Interview ACYL

Posté le : 15 juin 2016 par dans la catégorie Interviews
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Acyl band photo

ACYL est un groupe algérien de Metal expérimental ethnique. Un premier EP de quatre titres sorti en 2010 et intitulé The Angel’s Sin a vu le jour, suivi d’un premier album sorti en 2012 chez M&O Music et intitulé Algebra. C’est parti pour une interview avec eux !

SOM : Bonjour messieurs ! Vous vous présentez à nos lecteurs ?

ACYL : Bonsoir à tout le monde, je suis Abder le guitariste et voici Mickael, le batteur. Nous faisons partie d’Acyl, un groupe de Metal ethnique qui existe depuis 2006 sous cette appellation. C’est l’émanation d’un autre groupe ayant existé en Algérie, Masse, dont le leader Amine a continué le projet ici en France. Nous avons sorti un mini cd et deux albums dont le prochain sort le 1er juin, intitulé Aftermath. Si l’on voulait être plus direct, au-delà de Metal ethnique, on pourrait dire que la musique est un mélange du folklore et de la culture musicale traditionnelle algérienne avec le Metal.

Quand on parle de metal ethnique, on pense à toute la scène musicale brésilienne avec Sepultura et les autres. Vous semblez allez plus loin, non ?

Je dirais pourquoi pas ?! La démarche a déjà été exploitée par Sepultura (Ndlr : Amine – chanteur – et Sammi – bassiste – nous rejoignent au même moment) mais il n’y a pas non plus qu’Acyl qui fait de la musique ethnique. La démarche reste assez basique, c’est-à-dire un mélange des deux genres, même si tu dis que l’on va un peu plus loin. Ethnique également puisqu’en Algérie, il y a plusieurs ethnies. Tu vas donc avoir des sons et des accents différents dans leurs chants. D’ailleurs, notre processus de composition se fait à partir de la musique traditionnelle puis on colle les riffs et le chant par la suite.

Justement, par rapport à la musique traditionnelle, comment s’est passé le processus d’enregistrement des instruments traditionnels ?

Par souci d’authenticité quant à l’enregistrement de ces instruments, nous sommes allés directement à la source. Nous voulions plusieurs types d’instruments et pour chaque ethnie, chaque type de musique, nous avons voulu que ce soit des représentants de cette ethnie qui jouent de ces instruments, sur place en Algérie.

Par contre, sur scène, vous êtes capable de jouer de tout !

Oui, dès que l’on peut sur scène, nous jouons les passages avec les instruments traditionnels. Nous essayons d’amener l’ambiance de l’album sur scène et cela passe par la pratique de ces instruments que nous faisons jouer sur l’album. Il y a vraiment une volonté d’authenticité de l’album rapporté à la scène. Nous voulons vraiment transposer les éléments de cette culture sur scène de façon réelle et non par des samples. Alors tout n’est pas jouable mais il y aura beaucoup de passages où nous jouons tous des percussions en même temps. Mickael nous suit derrière à la batterie et un guitariste nous accompagne pendant que nous sommes aux percussions. Nous essayons d’apporter en tous cas cet aspect là de nos albums.

Qu’est ce qui a fait que vous avez souhaité partir dans cette direction de Metal ethnique ?

C’était là le projet d’origine d’Amine, et pourquoi l’amener ? Simplement parce que le Metal est une musique qui nous plait depuis que nous sommes jeunes. Quant à la musique traditionnelle, c’est celle qui nous a bercés depuis la naissance jusqu’à maintenant. Le résultat étant la musique traditionnelle habillée par le Metal. La subtilité est là, nous sommes toujours à la recherche d’authenticité dans la création musicale.

Comment s’est passé l’enregistrement global de cet album ?

Le processus s’est avéré complexe. Il a fallu aller chercher dans notre réseau des instrumentistes virtuoses de leur instrument afin de capter une vibration supérieure à ce que nous aurions pu faire par nous-mêmes. C’était aussi une aventure humaine car il fallu faire des recherches en Algérie puis prendre contact avec les personnes, les rencontrer dans leur élément puis pouvoir débarquer avec le matos, l’ordi, les micros et pouvoir capter des sons. C’est vraiment une expérience qui vaut la peine d’être vécue. C’était vraiment très intéressant mais l’organisation de ces enregistrements a pris beaucoup de temps. Ça a fait partie intégrante des autres instruments rock comme les guitares, la basse, la batterie et les voix. Pour le processus, nous avons enregistré les instruments traditionnels en Algérie mais aussi quelques-uns à Paris, et pour les autres instruments dans nos home studio. Le mixage a été fait par Frédéric Gervais du Studio Enosis qui nous a sorti un son dont nous sommes vraiment satisfaits aujourd’hui, vraiment. L’album a été masterisé par le Studio Fredman et nous avons hâte que l’album sorte pour avoir les retours du public. L’album sort le 1er juin 2016.

Pourquoi ce « Aftermath » comme titre d’album ?

Ça vient de la thématique de l’album. Les morceaux parlent de personnages historiques algériens. Des personnages ayant marqué l’histoire de l’Algérie de l’Antiquité aux années soixante. Chaque personnage a laissé son empreinte dans le pays. Ce nom d’Aftermath signifie que nous sommes le fruit de tous ces personnages ayant existés. En tant qu’Acyl, nous sommes la conséquence de cette histoire, nous avons le poids de toute cette histoire sur nous. Sans oublier qu’il y a un jeu de mot dans Aftermath mais je vous laisse deviner !

Acyl signifie quoi ?

Acyl signifie authentique, original, en arabe.

D’ailleurs, il y a une recherche d’authenticité dans le son, n’est ce pas ?

Exactement, c’est très bien que tu aies noté cela. Nous avons eu la volonté de nous orienter vers une production plus organique et moins aseptisée.

Nous avons cité Sepultura dans vos influences, quelles sont les autres ?

Elles ont assez larges et éclectiques. Nous écoutons beaucoup de styles différents du Metal. Et même dans le Metal, nous pouvons revendiquer le style d’Acyl venant d’un Tool, en allant vers Meshuggah et en passant par Nevermore. Ces influences sont très présentes dans notre musique. Mais l’influence reste la musique traditionnelle algérienne. Dans sa composition intrinsèque, c’est une musique très éclectique. Par exemple, tu as des régions ou les rythmes se rapprochent du Stoner, d’autres se rapprochent du Djent, on peut se retrouver balancés entre tout cela et c’est donc cette musique traditionnelle qui définit le type de Metal utilisé dans l’album. Tu as des riffs qui n’ont rien de commun les uns avec les autres, ça va du Stoner au Djent, au Death et au Thrash. On se fait malmener par la musique traditionnelle en fait ! Mais, au final, les trois groupes cités sont les axes d’influence de notre musique.

Si vous aviez l’occasion de faire un album de musique traditionnelle, vous le feriez ?

Sans Metal, ça va être dur (rires) ! Ça serait dur parce que cela reviendrait à dire que nous avons toutes les sensibilités de toutes les ethnies d’Algérie ! Ça serait un peu compliqué ! Je suis de Constantine, je pourrais très bien faire un titre d’origine constantinois, je le ferais facilement mais lui, il est Chaouis, je ne pourrais pas faire un titre chaouis, par exemple. C’est vraiment très éclectique et très différent. L’Algérie a toujours eu une présence étrangère sur son sol, de toutes époques. Les Romains, les Byzantins, les Egyptiens, Vénitiens, Vandales, Français, Turcs, Arabes… Tout cela a laissé des traces culturelles dans les différentes régions, engendrant des musiques très différentes les unes des autres. Peut-être qu’un virtuose pourrait jouer de tout, mais à notre modeste niveau c’est difficile. Bien sûr, il y a la volonté de s’ouvrir et je pourrais jouer n’importe quel style mais cela resterait basique. Je ne pourrais pas aller au fond des choses et c’est pour cela que nous avons été chercher ces musiciens.

En parlant de l’Algérie, quelle est votre vision de la scène Metal dans ce pays ?

Ça reste un Metal underground parce que l’ensemble de la scène artistique est vraiment dominée par les musiques traditionnelles. Ce n’est pas un reproche, c’est un peu comme en France où si tu arrives à faire passer deux ou trois groupes de Metal sur une radio, tu peux t’estimer très heureux ! C’est un peu le même combat sauf qu’en France c’est un peu moins underground qu’en Algérie. Mais la scène Metal existe depuis les années quatre-vingt avec des hauts et des bas jusqu’à nos jours. Les fans existent, le « folklore » Metal existe et il essaie de faire sa place. Il faut du temps.

Justement, il y a eu un soutien et une montée via Facebook et les autres réseaux sociaux. Vous en penser quoi de cela ?

C’est bien ! Le soutien, d’où qu’il vienne pourvu qu’il soit sincère, est le bienvenu ! Mais le groupe ne s’en sortira aussi parce qu’il aura la volonté de le faire et pas uniquement par le soutien. C’est un combat, ce n’est pas péjoratif, il faut juste du temps comme le Rock’n’Roll a mis du temps pour s’installer à son époque. Idem pour le Rock en France à l’époque de Mitterrand. Le Rock et le Metal en Algérie ont besoin de temps pour s’installer de manière durable.

Nous avons évoqué l’intérieur de l’album mais qu’en est-il de l’artwork ?

C’est un visage que l’on a trouvé sur Google ! La pochette était déjà prête ! (rires) Ça a été fait par Reda, le guitariste. Il s’est occupé de l’artwork, idem pour l’intérieur du digipack où il y a eu pas mal de boulot de fait aussi. Quant à la pochette, c’est simplement un personnage identifié comme algérien avec un masque dont on sait s’il fait partie intégrante de son visage ou non, et qui représente tout le passé dont nous avons parlé plus tôt. D’un côté, il le protège mais il y a aussi ce poids sur ce personnage algérien, entre avancement, inhibition et confinement.

Vous avez déjà joué au Petit bain pour la sortie de l’album. D’autres choses de prévues ?

Nous travaillons sur la construction d’une tournée. On ne peut rien dire pour l’instant mais nous sommes en train de finaliser les détails pour une tournée qui devrait se passer en fin d’année. Nous allons utiliser l’été pour bien nous préparer. Ce sont les prochains gros travaux d’Acyl. S’ajouteront aussi sûrement quelques dates en septembre/octobre. Un festival en Algérie aussi, avec cette volonté de jouer sur place, ce qui est logique.

Un dernier mot à ceux qui ne vous connaîtraient pas ?

Et bien venez faire un tour sur Facebook et sur notre site, ça nous fera plaisir !

Interview réalisée parEladan et Ludwig

Retranscription par Pat