible.

On en a bouffé de la scène !

Il y a notamment une date qui est intéressante. Vous faites la tête d’affiche de la finale du Headbang Contest.

Ben : C’est ça, oui, à la Flèche d’or le 21 mai.

Tu t’es intéressé aux groupes qui pourraient éventuellement y jouer ?

Ben : Pas du tout. Je ne connais pas les noms. Je sais que c’est un contest et qu’Arsène fera partie du jury. Par contre, je n’ai pas du tout prêté l’oreille aux groupes qui vont jouer. Je ne pense pas le faire car j’aime bien les surprises, en fait. Je préfère me faire une idée en live le soir même. Parce que tu connais des groupes qui y participent cette année ?

Non, pas cette année. Mais les années précédentes, il y a eu de très bons groupes en finale. Mais cette année aussi, ça risque d’envoyer…

Ben : D’accord, c’est cool. C’est vrai que dans ces concours, il y a de bons trucs. J’avais vu un concours à la Flèche d’or mais ce n’était pas le Headbang Contest. C’était pour le My Rock Battle, quelque chose comme ça et il y avait un groupe qui s’appelait… Comment déjà ? (Il réfléchit quelques secondes) Wixo ! Ce sont des Montpelliérains. Un truc assez Metal. C’était vachement bien. C’est toujours très intéressant, ça permet de voir des groupes que tu n’irais pas forcément voir par toi-même.

Je vais te laisser le mot de la fin…

Ben : Et bien je remercie les personnes qui prendront le temps de nous lire. Merci à toi aussi, pour ce que tu fais. Bonne continuation à toi et au webzine. Et merci à vous et nous espérons vous voir sur scène !

Interview réalisée par Eladan